Note de l'auteur — Désolée pour ce retard! C'est l'avant-dernier chapitre, alors je n'ai pas voulu me précipiter.
Le titre est une expression en latin qui signifie: la Mort est la raison finale de tout. Interprétez-la comme bon vous semble. Dans le dictionnaire Larousse, voilà ce qu'on en dit: la haine, l'envie, tout s'efface au trépas. Ce n'est pas très joyeux, tout ça, hein? Sorry.
Et maintenant, place à la lecture. Une petite chanson pour vous accompagner? "Running up that hill" du groupe "Placebo". La mélodie et les paroles s'accordent à merveille avec l'ambiance de ce chapitre, je trouve… Mais c'est à vous d'en juger, bien sûr!


Mors ultima ratio


Partagé entre l'incrédulité et la fascination, le Maître dévisagea l'autre Seigneur du Temps qui faisait montre d'une sérénité oppressante pour quelqu'un qui venait de supprimer la population d'une planète entière. Même lui ne pouvait pas se vanter d'avoir à son actif un crime d'une telle ampleur, et se demanda ce que le Docteur ressentait à cet instant précis. D'autant plus que ce n'était pas sa première fois, n'est-ce-pas? Il y avait déjà eu Gallifrey et Skaro. Deux civilisations bien plus anciennes et puissantes que celle de la Terre, qu'il avait fait brûler, selon ses dires. Ça devait être grisant de mettre fin à l'existence de milliards d'individus, tel un dieu…

Puis revenant de ses délires mégalomanes, le Maître se renfrogna. Il devinait le but de la manoeuvre, bien sûr: dépsychogreffer par la mort. Étrange comme les actes les plus terribles résultaient de nobles intentions. Mais ce n'était pas cela qui le préoccupait.

— Comment? siffla-t-il.

Comment, comment, comment? Comment était-il parvenu à tous les tuer? A quoi était dû un exploit pareil? Car à ses yeux, c'en était un.

— Comment? insista-t-il.

Comment? Comment prévoyait-il de les faire revivre? Par quel miracle?

— Il nous faudrait un miracle pour nous sortir de là… murmura Martha, horrifiée par ce qu'elle venait de vivre.

Être harcelée par une nuée de spectres rougeâtres souhaitant investir son corps était une expérience véritablement traumatisante. Les hurlements de ces âmes en peine avaient failli la rendre folle. Elle l'aurait certainement été, si cela avait duré plus d'une minute. Une minute qui ne lui avait jamais paru aussi longue.

Les autres gardaient le silence. Ils étaient montés sur le toit de l'immeuble qui leur servait de cachette, et observaient les gens en bas, qui se regroupaient pour se diriger vers le centre de Londres. Il y avait quelque chose de macabre dans leur marche réglée au pas… tel une immense armée prête à obéir à n'importe quels ordres du Maître. Et chacun frissonna à l'idée qu'il serait devenu comme eux, si le sens du temps du Docteur ne l'avait pas averti qu'un courant temporel s'était mis à circuler sous leurs pieds, et s'il n'avait pas réussi à amplifier le champ de protection que générait le pendentif de Ross. Car c'était l'utilité de cet artefact, d'après les informations que le Gallifréen avait obtenus en lisant dans l'esprit d'Ianto.

— Je ne comprends pas, fit Toshiko, qui malgré la gravité de la situation ne perdait pas ses réflexes de scientifique. Nos descendants, d'un futur aussi lointain soient-ils, ne peuvent absolument pas nous nuire sans créer un paradoxe impossible à résoudre. La réalité devrait s'effondrer, à l'heure qu'il est!

— Parce que ce n'est pas ce qui est en train de se passer? rétorqua Owen, toujours aussi caustique.

— Théoriquement, elle a raison. Mais ces êtres-là ne sont pas vivants… pas au sens propre du terme. Ils sont comme des fantômes, et la loi de la physique ne s'applique pas à eux.

A cette explication du Gallifréen, Ross haussa les épaules.

— Fantômes ou pas, ils n'ont pas leur place ici. Et vous nous trouverez un moyen de les renvoyer chez eux illico presto, pas vrai, Docteur?

Sa confiance en lui était touchante, mais il se sentait désemparé face à ce désastre. Empêcher que cela n'arrive, oui, il en aurait été capable. Mais devant le fait accompli, il ne savait pas quoi faire. Pour une fois, le Maître gagnait haut la main.

— Plus facile à dire qu'à faire, marmonna Ianto. Ce n'est pas comme si on pouvait tous les tuer et les réanimer ensuite…

— Répétez-moi ça? fit le Docteur, qui avait tressailli en entendant sa remarque.

C'est ce que fit le jeune terrien, mot pour mot. Jack, toujours prompt à saisir les pensées du Seigneur du Temps plus que quiconque, ouvrit de grands yeux.

— Vous n'êtes pas sérieux.

— Je ne vois pas d'autre solution.

— Vous voulez faire mourir tout le monde avant de les ressusciter? Et depuis quand possédez-vous des pouvoirs divins, Docteur?

— Je n'en ai pas besoin. Souvenez-vous de notre première rencontre.

— …Des nanogènes! s'exclama soudain le capitaine.

Oui, des nanogènes chuliens. Extrêmement rares, surtout qu'il leur fallait une quantité non négligeable. Mais le Docteur avait le bracelet de Jack. Il pouvait voyager jusqu'à Londres de 1941, le seul endroit où il était certain de trouver un vaisseau infirmier de Chula.

Le tout, évidemment, était d'éviter de se rencontrer lui-même…

— La vie est si précieuse, si fragile. Mais pour ces êtres microscopiques, ce n'est rien qu'une bizarrerie de la nature qu'ils peuvent réparer à leur guise. Alors je les ai programmés… et attendu… qu'ils se répandent sur toute la surface du globe.

Et ils avaient fait leur travail: arrêter les coeurs des psychogreffés, qui d'ici quelques minutes n'allaient pas tarder à repartir, et ce sans la moindre séquelle que pouvait provoquer un arrêt cardiaque.

Subitement, le Maître éclata de rire. C'était un rire grinçant, sonnant désagréablement à l'oreille.

— Oh, c'est brillant! Fantastique, comme tu aimes si bien le dire!

Il se mit à battre des mains et à s'agiter dans tous les sens, comme s'il ne pouvait pas contenir sa joie. Cependant, ses mimiques désordonnées ainsi que le regard meurtrier adressé au Docteur exprimaient autre chose que de l'euphorie.

— Joli coup! cracha-t-il. Un retournement de la situation digne de toi, où personne ne meure! C'est bien joué, vraiment!

— CE N'EST PAS UN JEU!

Le Docteur avait hurlé. Inspirant profondément, il reprit d'un ton plus bas.

— Ça n'a jamais été un jeu, pour moi. Ni pour une certaine Violette, qui a vécu trois semaines d'enfer. Ni pour les terriens qui n'en garderont aucun souvenir, mais qui seront hantés de cauchemars… pendant des années.

Des gémissements d'outre-tombe se firent entendre de toute part, puis du rouge fuligineux commença à suinter des corps des évanouis.

Non, cela n'avait rien d'un jeu, surtout pour ces humains du futur, innocentes victimes de la folie du Maître.

OoOoO

A Cardiff, dans le QG du Torchwood, Jack vit de la brume s'amonceler au-dessus de Gwen qui gisait sans vie, et sut que le moment était venu. Il se dépêcha d'ouvrir la faille, comme allaient le faire ses amis avec les cinq autres. Mais cette fois, il n'y aurait pas de formation du courant temporel. Simplement des tourbillons qui attireraient ces âmes perdues, car les laisser se dissiper dans l'atmosphère libérerait un flux d'énergie psychokinétique, risquant fort de tout dévaster sur son passage.

Survint une violente secousse, et la faille se mit à rugir… ainsi que des milliards de voix paniquées.

'Ne faites pas ça!'

'Ayez pitié!'

Des supplications qui firent éprouver de la compassion au capitaine, mais rien de plus. Ce n'était pas de l'indifférence. Plutôt du pragmatisme. Puisque le présent et le futur ne pouvaient pas cohabiter, pourquoi se torturer inutilement? Ce n'était pas comme s'il avait le choix…

Jack n'en avait pas conscience, mais son détachement était dû au fait que la décision ne venait pas de lui. Elle avait été prise par le Docteur, qui lui ressentait pleinement le poids de la responsabilité de la mort de ces êtres. Le Seigneur du Temps pouvait distinguer leurs visages au contour vague se dessinant et s'estompant, au gré du mouvement des masses brumeuses qui peu à peu pâlissaient, aspirées par les failles avides de les dévorer.

'Vivre…

'Laissez-nous vivre…'

'Rien qu'un instant…'

Leurs cris plaintifs s'amenuisèrent, se réduisirent à des chuchotements.

'Marcher sous le soleil'…

'Sentir le vent…'

'C'est tout ce que nous désirions…'

Il y eut un dernier soupir. Puis vint le silence.

Le regard que le Docteur promena autour de lui avait la dureté d'une pierre. Toutefois le Maître le connaissait assez pour voir les larmes que versaient ses coeurs brisés. Voilà pourquoi ils ne se comprenaient pas, et ne se comprendraient jamais. Au lieu de se réjouir de sa victoire, il se laissait porter par sa sensibilité et pleurait la perte de parfaits inconnus. Une attitude que le Maître exécrait particulièrement. Et dire qu'il avait été battu par un crétin pareil… Il y avait de quoi se taper la tête contre le mur!

— Pourquoi ne pas dresser un autel? lança-t-il avec mépris. Et prier pour qu'ils reposent en paix. Cela ne les ramènera pas, mais soulagera au moins une partie de ta culpabilité.

Le Docteur ne releva pas la provocation.

— C'est fini, Koschei.

Il était sérieux. Cette fois, il ne lui permettrait pas de s'échapper et de recommencer ses jeux ailleurs. Non, il le prendrait avec lui et veillerait à ce qu'il ne fasse aucun mal… que ce soit aux autres ou à lui-même. Surtout à lui-même. Il lui devait bien ça, au nom de leur ancienne amitié.

— Non, pas encore.

Le Maître avait riposté avec hargne. Car pour lui rien ne serait jamais terminé. Pas tant que ces bruits de tambour lui martèleraient le crâne. Pas tant qu'il y aurait Rose entre eux deux.

— Si, ça l'est. J'ai fait en sorte que les nanogènes modifient légèrement les ondes cérébrales. A leur réveil, les gens ne seront plus influencés par le réseau Archange. Ils ne t'obéiront plus.

Alors renonce, disait son regard. Avec un sourire tordu, le Maître enfonça une de ses mains dans la poche, dans un semblant de nonchalance qui ne trompa nullement l'autre Gallifréen. Son ami d'enfance se sentait acculé… ce qui signifiait que la situation pouvait déraper à tout moment.

— Ah oui, rendre leur libre arbitre à ces moutons sans cervelle… Ils sont tellement importants pour toi. Et après? Qu'as-tu prévu pour ton pire ennemi?

Le Docteur le fixa d'un air las. Fallait-il qu'il le répète, encore et encore? Parviendrait-il un jour à lui faire admettre que…

— Je ne te considère pas comme un ennemi.

Ni maintenant, ni jamais.

Les yeux du Maître se mirent à luire dangereusement.

— Tu devrais! cracha-t-il.

D'un bond il rejoignit Rose et lui toucha le bras.

— Non!

Le Docteur s'élança, toutefois il ne fut pas assez rapide pour l'empêcher de disparaître avec la jeune femme. Par Rassillon! Quel triple imbécile il était! Il avait complètement oublié le manipulateur du vortex qui lui avait été confisqué!

Le Tardis. Il avait absolument besoin du Tardis. Il sortit son tournevis sonique et chercha à capter le signal de la Boîte Bleue dont il devinait la présence à bord du Vaillant.

Localisé! Son vaisseau se trouvait à deux niveaux en-dessous du pont principal. Il commença alors à courir, ne prêtant guère attention aux humains qui revenaient à la vie.

OoOoO

Ce fut le contact de l'air glacial sur ses joues qui incita Rose à ouvrir les yeux, malgré la douleur qui lui martyrisait les tempes. Que s'était-il passé? La dernière chose dont elle se souvenait, c'était le Maître lui retirant la bague du doigt…

Elle voulut se lever, ce qui se révéla être une mauvaise idée. Prise de vertiges, elle fit un faux pas, et elle serait tombée, si elle n'avait pas eu le réflexe d'agripper le poteau métallique à sa gauche. Haletante, elle essaya de comprendre la situation: que faisait-elle sur une poutre placée à une hauteur si élevée qu'elle ne voyait pas le sol?

— Celle-ci devait être la première d'une armada destinée à prendre d'assaut tout l'Univers.

Le Maître était debout non loin d'elle, les pans de sa veste claquant au vent. Il paraissait être parfaitement à l'aise, pas du tout gêné par le vide sous leurs pieds.

— De quoi parles-tu? demanda-t-elle prudemment.

— De la fusée. De cette fusée qui ne sera jamais achevée.

Ils se trouvaient en fait sur l'échafaudage entourant un appareil à mi-chemin entre Ariane V et un vaisseau alien. Comment étaient-ils arrivés là, elle décida de mettre la question de côté. Pour l'instant, il y avait plus urgent: retrouver la terre ferme sans se rompre le cou.

— Koschei, appela-t-elle.

Il ne répondit pas. Son regard errait dans le vague, sa main tripotant un objet qui ressemblait beaucoup à une télécommande. Évitant de regarder vers le bas, elle se rapprocha de lui.

— Koschei… insista-t-elle. Nous ferions mieux descendre.

— Descendre? marmotta-t-il. Descendre…

Il daigna enfin tourner la tête en sa direction. Son expression ne la rassura pas. Il semblait harassé, comme s'il était allé au bout de sa folie et avait été terrassé par elle. Instinctivement, elle sut qu'il n'y aurait pas de retour en arrière possible. Ils étaient en train d'écrire le dernier chapitre de leur histoire…

Elle repoussa fermement cette pensée. Non, elle n'avait aucunement l'intention de périr ici… ni guère envie de le voir périr. Confusément, elle s'interrogea sur la raison qui la poussait à agir ainsi à son égard. Après tout, il avait asservi l'Humanité, transformé son existence en enfer, et même tenté de la tuer. Et pourtant…

Elle ne voulait pas qu'il meure. Pourquoi? Sans doute qu'elle n'était plus très saine d'esprit, à force de le côtoyer de près.

Ne la quittant pas des yeux, il continuait à manipuler son espèce de télécommande… ou était-ce un détonateur? Saisissant ses coups d'oeil inquiets, il eut un sourire évanescent.

— Cette chose t'intrigue?

— Non, je…

— Il me suffit d'appuyer sur ce bouton pour que la fusée explose… ce qui entraînerait l'effondrement du convertisseur du trou noir qu'elle contient. Et pshuut! La planète imploserait.

Elle déglutit. Ses plans n'avaient pas dû se dérouler comme prévu. Tant mieux. Ou plutôt, non. Il ne voulait plus dominer le monde. Il voulait simplement le détruire!

— Puisque je ne peux pas avoir la Terre, poursuivit-il, autant qu'il ne l'ait pas, lui non plus.

D'un geste vif qui la surprit elle-même, elle lui asséna un coup violent sur le dos de la main, l'obligeant à lâcher prise. La télécommande rebondit sur la poutre, avant de se perdre dans le vide.

Étrangement, il resta impavide, se contentant d'un haussement d'épaules indifférent.

— Ça ne fait rien. Qu'il garde la Terre, alors.

Le fait qu'il ne soit pas en colère l'angoissait encore plus que ses propos dont le sens lui échappait.

— Mais qui ça, il?

— Le Docteur.

Le coeur de Rose fit une embardée à la mention de son nom. L'inconnu de la ruelle. L'autre Seigneur du Temps, qui souhaitait tant l'emmener loin du Maître.

— Je pensais brûler cette planète, comme il l'a fait avec Gallifrey. Pas de gagnant. Que des perdants. Le feu nous aurait tous emportés. Mais en y réfléchissant…

Des doigts glacés vinrent s'entrelacer derrière le cou de la jeune femme, qui tenta de s'y dérober. Mais le Maître raffermit sa prise afin de l'immobiliser.

— La mort est une délivrance, contrairement à la vie qui peut être une perpétuelle souffrance… Qu'il vive donc. Qu'il se reproche jour après jour de n'avoir pas pu te sauver, car je compte le priver à jamais de toi, Rose. Combien de temps crois-tu qu'il tiendra avant que les affres du désespoir ne le fassent sombrer?

Sa voix était empreinte d'un plaisir anticipé qui la fit frémir. Une telle volonté de nuire à autrui dépassait son entendement.

— Que t'a-t-il fait… Pourquoi lui en veux-tu autant?

— Parce que quoi que je fasse, dit-il avec amertume, il ne veut pas me haïr.

…Faisant preuve d'une magnanimité qui le révulsait. Le Docteur refusait de devenir comme lui, ce qui ne faisait qu'accroître son désir de le tourmenter. Qu'il souffre et désespère! Parce que…

— Et parce que… parce qu'il t'aime… toi que j'aime… toi qui ne m'aimes pas!

Au fur à mesure qu'il parlait, ses prunelles s'embrasèrent d'un sombre éclat, qui était la somme de toutes les émotions destructrices qui le minaient: d'inextinguible fureur, d'envie inassouvie, et surtout de rancune… cette incommensurable rancune, qu'il portait à ceux qui osaient chercher à être heureux, alors que lui, il ne l'était pas.

Obligée de soutenir ce regard, elle sut qu'aucune de ses paroles ne parviendrait à le dissuader de sauter. Terrifiée, elle vit ses lèvres former les mots qui signaient leur condamnation à tous les deux.

— Puisque je ne peux pas t'avoir…

Elle sentit l'ombre de la mort glisser sur elle, tandis qu'il l'attirait contre lui et lui chuchotait avec une satisfaction féroce.

— …Il ne t'aura pas, lui non plus.

Et ils basculèrent dans le vide.

OoOoO

Elle tombait, tombait… suffoquant à demi à cause du vent qui la fouettait de toute part. La gravité la tirait inexorablement vers le bas, sans que rien ne puisse enrayer cette chute libre…

Qui s'interrompit pourtant.

— Rose!

Avec un cri, quelqu'un l'attrapa par le poignet, freinant la course mortelle. Ses muscles et articulations hurlèrent de douleur, alors que de l'autre main elle saisissait machinalement celle du Maître. Ainsi elle se retrouva suspendue dans les airs, retenue par le Docteur dont plus de la moitié du corps pendait hors des portes ouvertes du Tardis.

— C'est vous! s'exclama-t-elle, immensément soulagée.

Il lui répondit par un clin d'oeil et un sourire ravageur. Elle en fut décontenancée: croyait-il que ce soit le moment idéal pour lui faire du charme?

— Accrochez-vous! fit le Gallifréen.

— C'est ce que j'essaie de faire!

Oui, et maintenant? Dans cette position, il lui était impossible d'atteindre les commandes. S'il avait pu piloter avec plus de précision, il aurait fait en sorte que le vaisseau soit à l'horizontal, de façon à ce qu'ils atterrissent dans la piscine. Mais suivant les traces de leur téléportation, il était arrivé juste au moment où ils se jetaient dans le vide. Une scène d'horreur aperçue depuis l'un des écrans, qui l'avait fait paniquer. Manque de temps, manque de sang froid… Et voilà où il en était.

Que faire? S'il n'y avait que Rose, il l'aurait remontée sans peine. Sauf qu'il y avait aussi le Maître. Et à voir le visage de la jeune femme qui s'empourprait sous les efforts, elle n'allait pas tenir très longtemps… à moins qu'elle ne le lâche. Or, il y avait fort à parier qu'elle ne le fasse pas, sinon ce serait déjà fait.

Quant au Maître, il était à la fois interloqué et furieux par la tournure des événements. Le Docteur! Il fallait toujours qu'il intervienne, n'est-ce-pas? L'éternel empêcheur de tourner en rond.

Il sentait sa main glisser peu à peu dans celle de Rose, et ce malgré le fait que les doigts de la terrienne cherchaient désespérément à l'agripper. Pourquoi? Il venait d'essayer de la tuer! Et il n'était pas à sa première tentative. Ne comprenait-elle donc pas? Tant qu'il serait en vie, jamais elle ne serait en sécurité. Jamais elle ne cesserait de souffrir.

— Maître!

C'était la voix du Docteur. Qu'avait-il à s'époumoner ainsi?

— Utilise le bracelet temporel! Téléporte-toi!

Lui aussi, il n'avait rien compris, alors.

— Je t'en prie! C'est le seul moyen de vous sauver tous les deux!

Etait-il aveugle à ce point? Le Maître ne voulait pas être sauvé… ne pouvait pas être sauvé, quoi qu'il fasse.

Idiote de Rose. Idiot de Theta.

— Qu'est-ce que tu fais? cria-t-elle.

Les lèvres pincés, le Maître avait entrepris de tordre la mains serrée dans la sienne. Qu'elle le laisse partir. Qu'il le laisse partir. Il était temps de rompre le lien qui les enchaînait tous les trois.

— Non, arrête! vociféra le Docteur.

Sinon quoi? Viendrait-il le relancer jusqu'à l'au-delà? Peut-être qu'il en était capable…

Le prise céda.

Une brève vision de Rose appelant son nom, les cheveux d'or noyés sous les rayons du soleil… le bras tendu vers lui, pour tenter de le rattraper…

Puis la chute reprit, plus vertigineuse que jamais. Et avec elle, les quatre coups funestes, qui se mirent à le tambouriner avec force.

Ta da da dam… Ta da da dam… Ta da da dam…

Puissants. Vindicatifs. Comme un fauve rugissant de frustration de voir sa proie lui échapper…

Échapper? Vraiment? Allait-il pouvoir leur échapper? Le trépas lui accorderait-il la paix… enfin?

Il n'allait pas tarder à le savoir…

Des dizaines de mètres plus haut, le Docteur finissait de hisser Rose à bord du Tardis. Il la tint contre lui, souffle court. Bien qu'elle l'ignorait, c'étaient des retrouvailles au bout d'un an de calvaires, des retrouvailles follement désirées par le Gallifréen tout en sachant être parfaitement impossibles, des retrouvailles miraculeuses donc, avec sans doute son lot de prix à payer. Pourtant, au lieu de savourer ce moment, leurs deux regards étaient tournés vers le vide où s'était abîmée la personne qui en bien ou en mal avait compté dans leurs vies.

— Descendons, proposa Rose d'une voix tremblante.

— Oui, acquiesça le Docteur.


Laissons passer, je vous prie,
Ces sentiments qui nous pèsent
Et que nous traînons depuis trop longtemps…

Notre amitié est morte, Docteur,
Il faut que tu l'enterres et l'oublies.
Mon amour que tu n'as jamais voulu, Rose,
Je le reprends, et l'emporte avec moi.
Seule ma haine ne cessera d'être vivace… mais
Le temps finira par l'éroder… dommages.

Coupons donc ce fil rouge que la Fatalité
Par quelques caprices a jugé bon
De nous lier les uns aux autres…

Vous restez, moi je pars.
Je ne vous souhaite d'être heureux, oh non.
Souffrez! Que la vie vous broie par ses rouages,
Ma bénédiction l'accompagne!
Du fond de l'Enfer - si jamais il existe
Je boirai à vos malheurs et rirai de vos déboires!

Le sol, le sol qui se rapproche à toute vitesse…
Les tambours, les tambours qui résonnent dans les ténèbres…


Note de l'auteur — En relisant cette fic depuis le début, je me suis rendu compte que j'avais complètement zappé Gwen (un perso que j'aime moyennement). D'où sa brève apparition dans ce chapitre. Ca n'influe en rien au déroulement de l'histoire, mais bon…
Le vaisseau de Chula et ses nanogènes apparaissent dans la saison 1, dans les épisodes où un enfant en masque à gaz sème la terreur en répétant: "Are you my mummy?"
Merci aux revieweurs, à Angel-Sama et autres lecteurs anonymes. A bientôt pour l'épilogue!