MIDGAR - 07/10/2000 - 23h47
Minuit se levait sur Midgar. La Lune à son zénith bercait doucement la ville en proie au sommeil.
Quelques silhouettes traversèrent la route précipitamment. Un peu plus loin, des bruits de course … Il n'y eut pas d'étoiles ce soir là.
Une petite rue. Des plaques d'égouts d'où s'échappaient régulièrement des volutes de fumées. Un homme, tête baissée, retroussant le nez devant l'odeur, monta le petit escalier qui menait à la porte de service et tendit une main vers la poignée. Il recula pourtant, comme brûlé, et serra le poing. Il ferma les paupières et fronça les sourcils. Il ne devrait pas faire ça. Mais il n'avait pas le choix. C'est finalement avec assurance … qu'il entra …
Dans l'embrasure, à quelques mètres de l'entrée, elle était là. Elle l'attendait bien sûr. C'était l'heure à laquelle il arrivait toujours.
Portant toujours son costume de scène, elle était accoudée contre le cadre de la porte du couloir. Ses boucles blondes retenues en deux couettes, elle posa ses yeux noisette vers le nouveau venu. Ses lèvres rouges s'entrouvrirent légèrement en un geste avide. Plus grand de presque deux têtes, il se pencha sur sa bouche pour la prendre. Leurs nez se frôlèrent tandis qu'elle tendait vers lui le sachet. Il baissa les yeux pour l'examiner rapidement : ça avait l'allure de ce qu'il attendait et tant mieux ! Ce taudis mal famé l'exaspérerait particulièrement ce soir.
- C'était ce que tu voulais non ? demanda-t-elle de sa voix flûtée, toujours aussi aguicheuse.
Il avait eu l'air peu inspiré en observant le papier. Il le mit néanmoins dans sa poche avec une expression sereine.
- C'est très bien, dit-il à voix basse en attrapant son menton pour l'embrasser à nouveau de longues secondes.
Elle passa ses bras autour de son cou et se plaqua contre lui. Elle eut un frisson au contact si intime de leurs corps et son gémissement voila la respiration bruyante du soldier. Tandis qu'une de ses mains se plaquait sur la nuque de la jeune femme, elle descendit les siennes, entreprenant d'ouvrir lentement la braguette de son pantalon. Alors qu'elle passait ses doigts glacés dans la fente, il retint précipitamment sa main et détacha ses lèvres avec un soupir.
- Pas maintenant. Les clients t'attendent certainement, murmura-t-il, crispé.
Elle détourna le regard en faisant la moue. Elle était gourmande, elle se l'avouait. C'était un de ses pires défauts. Mais … pourquoi résister ?
Elle ouvrit de grands yeux surpris en sentant ses paumes chaudes enserrer sa taille, ses hanches et coller tout son être contre son corps dur d'homme. Un souffle sur son visage …
- Tu m'as manqué Ella …
Les lèvres vinrent caresser sa peau avec appétit et elle se sentait déjà prête à s'abandonner à lui, comme tant d'autres fois … Elle laissa les doigts câlins explorer sa chair avec délice et retint plusieurs fois des soupirs langoureux. Mais …
- Lova !
Une porte s'ouvrit plus loin dans le corridor mal éclairé et un gros homme presque chauve y entra, rouge et tout essoufflé.
- Lova ! Retourne en piste, les clients te réclament !
Elle poussa un soupir, quasi effondrée. Le patron frappa dans ses mains, elle eut alors l'air gêné et osa à peine regarder son compagnon :
- Je dois y aller.
- Lova ! s'énerva l'autre.
Ce dernier s'approcha du couple et ouvrit des yeux ronds :
- … Encore lui ?! Qu'est-ce que vous foutez encore ici ?!
- Je … commença-t-elle, prise au dépourvu.
- Non, tu sais quoi je m'en fiche !
Il se tourna vers l'inconnu :
- Vous ! Aucun client n'a droit à ses entrées privées Monsieur ! Aussi je vous demanderai de sortir ! Et Lova, je ne me répèterai pas ! Sur scène dans une minute ! Exécution !
D'un pas rapide et haletant toujours, il se dirigea vers le couloir d'où il venait avant de disparaître définitivement en claquant la porte.
- Il est nerveux, s'excusa-t-elle, on aurait dit une petite fille prise à voler des bonbons. 'Y a des gars de la caserne ShinRa ce soir.
Le soldier fronça les sourcils en passant ses doigts dans les cheveux de la jeune fille, admirant leur douceur :
- Du SOLDAT ? Des officiers ?
Elle secoua la tête, battant des cils comme une poupée de porcelaine quand on lui remue trop la tête.
- Non, de simples troisièmes classes et un seconde je crois … Ils sont en civils de toute façon. Je vais les surveiller mais je ne pense pas qu'ils soient là pour le dealer, comme la dernière fois.
- LOVA !
Le hurlement avait été étouffé par la porte épaisse mais on avait quand même entendu la voix du patron à l'énorme bedaine résonnait dans les loges. Le couple tourna la tête vers la pénombre du corridor des artistes. Il caressa sa joue en esquissant un sourire. Elle lui rendit un air penaud et abattu.
- N'ais pas l'air si triste voyons. Je reviens très vite comme promis. Comme d'habitude … Tu sais que tu fais un travail formidable … minauda-t-il en souriant avec confiance.
Elle tressaillit. Un ''travail formidable'' ? C'était tout ce qu'elle était pour lui à présent, une indic' qui faisait un ''travail formidable'' ?! Dans tous les sens du terme ?!
De la main de l'homme glissa une petite boîte à comprimés qu'il mit dans la paume chaude de sa compagne.
- Voilà ta récompense, tu as bien travaillé. Prends en un pour ce soir.
Elle baissa les yeux vers son butin et ses traits se tordirent de rage. Elle manqua de le balancer vulgairement à travers la pièce, le soldier fut plus rapide et retint son bras avec fermeté. Ses traits se durcirent. Elle entendit sa voix prendre des accents plus graves tandis que la colère montait en elle :
- Tu sais bien que je ne touche plus à cette saloperie ! J'en ai déjà assez avec ce que tu me donnes !
- Fais ça pour moi, tu verras … ça, tu aimeras, susurra-t-il dans un souffle.
Elle resta figée, ouvrit le petit coffret hâtivement et entreprit d'en étudier le contenu : un petit comprimé rond et blanc décoré d'un cœur rouge en sucre sur l'autre face, une inscription noire également en saccharose, quasi illisible tant elle était minuscule … « mangez-moi ». Elle regarda le cachet en se mordillant les lèvres puis son regard se leva vers lui :
- Mmm … Tu ne me le donnerais pas si c'était risqué hein …
- Mais oui, ça te fera du bien, chuchota-t-il dans une tentative pour la rassurer, son souffle caressant à nouveau la bouche de la jeune fille.
Ses yeux ne trahissaient en rien l'hypocrisie et la malveillance de cette si courte phrase. Le soldier se pencha à nouveau et caressa de ses lèvres le front de son amie. Il murmura encore :
- Ne fais pas plus attendre ton boss et dépêches-toi, il doit être furieux.
Mais le doute serrait son cœur. Quasi au bord des larmes, elle articula d'une voix minuscule :
- Dis, tu reviendras vraiment hein ? Tu ne me laisses pas seule ?
- Evidemment que non, mais je vais partir pour une mission qui sera peut-être un peu plus ... longue …
- Ah … fit-elle, fuyant son regard pour essuyer timidement ses paupières.
- Mais ne t'inquiète pas, je vais te laisser quelques doses. Hollander m'en avait laissé d'avance, exprès.
Elle soupira de tristesse. Il faisait, lui, exprès de ne pas comprendre ?
- Bien sûr … que je reviendrai, ajouta-t-il en prenant son visage entre ses mains. Même si tu ne me promets pas d'attendre, je reviendrai en sachant que tu seras là. Loveless, acte V, symbolique et encore introuvable. Mais bientôt … bientôt je le trouverai. On saura comment l'histoire se termine.
Il sourit encore puis glissa comme un courant d'air vers la porte de service.
Un peu de bruine dehors. Ses magnifiques épis roux allaient être dégoulinants quand il rentrerait chez lui.
- Fais de beaux rêves au pays des merveilles mon amour, susurra-t-il d'un air mauvais, les lèvres tordues en un rictus victorieux tandis que ses pupilles se fendirent en celles d'un félin.
Genesis s'évanouit dans la Midgar de minuit comme s'évanouirait un fantôme…
Deux semaines plus tard :
- Il compte revenir non ?
Elle avait demandé ça d'un air totalement innocent bien sûr. Le rouge à la main, Johanna, ou Gwen de son vrai nom, faisait la moue, penchée devant l'un des grands miroirs des loges communes des danseuses. Lova, qui enfilait ses bas résille, releva la tête.
- Qui ? questionna-t-elle sur le même ton.
Se redressant à son tour, son amie reposa le tube de maquillage sur la coiffeuse et leva les yeux au ciel, agacée :
- A ton avis Ella !
Ramenant consciencieusement ses cheveux sur son épaule droite, son interlocutrice garda le silence quelques instants, certainement à cause de la désagréable sensation qu'elle ressentait. Quand Gwen l'appelait par son véritable prénom, c'était bien qu'elle se faisait du souci.
L'autre se racla la gorge tout en remettant de l'ordre dans sa chevelure indomptable.
- Il a beaucoup de boulot en ce moment avec la crise à Utaï, mentit la jeune fille en essayant de se concentrer sur les mailles de ses collants.
- Hein hein … acquiesça la belle brune en réponse en fronçant les sourcils. Et tu crois vraiment que je vais gober ça ma chère ? Il ne t'a même pas appelé !
Mais sa compagne sortit de la pièce d'un pas rageur en essayant de masquer son visage … Gwen n'avait pas lu son expression avant qu'elle ne s'enfuit, mais elle était certaine d'une chose : ce soldieravait laissé des traces sur son amie, des cicatrices profondes qui saignaient toujours, même si elle ne voulait l'avouer. Elle le savait. Elle avait remonté la fermeture de ces bottes trop rapidement, trop bruyamment, trop violemment.
Deux semaines plus tard encore :
Nez à nez avec son reflet, Lova n'en croyait pas ses yeux. Les joues creusées, la peau blafarde, un filet de sueur dégoulinant sur sa tempe. Il fallait franchir le pas. Accepter sans rechigner la réalité. La réalité vitale. Cesser de vivre dans des illusions. Goûter la friandise de l'amour, le cachet rond et brillant, la saveur excitante du saccharose sur sa langue brûlée par l'amertume. Personne ne viendrait la sauver quand elle le ferait. Elle gémirait dans le noir et personne ne la sauverait. Il ne serait pas là. Il ne viendrait pas. Accepter la réalité, prendre la dose, l'ultime qui l'emmènerait une toute dernière fois aupays d'Alice, avec lui.
Review?
