Note de l'auteur — Enfin les JO de Londres, mes amis! Profitons, ils n'ont lieu que tous les 4 ans. Allez la Corée du Sud! (ma patrie, chère patrie) Allez la Corée du Nord! (pays ennemi, pourtant frère) Car en guerre ou pas, les coréens du Sud et ceux du Nord n'en restent pas moins un seul et même peuple! Euh… ça ne vous rappelle pas la relation entre le Docteur et le Maître?
Je n'oublie rien? Ah si… Allez la France!
Une étoile qui s'éteint
Consumée par la folie et la haine
Qui depuis des siècles le harcelaient sans relâche
Une étoile qui pâlit
Ployant sous le fardeau de plus en plus lourd
D'être à nouveau le dernier enfant de sa race
Une étoile qui s'égare
Bien que libérée du joug qui lui pesait
Toujours sans la moindre idée de qui elle est
Et La Terre de continuer à tourner
Dans l'ignorance d'avoir frôlé le désastre
Et l'Humanité de poursuivre ses rêves insensés
Bercée d'illusion d'être seule dans l'Univers
Tourner la page (épilogue)
Les trois semaines d'absence vécues par la population de la Terre furent attribuées à une toxine libérée dans l'atmosphère. Un acte de terrorisme qu'on imputa à un quelconque groupuscule obscur.
La plupart des gens crurent à la version officielle. Bien entendu, certains exprimèrent leur doute, appuyés par les témoignages de ceux qui étant immunisés contre la psychogreffe avaient conservé leurs souvenirs. Cependant, ils représentaient une minorité, dont l'opinion ne fit pas le poids face à celle des différents gouvernements du monde qui n'allaient jamais admettre qu'ils ignoraient ce qui s'était passé, sous peine de perdre la confiance de leurs électorats.
La vérité, seul Torchwood la connaissait. Et bientôt le UNIT, qui était loin d'être une bande d'incapables. Soupçonnant fortement l'intervention du Docteur, et par conséquent une attaque d'origine extraterrestre, ils commencèrent à mener leur enquête. Ils sollicitèrent même l'aide du capitaine Harkness, son lien avec le Seigneur du Temps n'étant pas un secret pour eux.
Celui-ci refusa. En fait, il ne répondit même pas à leurs appels, trop occupé à ramener par téléportation ses équipiers qui après avoir refermé les failles, s'étaient empressés de détruire les relais. Les laissant tels quels, ils encourraient le risque de les voir tomber entre de mauvaises mains. Et c'est pour la même raison qu'ils entreprirent de démanteler le convertisseur de trou noir dans la fusée, avant que le ministère de la Défense ne se pique de curiosité.
— Quel gâchis, soupira Toshiko. Il faudrait… quoi, environ 300 ans pour que notre technologie atteigne ce niveau de sophistication.
Elle examinait avec regret les circuits qu'ils étaient en train de démonter. S'affairant à mettre en pièce un équilibreur multi-dimensionnel, Jack répliqua machinalement.
— Tu es bien optimiste. Ce serait plutôt dans 9 siècles et des poussières. Et encore, sans l'aimable concours des Rhodiens, une race qui…
Il se tut, réalisant qu'il faisait du spoiler. Avant, l'asiatique se serait demandé sur le sérieux de ses propos. Plus maintenant.
— Jusqu'où es-tu allé, Jack? fit-elle au bout d'un moment. Avec le Docteur, je veux dire.
— Je n'ai pas couché avec lui, si c'est ce que tu veux savoir. Pas que l'envie me manquait, mais je ne suis pas blond, alors il ne s'intéressait pas à moi.
— Je t'en prie, garde tes fantasmes pour toi!
Il rit. Puis ce fut d'une voix rêveuse qu'il reprit.
— Plus loin que tu ne peux l'imaginer, mais beaucoup moins que je l'aurais voulu, ma petite Tosh. L'Univers est vaste, et les merveilles qu'il contient sont innombrables.
— Ouais, maugréa Owen, comme Utopia, qui est tellement merveilleux que ses habitants ont tenté de le reproduire sur Terre.
Il dévissait la plaque au rayonnement neutronique, suant à grosses gouttes. Le capitaine le regarda avec amusement se débattre avec un vis particulièrement récalcitrant avant de lancer:
— Qu'est-ce que t'as? Tu n'as pas cessé de ronchonner depuis tout-à-l'heure.
— Monsieur boude parce qu'il n'a pas pu avoir le cadavre de Saxon sur sa table d'autopsie, expliqua Toshiko.
— J'aurais eu le plaisir de le disséquer organe par organe, si ce Docteur ne nous l'avait pas barboté.
Devant le silence réprobateur de Jack, il râla.
— Quoi? Tu ne t'attends quand même pas à ce que je le pleure? Je ne suis pas comme ton copain alien. Celui-là, on dirait presque qu'il est attristé par la mort de l'autre.
— Il l'est, rétorqua laconiquement le capitaine.
— Après tout ce que Saxon a fait?
Le ton que le médecin avait employé montrait qu'il était à la limite de l'indignation. Celui de Jack fut mesuré.
— Mets-toi un peu à sa place. Alors que tu te crois être le dernier de ton espèce, tu retrouves soudain ton ami d'enfance avant de le reperdre aussitôt. Qu'éprouverais-tu?
Rien que du soulagement, si ledit ami était un psychopathe doublé d'un sadique. Mais Owen se contenta d'esquisser une petite moue et garda ses pensées pour lui.
— Le Docteur a emporté le corps pour lui offrir des funérailles, je suppose? demanda Toshiko. De quel genre?
L'image d'une étrange cérémonie se déroulant dans un cadre fantastique lui traversa l'esprit: entre un ciel gris anthracite et une étendue d'herbes azurées, était dressé un autel fait de pierres brutes, devant lequel était agenouillée sa blonde fiancée, triste silhouette sous un voile diaphane… C'est que pour une scientifique, Toshiko avait un tempérament romanesque. Alors la réponse de Jack, très prosaïque, la déçut énormément.
— Je pense qu'il va l'incinérer.
Sur un quelconque bûcher, de la manière la plus ordinaire qui soit. En fin de compte, humain ou Seigneur du Temps, la mort mettait tout le monde sur un pied d'égalité.
OoOoO
Le capitaine avait à la fois raison et tort. Le Docteur prévoyait bien de brûler le corps du Maître. Mais pas sur un bûcher.
Dans le Tardis, Rose et le Seigneur du Temps considéraient d'un même air absent le mort, qu'ils avaient soigneusement enveloppé dans un linceul. Pas de cercueil. Juste une bulle anti-gravitationnelle qui le maintenait suspendu au-dessus du sol de la salle du contrôle.
Il n'y eut ni prière, ni oraison funèbre. Que le silence, qu'ils passèrent à remémorer les derniers instants du Maître.
Je meurs et vous laisse le champ libre. Satisfait?
La chute ne l'avait pas tué sur le coup. Ils l'avaient retrouvé dans un état horrible, avec de multiples fractures… et du sang. Tellement de sang, qui avait taché les vêtements du Docteur lorsque celui-ci s'était accroupi auprès de lui. Afin de l'exhorter à se régénérer.
Me sauver est un moyen de te racheter, n'est-ce-pas? Pour avoir détruit Gallifrey.
Il avait eu un de ces sourires à glacer les coeurs.
Ne compte pas sur moi, Docteur, pour te rendre ce service. Ce n'est pas de moi que viendra ta rédemption.
Jusqu'à la fin il était resté fidèle à lui-même: haineux dans son désir de faire le mal.
Le Docteur ouvrit les portes, à travers lesquelles se déversèrent d'intenses rayons lumineux. Le vaisseau était en orbite autour du soleil, qui allait remplacer le bûcher funéraire.
Lentement, le corps du Maître se mit à glisser vers l'extérieur, et Rose le regarda dériver vers l'astre solaire, consciente de ce que sa perte représentait.
J'ai à jamais verrouillé tes souvenirs, Rose. Et j'emporte la clé avec moi.
En prononçant ces paroles, il lui avait étreint le poignet avec une intensité démente, dans sa volonté de lui communiquer son agonie… au point que la partie où ses doigts s'étaient enroulés l'élançait encore. Et maintenant elle se sentait vidée, ayant l'impression de n'être plus personne. Car avec lui disparaissait le point de repère sur lequel elle avait bâti sa vie post-amnésique. En mourant, il lui avait infligé une ultime blessure, la pire peut-être qu'il ne lui ait jamais donnée.
Je crois… Oui, je crois que finalement, je gagne.
Ces propos lâchés entre deux respirations sifflantes ne cessèrent de tarauder l'esprit du Docteur, tandis qu'il suivait des yeux la silhouette drapée de blanc qui se rapprochait de la couronne flamboyante. Il n'allait pas tarder à se consumer… Il se consumait déjà, englouti par l'extrême chaleur de l'étoile.
Vont-ils s'arrêter, Docteur? Les tambours. Vont-ils s'arrêter?
Sans eux, leur histoire aurait-elle pu s'écrire différemment? Possible. Mais il ne le saurait jamais.
Il attendit jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien distinguer à la surface incandescente du soleil, puis referma les portes. Il se tint un moment appuyé contre le battant en bois, avant de se retourner.
Adossée à la console, Rose fixait vaguement le plafond. Depuis leurs retrouvailles, ils n'avaient guère eu l'occasion d'échanger plus de dix mots. A quoi pouvait-elle bien songer?
Elle baissa le regard alors qu'il s'apprêtait à parler.
— Vous allez bien? demanda-t-elle, prenant les devants.
— Je vais toujours bien, fit-il automatiquement.
Même si ce n'était pas vrai, que répondre d'autre?
— Et vous?
Elle eut un piètre sourire, qui l'affligea au lieu de réjouir.
— Moi aussi.
Chacun ressentait la peine de l'autre, pourtant ils étaient incapables de la partager. Parce que ce sentiment était lié au Maître, l'être qui les avait fait souffrir, pour ensuite les quitter, avant qu'ils n'aient eu le temps de lui pardonner ses actes… parmi lesquels figurait le scellage de la mémoire de Rose.
Mais pour ce problème, il était encore trop tôt pour baisser les bras.
— Rose, permettez-moi de tenter quelque chose pour remédier à votre amnésie.
Elle voulut secouer négativement la tête. Elle se rappelait clairement du matin où elle avait été réveillée par un chagrin incompréhensible, mais non moins profond, avec la sensation qu'on avait entaillé à vif son âme. Et à présent qu'elle devinait une intervention de Koschei, elle craignait que ce ne soit irréversible. Cependant…
Ne jamais abandonner. C'est ce que clamait l'expression du Docteur, et elle n'avait pas le coeur à le décourager.
— De quelle manière voulez-vous procéder?
— En lisant dans vos pensées.
Il s'avança vers elle, puis s'arrêta, hésitant.
— S'il y a un souvenir…. que vous ne souhaitez pas que je vois, il suffit d'imaginer une porte, et de la fermer.
— Je n'en possède pas assez, dit-elle avec un rire amer, pour que je puisse en dissimuler. Allez-y.
OoOoO
«Si jamais vous revoyez le Docteur, pourriez-vous lui transmettre un message de ma part?»
La voix de Martha à l'autre bout du fil était tout-à-fait sereine. Jack dressa l'oreille.
«Dites-lui que je le remercie pour tout, et que j'ai été heureuse… très heureuse d'avoir pu voyager avec lui.»
— Ça sonne comme un au revoir.
«Ça l'est.»
— Quoi?
«Soyons honnête, Jack. Il n'a pas besoin de moi.»
Il n'y avait pas la moindre trace d'amertume dans cette déclaration. Elle ne faisait qu'énoncer une évidence, rien de plus.
«Je suis contente qu'il ait retrouvé son amie. Vous savez, j'en avais plus qu'assez de son air de chien battu.»
Face à ce trait d'humour, le capitaine rit de bon coeur.
— Retour à l'université, alors?
«Il faut quand même que je songe à obtenir mon diplôme… et à faire des rencontres, si je ne veux pas finir vieille fille.»
Cette fois, ils rigolèrent ensemble. Il se dit qu'il l'avait bien jugée. Intelligente, solide, sachant faire preuve de bon sens. Elle était le genre de personne qui allait de l'avant, sans s'attacher inutilement au passé. Une compagne idéale, en somme, pour le Docteur… s'il n'y avait pas eu Rose.
— Martha, il y aura toujours une place pour vous, à Torchwood.
Puis il ajouta d'un ton plus léger.
— …Et ce même si vous échouez aux partiels ou que vous vous dégottez un petit ami nigaud.
«Merci, mon bon sire. Je vais prendre ça pour des encouragements.»
Après qu'elle eut raccroché, il sourit. Voilà au moins une qui allait réussir à tourner la page. A la différence de Ross qui…
Un arôme subtile vint titiller ses narines, et pendant un instant, il fut rigoureusement incapable de penser à autre chose qu'à déguster, gorgée par gorgée, le café que Ianto venait de lui apporter. C'était la première tasse depuis qu'il était revenu à Cardiff.
— Toujours aucune nouvelle de Ross? demanda Ianto en s'asseyant en face de lui.
— Non, et je ne crois pas qu'on en aura avant longtemps.
L'ancien soldat de l'UNIT était parti à la recherche de Yumi. Celle-ci avait disparu, juste après que le Vaillant se soit posé sur une base militaire pour débarquer un équipage complètement ahuri.
— Il perd son temps, fit Ianto. Contrairement à Gwen et à moi, elle obéissait à Saxon de son plein gré.
C'est aussi ce qu'avait soupçonné le Docteur quand il avait appris l'utilité du pendentif que Ross lui avait arraché. Quel intérêt de faire porter une protection contre la psychogreffe à une psychogreffée?
— Elle suivait aveuglément ses ordres, soupira Ianto.
— Attends, sursauta Jack. Comment sais-tu que… ? Tu m'as pourtant affirmé que tu n'en gardais aucun souvenir de cette période.
Honteux, le jeune terrien baissa la tête et se mura dans un silence gêné. Le capitaine sentit l'inquiétude le gagner. Est-ce que par hasard il se rappellerait de l'avoir torturé?
— Rien que des bribes… finit par murmurer Ianto, confirmant ses craintes. Sous forme de cauchemars… Je suis vraiment désolé, Jack.
— De quoi?
— De ce que je t'ai fait subir.
L'homme immortel se leva immédiatement et contourna le bureau qui les séparait. Se penchant au-dessus d'Ianto, il prit doucement son visage entre les mains, l'obligeant à le regarder.
— Mettons les choses au clair, d'accord? Ce n'était pas toi. Et je t'interdis de t'en vouloir pour ce dont tu n'es pas responsable.
— Mais…
— Il n'y a pas de mais.
Hors de question de le laisser se tourmenter ainsi. Le Maître avait fait suffisamment de dégâts comme cela.
Le capitaine l'embrassa fermement sur le front, pour montrer sa résolution. Et puisqu'il y était, pourquoi ne pas descendre plus bas? Après ce qu'ils avaient vécu, ils méritaient bien un peu de détente. Les Weevils et autres créatures du rift pouvaient attendre…
Ils commençaient à être légèrement essoufflés lorsque Gwen débarqua, concentrée sur le journal du matin.
— Tu as lu ces inepties, Jack? Ils racontent que la disparition de Saxon est dû à une dépression nerveuse… Oh mon dieu, je repasserai plus tard!
Cramoisie, elle décampa avant qu'il n'ait eu le temps de lui répliquer quoi que ce soit. Il étouffa un ricanement, puis reporta à nouveau son attention sur Ianto.
— Où en étions-nous…
— Euh… Jack?
— Hmm?
S'écartant pour interrompre ses gestes d'affection, Ianto le dévisagea avec gravité.
— Tu ne vas pas repartir, n'est-ce-pas? Tu vas rester?
Jack considéra longuement ses yeux emplis d'angoisse. Repartir? Vers les étoiles, l'infini et au-delà, en compagnie du Docteur? Extrêmement tentant. Mais celui qui était devant lui l'était encore plus.
— Oui, acquiesça-t-il avec un sourire. Je vais rester.
OoOoO
Je ne veux pas rester.
Mais je ne peux pas partir…
Dans l'esprit de Rose planaient constamment ces deux lignes de pensées, reflétant parfaitement le lien qui l'avait enchaînée au Maître. Ainsi que les souvenirs le concernant, auxquels le Docteur aurait préféré de ne jamais avoir accès, s'il avait eu le choix. Mais comme ils constituaient l'unique chemin pouvant le conduire à son passé scellé, il essaya de ne pas trop y prêter attention.
Ce qui n'était guère facile. A la vue de certaines images, il dut faire de considérables efforts pour ne pas être submergé par de violentes émotions. Pas d'aussi triviales que la jalousie, non. Plutôt de la colère. Ce qu'elle avait vécu durant l'année écoulée était de la torture mentale, ni plus ni moins. Sans parler d'agressions physiques. Pour la première fois, la mort du Maître ne lui pesa pas autant sur la conscience.
— …Docteur?
Il inspira brutalement pour reprendre son emprise sur lui-même. Inutile de lui faire revivre ces moments pénibles en s'y attardant. Il continua donc son exploration et remonta jusqu'au jour où elle s'était réveillée dans le Tardis, au fond de l'océan.
Puis il buta contre un mur. Un rempart infranchissable, et incontournable, dont la seule entrée était solidement cadenassée. La forcer sans en posséder la clé - en l'occurrence un mot en gallifréen - pouvait briser l'équilibre psychique de Rose et la rendre folle. Et ça, c'était un risque qu'il ne pouvait pas courir.
Lorsqu'il ôta les doigts des tempes de Rose, elle ne regarda même pas en direction de son visage défait avant de murmurer:
— C'est ainsi, on n'y peut rien.
Le ton fataliste qu'elle avait employé le navra encore plus qu'il ne l'était déjà. Néanmoins, il tenta de lui remonter le moral aussi gaillardement que possible.
— Nous n'en sommes qu'au premier essai. Ne vous inquiétez pas, je finirai par trouver une solution. N'a pas encore été inventé le problème qui me résistera!
— Non.
Cela tomba comme un couperet. Puis elle ajouta avec un soupir.
— Ramenez-moi à Londres.
Il lui sembla qu'un poing de glace se formait au creux de son estomac. Bien sûr, il n'était pas naïf au point de croire que tout irait bien maintenant qu'ils s'étaient retrouvés. L'amnésie mise à part, il avait envisagé toutes sortes de difficultés, et fermement décidé à les surmonter. Mais jamais, oh grand jamais, n'y figurait celle où elle veuille le quitter.
— Je ne sais plus où j'en suis, poursuivit-elle. Il me faut faire le tri de tout ceci, dans le calme…
En s'apercevant de la pâleur du Gallifréen, elle s'arrêta. Visiblement, il était en plein désarroi. Dieu, qu'était-elle en train de faire à cet homme?
Il eut un début de mouvement, comme pour la prendre dans ses bras. Mais il se ravisa, et à la place, se contenta de saisir ses mains, qu'il serra avec force.
Tellement de mots se bousculaient dans sa tête… Des mots de tendre folie, qu'il avait bêtement refrénés quand ils voyageaient ensemble… Ceux que s'il les prononçait maintenant, sortiraient avec tant de passion que cela ne ferait que l'effrayer, la mémoire lui faisant défaut… L'éloignant de lui… Mais elle s'éloignait déjà.
Alors il s'humecta les lèvres et commença, avec un drôle de noeud dans sa gorge.
— Je ne veux pas vous imposer quoi que ce soit…
Je ne veux pas te perdre à nouveau.
— Surtout que pour vous, je ne suis qu'un étranger, mais…
Si seulement je pouvais mettre mes coeurs à nu devant toi…
— Nous pouvons réapprendre à nous connaître.
…Je le ferrais, pour te prouver combien tu m'es vitale, alors…
— Restez.
…Laisse-nous une chance de nous aimer.
Les yeux de la jeune femme s'agrandirent de confusion. Sans être télépathe, elle percevait toutes les paroles non dites, et également de leur sincérité. Libérant une de ses mains, elle toucha délicatement la joue du Gallifréen. Une douce chaleur remonta le long de son bras, la faisant frissonner.
— Vous ne m'êtes pas étranger.
Tous les fibres de son corps réagissaient au moindre son de sa voix, à chaque changement de son expression. Elle le connaissait donc… sans le connaitre.
— C'est très perturbant… Vous m'êtes inconnu, et pourtant vous me paraissez familier.
Seulement…
— Le problème…
Elle laissa retomber sa main, et de la lassitude se peignit sur son visage.
— C'est que je me sens usée. Je n'ai pas le courage de recommencer à tâtonner dans le noir, en essayant de découvrir qui vous êtes, ce que je suis, et de ce que nous étions l'un pour l'autre…
Au fur à mesure qu'elle continuait, le regard du Docteur s'assombrit. Ainsi, malgré ses efforts, elle le quittait. Et il n'y pouvait strictement rien.
— Non, vraiment, je n'en suis pas capable… pas pour l'instant.
A ces mots, il sentit s'allumer une lueur d'espoir. Pas pour l'instant? Ce qui signifiait… plus tard? Après avoir repris sa vie en main, et effacé l'ombre du Maître?
— Vous avez besoin du temps.
— Donnez-moi du temps.
Ils avaient parlé de façon simultanée. D'abord surpris, ils se permirent d'échanger un sourire. Ténu, mais un sourire tout-de-même.
— S'il le faut, Rose, j'attendrai.
S'il n'y avait que ça. Il était un Seigneur du Temps. Le Temps, c'était son affaire. Il était prêt à lui en accorder autant qu'elle le voulait, pourvu qu'elle lui revienne.
Elle le contempla en silence, ne sachant pas trop quoi lui répondre. Finalement, elle opta pour une brève pression sur la main qu'elle n'avait pas encore lâchée.
Il était le milieu de l'après-midi lorsque le Tardis atterrit à Londres. Sortant de la cabine, elle se demanda ce qu'elle allait faire maintenant. Faire comme tout humain de cette planète, sans doute: tenter de trouver sa place dans le monde.
Elle fit quelques pas, puis se retourna. Le Docteur se tenait à l'embrasure de la porte, la suivant des yeux.
— A un de ces jours, fit-elle.
…Peut-être, ajouta-t-elle en son for intérieur. A condition qu'elle parvienne à se reconstruire.
Il lui adressa un petit signe de la main. Il ne bougea pas, jusqu'à ce qu'elle eut disparu au milieu de la foule, puis rentra dans le Tardis.
Il lui parut affreusement vide et solitaire, comme à chaque fois qu'il se retrouvait seul. Mais il ne le resterait pas longtemps. Il enleva son manteau et retroussa les manches. Quelques révisions, et même quelques réparations s'imposaient, vu ce que le Maître avait fait subir à son cher vaisseau.
Ensuite, il partirait en voyage. Destination? Londres, bien sûr. Époque? Toujours le XXI ème siècle, avec un léger décalage par rapport à l'instant présent.
Il sourit. L'un des avantages de se déplacer dans le Temps résidait dans le fait qu'on pouvait prendre un raccourci. Quelques mois pour Rose, quelques battements de coeurs pour lui. Alors…
— A tout-à-l'heure, Rose.
Fin
Note de l'auteur — Oui, c'est la fin. Et oui, il y aura une suite. Forcément, avec toutes les questions que j'ai laissées sans réponses. La prochaine fic sera plus légère, plus joyeuse, bref, plus dans l'ambiance de la série.
Un grand merci et des tonnes de bisous à tous ceux qui ont eu la patience de suivre cette histoire jusqu'au bout. Et si vous avez le courage de subir une nouvelle fois une aventure à la sauce Asadal, rendez-vous à la prochaine histoire!
