Chapitre 3
A peine la porte s'était refermée sur Lily et Severus que les conversations reprirent dans la Grande Salle. James pouvait voir se matérialiser des centaines de questions sur le visage de son fils. Mais il avait promis à Lily que ce serait elle qui expliquerait tous les détails à Harry et cela en grande partie car s'était elle qui avait été au centre du plan imaginé et appliqué par Dumbledore. De plus, James avait gardé une partie de son caractère d'adolescent. Il préférait de loin être celui qui ferait rire son fils. Dumbledore n'avait pas rendu service à James en le faisait redevenir adolescent. La bonne vieille époque des Maraudeurs était de retour, Harry remplaçant Pettigrow. Celui-ci écoutait attentivement son père, son parrain et Lupin. Il les avait là, devant lui, ayant le même âge. Il avait déjà eu un aperçu de cette période en pénétrant dans la pensine de Snape. Harry avait pu voir que son père et sa bande n'étaient pas un modèle de gentillesse envers certaines personnes mais il s'en fichait éperdument de cela à cet instant. Ses parents et en particulier son père étaient idéalisés.
Cependant, il avait du mal à comprendre pourquoi sa mère restait avec son Professeur de Potions. Elle l'avait rassuré en lui disant qu'elle allait tout lui expliquer de A à Z mais qu'avant de faire cela, elle devait régler des affaires avec Snape. Elle était restée très évasive sur le genre d'affaires mais cela avait l'air urgent et personnel. Il avait été fortement intrigué par cela. Il n'avait jamais entendu dire que Snape et sa mère étaient amis ou s'adressaient la parole, ni même que Snape avait déjà eu des amis autres que les Serpentard à Poudlard. Il n'osait pas demander d'explication à son père. La discussion se serait réduite à des insultes plus ou moins gratuites envers Snape. Bien sûr, il ne portait pas le Maître des Potions dans son cœur mais il était intrigué par le regard de sa mère lorsque son père l'avait critiqué.
L'annonce du divorce de ses parents ne l'avait pas choqué plus que cela. N'ayant jamais eu le temps de les voir en tant que couple, cela ne faisait presque pas de différence. De plus, il avait des questions bien plus importantes en tête. Harry fut tiré de ses pensées par une main qui se glissait discrètement dans la sienne. C'était Ginny. Il formait un couple depuis un peu plus d'un an. Harry remarqua tout de suite la ressemblance frappante entre Ginny et sa mère. Ginny avait les mêmes cheveux d'un magnifique roux flamboyant. Ses yeux avaient la même couleur vert émeraude. Elle avait également le même visage aux traits fins et gracieux ainsi que le même petit air mutin lorsqu'elles souriaient. Elle était magnifique. James avait également remarqué la ressemblance mais aussi l'intérêt que lui portait son fils. Il avait autant de bon goût que son père. Il espérait seulement qu'il finirait ses jours avec elle comme il aurait voulu le faire avec sa Lily. Au lieu de cela, elle était redevenue Lily Evans quelques mois après que Lord Voldemort avait tenté de les tuer, eux et leur fils. Bien sûr, elle était restée très attachée à James, plus qu'avec Sirius et Lupin. Ils avaient gardé cette complicité intime mais il sentait bien que Lily n'attendait que le moment où elle retrouverait la liberté. Il avait pu comprendre et avait divorcé à contre cœur. Lily avait sûrement du avoir du mal à jouer avec les sentiments de James. Elle n'était pas totalement pure mais pas foncièrement mauvaise, bien loin de là. Ginny avait l'air d'être de la même trempe que Lily. Elle semblait vouloir attirer l'attention d'Harry pour qu'il la présente à son père, à en juger les regards en biais qu'elle lançait à James. Harry était sûrement trop euphorique et pensif pour comprendre. En tant que père, James se devait d'aider son fils.
- Harry, tu ne me présente pas ?, demanda James, en désignant Ginny du regard.
Cela eut l'effet de le sortir de ses pensées. Il posa sa main sur la table, toujours enlacée dans celle de Ginny.
Euh, oui bien sûr. Voici Ginny. Nous avons prévu de nous fiancer dans l'année.
- Enchantée de faire votre connaissance, Monsieur Potter, répondit timidement Ginny.
C'est précisément ce moment que choisirent Remus et Sirius pour éclater de rire. Les deux compères essayaient tant bien que mal de cacher leur fou rire. Plusieurs fois, ils voulurent s'expliquer mais ils leur étaient tout simplement impossible d'articuler le moindre mot. Lupin fut le premier à se reprendre.
Excuse-nous, Ginny. C'est le « Monsieur Potter » qui nous a fait rire. C'est un titre bien trop sérieux pour notre Prongs !
Enfin, je vois qu'on a choisi le bon moment pour revenir. Personnellement, j'adore les mariages !
- Nous ne sommes pas encore mariés Mons… Sirius !, corrigea tout de suite Ginny.
Sirius resta interdit, étonné par la repartie de la timide Ginny. Il baissa la tête en signe de défaite avant de lui adresser un large sourire. Lupin fit de même. Harry était aux anges. Sa Ginny avait l'air d'être bien acceptée par sa famille. Elle semblait à l'aise face à son père. A vrai dire, ils étaient tous les deux en grande discussion sur sa personne. Celui-ci écoutait d'une oreille. Il pensait à sa mère. Il aurait voulu qu'elle soit avec eux. Enfin … il aurait à un moment ou à un autre un instant d'intimité avec elle. En attendant, il avait son père, son parrain et Lupin qui discutait joyeusement avec sa future fiancée.
Elle est magnifique Harry, murmura James à l'oreille de son fils.
- Merci, répondit-il la voix tremblante.
James prit son fils par les épaules et l'enlaça contre lui. Harry se laissa bercer doucement. Il se fit violence pour retenir ses larmes. Il sentit une main caresser doucement ses cheveux en bataille.
- Je suis fier de toi Harry, laissa échapper James.
Ils se redressèrent et échangèrent un sourire. Pour la première fois de sa vie, Harry se sentait comme un enfant comme les autres, chose qu'il ne pensait jamais pouvoir être possible. Le grand Harry Potter, malgré tout ce qu'il avait vécu, ne rêvait que d'être un enfant comme les autres. Un enfant avec ses parents autour de lui pour le soutenir. Bien sûr, comme la vie d'Harry Potter n'est jamais comme celle des autres, ses parents étaient redevenus adolescents mais ils étaient là quand même. Il avait tant rêvé de l'époque des Maraudeurs, tant de fois regarder les noms de Prongs, Moony et Padfoot. Il imaginait son père en tenue de Quidditch, attrapant le Vif d'Or et offrant la victoire à Gryffondor. Il imaginait également Sirius, Remus et son père dans les dortoirs, passant leurs nuits à élaborer des plans pour visiter les endroits interdits de Poudlard. Mais bizarrement, il n'avait jamais pensé à sa mère en tant qu'élève à Poudlard. Il se la représentait souvent au dessus de son berceau ou dans sa maison de Godric's Hollow. Il savait seulement qu'elle était douée en Potions et qu'elle n'était pas tombée tout de suite dans les bras de son père, pas avant que sa tête se soit un peu dégonflée. Il avait du mal à la voir étudiante et encore moins amie avec son Professeur de Potions.
Mais après tout, pourquoi ne pas imaginer une amitié Gryffondor/Serpentard ? Surtout avec sa mère qui, d'après Remus, arrivait à voir le meilleur chez les gens. Peut-être que le Maître des Potions n'avait pas révélé tous ses secrets.
James contemplait son fils. Il avait l'air perdu dans ses pensées. Il pouvait facilement imaginer quel choc son fils avait pu ressentir en voyant ses parents, vivants, entrer dans la Grande Salle. Lily avait voulu qu'ils rencontrent leur fils en privé dans le bureau de Dumbledore mais James, habitué aux grands spectacles, avait préféré une entrée plus théâtrale, histoire de surprendre tout le monde et de remettre à plus tard les explications. Mais il se rendait bien compte qu'il ne pourrait pas reculer ce moment indéfiniment. Son fils était en droit de savoir la vérité sur son histoire, quitte à ce que cela chamboule complètement son univers. James espérait seulement que leur fils pourrait entendre la vérité sans leur en vouloir. La « mort » de Sirius avait déchiré le cœur de Harry. Ils leur avaient été difficiles de lui cacher le fait qu'il était encore vivant. Mais la mort de son parrain lui avait donné la force de continuer le combat contre Voldemort. James était légèrement jaloux de la complicité qui unissait Sirius et son fils. Il avait peur d'être relégué au second plan. Il ne supporterait pas de perdre et sa Lily et son fils …
On pourra même draguer des jolies filles de seconde année, s'exclama Sirius.
Padfoot … tu as toujours près de quarante ans, ne l'oublie pas, le raisonna Remus.
- On se limitera aux septièmes années majeures, surenchère James.
Les trois compères étaient fixés par la moitié des Gryffondor.
Je crois que vous avez choqué ces jeunes âmes pures et innocentes mes amis, lança Lupin.
- J'aurais bien aimé les voir eux … Rencontrer des femmes alors qu'on est sensés être morts. Les fantômes ne sont pas trop coopératifs. Enfin, ils nous restent notre chère MacGo, murmura James.
Cette remarque déclencha une vague de rire à la table des Gryffondor. James avait repris son rôle de meneur et d'adolescent populaire. Les Maraudeurs étaient bel et bien reformés.
Harry avait toujours eu des bons échos à propos de son père ou du moins des échos justes. Il en arrivait presque à plaindre Snape et à comprendre pourquoi il le haïssait autant. Il était totalement son antithèse. Son père était un bel homme, populaire, sportif alors que Snape était disgracieux, peu soigné, mal aimé, frêle … Sans savoir pourquoi, la question de Snape lui revenait sans cesse en tête, telle une litanie. Il avait son père sous les yeux et il dissertait mentalement sur son horrible Professeur de Potions. Harry décida de le chasser pour une énième fois de son esprit.
- Harry, murmura doucement Ginny.
Harry se tourna lentement vers elle en lui serrant un peu plus la main.
Ca va ? Tu ne parles pas beaucoup …
Avec mon père, il y a assez de Potter qui parlent pour aujourd'hui, lui répondit Harry en souriant.
- Ne t'inquiète pas, tu pourras voir ta mère bientôt. Elle te dira tout, j'en suis sure.
Harry opina du chef avant de retourner dans la conversation avec son père, son parrain, Lupin et ses amis. Il était bien décidé à attendre que sa mère revienne pour repenser à tout cela.
