Auteur : Mystearica
Traductrice : Hermi-kô
Deux mois, quatorze jours, six heures
Cela faisait deux mois, quatorze jours, six heures et trente-cinq minutes qu'il l'avait vu pour la dernière fois.
Konoha avait essayé de retourner à une vie normale. Puisque tout ce qui s'était passé avait concerné Miu, il sentait qu'il avait suffisamment inquiété ses amis : ils n'avaient pas besoin d'être encore inquiets à son sujet. Non. Même elle l'avait dit : il devait trouver sa propre voie. Faire sa percée dans le monde. Vivre sa vie à lui. Partager ses dons avec le monde.
Mais j'étais uniquement capable d'écrire parce qu'elle était là pour m'inspirer, s'était-il souvent rappelé. Depuis qu'elle est partie, je n'ai pas été capable d'écrire une seule ligne.
Les deux mois, quatorze jours, six heures et trente-cinq minutes où il ne l'avait pas vu étaient deux mois, quatorze jours, six heures et trente-cinq minutes de trop.
Konoha soupira, allongé sur son lit, sur le dos, les yeux dirigés vers le plafond. Il passa une main dans ses cheveux bruns courts. Il commença à compter les points de plâtre qui constellaient son plafond. Il essayait de se persuader que c'étaient des étoiles, tout un firmament… comme Miu et lui le faisaient lorsqu'ils étaient enfants.
Il réalisa qu'il n'y arrivait pas. Son inspiration était partie. Envolée avec elle il y a deux mois, quatorze jours, six heures et trente-cinq minutes.
Konoha remarqua ce qui se passait dans son esprit, se mit sur son séant, secoua la tête et se frappa les joues pour s'éviter de retomber dans un trip émotionnel*. Il avait besoin de se distraire.
Miu. Miu serait une bonne distraction. Miu adorerait être sa distraction. Il devait l'appeler.
Sa main récupéra son téléphone dans sa poche, un sourire flottant sur ses lèvres. Oui. Il allait appeler Miu, passer du temps avec elle et oublier que cela faisait deux mois, quatorze jours, six heures…
Alors qu'il faisait défiler la liste de ses contacts toutefois, son train de pensées s'interrompit.
Ah, oui. Ça lui arrivait à chaque fois. Il était sur le point d'appeler Miu, mais le nom juste avant était toujours …
Amano Tooko.
Il avait encore son numéro de portable bien qu'il n'avait jamais osé en faire usage. Evidemment il y avait pensé. Plusieurs fois en fait. Mais à chaque fois qu'il allait appuyer sur le bouton d'appel, il s'était retenu.
Non. Elle était sans doute occupée. Hokkaido devait la garder occupée. Elle n'avait probablement pas le temps de lui parler.
Pourtant il voulait lui parler, lui.
Il avait besoin de lui parler.
Konoha sélectionna son nom, le pouce tremblant survolant le bouton d'appel.
C'était juste un bouton.
Juste un bouton.
Il devait …juste le presser. Presser le bouton.
Presse le bouton, Konoha.
Il y eut un bip. Comme si c'était mécanique, Konoha mit le téléphone à hauteur de son oreille, juste à temps pour entendre une voix à l'autre bout du fil.
« Ce numéro n'est plus en service. Veuillez vérifier que le numéro que vous avez composé est correct. »
Konoha n'avait même pas remarqué les larmes coulant sur ses joues alors qu'il lâchait le téléphone, finissant l'appel.
Et puis pressa le bouton de nouveau.
Lorsqu'il entendit le même message que tout à l'heure il raccrocha et réitéra son appel. Il pressa le bouton une nouvelle fois. Il pressa le bouton, encore et encore, et à nouveau.
C'était comme s'il voulait rattraper toutes les fois où il ne l'avait pas pressé. Finalement, il pressa le bouton pour la dernière fois, ramenant le téléphone près de son oreille.
« Ce numéro n'est plus en service. Veuillez vérifier que le numéro que vous avez composé est correct. »
« Tooko-senpai ? » Dit-il dans le combiné, sa voix vibrant avec les émotions dévalant son visage. Il savait qu'elle n'avait pas décroché. Il savait que ce n'était pas sa voix. Il s'en fichait.
« Ça fait deux mois, quatorze jours, six heures et quarante-cinq minutes que je t'ai vu. Je voulais juste te dire que tu me manques. Tu me manques et … je t'aime. Et je veux que tu reviennes. Je sais que tu veux que … q-que je… continue sans toi, mais… » Sa voix se brisa alors qu'il continuait de parler. Il appuya pour raccrocher, son corps engourdi faisant tomber le portable sur le sol à côté du lit.
« J-je… je n'peux pas. L-les histoires… mes hist-histoires sont encore parties. Elles m'ont quitté avec toi. Elles m'ont quitté il y a deux mois, quatorze jours, six heures et quarante-six minutes de cela. »
Il enfouit son visage dans ses mains et laissa éclater un gros chagrin.
