Bonjour!
Voici venu le temps... des chapitres édités! Donc après le 6, le 7ème n'échappe pas à la règle!
Remerciement: Et bien comme d'habitude, Nelson et Ayako, mes deux correcteurs sans qui ma fic serait truffée de fautes impardonnables! Mes guides de voyage sur l'Egypte qui aident ma mémoire très lointaine de ce pays que j'adore... Et mes lecteurs! Je vous adore!
Bonne lecture! Comme toujours, les notes sont en bas de page!
VII . Les Justes de Samarie
"The truth is inside of every man for all to see", "Season of Change" – Stratovarius.
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S'éloignant dans les ruelles zigzagant autour de la Citadelle(1) du Caire, Mohen repensa à ce qu'elle venait de rencontrer. Le parchemin était intrigant, elle le reconnaissait, mais plus encore était l'atmosphère désagréablement lourde du bureau de Zabini. Et pourtant, elle savait déjà que ce n'était pas du à son ancien condisciple.
Non, mais elle devinait que dans le bureau, directement ou indirectement, il y avait quelqu'un d'autre qu'elle et le sorcier noir, quelqu'un dont elle avait sans mal senti le regard sur son dos. Et ce regard, cette présence lui était aussi désagréable que certains vieux souvenirs d'Angleterre. Finalement, Gringotts n'était peut-être pas une si bonne idée. Dumbledore avait du se tromper.
Mais il y avait le parchemin. Intrigante petite chose, mystérieuse, qui ne voulait pas facilement livrer son secret.
Avant toute chose, Calista Mohen repensa à ses étudiants, à trois de ses étudiants en particuliers, dont deux cherchaient depuis maintenant quelques temps déjà dans les ressources de la bibliothèque. Il fallait qu'elle fasse une petite réunion au sommet. Après elle verrait, déjà débarrassée de ces pensées là, elle pourrait s'occuper du cas du parchemin de Zabini.
Trouvant un coin désert, elle sortit un portoloin de sa poche. Juste avant de sentir l'attraction désagréable du transport magique qui la ramenait à son bureau, Mohen repensa à Gringotts, au parchemin… et à une satanée question qu'elle avait oubliée de poser à Zabini. D'où venait ce maudit papier ?
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De retour à l'université, Calista se sentit tout de même trop excitée pour faire quoi que ce soit tant elle avait l'esprit en ébullition. Maintenant, qu'elle était éloignée de l'ambiance oppressante du bureau de Zabini, des tonnes de questions venaient lui traverser le crâne. Des hypothèses, toutes abracadabrantesques, soufflaient des solutions tordues à son encéphale perturbé.
Et alors que, pour la dixième fois en cinq minutes, elle regardait les mains de son assistant écrire les références d'une fouille quelconque, Mortemer releva la tête et lui demanda ce qui la perturbait.
Oubliant la question de son étudiant, elle lui demanda directement où se trouvait Sigfrid Jäger.
-« A la bibliothèque… comme chaque fois qu'il a du temps de libre depuis… deux mois ! » Remarqua Aimery Mortemer, froidement, vexé qu'on ne se soit pas donné la peine de lui répondre. « Pourquoi ? »
-« J'aimerai que tu lui dises de venir ici dès qu'il le peut, Scapolare avec lui. Et toi aussi. Réunion ! J'ai besoin de savoir où ils en sont de leurs recherches. »
-« Enzo ? »
-« Ne fais pas l'idiot, Jäger aime peut-être beaucoup l'ombre, mais il ne parle pas un traître mot d'italien… alors je ne vois pas pourquoi il aurait demander accès à certains volumes de la réserve, qui se trouvent être en italien… Je ne suis pas si bête que certains peuvent le penser. »
-« Loin de moi cette idée… professeur. » Répondit tout aussi froidement Mortemer.
-« Ne fais pas la tête. Va vite le chercher, j'aurai peut-être aussi besoin de ce que tu as classé depuis plus d'un mois.»
Un sourire sur ses lèvres minces, ses yeux d'acier pétillants au point de presque paraître bleus, Aimery s'éclipsa à la recherche de ses deux amis.
Lorsque les trois comparses se retrouvèrent dans le bureau, quelques trente minutes plus tard, et la porte fermée à coup de sortilèges d'intimité, Mohen, sans un mot, posa devant eux un vieux chandelier à sept branches. (2)
-« Je n'ai pas trop confiance en ces murs… Vous imaginerez probablement pourquoi monsieur Mortemer, donc nous allons nous retrouver dans un lieu plus approprié pour la discussion que nous devons avoir. Aucune objection messieurs ? »
-« Euh… mais prrofesseurr, pourrquoi cherrcher tant à cacher ? Nous n'afons rrien trroufé surr une arrme dangerreuse, fous safez… »
-« Sigfrid… le professeur a ses raisons. Et puis si ça ne te dérange pas, je préfère être assis dans un fauteuil que dans les chaises inconfortables de l'université ! » S'exclama Enzo Scapolare, coupant la parole à son ami allemand.
Jäger fit la moue à la remarque de son camarade sicilien mais ne dit rien de plus. Il reconnaissait qu'Enzo, qui ne parlait pas souvent, avait raison. Mais une chose le dérangeait. Mohen agissait comme si elle cachait une information très importante et dangereuse, voire même interdite, au directeur de l'université. Ou bien était-ce simplement qu'elle n'avait pas confiance en leur directeur ?
Oubliant ses questions, Sigfrid suivit ses amis. Prenant chacun une des branches du chandelier, qui n'en manquait pas, et Calista le pied, ils se retrouvèrent au milieu d'un salon décoré de tons chauds et doux.
Mohen posa son portoloin sur une table basse, puis d'un coup de baguette fit s'illuminer la pièce, large et haute de plafond.
-« Installez-vous, je reviens. »
A ces mots, Enzo se laissa choir avec dignité sur le tas de coussins qui servait de banquette au niveau du sol. Aimery, avec le plus de style possible, s'agenouilla et vint rejoindre le sicilien. Sigfrid, encore sous le choc, celui d'entrer dans l'intimité de son professeur peut-être, resta debout, planté comme un piquet, observant le cadre autour de lui.
Le salon avait un quelque chose d'oriental, mais pas tant égyptien. Le décor était bien moins chargé que dans le bureau du directeur de Dionysias, tout en ayant les même dominantes. Ce qui frappa le plus l'allemand fut la prédominance du bois.
Les murs et le plafond étaient recouvert de boiseries marquetées aux couleurs allant du blond lunaire à l'ocre roux des rochers bordant le Nil. De part leurs présences s'élevaient dans la pièce des parfums subtils des bois de citronnier, d'olivier, et d'autres essences inconnues du jeune allemand.
Le sol était couvert de divers tapis fins, qui ne ressemblaient en rien à ce que les touristes pouvaient trouver à Khan el Khalili (3) . Les Mohen devaient être des sorciers fortunés pour s'offrir le luxe de décorer leur maison du Caire avec des Kilim (4) .
L'ensemble donnait à la pièce une atmosphère de vieux palais mamelouk (5) . La pièce aurait pu être sombre, mais sa taille et son orientation plein sud n'en faisait rien.
Ici et là, quelques tables basses au plateau de laiton accueillaient des plats de faïence, des brûles encens et des bougies. Mais aucune bougie n'était allumée. Etait-ce un signe ? Le signe que la lumière avait depuis longtemps abandonnée l'anglaise. « Possible » pensa Jäger, mais Aimery, tirant sur sa manche, lui fit perdre le cours de ses pensées psychodouteuses.
Il se décida à les rejoindre sur les coussins lorsque leur professeur revint, une étrange créature sur les talons. Surprit, Jäger dévisagea la chose. En fait, il n'en voyait rien ou presque, si ce n'était le large plateau qu'elle portait, l'horrible bure marron qui lui servait de vêtement et deux orbes vertes lumineuses comme des feux follets qui lui servaient d'yeux.
Remarquant comment son ami dévisageait le serviteur de Mohen, Aimery Mortemer lui donna un coup de coude dans les côtes et lui murmura.
-« Un djinn. T'inquiètes, il va pas te mordre ! »
L'esprit du désert aux yeux aussi verts que les prairies anglaises, posa le plateau devant l'allemand médusé.
Non, il n'avait encore jamais croisé ces créatures là. Il connaissait comme tout le monde les légendes que racontaient les gens du désert, les djinns étaient pour eux des esprits farceurs, parfois gentils, parfois mesquins. Mais toujours fiers et potentiellement dangereux. Alors qu'en plus Calista Mohen, la terrible, possède à ses services un de ces esprits… il en tremblait presque d'effroi. Existait-il quelque chose dont elle ait peur ?
-« Bon, messieurs, il est temps de parler de nos recherches respectives. Alors dites moi, Jäger, Scapolare, qu'avez-vous trouvé à la bibliothèque qui nécessite une autorisation expresse de ma main ? »
Fixant Sigfrid pour qu'il réponde, Enzo remarqua que son ami était encore trop sous le choc pour expliquer quoi que ce soit. Le sicilien prit la parole.
-« Et bien, tout d'abord nous avons cherché dans les livres généraux ce que nous trouverions sur Eux. Mais tous les livres se répétaient. Tous, sauf un. Ce dernier nous a fournit une bibliographie qui recoupait la vôtre, à la différence qu'il donnait aussi un titre en italien. Pendant que Sigfrid épluchait les autres, je me suis occupé du volume en question. Et là les informations ont été saisissantes. J'ai trouvé une liste de noms. Tout n'est pas très compréhensible si on se tient uniquement à ce grimoire, qui entre nous remonte seulement au siècle dernier. Il doit s'agir d'une compilation. Mais avec ce que Sigfrid a trouvé de son côté, nous avons pu recouper certains noms, et en ajouter d'autres. »
-« Vous avez cette liste ? » Demanda la jeune femme, ses yeux semblant briller plus fort soudainement.
-« Oui, elle est là. » Enzo sortit un parchemin plié de sa ceinture.
Jäger, reprenant ses esprits en croisant les yeux d'or, prit la parole.
-« J'ai trroufé aussi un fieux grrimoirre allemand. Il n'est que parrtiel, c'est dommage, mais il afait des noms en carractères héprraïques dedans. Je pense que ça fa fous intérresser.
-« Effectivement, si nous pouvions avoir les noms originaux, ça serait mieux. »
Prenant le papier tendu par le jeune homme brun, elle observa la liste. Sept noms apparaissaient. Sept parmi une liste qui en des temps glorieux avait du compter plus de trente personnes.
-« Seulement sept… » Remarqua Calista, une once de déception perçant dans sa voix.
-« Nous pensons qu'ils n'étaient plus que sept à la dernière génération. Ce serait la preuve que leur communauté allait en périclitant. La raison pour laquelle ils ont aussi décidé de se séparer, ou bien la raison pour laquelle ils ont disparu… ils n'étaient que trop peu. »
-« Non, ils n'ont pas disparu. Ca j'en suis certaine. Leurs descendants sont leurs héritiers et ils existent toujours à travers eux. »
-« Alorrs si les Justes existent toujourrs, pourrquoi n'ont-ils pas arrrêté Foldemorrt ? »
-« Leurs héritiers existent, mais je pense qu'ils sont dispersés, et qu'ils ignorent leur ascendance. »
-« Quelle perrte. Aux fils de nos recherrches, j'ai comprris que ces gens n'étaient pas de maufaises gens, ils chassaient les mages noirrs n'est-ce pas ? »
-« Entre autre. Ils possédaient aussi certains savoirs qu'il ne vaut mieux pas laisser entre toutes les mains. A quelle époque vivait cette dernière génération, selon vos estimations ? »
Le sicilien répondit.
-« Selon le volume que j'ai étudié, fin du XIIéme siècle. »
Dans l'esprit de Calista, l'information fit une étincelle.
-« Fin du XIIéme siècle ? Vous avez quoi comme preuve ? »
-« Le grimoire s'appuyait sur des écrits qui ne se trouvent pas ici, mais il précise qu'en 1183 la communauté des Justes de Samarie avait définitivement cessé de donner signe de vie. Selon une remarque d'un sorcier de Ravenne, en 1184 une expédition franque vint à passer par l'antique Samarie. Ils n'auraient croisé que ruines et désolation. Je me permet donc de penser qu'ils ont définitivement disparu entre 1182 et 1184. C'est une échelle assez courte, si l'on se réfère qu'ils vécurent il y a quelques huit siècles. »
-« Non, je pense qu'il est possible qu'ils aient encore existé après 1184. A Samarie, ou peut-être ailleurs. » Répondit Calista.
Elle reposa ses yeux sur le parchemin et relu la fine écriture de l'italien : Coraggio, Estelle, Eterno, Sorgente, Alloro, Bianca et Potere. Tous ces noms avaient été latinisés, si on pouvait dire. Lus ainsi, ils ne signifiaient rien, strictement rien. Ils ne donnaient aucune information, simplement une vague idée du caractère de chacun peut-être.
Certains noms pouvaient peut-être facilement se retraduire en hébreu et donner plus d'indication sur le nom originel, mais d'autres devaient avoir plus d'une dizaine de dérivés.
-« Vous avez dit avoir trouvé certains noms en hébreu monsieur Jäger. Les avez-vous ici ? »
Sigfrid offrit son plus grand sourire à son professeur.
-« Fous fous doutez, mademoiselle, comme je ne lis pas le prroto-héprraïk, je n'écrris pas non plus l'héprreu. Mais il se trroufe ici, en ces murrs, une bien étrrange perrsonne, en plus de fous, qui possède ce don… » Et à ces mots, Sigfrid tendit la main vers son voisin.
Pour toute réponse, Aimery Mortemer brandit sa baguette sur la liste que Mohen avait déjà en main.
-« Là, j'ai dissimulé les noms que Sigfrid a trouvé. Il y en avait visiblement plus sur sa liste, mais certains ont été enlevé. »
-« Enlevés ? Comment ça ? » Demanda la jeune femme, plus étonnée des dires du jeune homme que du fait qu'il était capable de lire l'hébreu.
-« Il y a des trrace de prrûlurres sur le lifrre. Je pense qu'une perrsonne mal intentionnée aurra donné un petit coup de paguette pourr les effacer. Pas plus difficile. »
-« C'est la raison pour laquelle j'ai dissimulé les autres. Si on nous met déjà des bâtons dans les roues… » Expliqua Aimery.
-« Non, ce n'est pas des bâtons dans les roues. La preuve, la personne n'a pas touché à la liste du livre de la réserve. »
-« Oui, mais le livre italien ne possède que des noms que l'autre liste donne aussi. Mais l'auteur du méfait a du le faire vite. Un des noms n'est pas totalement bien effacé. »
-« Lequel ? » Demanda la jeune femme.
-« Un petit sort de bricolage a suffi pour le retrouver, en partie au moins. Ici ! » Répondit Aimery, montrant sur le parchemin un nom calligraphié d'une écriture majestueuse qui ne pouvait qu'être celle du français.
-« T'aurrais du prrendrre encorre plus de place ! » Se moqua Sigfrid.
-« Nour… » Lu Calista à haute voix. « Ce nom ne m'est pas inconnu. Et à vrai dire, je m'attendais à le trouver dans votre liste monsieur Scapolare. »
-« Nourrr… qu'est-ce que ça peut pien êtrre ? »
-« Un mot arabe. La lumière. » expliqua doctement le français.
-« Ouais, mais à parrt ça… » Demanda Sigfrid.
-« Un mage égyptien. Son nom est rapporté dans mon livre, vous vous souvenez monsieur Jäger… »
Le regard d'or en fusion se posa dans celui aussi bleu que le ciel d'Egypte qui lui faisait face. Jäger renvoya son regard à la jeune femme, un sourire goguenard aux lèvres. Il n'allait pas se laisser démonter maintenant.
Reprenant son explication, Calista se tourna vers les deux autres étudiants.
-« Dans ce livre donc, il est précisé comme le dernier membre à avoir rejoint le cercle des Justes. Selon l'auteur, il serait celui qui a grugé ses collègues aussi. Reste à prouver, mais nous savons qu'il a bien existé, que son importance est telle que son nom a été effacé. »
-« Votre livre ne dit pas son nom complet ? » Demanda Aimery.
-« Si. Son nom complet pour les hébreux était Nouriah, soit littéralement « le feu de Dieu ». Mais il semble qu'il affectionnait le surnom de Nour, soit la lumière en arabe, certainement son nom d'origine d'ailleurs. »
Calista observa encore le parchemin, avec ses noms italiens et hébreux. La version d'origine confirmait ses paroles, l'auteur latin avait tout simplement traduit bêtement les noms. Mais encore une fois, ces noms, seuls, sans explication, n'aidaient pas beaucoup. Bien que…
Dans sa tête, un énième éclair de conscience s'alluma.
-« Combien d'autres noms étaient brûlés sur le grimoire allemand ? » Demanda-t-elle.
-« Deux autres. Illisibles, quoi que nous fîmes. » Précisa Aimery.
-« Un de ces noms devait être Chiraz. »
-« Chirrraz ? Comme dans… "Chirrraz de Samarrie" ? » Se moqua Sigfrid.
-« Oui, Jäger… comme dans "frauenjäger". » Répliqua avec autant d'esprit Mohen.
-« Fous êtes en trrain de nous dirre que ce mage noirr a été un Juste ? »
-« Oui, monsieur Jäger… tout à fait. A cette différence, que Chiraz n'a probablement pas été un mage noir comme vous le dites. »
-« Pourrquoi ? Comment ? » Demanda l'allemand.
-« Parce que c'était une femme peut-être… » Remarqua le français.
-« Le fait d'être une femme n'exclu pas la possibilité d'être un mage noir. » Releva le sicilien.
-« Un mage si, une magicienne non… » Précisa Mortemer.
-« Si tu joues surr les mots… » Grogna Sigfrid, pendant qu'Enzo souriait du trait d'humour de son compagnon français.
-« Parce qu'elle a tout simplement été utilisée. Que son nom a été utilisé par une tierce personne, mais qu'elle n'a jamais posé un orteil en dehors de la ligne de conduite des Justes. »
-« C'est fotrre lifrre qui dit ça ? »
-« Non, c'est moi, les faits, un rapport d'un sorcier issu du cercle, et accessoirement c'est aussi l'avis de l'auteur. Mais l'histoire du livre a été romancée. Certains points restant obscurs, l'auteur a parfois enjolivé. Mais au fait, monsieur Mortemer, vous ne m'aviez jamais dit que vous lisiez l'hébreu. »
-« Certainement un oubli de ma part... » Précisa le jeune homme, comme mal à l'aise.
-« Un oubli ? » Releva Calista, alors qu'Aimery aurait justement préféré se faire oublier.
-« Je ne l'utilise pas souvent. Jusqu'à ce jour… je n'en avais jamais eu l'utilité en Egypte. »
-« C'est sûrr qu'en courrs de Potion et de Sorrtilèges… » Persifla Sigfrid, un regard moqueur posé sur le français.
Avant d'avoir fini sa phrase, l'acier d'un regard assassin foudroya l'allemand sur place, ses derniers mots moururent dans sa bouche.
-« Une maîtrise de potion est toujours utile. Les langues… c'est du superflu, il existe toujours des grimoires pour les traduire. »
Calista Mohen fronça les sourcils et observa le visage de Mortemer face à elle. Elle était quasi certaine que ce que lui disait le jeune homme était un mensonge.
Elle fixa ses yeux, si lumineux maintenant qu'ils ressemblaient à des flambeaux, dans ceux couleur d'orage de son vis à vis. Les émotions vives, que cachait si souvent le français, irradièrent l'anglaise. Aimery avait bien menti, elle le percevait comme s'il n'était qu'une extension de son corps. Rien que par le regard, leurs âmes communiquaient dans la même langue.
Puis soudainement, leur faisant rompre le contact, Sigfrid passa un bras devant Aimery pour prendre quelque chose sur la table basse.
De son côté, l'allemand n'avait cessé d'épier les échanges de regards entre Mohen et Mortemer comme s'il cherchait la preuve de leur complicité. Et comme mue par une sourde jalousie qui vrillait son esprit, il leur rappela sa présence.
-« Au fait, en plus des noms… dans mon grrimoirre, ils parrlaient aussi de leurrs… écussons je crrois. Fous n'afiez pas parrlé de ça, alorrs je me demandais si… » Tout en prononçant ces mots, l'allemand, le regard enflammé de fureur, fusilla la jeune professeur tout en grignotant une olive qu'il venait de piocher dans un des raviers sur la table basse.
-« Des écussons ? Oui, ça m'intéresse. Les noms changent à chaque génération, par contre les familles doivent avoir gardé certains symboles même après tant de temps. »
-« D'ailleurrs, je crrois que celui qui a entamé le grrimoirre a ouplié ce passage dans le lifrre, ou bien l'a ignorré. »
-« C'est encore mieux. Vous en souvenez vous ? »
-« Faguement. Pour le prremier, c'est un félin. Peut-être un lion… Pour le second, comme le nom, il n'y figurrait pas. Pour le trroisième, au nom effacé, l'animal était une sorrte de rrenarrd, puis pour Nourrr un rrapace, peut-être un aikle. »
-« Un Faucon. Le symbole du soleil pour les égyptiens était un faucon. Hierakonpolis, la ville du faucon mais aussi du soleil. »
-« Possiple. Le suifant était un corrpeau je crrois. »
-« Kokhava dite Estelle … un corbeau noir comme la nuit. »
-« Fous n'êtes pas sa descendante ? Fous afez les yeux brrillants comme des étoiles, fous êtes aussi mystérrieuse que l'opscurrité et en plus on fous appelle le corrpeau à l'uniferrsité ! » Remarqua Sigfrid.
-« Hum, je n'y avais pas pensé. Allez savoir, Sigfrid… allez savoir. »
-« Calme toi Sig. Quiconque extérieur à nous quatre pourrait croire que tu essaye de séduire le professeur Mohen. » Lui murmura Aimery à l'oreille.
Sigfrid avala difficilement sa salive avant de continuer, comme s'il n'avait pas entendu la remarque sarcastique de son ami.
-« En suite, un phénix pour Netsah si je me soufiens pien. »
-« Oui, et en toute logique son dernier membre se nomme éternité. »
-« Enfin un drragon, un serrpent, un chien et une licorrne. »
-« La licorne pour la pureté, c'est la nommée Bianca ; le chien… ne serait-ce pas plutôt une louve, un symbole plus italien qu'hébreu, la mère pour la terre nourricière. Le serpent, je pense que c'est pour l'eau, c'est plus royal que la grenouille ou le poisson. Le dragon n'est pas hébreu encore une fois, un membre importé, la puissance je suppose. »
-« Si je ne m'apuse, en Eurrope du norrd, le drragon est un garrdien… Et allez safoirr, fous afez peut-être defant fous celui qui descend de ce… »
-« Séguèv. Le nom veut dire puissance. Donc le symbole du dragon est la puissance. Et je ne pense pas que vous soyez l'héritier de Séguèv. Siegfried a tué le dragon, il n'a pas été un dragon lui même. »
-« Désolé, ma mèrre n'a pas foulu m'appeler « Drrago », elle trroufait que ça faisait trrop… famille de sang purr dégénérrée peut-êtrre. » Ironisa l'allemand, tournant son regard jaloux sur Mortemer.
-« Et elle avait raison ! » Répondit Aimery du tac au tac.
La soirée continua doucement, de discussion en discussion, les trois jeunes hommes prenant plaisir à écouter les récits de Mohen. La jeune anglaise, avec son accent faussement guindé et ses expressions peu châtiées, était une excellente conteuse. Son humour grinçant, cynique et persifleur fit rire aux éclats l'allemand et le sicilien, pendant qu'il brisait le masque imperturbable que le français portait si souvent à l'université.
Mais Sigfrid n'en oubliait pas pour autant de surveiller Calista et Aimery du regard. Ils trouvaient leurs échanges douteux et pleins de sous-entendus. Lorsque Mohen s'éclipsa vers sa bibliothèque à la recherche d'un quelconque ouvrage dont elle discutait avec Enzo, Jäger la suivit silencieusement.
A peine avait-elle posée une de ses mains sur le volume de sa quête, que celles de l'élève le plus fripon de l'université de Dionysias se trouvaient sur sa taille. Sursautant et se retournant vivement, elle darda ses yeux d'or liquide dans le regard pers qui la dominait.
-« Puis-je savoir ce que vous tentez ici ? »
-« N'essayez pas de fous montrrer faussement choquée. Fous fous amusez pien afec fotrre petit Aimerry ? Il fous plait ? Il fous excite ? » L'apostropha méchamment Sigfrid.
-« Je ne vois vraiment pas ce qui vous fait dire ça. Jäger, calmez vous et retournons nous asseoir. » Lui répondit froidement Mohen.
-« Jäger, Jäger… mais fous ne safez que dirre mon nom de famille. J'ai un prrénom, fous safez ? Sigfrid. Je crroyais que nous en afions confenu de ne plus utiliser de mademoiselle Mohen et de monsieur Jäger… Ai-je rrêfé ? Et ne faites pas semplant, cherr prrofesseurr, d'ignorrer ma passion pour fous… D'ailleurrs je sais aussi que je fous attirre. Fous prrûlez pourr moi… je le sent ! »
-« Faites réviser votre flair ! Et puis ne parlez pas de passion, la seule chose que vous ressentez pour moi est de la curiosité, une curiosité maladive qui devient de l'obsession. Lâchez moi, Sigfrid. »
-« Oh, foyez-fous, on rrefient au prrénom. Mais fous ne m'aurrez pas afec fos pelles parroles, sorrcièrre ! Je vous attirre, vous tourrnez autourr de moi, fous m'afez demandé la prremièrre de l'aide… »
-« Ne vous méprenez pas, Sigfrid, Jäger, ou ce que vous voudrez… Ce qui m'attire en vous est le miroir. Et ne me regardez pas ainsi. Pour moi, vous êtes comme une fenêtre ouverte sur le passé, un miroir magique où je me revois, moi-même, il y a à peine dix ans de cela. Quand j'avais encore toutes mes illusions, que tout ce en quoi je croyais et avait foi n'avait pas été piétiné, détruit, réduit en cendre par une poignée de psychopathes. Pour vous, la magie c'est noir ou c'est blanc. Vous avez encore vos rêves d'enfant, personne n'a remis ça en doute devant vous. Vous avez peut-être passé des moments difficiles dans votre vie, mais rien n'a détruit votre existence du jour au lendemain. Et, voyez-vous, c'est ce qui m'émerveille chez vous. Mortemer a déjà été broyé par le temps et le destin. Mais vous, vous êtes encore pur et innocent. Et c'est l'attrait de ce qui vous est opposé qui vous captive en moi. J'ai perdu tout cela il y a déjà des années. Je ne suis plus une innocente créature, pure, vierge de tous péchés qui ignore ce qu'est la souffrance morale, physique et amoureuse, qui ignore que la magie comme la vie est une myriade de dégradés allant du gris clair au gris foncé le plus souvent. Le noir et le blanc n'existant que dans les yeux des enfants. »
A l'écoute de cette tirade, Jäger resta sans voix. Calista ne s'était pas emportée contre lui, elle n'avait jamais élevé la voix mais pourtant le ton lui avait semblé passionné et même emprunt d'une certaine nostalgie. Pour la première fois depuis qu'il connaissait Calista Mohen, Sigfrid devinait les souffrances qui avaient du déchirer son âme et son cœur par le passé.
-« Vous avez perdu votre langue si bien pendue Sigfrid ? » Demanda la jeune femme, un air goguenard dans ses yeux posés sur lui.
Ce regard eut l'effet de rallumer le cerveau du jeune allemand, laissé en stand-by. Mais avant que Sigfrid n'ait eu le temps de faire ou dire ce qui lui traversait l'esprit, au même instant Aimery passa sa tête par la porte.
-« Y a un problème ? »
-« Non, absolument aucun Aimery, ton ami et moi discutions… en privé ! » Lui répondit Calista, le foudroyant de son regard de feu.
-« Désolé… Je vous laisse entre grandes personnes. Soyez sages ! » Ironisa le français en s'éclipsant.
Sigfrid se sentit encore plus énervé par les dernières paroles de son ami que toute autre chose survenue dans la soirée.
-« Depuis quand fous tutoyez fous tous les deux ? C'est noufeau que les étudiants tutoient leurr prrofesseurr ? »
-« Calmez-vous Sigfrid, vous devenez ridicule. Allez vous rasseoir dans le salon, soyez gentil, j'ai une dernière chose à faire pour conclure notre réunion de ce soir. Je reviens dans une minute. »
La jeune femme s'éloigna et abandonna l'allemand dans la bibliothèque. Il tourna sur lui-même, admira les rayonnages de bois exotique et les reliures de cuir des volumes. Une chose était sûre, Calista n'avait pas pu ramener tout ça d'Angleterre, donc ils devaient tous être là d'avant. Les Mohen étaient-ils de père en fille des mordus de la bibliophilie. Pivotant encore, il remarqua un détail étrange dans le décor de la pièce.
Au dessus d'une des portes, on avait rangé deux balais de course. Non, pas rangé. Comme ils étaient exposés ils devaient avoir été posés ici comme des objets de collection. S'approchant, en fondu de quidditch, Jäger remarqua que l'un était un balais de course assez âgé, bien une dizaine d'année que la série n'existait plus. Mais e second n'était autre que le tout dernier Nimbus (6) sorti depuis à peine un an. Pourquoi exposer ses balais comme des trésors ? Etait-ce là un souvenir du passé de Mohen dont elle-même venait de lui parler ? Un souvenir pour lui rappeler ses illusions d'avant ? Mais d'avant quoi ?
Enfin, Enzo vint le tirer par la manche pour le sortir des ses pensées et le ramener dans le salon.
-« Fous jouiez au quidditch ? » Demanda-t-il à la jeune femme en s'asseyant entre Aimery et Enzo sur les coussins.
-« Oui. Je vois que vous avez observé la bibliothèque sous toutes ses coutures. Une autre question avant que nous passions à la dernière chose importante pour ce soir ? »
-« A quel poste ? attrrapeuse ? »
-« Non, gardienne. Et je peux vous assurez que les autres équipes en ont bavé quand je tenais cette place. Mais j'ai commencé comme poursuiveuse. Malheureusement je faisais pas le poids contre les armoires à glace des serpentards… J'ai préféré les buts. »
-« Pourrtant, l'un des palais est un palais de compétition, le plus rrapide qu'on est fait … J'en ai eu un semplaple, un modèle antérrieurr. Celui là est trrès rrécent. »
-« Oui… mais il n'a pas beaucoup servi si vous voulez tout savoir. Il a appartenu à une personne chère qui aujourd'hui n'est plus de ce monde. » Sa voix s'éteignit comme si toute joie venait de la quitter. Puis se reprenant, elle redressa le dos machinalement, comme si le fil invisible d'un marionnettiste la dirigeait. « Bon, votre curiosité a été satisfaite, nous pouvons continuer ? »
-« Oui. » Murmura Sigfrid, comme navré de lui avoir rappelé un moment pénible de son passé.
-« Bien ! » Calista posa une large boîte en bois sur la table. « Maintenant, je vous prierai de ne poser plus aucune question avant la fin. Faites exactement ce que je vous dis, et plus vite cela sera fait, plus vite vous pourrez me questionner, enfin. Maintenant, silence ! »
Et à peine avait-elle prononcé ces mots, fixant les trois jeunes gens de ses yeux d'ambre, presque trop lumineux pour être humain, elle souleva le couvercle de la boite.
Sous le couvercle, un lit de cendre se révéla aux trois paires d'yeux médusés qui faisaient face à la boite. Sigfrid ouvrit la bouche pour demander à quoi cette… chose pouvait servir, mais se reprit au dernier instant.
Puis, comme répondant silencieusement à sa question, la jeune femme enleva son gant droit et posa sa main à la peau décolorée et marquée dans la cendre, laissant une empreinte anormalement lisse. A son invitation, chacun leur tour les trois garçons firent de même, posant leur main droite par dessus l'empreinte de la sienne qui, malgré les trois mains masculines plus grandes, restait toujours bien visible. Enfin, fermant le cercle, elle reposa sa main gauche dégantée par dessus l'emprunte de la paume d'Aimery.
Pendant qu'elle récitait quelques paroles dans une langue chantante et roulante inconnue de l'allemand, Sigfrid nota l'état des mains de son professeur avant qu'elle n'ait renfilé ses gants et annoncé que la cérémonie était close. La peau semblait parcheminée comme celle d'une petite vieille, mais en plus la main droite portait une cicatrice que la magie n'avait pu effacer. Reposant les yeux sur les cendres, il se dit qu'il trouverait lui même la réponse à ses questions qui le taraudaient et décida de se renseigner seulement sur la cérémonie.
-« Et à quoi cela serrt-il ? » Demanda immédiatement Jäger.
-« Si tu n'avais pas rêvassé à tes balais dans la bibliothèque, tu aurais entendu l'explication du professeur Mohen. » Lui répondit Enzo.
-« Ce n'est rien, je peux aussi le ré expliquer pour monsieur Jäger… » Ironisa Calista.
-« Moquez-fous… » Rétorqua le jeune allemand avec une moue boudeuse.
-« Je viens de sceller notre discussion Sigfrid. Nos paroles, nos informations échangées, resterons à jamais entre nous, à moins de briser le secret, tenu dans ces cendres. Ainsi, même si mon ami djinn avait l'idée de rapporter ce qu'il a entendu ou vu, il ne le pourrait. »
-« Fous foulez dirre qu'il y a un garrdien du secrret ? »
-« Le fidelitas ne fonctionne que pour les lieux à protéger. Mais en gros, nous venons de faire son équivalent au niveau verbal. »
-« Qui peut prriser ce secrret, et comment ? »
-« Moi, car j'en suis l'instigatrice, donc la seule à pouvoir briser ce secret si je le décide. Quand à savoir comment…
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A suivre...
(1) La Citadelle: actuellement le vieux quartier musulman du Caire, commencée par Saladin au XIIème siècle et continuée par les mamelouks et les turcs, c'est tout simplement la ville médiévale, aujourd'hui quartier des mosquées et madrasa (écoles coraniques).
(2)Chandelier à 7 branches : menora, le chandelier liturgique juif. Menora en hébreu veut tout simplement dire chandelier.
(3) Khan el Khalili : un des grands bazars du Caire, dans le centre historique musulman de la Citadelle. Bordé de madrasa, de mosquées, le lieu est toujours aujourd'hui très célèbre pour ses boutiques « typiques » à touristes…
(4) Kilim : tapis tissé d'origine turc qui servait au départ à couvrir le sol des mosquées… les plus beaux restent ceux de la région géographique d'origine.
(5) les Mamelouk : Ici il ne s'agit pas de esclaves soldats ni des cavaliers d'une partie de l'armée de Bonaparte, mais tout simplement de la longue dynastie de sultans d'Egypte qui régnèrent sur le Caire pendant plus de 300 ans.
(6) Nimbus existe depuis 1967… la même année Calista entre dans sa 2ème année à Poudlard !
Voila! Un long chapitre, riche en informations... je suis sûre que vous avez des questions!
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Chuuuu!
