Bonsoir!
Voici une version corrigée, rééditée, du chapitre 3 de "Comme deux singes en Hiver..."
Remerciement: Tangente (mon premier lecteur et correcteur), Lynn (correctrice de la précédente version), Ayako et Nelson (mes béta-lecteurs actuel, qui abattent un boulot monstre en quelques heures seulement! Je vous coeur!), les sites qui m'ont fournis la matière, m'ont guidée, les dico et encyclopédie, et mes deux guides d'Egypte!' Et puis tous mes lecteurs, reviewers qui m'insufflent un peu de leur force à chaque fois!
Bonne lecture!
III . L'écureuil des sables
"Change ain't nothing but change, Just the faces and the names, But you know we're gonna make it through", Bon Jovi, "Next 100 years", album Crush.
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-« Bonsoir ! Ah chère amie, si vous saviez l'honneur que c'est de vous rencontrer enfin. Après tout le bien que j'ai pu entendre de vous, de vos exploits… »
Du haut de son escalier, le Calife des lieux les salua de sa voix mielleuse. Les salua ? Non, en fait il semblait totalement ignorer Mortemer et Youssef, comme s'ils n'étaient que ses domestiques, pour consacrer tout son babillage incessant à Calista Mohen.
-« Euh… excusez moi monsieur, mais… vous êtes ? »
-« Oh ! Je manque à tous les usages, veuillez me pardonner ! Mon nom est Tancrède Maâts Ibn Snaï, le directeur de cette humble université. » Déclara l'important personnage, tel un roi souriant de sa fausse modestie.
-« Calista Mohen, au… » La jeune femme se reprit au dernier moment, hésitant sur sa présentation.
-« Oui, je sais qui vous êtes. On m'a déjà prévenu de votre venue. »
Calista, surprise, se retourna vers Mortemer, le trouvant à quelques pas derrière elle, indifférent à ce qui se passait.
-« Non, ni monsieur Mortemer, ni Youssef n'en sont responsables. Un vieil ami commun… j'ai reçu sa lettre il y a de cela plusieurs jours. Il ne doutait pas que votre sens de la curiosité et de l'aventure vous pousserait jusqu'ici. Et visiblement… il vous connaît bien. » Ibn Snaï finit sa phrase au ton douceâtre avec un grand sourire.
Mohen serra les poings à s'en briser les phalanges en entendant le directeur. Elle aurait du se douter que même à près de quatre milles kilomètres de distance, l'Autre continuerait de se mêler de sa vie. S'il existait bien sur Terre un emmerdeur plus doué qu'elle, son défunt frère ou même un certain mage noir disparu, cette personne c'était Lui, le locataire d'un vieux tas de cailloux en Ecosse.
D'ailleurs, à bien y réfléchir, elle sentait mal ce Maâts Ibn Snaï. Pourquoi un homme comme lui portait-il un prénom normand ? Dernier descendant des francs du royaume de Jérusalem ? Non ! Il n'en avait pas le physique, et même le reste du nom… Ibn Snaï… fils de l'écureuil ? Quel non ridicule pour un homme qui se comportait avec les allures d'un Malefoy méditerranéen.
Comme beaucoup d'orientaux, le vieux Tancrède était excessif, bavard, expansif et collant, très collant, trop certainement. Comme les bonbons d'un certain vieux fou…
Seulement sa ressemblance avec le vieux directeur de son ancienne école s'arrêtait là.
Les yeux bleus rieurs faisaient ici place à des yeux noirs, petits et calculateurs, et surtout brillant comme des éclats d'obsidienne. Le visage carré était bordé d'une courte barbe taillée en pointe avec soin, poivre et sel, comme celle d'un Satan de cabaret moldu. Au milieu trônait royalement un nez courbé comme un bec de rapace, et les lèvres, trop généreuses pour un visage masculin, se déformaient allègrement en des sourires qui sonnaient hypocrites aux yeux d'ambre qui leurs faisaient face.
Vraiment, cet homme ne lui plaisait pas, trop poli, trop courtois dans ses manières, et trop bien renseigné. La chose que Calista n'aimait pas, par dessus tout, c'était de rencontrer quelqu'un qui était mieux informé qu'elle.
-« Bonsoir professeur Ibn Snaï ! » La voix d'Aimery Mortemer sorti Mohen de ses pensées, cassant le charme malsain du directeur sur la nouvelle venue. Le ton avait été à la limite du respectable, presque crié bien que le jeune français n'avait pas élevé la voix.
-« Oh, bonsoir monsieur Mortemer, vous pouvez aller rejoindre vos camarades, je vais m'occuper personnellement de Miss Mohen. » Lui répondit le Calife, qui visiblement n'aimait pas qu'on essaye de lui prendre sa place.
Mortemer hésita un instant à laisser la jeune femme aux mains de son autoritaire directeur. Puis se reprenant, se souvenant surtout qu'ils ne se connaissaient qu'à peine, il salua Calista, prit ses bagages et disparut dans un dédale de couloirs que la nouvelle venue n'avait pas encore remarqué.
Calista en ressentit un grand vide et un mauvais pressentiment, comme si on l'abandonnait à la folie du prêtre sacrificiel. Elle observa un instant disparaître la grande silhouette fine et athlétique du jeune français, oubliant soudainement qu'il ressemblait trop à quelqu'un de douloureux à son passé.
-« Si vous voulez bien me suivre… » La voix de stentor d'Ibn Snaï la ramena vers l'Egypte.
Le professeur s'inclina respectueusement devant son invitée, lui indiquant un des nombreux couloirs qui partaient en étoile depuis l'entrée. Calista le suivit, laissant négligemment ses bagages au premier elfe qui passerait, si l'université connaissait les elfes de maison, ou à Youssouf s'il faisait aussi le larbin.
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Installée dans un grand fauteuil, Calista observa le bureau du directeur. C'était un lieu totalement imprégné de l'Orient.
Dans un coin de la vaste pièce un encensoir diffusait un parfum subtil et envoûtant. Au dessus de sa tête le plafond faisait comme une toile de tante géante. Les murs, le sol, tout était décoré de tapis ou tissus aux couleurs chaudes, aux motifs ethniques des bédouins et évoquait plus un camp dans le désert qu'un bureau de directeur dans une université de renommée mondiale.
Ibn Snaï lui offrit de déguster une de ses pâtisseries orientales (un tas de sucre ou de miel sur un bout de pâte parfumée à la fleur d'oranger, au jasmin ou à la rose) avant d'en venir à ce qui l'agitait depuis quelques minutes. Le professeur tournait en rond, rappelant Dumbledore à la jeune femme. Puis soudainement, il s'arrêta, pris un papier sur son vaste bureau et le lui tendit.
-« Tenez ! Je pense que ça va vous intéresser. »
S'il pensait que lire le message du vieux fou enfermé au fond de l'Ecosse l'intéressait, il se mettait la baguette dans l'œil jusqu'à l'épaule.
Mais en prenant le papier en question, elle nota qu'il était épais. C'était en fait un journal. Elle approcha le quotidien de ses yeux, et dans la pénombre du bureau faiblement éclairé (merci le décor chargé), déchiffra la première page.
Une arrestation musclée provoque la mort accidentelle d'un employé du Ministère.
Dans la nuit de samedi à dimanche, le bureau des aurors a procédé à l'arrestation d'un groupe de sympathisants de celui-dont-ont-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Malheureusement, l'arrestation mouvementée a provoqué la mort, de suite de ses blessures, de l'auror Marva Argamane. Décédée dans la matinée de dimanche à Sainte Mangouste, la jeune auror s'était en autre illustrée par l'arrestation du terrible couple Lestrange il n'y a de ça que quelques mois. Aujourd'hui le monde magique pleure la perte d'une femme d'honneur, d'une héroïne qui avait déjà perdu sa famille durant les terribles heures sombres de la guerre contre vous-savez-qui.
Une cérémonie en son honneur sera donnée mardi matin au cimetière sorcier de Londres avant de procéder à la mise en terre de la dépouille de cette employée modèle du Ministère.
Suite de l'article page 6
Mohen replia le journal, le lança négligemment sur un fauteuil voisin. Les journalistes n'avaient jamais été des amis, mais cette fois-ci ils l'écœuraient.
-« Pff ! Rien qu'un ramassis de vieilles inepties. »
-« Il faut bien nourrir les chacals et les crocodiles. Pendant ce temps-là, ils vous laissent partir en paix, recommencer une nouvelle vie. » Expliqua Ibn Snaï sur le ton qu'il devait prendre avec ses élèves. « D'ailleurs, à ce propos, j'ai une proposition à vous faire. »
Lui tournant le dos, le directeur mesura l'impact de ses paroles en préparant le thé sur une des ses nombreuses tables basses qui encombraient l'espace.
Calista haussa un sourcil, son regard flambant de rage se trouva subitement glacé, un brin de manières qui n'aurait pas dépareillé sur Mortemer mais qui, étrangement, semblait peu déplacées sur elle.
-« Quel genre de proposition ? » Demanda-t-elle de but en blanc.
-« Vous êtes une jeune-femme de talents, Albus ne tarie pas d'éloges sur vous. » Dit-il en se retournant vers elle. « J'ai donc pensé qu'après vos exploits pendant la guerre, avec votre passion des recherches, des enquêtes… enseigner à une classe d'Université vous intéresserait. Je me trompe ? »
Qu'est-ce que ce vieux fou avait encore raconté ? Elle, des exploits ? Il se moquait de qui ? Des conneries, des idioties, quelques cicatrices laissées peut-être à la postérité, elle avait bien faillit y rester plus d'une fois, mais elle ne se pensait pas être, pour le moindre, une héroïne de la guerre. Elle prit sur elle-même de sourire timidement, imitant une expression gênée, pour cacher sa surprise. Puis battant le fer pendant qu'il était chaud, elle enchaîna.
-« Quelle chaire me proposez-vous ? »
Heureux comme Satan venant de réussir à tenter le plus pur des chérubins, Ibn Snaï fixa ses yeux, sombres comme deux puits sans fond, sur la jeune femme. Il sentait son excitation, sa curiosité aussi. Pour faire durer le suspens, il lui tendit une tasse de thé bouillant qu'elle prit de ses mains gantées.
-« Après votre expérience des situations critiques ainsi que votre carrière d'auror, je me suis dit que l'enseignement de l'archéomagie serait dans vos cordes. Je me trompe ? J'ai même entendu que le monde magique médiéval était votre… spécialité ! »
Alors là, Mohen resta quelques secondes sans voix. Elle n'avait plus aucun doute possible, quelqu'un d'indésirable avait parlé de son passé à l'hôte du désert. Mais voilà, il la prenait par les sentiments, l'archéomagie, son rêve, celui qu'elle n'avait jamais pu toucher, alors Calista oublia sa méfiance.
-« Mais tout de même, je n'ai aucune expérience de l'enseignement, je suis trop jeune. Et qui plus est, comment enseigner l'archéomagie quand on n'a jamais fouillé ? » Demanda la jeune femme.
-« Ne vous inquiétez pas ! L'âge n'est rien. Vous avez la maturité, c'est le plus important. L'archéomagie, l'histoire, vous avez ça dans le sang mon enfant ! Et je sais que vous n'êtes pas une tête brûlée. »
Pas une tête brûlée ? Mature, elle ? Calista se mordit la langue pour ne pas rire au nez du directeur. Vraiment, elle aimait l'humour de celui qui avait rédigé son curriculum vitae pour Ibn Snaï. Comme pour l'expérience des situations critiques, là c'était de l'euphémisme.
-« Vous saviez que le professeur de potion de Poudlard avait pris sa retraite ? » Lui demanda soudainement le vieillard, passant du dragon au farfadet.
-« Euh, vaguement… quel est le rapport ? »
-« Son remplaçant est encore plus jeune que vous. A peine vingt-deux ans. Mais malgré son jeune âge c'est un des maîtres de potion les plus doués d'Angleterre. Voir un jour du Monde. » Il sourit à la jeune anglaise, comme pour la rassurer.
Calista n'aima pas trop la comparaison, elle n'avait rien en commun avec Severus Rogue, absolument rien. L'avoir croisé pendant la guerre, plus souvent qu'elle ne l'aurait désiré, était suffisant. Maintenant qu'on lui épargne une telle comparaison. Il ne fallait pas mêler les gnomes avec les géants, ni les espions de pacotille avec les vrais maîtres du domaine. Non mais !
Et qu'y avait-il de commun entre un petit assortiment de tubes, de chaudrons et quelques poudres aux noms obscurs, dans une pièce sentant le renfermée, avec une noble matière comme l'archéomagie, faite d'études studieuses, de temps de réflexion, de mise en pratique au péril de votre vie ? Selon elle ? Rien !
-« Vous voyez bien, l'âge ne fait rien, seul l'expérience compte. De l'expérience, mauvaise ou bonne, vous en avez. Depuis votre jeune âge vous êtes une passionnée des livres, de l'étude et des recherches. Vous avez là tout ce qui est nécessaire à l'archéomagie. Fouiller ne résume pas cette science. Quatre vingt quinze pour cent de l'archéomagie se passe en recherches dans les sources écrites, à peine trois pour cent en fouille selon mon point de vue. Mais si c'est ce que vous voulez, alors des fouilles vous en aurez. » Souligna le pacha de l'archéomagie.
-« Si vous souhaitez manger du sable, Gringotts vous l'offrira gracieusement. Ils ont sont rapiats avec l'or, mais très généreux avec la maudite poussière de leurs trésors, si vous pouvez les débarrasser des mauvais sortilèges qui les protègent. Et puis, arrivant toute fraîche-moulue de Londres, sans autre recommandation que celle d'un directeur de collège, vous n'irez pas bien loin. Tout juste bonne à faire le sale boulot. Par contre, avec un poste de professeur ici, ils vont de suite vous respecter. »
-« Depuis quand les gobelins respectent-ils les sorciers ? »
S'il essayait de lui faire prendre des pitikons pour des lanternes, il allait voir de quel bois elle se chauffait. Elle n'était pas née d'hier et ce n'était pas parce qu'elle débarquait tout juste qu'il fallait la prendre pour une veracrasse.
-« Soit ! Ils ne vous respecterons qu'un peu plus, ce qui signifie qu'ils accepterons de vous laisser un peu plus de leur or si jalousement gardé. Ce n'est pas si mal, non ? »
-« C'est effectivement à prendre en compte. »
Calista se mit à réfléchir aussi vite que son cerveau le pouvait. L'archéomagie lui était offerte sur un plateau. Avec toutes les possibilités que cela ouvrait. La possibilité de suivre les traces de ses ancêtres, de se documenter sur les écrits maudits qui depuis tant d'années lui étaient inaccessibles. L'archéomagie ouvrait la porte à la magie ancienne, et jouxtant voir louchant fortement sur la magie ancienne il y avait… la magie noire !
Elle, qui était venue pour servir de sous-fifre à un professeur aigri employé par Gringotts pour conjurer les trésors de l'Egypte ancienne, ne s'attendait certainement pas à une opportunité semblable. Serait-elle stupide pour refuser une telle offre ? En elle, une petite voix, perverse, lui disait de sauter sur l'occasion, de foncer. Une autre, celle qui depuis tant d'années lui parlait avec la voix de son frère, lui disait qu'elle devait se méfier, qu'elle ne connaissait ce Ibn Snaï ni d'Eve ni d'Adam, ou plutôt ni de Merlin ni de Viviane.
Faisant taire la seconde voix, après tout son frère avait toujours été plus tête brûlée qu'elle-même, elle accepta l'offre. Immédiatement, le visage de son hôte se fendit d'un immense sourire, on aurait dit qu'il partait d'une oreille pour faire le tour de son crâne. Un sourire peu rassurant à vrai dire, presque diabolique.
-« Parfait ! Vous commencerez dimanche. Ici les week-ends sont disposés à la manière musulmane. J'espère que cela ne vous dérange pas ? »
-« Aucunement. »
-« Merveilleux. Je vais vous laisser prendre un peu de repos dans vos appartements, ils ont été préparés pendant notre petite discussion. Vous y trouverez toutes vos affaires. Et si vous le permettez, je vous invite à me rejoindre au dîner pour faire connaissance avec les autres professeurs, d'ici… »
Il consulta une montre de gousset perdue dans les plis de sa grande robe safran. La montre avait une multitude d'aiguilles, mais Ibn Snaï réussit à y lire l'heure qu'il voulait connaître.
-« D'ici environ quarante cinq minutes. » Précisa-t-il.
-« J'y serai. Merci pour votre accueil. »
Mohen salua, sortit et suivant le premier couloir qu'elle trouva, s'enfonça dans l'université.
A suivre...
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