Bonsoir!

Voici une version corrigée du chapitre 2.

Remerciements: et bien, tout d'abord à Tangente, mon premier lecteur et correcteur, en suite à miss Lliana Analissa Lynn (tu pouvais pas faire plus court!) qui a relu la dernière version... ,à Bidibou qui m'a parfois soufflé des mots que je trouvais plus... , à mes amis, à mes reviewers de et de la pensine qui m'ont encouragée, et surtout aux guides Gallimard et Delta-Flammarion, sans euxce splendide voyage n'aurait pu être! Etfinalement à Nelson et Ayako, mes deux derniers correcteurs en titres...

Note: je vous ai laissé des annotations dans le texte, pour expliquer certaines informations que certainement vous n'avez pas... voir donc en fin de chapitre.

Sur ce, bonne lecture! Have Fun!


II . Retour aux sources


"Got no time for love, there's something on your mind, Got the face of an angel but the stare of a devil inside." "Evil Eye" – Black Sabbath.


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En descendant du bateau qui l'avait ramené à son pays d'adoption, Aimery inspira une grande bouffée d'air. L'air égyptien, l'air de sa maison.

Il fit quelques pas sur les docks, observa le ciel encore rosé de l'aube, le disque rouge de Ré qui montait au dessus des mosquées et buildings de la plate Alexandrie. La température en ce mois de janvier était encore fraîche, le temps humide même. Mais il savait que cet honneur aux pluies n'était donné qu'au Delta, là où il se rendait, tout ne serait que sable, poussière, vent. Les matins seraient froids, les après-midi tièdes, avant de progressivement devenir brûlants.

Il admira les couleurs de l'Orient, huma les senteurs qui lui avaient manquées pendant qu'il moisissait en Angleterre.

Vraiment, il aimait cet endroit maintenant.

Le bruit autour de lui se faisait de plus en plus fort. Le chant d'un muezzin se fit entendre dans le monde moldu des égyptiens. Les chalands, les enfants qui s'éveillaient doucement, les senteurs, agréables ou pas se dévoilaient, l'odeur du premier repas du matin.

Il avança dans les ruelles aussi calmement que son excitation intérieure le lui permettait, s'éloignant du port, laissant à un môme la garde de ses bagages. Il se doutait que le gosse serait encore là dans 5 heures, à l'attendre, mais même s'il disparaissait avec ses possessions, ce ne serait pas une perte, sa mère avait encore du le charger de choses inutiles.

Puis, tournant encore quelques fois, il trouva un boui-boui qu'il connaissait bien. A chaque fois qu'il montait à Alexandrie, il faisait une halte ici, le café y était le meilleur de la ville.

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Calista inspira une bouffée de cet air marin mélangé de l'odeur de poisson, d'épices exotiques, d'encens et d'excréments d'ânes et de chevaux. Le parfum même de l'Orient, un bouquet subtil modernisé par une touche d'essence flottant à fleur d'eau.

L'ensemble formait une fragrance qui semblait lui parler. Enfin, peut-être plus exactement ce parfum parlait à une obscure partie de son âme, enfouie en elle, secrète.

Suivant son instinct, elle avança au hasard des rues et ruelles du quartier Ras-el-Tin. Cette ville était magique ! Pourtant c'était une magie qui n'avait rien à voir avec la baguette de bois blanc qu'elle portait dans une poche de son jean d'occidentale. C'était la magie de l'Histoire, la magie des origines de la ville, du passé qui remontait vers l'une des rares personnes capable de la capter.

Remarquant les regards de curiosités et de malaise qui la suivaient, elle observa les femmes d'ici. Certaines étaient habillées de pantalons , jeans, mais beaucoup portaient un voile sur leurs cheveux, quelques une encore, plus elle s'enfonçait dans les ruelles, ne portaient que d'amples vêtements noirs ou gris, ne dépassant du tas de chiffons que les mains, la pointe des pieds et le visage. Son esprit de sorcière moderne n'avait pas pensé à s'inquiéter de la mode moldue musulmane du pays dans lequel elle partait s'immerger.
Et Alexandrie était une ville ouverte, moderne, quels regards allait-elle s'attirer une fois enfoncée dans le pays ? Il semblait que son vieux jean n'était plus au goût du jour.

Suivant encore quelques temps son instinct, elle déboucha sur une ruelle de boutiques de tissus. Observant les couleurs toutes plus vives les unes que les autres, les gandouras brodées de roses d'un goût douteux, elle finit par dénicher un tailleur dans une échoppe obscure et reculée. Encore une fois, son sens inné de l'orientation et son esprit fouineur l'avaient guidée. Merci les gènes familiaux, pour une fois qu'ils ne la poussaient pas dans les ennuis.

En entrant dans l'échoppe, un sentiment de déjà vu l'assaillit, un sentiment aussi de rentrer chez soi, d'être ici à la maison. Elle observa les étoffes, les modèles, il lui fallait refaire sa garde robe restée chez elle puisqu'elle avait voulu voyager léger.

Au bout de quelques minutes, un vieil homme moustachu sortit de l'arrière boutique, étonné mais heureux d'avoir une cliente de si bon matin. Le boutiquier portait ostensiblement un œil autour du cou.
Un œil ? Oui, c'était bien un œil, un gros œil bleu, en or et pâte de verre. Ce symbole de l'Egypte ancienne, Calista le connaissait depuis des années, mais elle savait aussi sa signification cachée, ils étaient du même monde. Son instinct l'avait vraiment menée au bon endroits.

Les babillages du vieil homme dans un français à l'accent à couper au couteau lui donnèrent quelques minutes pour l'observer. Elle accepta le thé gracieusement offert, et après s'être assurée que le boutiquier était bien un sorcier, lui expliqua l'objet de sa recherche.
Quelques heures plus tard elle était habillée de pied en cap.

A une longue galabieh de couleur blanche sur un ample pantalon beige fut ajouté un manteau - sur l'instant elle avait supplié qu'elle allait mourir d'étouffement sous le soleil, mais avait découvert que le désert pouvait être à la fois chaud comme froid et que dans les deux cas être bien couvert protégeait le voyageur - et à l'ensemble très saillant, vint s'ajouter un long drap blanc qu'elle apprit, avec l'aide de l'épouse du tailleur, à dresser en turban autour de sa tête : le keffieh .

Le résultat obtenu lui plus, elle avait bien plus l'air d'un fellah que d'une occidentale maintenant. Elle était armée et habillée pour résister au plus fort des khamesin .
Elle pris aussi quelques vêtements plus locaux pour ses sorties chez les moldus égyptiens, montrant une préférence pour les tons sombres et les coupes proches du corps.
Puis elle se commanda un ensemble de couleur noire, veste et pantalon de cuir, sur-pantalon en peau de dragon, manteau et robe de sorcier. Le tailleur ne cacha pas sa surprise mais ne posa aucune question.

Enfin, quand tout fut prêt, l'heure du midi approchant, elle fut invitée à rester déjeuner.

Passant dans l'arrière boutique, le vieil homme lui fit découvrir ses vieilles machines à coudre moldues enchantées par les bons soins d'un ami, ami qui tout à coup éveilla la curiosité de la jeune anglaise. Puis on passa par une coure intérieure, qui séparait l'atelier de du reste de la maison, et de nouveau entra dans une maison. Elle comprit que l'ensemble appartenait à la même famille.
L'autre maison présentait un plan similaire que l'atelier, et, au vu du nombres de denrées alimentaires entassées, servait visiblement d'épicerie, de café, et peut-être même accessoirement de restaurant.

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-« Ali ! Comment vas-tu ? »

Entrant dans ce que quiconque autre que lui aurait qualifié de boui-boui, Aimery se dirigea vers le tenancier, un petit homme brun à la peau tannée par le soleil du Delta, au cheveu dru et à la barbe de patriarche.

Les salamalecs durèrent quelques minutes, puis sur l'invitation d'Ali, Aimery pris un tabouret dans un coin de l'épicerie de son ami, étendit ses longues jambes et écouta en souriant le flot des paroles de l'égyptien.

L'épicerie du sorcier oriental était le seul endroit au Monde où Mortemer laissait à la porte son costume de sorcier au sang pur, pour devenir Aimery tout court, à l'exception peut-être de son appartement partagé avec ses vieux amis.

Comme le petit homme lui demanda de raconter son voyage, alors le français lui décrivit l'Angleterre, le temps humide, le ciel gris et le climat aussi froid que sa famille.
Ali lui parla des études de ses trois enfants, tous au collège de sorcellerie de San el-Hagar. Sa femme se plaignait d'être séparée de ses chers petits, mais Ali semblait heureux d'avoir la paix à la maison !

Puis ce que craignait le plus Aimery arriva dans la conversation.

De fil en aiguille, à force de parler famille, Ali se mêla de ce qui ne le regardait pas, enfin selon son ami français.

-« Tiens, Je ne t'ai jamais présenté mes parents du Caire je crois ?

-Non », répondit laconiquement Aimery.

Il y avait un sujet marécageux sur lequel Mortemer n'aimait pas avancé, avec sa mère comme avec Ali, et c'était…

-« Ah mon oncle fut un grand sportif, continua Ali. D'ailleurs son fils, mon cousin, suit son exemple. Il est gardien dans l'équipe nationale de Quidditch. »

Il ne s'était jamais vraiment intéressé au Quidditch à Beaux bâtons, et ce n'était pas pour faire la conversation à un duo de joueurs qu'il était là aujourd'hui. Aimery eut donc un sourire aimable, mais il sentait approcher le terrain miné...

-« Et ma cousine. Ah ma cousine, c'est le bijou de la famille. Une vraie beauté. Tu devrais rester au moins pour les rencontrer. »

… les filles ! Le sujet… tabou !

Et voilà où voulait en venir Ali. Il avait enfin compris, et cela ne l'étonnait pas du tout.

-« Je te remercie mais… »

Mais la conversation fut arrêtée là quand entra le père d'Ali dans l'épicerie. Aimery salua le vieil homme avec sa raideur naturelle, mais n'en pensa pas moins de présenter un jour sa candidature à la béatification.

-« Tu as eut des clients ce matin ? » Demanda le patriarche.

Ali avait effectivement servit quelques personnes pendant qu'ils discutaient, sirotaient un café ou jouaient aux cartes.

-« Quelques uns, mais ça été calme. Chez toi ?

-« Une cliente. » Répondit-il, évasif. Puis se tournant vers l'ami de son fils : « Bon, monsieur De Mortemer nous fera bien l'honneur de venir souper avec nous j'espère ? »

Aimery sourit, notant l'emploi de la particule que ses ancêtres avaient depuis longtemps abandonnés. Trop moldu certainement ! Le vieil homme aimait parfois avoir des manières ampoulées, mais n'en était pas moins un sorcier au grand cœur.

-« Avec plaisir ! La cuisine de votre épouse, monsieur Mostafa, est toujours un paradis pour les papilles. » Sur ces mots, se souvenant de ses années d'éducation anglo-saxonne, le français inclina le buste une main posée sur son cœur.

Mostafa partit d'un grand éclat de rire, suivit d'Ali, auxquels le sourire en coin de l'occidental s'ajouta.

A ce moment là, derrière Mostafa, dans l'encadrement de la porte, une jeune femme fit son apparition, suivit de la mère d'Ali. Aimery resta coi. Le sourire en coin gelé sur sa bouche, les muscles de son corps comme pétrifiés, ses yeux restaient captifs d'un froid regard d'ambre.

Mostafa présenta son invitée, sa cliente du matin qui visiblement avait dévalisée sa boutique.

Mortemer se reprit et salua l'invitée. Elle n'était pas ce qu'on pouvait appeler belle. Non, mais quelque chose, certainement son regard étrangement lumineux, attirait et charmait tout à la foi. Ses longs cheveux noirs et lisses cascadaient, indisciplinés. Son visage était allongé, le menton un peu carré et son nez droit peut-être un peu trop long pour une femme, mais l'ensemble lui donnait un air assurément méditerranéen. Ses membres semblaient un peu trop maigres pour qu'elle soit égyptienne, alors d'où venait-elle ?

Elle était vêtue d'une galabieh noire, ajoutant à son côté femme du sud. Le vêtement sombre mettait en contraste sa peau blanche et les fines veines qui apparaissaient sous la peau de ses tempes. L'absence de voile confirma à Aimery qu'elle devait être une occidentale de passage.
Mais ce qui mettait mal à l'aise dans sa présence, était ses yeux de chat en colère et son port altier de reine.

-« Vous venez d'où ? » s'entendit-il lui demander.

Il se maudit de n'avoir su tenir sa langue sous le contrôle de son cerveau disjoncté, mais au même instant l'argent de ses yeux croisa l'or chaleureux de ceux de son interlocutrice. Ce changement soudain le surprit, son cœur commença à s'emballer. Lui souriant sincèrement, elle répondit, pendant que le cœur du jeune homme partait dans une course folle.

-« Je viens de Salisbury, Angleterre. Et vous ? »

Elle avait un charmant accent britannique en plus d'un sourire ravageur. Un sourire qui allumait encore plus l'or de ses yeux félins.

-« Oh, excusez moi, je manque à toutes les bienséances, Aimery Mortemer, étudiant français à Dionysias. Je suis originaire de Normandie dans le village d'Amfreville, en France », trouva t'il le moyen de préciser, se traitant intérieurement d'idiot. Elle allait croire qu'il la prenait pour une godiche.

-« Calista Mohen, je viens travailler pour Gringotts.

-Conjuratrice ? » Demanda-t-il, l'instinct de chasseur en éveil.

-« Oui, mais j'ai quelques semaines avant ma prise de poste. J'ai donc décidé de visiter l'Egypte. Qu'hélas je ne connais pas. »

-« Mais vous allez très vite combler vos connaissances mon amie, la rassura Mostafa. Vous avez déjà réussi à trouver ma boutique, c'est un signe ! Ce pays vous attendait, j'en suis sûr. »

-« L'Egypte est le pays de la rédemption et de la tentation, vous allez voir, » ajouta Mortemer.

-« Rédemption ? » s'étonna Mohen. « Vous ne savez pas si bien dire. » Murmura-t-elle, un nuage passant au fond de ses yeux d'or.

Mais la fin de sa phrase fut couverte par le bruit de la table qu'Ali avait installée d'un coup de baguette et que sa mère couvrait de plats. Le repas commença d'un assortiment de mézées que tout le monde grignota d'appétit avec du pain frais. Face à face, Aimery et Calista se découvraient. Lui essayait de cacher son fort intérêt pour la belle conjuratrice. Elle observait cet homme étrange.
Puis vint le kouchari, un plat de riz et lentilles, servit avec les habituels plats de viandes tels des kebabs, koftas et autre chaouarma. Le repas prit fin sur un qahoua épicé accompagné de pâtisseries et confiture de rose, mais la jeune femme préféra une infusion de cannelle et de rose préparée par la maîtresse de maison.

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Au premier regard, elle avait failli sursauter.

Lui, ici ? L'ordure responsable de son départ ? L'enflure qui avait fait de sa vie un enfer, au figuré comme au sens propre. Elle se reprit en se disant que c'était tout bonnement impossible. Il ne pouvait l'avoir suivit. En y réfléchissant bien, il était vrai elle n'avait pas trop surveillé ses arrières. Elle était tout simplement maudite.

Mais tout de même. Si son vieil emmerdeur d'ami, qui se mêlait de tout, avait fait ce qu'il devait, à l'heure actuelle le Royaume Uni entier devait pleurer sa disparition tragique. Merlin les bénisse ! Bande de veracrasses !
Enfin, tout le Royaume Uni ? Non ! Une certaine personne devait se féliciter de sa veine et trinquer à la santé du Diable.

Alors, qui était devant elle ? Un sosie ? Il ne pouvait y avoir deux hommes au monde avec ce regard !

Mais dès qu'il lui parla la voix fut différente, le ton presque enjoué ou au moins curieux, les sarcasmes absents.

Non, ce n'était pas lui.

Et puis elle ne le voyait pas ici, dans la poussière, le sable, chez des gens visiblement tout sauf de sa classe sociale. Non, c'était comme imaginer cette chienne de madame Black versant sa fortune aux œuvres charitables moldues. Tout bonnement impensable !

Et finalement, en apprenant qu'il était encore étudiant, elle avait constaté qu'il était plus jeune qu'elle. A peine 22 ans, peut être 23.
Il faisait pourtant si mature, il était aussi grand que l'autre, la carrure aussi imposante, les cheveux courts par contre, même yeux gris acier, même nez droit et pointu. Le sourire en coin, moqueur, un brin sarcastique.

Le sang des Malefoy était visiblement là, mais il fallait y ajouter quelques détails différents.

Une boucle d'oreille d'or et d'émeraude, un bracelet d'argent de facture locale sans aucun doute, et des vêtements gris clairs de caravanier du désert.

Non, vraiment, rien de pouvait rappeler ici les bottes noires impeccables, la cape sombre, le calot en fourrure et la mine désagréablement condescendante de Lucius Malefoy.

Avant la fin du repas, curieuse comme une chatte, Mohen avait réussi à se faire inviter à l'Université des Arts Magiques du Fayoum. Aimery Mortemer serait donc son guide. Souriant intérieurement, fière d'être arrivée à ce qu'elle voulait, elle avait tout l'air d'un kneazel devant un bol de crème.

Elle le suivit après avoir quitté leurs hôtes, non sans un cadeau de la femme de Mostafa, qui lui glissa au moment du départ un paquet entre les mains, sa manière de dire à la jeune femme qu'elle l'aimait. Quand, dans les ruelles en direction du port, elle ouvrit le paquet, elle fut surprise de découvrir une boite de henné, le cosmétique féminin de l'Orient par excellence.

A l'heure où d'autres font la sieste dans la grande ville égyptienne, ils prirent le chemin du Caire. Et pour s'épargner des heures de routes chaotiques, l'emploi d'un portoloin les mena directement dans le cœur de la capitale égyptienne. Arrivés, Aimery les guida dans un entrelacs de ruelles inextricables. C'est là qu'ils rencontrèrent celui qui devait les mener à bon port, Youssouf. Ils passèrent la nuit dans un petit palais de la vieille ville et repartirent au petit matin, avant que le soleil n'ait inondé de ses rayons les bords du Nil.

Lors du voyage vers le Fayoum, Calista se félicita d'être entrée dans la boutique du tailleur alexandrin, elle n'aurait jamais pu dénicher Dionysias autrement qu'avec l'aide de Mortemer et Youssouf. Ils descendirent jusqu'à Giza et, alors que l'aube blanchissait l'orient, firent une pause pour admirer les pyramides. Reprenant leur voyage, ils entrèrent totalement dans le désert et pendant quelques heures, seuls les balancements des dromadaires donnaient du mouvement à l'étendue jaune devant leurs yeux. Calista Mohen bénit l'idée d'être venue en hiver, le soleil était déjà assez chaud, elle ne voulait même pas tenter la même traversée en été, elle qui avait horreur des chaleurs étouffantes.

En passant au large des ruines de Karanis , Youssef leur annonça que la traversé serait bientôt terminée. Et finalement, le vert reprit progressivement le dessus, le sable et les rochers disparaissant petit à petit.

Après un repas sur les bords luxuriants du lac Qaroun, arrosé comme il se doit de karkadé bouillant et très sucré, ils longèrent la rive du vieux Moëris . Certaines scènes de vie ne semblaient pas avoir changées depuis le départ des ancêtres de Mohen. Le cœur ému d'un tel décor paradisiaque, la jeune femme resta muette jusqu'aux portes du désert libyque.

A nuit tombante, vers 18h, alors qu'ils quittaient les palmeraies et vergers verdoyants du lac Qaroun, ils arrivèrent au point final de leur expédition. Les ruines ensablées de Dionysias rougeoyaient sous le soleil couchant.

Où que l'on regarde, seuls quelques tas de vieilles pierres envahis par le désert se montraient à perte de vue. Mais rien, aucune Université n'apparaissait. Où se cachait donc la merveilleuse université d'Orient, vestige de la grande civilisation arabe, dernière héritière des sorciers de Damas, Bagdad et Jérusalem ?

Pourtant, Youssef et Mortemer stoppèrent leurs dromadaires et descendirent de leurs montures. Les imitant, Calista mit pied à terre.
A l'est, elle devinait ce qui devait être le trésor encore non enseveli de Qasr Qarun : le temple de Sobek, le plaisir des caravanes de touristes moldus qui passaient par ici et l'un des derniers temples d'Egypte encore entier du sol au plafond. Derrière, le village même de Qasr Qarun s'enfonçait progressivement dans l'obscurité naissante. A l'ouest, le disque rouge passait la ligne de l'horizon, et d'ici quelques minutes, il aurait rejoint le ventre de Nout.

Et alors qu'elle rejoignait les deux hommes, elle entendit comme un vent puissant se lever. Le son allait en s'amplifiant, puis retombait, avant de se remettre à mugir. Le khamesin ? Pourtant l'horizon, de toute part, était pur, l'air sans poussière et grain de sable, la température fraîche voir même bientôt froide. Cherchant la source du bruit, elle fixa alors Youssef, bras écartés comme priant le ciel et la terre d'entendre sa demande.

La minute suivante un souffle puissant souleva le sable en un gigantesque tourbillon et leur fit plier genoux au sol. Attendant, passifs, ils virent alors se matérialiser sous leurs yeux, qu'ils protégeaient du mieux qu'ils pouvaient avec un pan de keffieh, comme un mirage, une merveilleuse illusion.

Se calmant et retombant, la tempête levée par les paroles muettes du guide laissa place à un lieu enchanteur. Du nuage de sable, dont quelques cristaux scintillaient encore dans l'air, ils virent émerger des murs, des portes, des bâtiments, un jardin luxuriant ombragé de palmiers-dattiers et rafraîchit de nombreux jets d'eau à la lumière rouge du soleil baignant dans son sang. Ce paradis caché avait un nom : Dionysias.

-« Bienvenue chez les enfants du Vent ! » Annonça Youssef, de sa voix à l'accent heurtant.

S'approchant de Calista, Aimery Mortemer resta quelques instants à observer le sourire enfantin de la jeune femme. Elle pouvait paraître fortement quelconque quand elle se fermait aux autres, mais dès qu'un sourire, sincère ou émerveillé, fendait son visage elle devenait d'une beauté envoûtante. Rien qui vous coupait le souffle, juste un petit quelque chose qui vous remuait intimement sans que vous vous en rendiez compte, une sensation de plénitude, et le temps d'un battement de cils vous vous retrouviez sous son charme.
Calista Mohen était semblable à cette vieille bâtisse d'Université, elle vous offrait une image extérieure pour le commun des mortels, alors qu'au final seuls quelques initiés pouvaient passer la muraille et voir la réalité. Il y avait de la magie dans la beauté enchanteresse de Mohen, Aimery y aurait mi sa main à couper.

-« Les enfants du Vent, c'est toujours ainsi que Youssef nomme ceux qui ont construit cette école. » Précisa Aimery.

-« Ahh yaahh ! » Soupira-t-il, un grand sourire enfantin sur son visage.
« C'est l'école des enfants du Vent. Il n'y a qu'en invoquant le grand Amon des anciens que l'on fait apparaître l'Université des Arts Magiques du Fayoum. Car on dit que ceux qui l'ont construite étaient les héritiers du Vent. Je ne sais pas si c'est une légende… Mais il est vrai que comme Amon, l'université est cachée ! » Expliqua Youssef.

Calista tourna ses yeux vers l'Université et vit apparaître une haute silhouette dans le cadre de la porte principale. L'image se superposa à une autre, lointaine dans sa mémoire, lointaine et ensevelie sous les sables de l'oubli, dans le genre de souvenirs qu'on n'aime pas voir resurgir. La personne, qui les dominait de sa présence du haut du perron, semblait régner ici en maître incontesté.

-« Et merde ! » Murmura Mortemer.

Le jeune français avada kedavrisa du regard l'opportun, qui les attendait et les fixait tel un despote. Il ne fallut rien de plus pour rendre le nouveau venu encore plus désagréable à Calista Mohen.

A suivre...

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les notes:
1981 : l'Egypte adopte la Charia, loi islamique, que source principale de la loi égyptienne, le port du voile se généralise de nouveau… avec un certain mélange occidental dans les grandes villes. En 1987(mon premier passage au Caire), les femmes mariées des quartiers pauvres étaient en noir des pieds à la tête, les jeunes filles portaient les uniformes des écoles, mais les jeunes femmes actives étaient souvent en pantalon. Dans les campagne, les femme mariées s'habillaient de noir, les étudiantes et les lycéennes de gris, seules les petites filles étaient encore nue tête ! En 2000, mon dernier passage, les choses avaient encore un peu changées…
Galabieh : la djellaba égyptienne, normalement vêtement masculin.
Keffieh : le drap que les orientaux entourent sur leur tête, protège de la chaleur, du soleil, du vent du sable. Il en existe plusieurs versions, celle proposée à Calista est la version purement égyptienne, celle du désert qui fait comme un turban. En Arabie, en Syrie, en Palestine il s'agit juste d'un drap plus court retenu par un lien autour du front.
Fellah : nom donné aux hommes habillés de la galabieh, en Egypte.
Khamesin :vent de sable, venu du désert de Libye, qui souffle au printemps sur le Fayoum et la métropole du Caire… et souvent par extension le nombre des tempêtes dans les déserts d'Egypte.
Karanis: ou Kom Ouchim, site au nord-est du Fayoum, autrefois ville prospère des bords du lac de l'époque grecque à la fin de l'Antiquité, aujourd'hui un champ de ruines éloigné de quelques kilomètres du bord de l'eau. Fouillée par les américains de 1924 à 1935.
Moëris : autre nom du lac Qarun pour les grecs de l'Antiquité, pour les égyptiens anciens il s'appelle Pa Yom, d'où le nom aujourd'hui de Fayoum.


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