Je remontais lentement l'escalier menant à la chambre.
Comme à chaque nuit, j'étais descendu à la cuisine pour prendre un verre de whisky avant de retourner me coucher, le marbre froid ayant depuis longtemps cessé d'avoir un quelconque effet sur mes pieds nus. J'avais pris le temps de regarder la photo de nous deux, souriants, qui était accrochée sur le mur en face de moi.
Nous étions si jeunes à cette époque.
Nous étions heureux.
* * *
« Kaoru dormait si profondément que je pu à loisir me retourner dans le lite. Après m'être dégourdi, je laissais mes yeux se poser sur lui. Son visage était paisible lorsqu'il dormait, quoique sa bouche semblait tirer sur une grimace de tristesse.
Tout en étant la pire nuit que j'eu jamais connue, c'était sans doute la meilleure nuit que j'eu jamais vécue. »
* * *
J'avais fini mon verre, que j'avais déposé ensuite déposé sur le comptoir, et étais parti en direction de la salle de bain. Marchant silencieusement, j'avais laissé courir mes mains sur les murs blancs, cherchant un contact solide auquel me raccrocher.
Un bain me ferait sûrement le plus grand bien.
* * *
« Après être allés à l'hôpital, Kaoru m'avait ramené chez lui, contre le gré des infirmières qui avaient tenté de l'en empêcher, mais qui reculèrent devant son regard de tueur.
Nous avions fait le chemin en silence sur sa moto, qui m'était tout à coup beaucoup moins hostile qu'à l'heure précédente. »
* * *
C'était sans doute une habitude de fille, mais j'avais allumé quelques chandelles et éteins les lumières avant de laisser glisser mon peignoir sur le sol et d'entrer dans l'eau.
* * *
« Un peu avant quatre heures du matin, il se réveilla à son tour et un sourire naquit sur son visage, en déclenchant un chez moi au passage.
-Salut, dit-il, amusé par cette réaction si peu commune chez moi.
Je me blottis contre lui et l'embrassai dans le cou.
-Je t'aime… lui dis-je, pour la première fois.
Ces mots étaient partis d'eux-mêmes du plus profond de mon cœur et je n'avais pu les retenir.
Étrangement, il se figea et retint son souffle. Après un moment, il se relâcha et poussa un énorme soupir avant d'embrasser mon cuir chevelu.
-Riku, il faut que tu saches… commença-t-il.
-Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? le pressais-je, alerte, lui arrachant un sourire amer.
* * *
Cela devait faire quarante-cinq minutes que j'étais dans l'eau lorsque j'ai décidé d'en sortir. Je me sentais plus calme grâce à la chaleur. Après m'être séché, j'avais remis mon peignoir et éteins toutes les chandelles, replongeant la maison dans le noir.
* * *
« Kaoru était parti depuis trois jours. Il avait un travail de longue durée assez bien payé à Osaka.
Il me parlait de moins en moins et prenait ses boulots de plus en plus loin. Il avait même eu une mission à Seoul trois mois plus tôt.
Ses baisers n'étaient plus les baisers passionnés que j'avais connus. Ses regards à mon égard étaient de plus en plus froids. Les étoiles que je faisais naître dans ses yeux quelques années plus tôt avaient totalement cessée d'exister.
Nous ne faisions même plus l'amour. »
* * *
« -Tu me promet que tu le feras? Me supplia-t-il.
J'acquiesçais silencieusement, un peu à contre-cœur. Même si à ce moment, cette promesse me rebutait, je savais que le moment venu, s'il y en avait un, je serais prêt. Je savais que nos âmes étaient liées et que, le moment venus, nous serions prêts tous les deux. »
* * *
Je sortis de la salle de bain en pleine transe.
Il fallait que je tienne jusque là.
Ce n'était pas le moment de flancher.
* * *
« Lorsqu'il est rentré, il a, comme a son habitude, simplement refermé la porte silencieusement, tandis qu'il me croyait encore endormi. Alors qu'il commençait à monter l'escalier pour aller se coucher, je me levais gracieusement de ce lit king que nous partagions et j'entrepris de descendre lesdits escaliers.
Lorsque nos regards se croisèrent, je su que c'était fini. »
* * *
« Ce soir-là, après l'échange de regards indifférents, j'allai le voir, soucieux de lui parler de tout, de rien. Il fallait que je le confirme. Il fallait absolument que j'en sois sûre. Cependant, lorsque je pénétrais dans la chambre, il me tomba dessus et m'embrassa ardemment. Bien que ce baiser ardent n'ait rien d'aimant, j'y répondis comme si ma vie ne dépendais.
Non pas la mienne… La sienne…
Je le poussais jusqu'au lit et il me laissa faire.
Nous fîmes l'amour ce soir-là pour la première fois depuis des mois.
Pourtant, je savais que tout était fini.
Je savais qu'il ne m'aimait plus… »
* * *
Je remontais lentement l'escalier menant à la chambre.
Comme à chaque nuit, j'étais descendu à la cuisine pour prendre un verre de whisky avant de retourner me coucher, le marbre froid ayant depuis longtemps cessé d'avoir un quelconque effet sur mes pieds nus. J'avais pris le temps de regarder la photo de nous deux, souriants, qui était accrochée sur le mur en face de moi.
Nous étions si jeunes à cette époque.
Nous étions heureux.
Je repensais à nos ébats de la veille en gravitant ces marches de bois qui me semblaient beaucoup plus froides que ces dalles de marbre à mesure que l'une d'elle s'éloignait de mes pieds. C'était sans doute dû au rapprochement de l'accomplissement de ma promesse.
Arrivé en haut, je tournai vers la chambre. Il ne dormait plus depuis un moment. Seulement, il fit semblant, pour ne pas abattre mon courage. Il savait pourtant plus que n'importe qui que dès qu'il était réveillé, je le savais.
Passant la porte, je me rendis à sa table de chevet. J'ouvris le tiroir contenant son Beretta 92 F en acier inoxydable. Celui qui m'avait sauvé la vie, dix années auparavant.
Je le serrais fort dans ma main pendant un long moment. Kaoru bougea, s'impatientant.
Crispant la mâchoire, je montais sur lui, sur le lit. Il leva la tête vers moi dans un sourire serein.
-Tu sais ce qu'il te reste à faire mon amour… dit-il avec une note de résignation dans la voix.
Je l'embrassais tendrement.
Peu importe qu'il ne m'aime plus, je l'aimais toujours et je continuerais à l'aimer jusqu'à la fin de ma vie.
Je levais l'arme et, tout en continuant de l'embrasser, l'appuyais sur sa temps. Lorsque finalement, je reculais mon visage pour contempler ses yeux, qui se fermèrent alors, j'appuyais sur la détente.
* * *
« -Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? le pressais-je, alerte, lui arrachant un sourire amer.
Il m'embrassa à nouveau sur le front, dans les cheveux, dans le cou. Sa manière de m'embrasser était devenue triste, comme s'il dépendait de mon être tout entier à cet instant.
-Il faut que tu saches que le jour viendras où je deviendrai fou à cause de mon boulot, continua-t-il. Il faut que tu saches que, peu importe l'amour que je te porte en ce moment, ce jour-là, je n'éprouverai plus rien pour toi. À ce moment-là, je t'en supplie, tue-moi.
Je relevais la tête pour l'embrasser.
-Je ne crois pas en avoir la force un jour, mais si c'est ce que tu veux, c'est d'accord.
-Tu me promet que tu le feras? Me supplia-t-il.
J'acquiesçais silencieusement, un peu à contre-cœur. Même si à ce moment, cette promesse me rebutait, je savais que le moment venu, s'il y en avait un, je serais prêt. Je savais que nos âmes étaient liées et que, le moment venus, nous serions prêts tous les deux. »
OWARI
