J'avais envie de me cogner la tête sur les murs. Mais quel idiot! Je savais très bien que je n'aimerais pas ça, alors POURQUOI avais-je accepté? Et je n'avais toujours pas compris ce qui s'était passé lorsque j'avais plongé mon regard dans le sien.
Je montais dans ma chambre pour aller me changer, bien décida à tenir mon engagement, même si cela me répugnait.
J'enfilais une chemise blanche sans manche dont je laissais trois boutons détachés dans le haut et un pantalon noir auquel était accrochée une chaîne en argent assez massive. Je passais mes bagues à mes doigts et mettais un collier avec une tête de mort, en argent elle aussi. Finalement, je passais une ceinture en cuire et je fus enfin satisfait de mon reflet dans la glace. Ne me restait plus qu'à arranger mes cheveux et le tour serait joué. Je passais le reste de l'après-midi à lire tout en écoutant de la musique, habitude nouvellement acquise qui datait de la dispute que nous avions eu, lui et moi.
Il arriva avec cinq minutes de retard, cinq minutes de moins en enfer, et eut l'air surpris de me voir, je me demande bien pourquoi.
-T'es prêt?
Il m'avait l'air mal à l'aise, ce qui me mettait moi aussi dans l'embarras.
-Euh… je prend ma veste et j'arrive… répondis-je, incertain.
-Alors, je vais t'attendre dehors, répondit-il avant de sortir.
Il s'adossa à sa moto tandis que je trouvais enfin la veste parfaite pour compléter mon ensemble, dans le placard de l'entrée.
Je sortis ensuite à l'extérieur où il m'attendait, l'air impatient, fumant une cigarette qui dégageait une forte odeur.
Mon regard tomba sur les casques qui étaient sur le banc et je réalisais que mes efforts pour me coiffer allaient être bousillés.
-Merde, marmottais-je, énervé.
Bien sûre, il m'entendit.
-C'est à côté, on peut marcher si tu veux…
J'acquiesçais d'un signe de tête, soulagé. Je n'avais pas idée à quel point ça me serait utile, ce soir-là.
* * *
Nous arrivâmes devant la maison et je failli rebrousser chemin. Niikura m'en empêcha, évidemment. Nous entrâmes et fûmes accueillis par un mec assez grand aux yeux brillants, aux cheveux bruns et au sourire d'annonce de dentifrice. Ne faisant pas attention à lui, Niikura continua son chemin, se frayant un passage au travers des gens et je tentais tant bien que mal de le suivre. Nous débouchâmes finalement sur la cours arrière où certains étaient installés dans des chaises longues, alors que d'autres se baignaient dans la piscine creusée.
Loin d'être impressionné, tout comme moi d'ailleurs, ma maison faisait le double de celle-ci minimum, Kaoru alla se planter devant un mec à la dentition très prononcée, il avait des dents de cheval à dire vrai, et au corps squelettique, son teint pâle lui donnant l'air malade. Il portait les cheveux longs et noirs, accentuant l'impression cadavérique de sa personne.
-Hé, Kaoru! T'as pu venir! Dit le cheval de sa voix grave.
Son sourire accentuait sa ressemblance avec l'animal et je me surpris à ricaner.
-Ouais, déclara mon ami tout en me jetant un regard indéchiffrable.
Ils se mirent à discuter de choses plus ou moins intéressantes, je laissais donc mon attention dériver et promenais mes yeux sur les gens qui se trouvaient là. Ils étaient tous aussi indifférents à moi que je l'étais à eux. Un groupe de clones.
Puis, mes yeux se posèrent sur une fille qui, tout comme moi, se tenait à proximité d'un groupe de personnes dont elle ne s'occupait pas. Je la détaillais plus attentivement que les autres convives.
Elle portait quelques chose d'assez chic compte tenu de l'événement, un chemisier rose avec un jupe noire qui descendait jusque sous ses genoux. Ses longs cheveux noirs coulaient de chaque côté de son visage telle un chute d'encre. Lorsque j'arrivais au visage, je m'aperçu qu'elle me regardait aussi, attendant sûrement que j'arrête de la jauger, ce que je fis. Revenant à la réalité du moment, je réalisais que Ichigo venait d'arriver et qu'elle était déjà pendue au bras de mon autre idiot. Je me demandais un instant ce qu'elle faisait là, puis laissais tomber et allait me chercher à boire.
Évidemment, il n'y avait pas de boissons non-alcoolisées, je du donc me résigner à prendre un verre d'eau. Alors que je me détournais de l'évier de la cuisine, là où j'avais puisé mon eau, la jeune fille aux cheveux d'encre apparut soudainement devant moi, me faisant sursauter et reculer de deux pas. Une sensation humide au niveau du nombril m'avertit qu'au moins une partie de mon verre venait de se jeter sur moi. Sans se soucier de ce léger détail, la fille s'avança jusqu'à ce qu'à peine deux centimètres nous séparent.
-Tu es venu ici avec Niikura, n'est-ce pas?
Je fus désarçonné par la question trop directe et plutôt inattendue dont les intonations étaient à a fois froides et alarmantes.
-En quoi ça te regarde? Répliquais-je, glacial, frustré par son attitude.
Elle ne sembla pas remarquer mes manières désagréables, car elle me répondit sur le même ton que précédemment.
-Il est dangereux… ne traîne pas avec lui…
Hein?
Mon visage criait sans doute plus fort que je ne le pensais ce simple mot, car elle voulu insister, mais en fut empêchée par le « danger » qui arriva sans crier gare.
-Riku-chan, -mon visage garda sa composition ahurie, ce surnom étant nouveau de la seconde précédente-, qu'est-ce que tu fais?
Je tournai mon regard vers la fille, mais elle s'était détournée et partais dans la petite foule.
-Je me prenais un verre d'eau, m'entendis-je dire.
À son ricanement, je me rappelais la sensation d'humidité sur mon ventre.
-Je ne savais pas qu'on pouvait boire par le nombril! Dit-il bêtement.
-Imbécile… dis-je en déposant le contenant à moitié plein sur le comptoir.
Je me frayais un chemin entre les invités, sachant qu'il me suivrait, et sortis par la porte d'entrée, sûre qu'il n'y aurait personne sur le terrain avant. Je me rendis jusqu'à la chaîne de trottoir où je m'assis pour prendre une grande bouffée d'air. Il s'appuya sur le panneau de traverse piéton, un étrange sourire flottant au coin de ses lèvres, ses yeux rivés sur moi.
-Tu connais Satsuki? Me demanda-t-il, ce qui me laissa perplexe.
Satsuki…? La fille qui venait de me dire que Kaoru était dangereux pour moi?
-Non… c'est elle qui est venue me parler.
S'en suivit un silence des plus appréciable. J'étais épuisé par le fait même d'être avec lui, alors lorsque nous étions entourés de plus de cent personnes, j'avais beaucoup de difficultés. J'aurais pourtant, invraisemblablement, bien aimé passé un peu plus de temps assis sur cette chaîne de trottoir, seul avec lui. Mon orgueil me déconseillait de lui faire part de cette envie.
-Tu veux qu'on parte? On pourrait aller chez toi…
Sa voix avait une intonation que je ne compris pas, mais j'étais soulagé de voir que, comme à l'habitude, il savait précisément ce que je voulais. C'était un peu comme si on se connaissait depuis toujours.
-On pourrait aller chez toi plutôt? Je déteste l'endroit où je vis…
Il se redressa et m'ébouriffa les cheveux avant de commencer à longer la rue. Je me relevais d'un bond et le suivis. Nous marchâmes durant un long moment, parlant peu, mais se regardant beaucoup. Nous finîmes par atteindre ma maison où mon ami récupéra sa moto. Je dus me résigner, cette fois-ci, à mettre ce satané casque et je montais derrière Niikura après qui je me cramponnais solidement, plus par besoin de proximité que par peur de tomber. Je crois qu'il avait compris ce geste bien avant moi.
* * *
La route défila un bon moment avec, pour seule parcelle de vie, la lumière des lampadaires qui étaient disposés à tous les dix mètres. Nous atteignîmes ensuite un quartier un peu plus animé, quoique pauvre. Alors que nous passions devant un bar de danseuses miteux dont je ne me souvins même pas du nom, il ralentit et alla se garer au coin de la rue. Il descendit de l'engin et je m'apprêtais à faire de même lorsqu'il m'en empêcha.
-Reste ici et attend-moi. Je reviens dans un instant.
Il me tendit ensuite son casque après quoi, chose plutôt stupide, il posa des verres fumés dans son visage et fouilla dans la banquette de la moto afin de prendre quelque chose que je n'eu pas le temps de voir. Il partit ensuite vers le bar dans lequel il pénétra sans difficulté.
Vint finalement l'attente. J'étais assis seul sur une moto, un casque à mes pieds, l'autre dans mes mains, dans un quartier que je ne connaissais pas devant un bar minable attendant de voir reparaître le seul lien que j'avais avec l'endroit. Je m'armais donc de patience et attendis.
Dix minutes… J'essayais de trouver dives points de repaire afin de pouvoir aller me promener dans les alentours sans me perdre…
Quarante minutes… Je me mis à me lever puis me rasseoir sur l'engin, me disant que si Kaoru revenait sans que je sois là, il m'en voudrait. Cela dura une bonne vingtaine de minutes… Ensuite je me levai et me mis à arpenter la rue sur laquelle j'étais de long en large.
Une heure trente-cinq… Revenant à mon poste initial, je ne tint pas plus de cinq minutes avant de me lever et de pénétrer à mon tour, assez facilement, dans cet endroit de merde. Et le mot « merde » est assez faible pour le décrire. Néon qui ne cessent de s'allumer pour s'éteindre seuls, des taches indéfinissables sur le plancher, les murs de bétons recouvert d'une peinture jaune moutarde écaillée, une ambiance pathétique, des danseuses sans talent et qui n'ont rien de danseuses de club réputé, de vieux pervers à moitié assommés par l'alcool qui se font voler leur argent par les danseuses et les serveuses. Le lieu était vraiment pitoyable.
Je m'avançais au petit comptoir qui servait de bar et je demandais au barman s'il n'avait pas vu Kaoru passer, (je le lui décris, bien évidemment).
Ce dernier me pointa une cabine close où se font les danses privées. Sans un regarde pour la jeune femme à moitié nue qui tenta de m'attirer à elle, sans doute éblouie par mon physique soigné et mon allure distinguée, je me dirigeais vers ladite cabine.
Bien que le barman m'eut déconseillé d'aller le déranger, j'ouvris la porte et vis Kaoru ainsi qu'un homme endormis à côté de lui, la tête sur l'épaule de mon chauffeur, tous deux assis sur une banquette, face à une jeune femme qui se trémoussait de manière assez grotesque, donnant l'impression qu'on apprenait le flamenco à un cèdre. Niikura se tourna vers moi dès que je glissai la porte et je vis dans ses yeux que je n'aurais pas dû faire ça. Il me fit un geste de la main me signifiant de sortir, après quoi il me montra cinq doigts, signifiant sans doute qu'il me rejoindrait dans cinq minutes. Satisfait de le voir se presser, je refermai la porte.
Alors qu'il ne manquait que trois centimètres avant que la porte soit close, je distinguais une chose assez anodine dans la poche de Niikura. Un manche noir qui n'aurait pas dû s'y trouver, reconnaissant quelque chose que je n'aurais jamais imaginé voir en vrai.
* * *
J'étais assis sur la moto, complètement perdu dans mes pensées, lorsqu'il se décida enfin à sortir de là. Je ne le regardai évidemment pas, concentrant toute mon attention sur ses bottes, qui étaient par ailleurs des plus sales.
Bien sûre, mon attention ne pu être retenue très longtemps sur ce mystère d'impureté, mon inquiétude me poussant à regarder le visage de Kaoru.
Et merde, il était en colère… En GRANDE colère…
Pourtant, comme à son habitude, il ne s'emporta pas. Il préféra prendre son casque, s'installer sur sa bécane et démarrer en trombe au moment où je passais mes mains autour de lui.
Nous cheminâmes donc à une vitesse folle jusqu'à chez lui, qui se trouvait à une quinzaine de minutes de l'endroit lorsqu'on roulait à une vitesse moyenne. Le quartier n'était ni riche ni pauvre, les gens de condition moyenne résidaient en ces lieux.
Kaoru nous stoppa devant un bloc appartement de dix étages en briques beiges, me fit descendre de la moto et alla se garer tandis que je devais l'attendre à l'entrée.
Il nous fit ensuite monter quatre étages à une telle vitesse que je ne pus vraiment distinguer l'apparence du couloir et du hall. Lorsque nous atteignîmes la porte 4-51, il nous arrêta brusquement et sortit de ses poches un trousseau de clés. Il déverrouilla la porte et e fit entrer le premier. Je retirais mes souliers et ma veste et allais l'attendre dans le salon. Il me suivait d'à peine quelques secondes.
-Tu pouvais pas attendre que je sorte? Explosa mon bel enragé.
Je lui aurais fait bouffer ses lunettes de soleil. L'attendre? L'ATTENDRE? Il m'a laissé poiroter sur son engin de malheur pendant une heure et demi et trouve que je manque de patience?
-T'es qu'un enfoiré! Lui hurlais-je en me relevant d'un bond.
Je pris mon manteau, enfilai mes souliers en
vitesse et sortis avant même qu'il n'ait réaliser ce que je
faisais. Je redescendis les quatre étages sans rien voir et je
fonçais à l'extérieur, tournant sur le premier bout de trottoir
que je vis. Je continuais ma route sans même regarder où j'allais,
jusqu'à ce que j'atteigne une ruelle plutôt sombre.
Soudain,
des mots que Kaoru m'avait déjà dit illuminèrent mon esprit :
« Je t'ai plusieurs fois observé lorsque tu te déplaçais
dans l'école et, pour tout te dire, tu es beaucoup trop absent ».
À ce moment-là, je lui donnais totalement raison. Je venais de
m'aventurer seul dans des rues que je ne connaissais pas, loin de
chez moi, sans regarder où j'allais et sans m'en soucier.
C'était le comble de l'imbécillité pour quelqu'un qui
déteste les imbéciles.
J'étais arrivé à la moitié de la ruelle et il y faisait beaucoup plus sombre que je ne l'avais imaginé.
Soudain, j'entendis un bruit provenant de plus loin devant moi. Mue par l'instinct de survie, je fis volte-face pour retourner sur mes pas, mais je tombais nez à nez avec un mec de quoi, six pieds sept, musclé comme un futur culturiste, de courts cheveux sombres ainsi qu'une gueule à faire fuir un doberman en plein mode attaque, ce qui me figea littéralement sur place. Sans dire un mot, il m'envoya un poing en pleine figure qui me projeta au sol. Étalé de tout mon long, je pus voir qu'un autre gars, beaucoup plus frêle, s'avançait avec un sourire sadique.
-Alors, comme ça, ma petite chérie, tu te promènes toute seule en pleine nuit accoutrée ainsi?
Sa voix était tellement nasillarde que j'aurais pu en rire si je n'avais pas été dans une telle position.
Je tentai d'articuler quelque chose tout en me tournant sur le côté, mais l'armoire à glace me ficha son pied dans l'estomac, ce qui me coupa le souffle et me fit retomber sur le dos. Il m'en ficha un autre dans les côtes, et j'en sentis au moins deux craquer, ce qui déclencha des cris de morts chez moi. Le maigrichon intima à l'autre de me faire taire, il me mit donc la main sur la bouche.
-Boss, je crois que je lui en ai déjà cassé deux… dit le géant en me regardant me tortiller de douleur.
Haussement d'épaules de la part dudit boss. Il s'avança vers moi et prit mon visage entre ses mains.
-Je hais les tarlouzes dans ton genre… -il me cracha dessus-, elles me donnent envie de vomir…
Ça aurait du être moi qui prononçait ces paroles. Ce mec était une vraie ordure, un porc de la pire espèce sans aucun respect pour personne d'autre que lui-même. Et puis, je ne me considérais pas tarlouze, alors je ne voyais pas pourquoi il en avait après moi.
-Espèce de taré… m'entendis-je lui craché.
Je déteste les imbéciles disais-je donc plus tôt, alors POURQUOI avait-il fallu que je lui dise ÇA?
Il me dévisagea un moment, puis son sourire sadique réapparut et je su que j'allais passer un mauvais quart d'heure.
-Même en aussi mauvaise posture, tu peux pas empêcher de sortir des saletés hein? Il prit mon menton du bout des doigts. T'as quand même une belle gueule, faut l'admettre…
Il fit signe au gorille qui me prit, me tenant les bras derrière le dos, et qui m'installa sur mes deux genoux. Le boss approcha à quelques centimètres à peine de mon visage. Mettant une main dans mes cheveux, il les tira avec tant de force que j'en lâchais un cri de douleur et de rage.
-J'vais te la fermer moi, ta jolie gueule, ma petite… siffla-t-il entre ses dents.
Je me figeais net.
Pas ÇA… Tout sauf ÇA!
Il lâcha mes cheveux, entraînant quelques unes des mes mèches blondes au passage, afin d'entreprendre d'ouvrir la fermeture éclaire de son pantalon. J'écarquillais les yeux d'horreur et me mis à prier en silence.
Je le regardai avec dégoût sortir son sexe de son caleçon et se mettre à se branler devant moi pour le raidir et le préparer à s'enfoncer dans MA gorge.
Je pensais tout de suite aux moyens que j'avais d'y échapper, me mettre à hurler comme un dément et si ça échouait, lui mordre la queue jusqu'à ce qu'elle saigne.
Mes illusions furent bien vite détruite lorsque le boss sortit une lame de sa poche arrière et qu'il la tendit à son gorille, qui lui-même la glissa devant ma gorge de manière à ce que je me tienne tranquille, ce que je me résignais à faire avec répugnance.
Il avança son horrible membre durcit jusqu'à mes lèvres, et c'est avec répulsion que je les desserrai pour le laisser passer. Le boss appuya fortement sur ma tête pour que j'enchaîne sur un mouvement de va et viens commun à ce genre de pratique, ce que je fis, les yeux fermés, ne pensant à rien et tentant de chasser les haut-le-cœur et les larmes qui s'en prenaient à moi.
Lorsqu'il eut atteint son quota, il déversa son écœurant liquide dans ma bouche et je m'empressai de le recracher dès qu'il eut retirer sa verge de mon gosier.
Me voyant faire, il me frappa de nouveau dans les côtes.
-Il va falloir qu'on recommence, puisque tu t'entêtes à ne pas avaler, ma chérie…
Alors qu'il avançait de nouveau cette chose écœurante devant mon visage pétrifié dans un sentiment de dégoût, on entendit un coup de feu.
Le son fut suivit de la tombée du couteau qui me menaçait au sol ainsi que, par le fait même, de l'écroulement du gaillard qui me retenait face à l'horrible objet de mes souffrances.
Je tournais la tête vers l'endroit d'où provenait la balle et j'eus la surprise de voir Kaoru, un pistolet à la main, le regard complètement insensible braqué sur le boss. Sachant que je n'avais, en partie, plus rien à craindre, je ramassais le couteau qui était tombé devant moi pour ensuite tenter de me remettre sur pied, pour finalement me traîner jusqu'à mon ami et sauveur.
Tout cela sans que mon agresseur ait bougé d'un centime, le pénis encore à l'air libre.
-Je crois que c'est fini pour toi, Sawatari, entendis-je mon sauveur enchaîner sans qu'aucun sentiment humain ne puisse être perçut dans sa voix.
L'autre le regarda dans les yeux durant un instant, la peur à l'état pur émanant de chaque partie de son corps, et c'est à peine s'il vit le coup venir lorsque Kaoru baissa son arme, le pointant vers le membre, qui n'était plus du tout ériger, et qu'il appuya sur la gâchette, marquant sa cible en plein centre.
Le maigrelet s'écroula, la bouche ouverte sur un cri qui ne réussit pas à sortir.
Satisfait, Niikura me prit par le bras et m'entraîna bien loin de cette scène dégueulasse.
* * *
Il m'avait traîné sur deux rues, peut-être trois, avant que je ne lui cri de me lâcher. Mes haut-le-cœur ne m'avaient pas quitté et lorsque j'eu le bras libre, je fonçais au premier buisson que je vis et je régurgitai tout ce que j'avais pu manger ce jour-là. Lorsque mon corps cessa d'expulser le contenu de mon estomac, je voulu mettre mes doigts au fond de ma gorge pour continuer à vomir et à expulser les déchets qui avaient pu entrer en contact avec mon être durant cet horrible moment. J'en fus bien entendu empêché par Kaoru qui me dit que c'était sans doute déjà totalement sortis puisque c'était la dernière chose que j'avais ingurgiter. Sur le coup, cette réponse me parut suffisante et je me retins, mais plus tard, j'y repensais en me disant que c'était absurde.
Après avoir cracher encore un peu, je me redressais et allais m'asseoir un peu plus loin, dans l'herbe. Kao s'installa à quelques millimètres de moi et attendit que je me reprenne. Cela prit un long moment durant lequel je ne faisais que respirer bruyamment, autant pour me remettre du choc que pour m'empêcher de pleurer. À un moment donné, je sentis le bras de Niikura qui m'entourait les épaules et c'est à cet instant que je réalisais que je tremblais comme une feuille. Je me blottis contre lui tout naturellement, à la recherche de réconfort.
Nous restâmes ainsi une bonne heure.
Soudain, il bougea et je sentis la cross de son pistolet frôler ma hanche.
-Pourquoi t'as une arme…? Est-ce que tu l'as aussi utilisé sur le gars du bar? Demandais-je alors, sachant que je regretterais sans doute d'avoir poser cette question.
Il me regarda avec des yeux tristes tout en soupirant.
-Ouais… répondit-il en regardant devant lui.
Ses traits et sa voix étaient chargés d'amertume et de tristesse qui m'accablèrent. J'aurais voulu décrisper son visage tiré par le chagrin, mais je ne savais pas comment. Après ce que j'avais vécu, ça aurait du être moi qui se faisait consoler, mais devant son abattement face à ce qu'il était, et nous le savions tous les deux ce qu'il était, un tueur, je ne pouvais pas rester indifférent. Soudain, je levai la tête, me tournai ver lui et me redressai pour que nos yeux soient à la même hauteur. Puis, poussé par je ne sais quelle idée farfelue, je déposais mes lèvres sur les siennes, passant l'une de mes mains dans ses cheveux et l'autre dans son dos. Le plus surprenant fut sans doute que, mue par un sentiment encore plus délirant que le mien, il m'emprisonna dans ses bras et m'attira à lui tout en mettant sa langue dans ma bouche.
Étrangement, aucun de nous deux ne repoussa
l'autre ou ne parut surpris.
C'était tout simplement naturel
que nous soyons tous les deux ensembles.
À suivre…
