Bonsoir!
Le Chapitre 9 nouveau est arrivé!
Merci encore et toujours aux même, Nelson et Ayako, mes guides d'Egypte et mes lecteurs!
Bonne lecture!
IX . Chimrone : Un espion aux pattes de velours
"Nine Lives - Feelin' lucky, Nine Lives - Live again, Nine Lives - It ain't over, Nine Lives - Live for ten,
I got good luck, In certain situations, I'm feelin' like I hung the moon, And then at times, I'm so weak from lovin', I couldn't even carry a tune."Aerosmith, "Nine Lives", album "Nive Lives", 1997.
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Avançant d'un pas lent et chaloupé, les yeux tournés vers le bleu sombre du fleuve, une petite silhouette savourait les caresses tièdes de Ré dans la fraîcheur matinale. Le long des bords du Nil, il n'y avait pas foule de si bonne heure. Et comme le soleil d'Egypte commençait tout juste à montrer son disque rouge au dessus des immeubles, la douceur de la nuit disparaissait progressivement pour laisser place à une chaleur de plus en plus étouffante et Chimrone se dit qu'il était temps de rentrer.
Bondissant au bas du parapet de granite de la rue El-Corniche, il traversa la rue de son pas altier, son regard hautain ignorant royalement les autres passants, les vélos et les divers attelages hétéroclites qui croisaient son chemin. D'un saut, il rejoignit sans problème le premier étage d'une maison, puis le toit plat où pendait du linge. Et de terrasse en terrasse, de fil à linge en fil à linge, de balcon en balcon, il rejoignit sa demeure.
Quand finalement il eut retrouvé son poste d'observation habituel, son point de mire le plus favorable à son activité quotidienne, il bailla, s'étira, et s'installa le plus confortablement possible pour une petite sieste.
Sous ses yeux, à quelques trois mètres en dessous de son nid, des piétons de toutes sortes, de toutes origines commençaient à affluer sur l'allée d'Ouréthékaou. Autour de lui, la foule s'exclamait, s'activait, comme des fourmis avant l'hiver. Et dans la boutique, où Chimrone avait élu domicile pour son travail quotidien d'espion, on commençait à sortir cages, paniers, et locataires plus ou moins bruyants pour attirer le chaland.
Car oui, Chimrone vivait dans une animalerie. Mais attention, pas n'importe quelle animalerie, non, loin de là ! Il était l'éminent locataire de la plus grande, la plus célèbre animalerie de l'allée d'Ouréthékaou, La Ménagerie d'Horus.
Il aimait trôner devant tout le monde, au dessus de tout le monde et observer les passants la journée durant.
Quelques fois il descendait de son perchoir, constitué de cages empilées, pour aller se promener quelques minutes, faire un tour du côté du passage de Selkis, tout particulièrement aller mettre son nez dans les ingrédients étranges que manipulaient les apothicaires de la maison de Sekhmet. Ou encore oser pousser les moustaches du côté du sentier d'Apopis, l'antre du mal, le quartier de la magie noire, le seul lieu au Caire où il pouvait admirer une sélection d'objets dangereux sans avoir à fouiller bien loin. Mais il n'y glissait pas bien souvent le museau. Non, les lieux étaient mal famés, glauques autant qu'un quartier du Caire pouvait l'être, et les odeurs souvent trop nauséabondes pour son sensible odorat.
Quoi qu'en pensent les passants, qui de toute manière ne le voyaient pas, Chimrone était une créature douée de raison. Et même plus intelligent que ces choses à deux pattes qui avançaient sans savoir où elles allaient et qu'on appelait sorciers ! Chimrone pensait même être, sans conteste, la créature la plus intelligente, la plus futée, la plus réfléchie de toute la création. Bon, il n'avait pas non plus croisé que des lumières pour dire ça, alors il admettait que son jugement soit quelque peu faussé.
Mais il savait être au dessus de la norme, bien au delà des bipèdes décérébrés qui déambulaient dans l'allée actuellement.
Chimrone n'était pas non plus du genre négligeant. Non, n'allez pas croire ça ! Il aimait être peigné comme un prince, collier rutilant et les griffes manucurées maison. Tout cela allait de soit, seulement il ne fallait pas tomber dans l'extrême, comme certains qui passaient sous ses yeux la journée de magasins de robes en magasins de chaussures. Pppfff ! Les vêtements, une invention barbare des humains, comme si lui portait une robe.
Mais il était certain que le plus important, car personne d'autre que vous ne peut le voir, était un encéphale bien développé et surtout très rapide. Cela était votre As caché dans la manche, votre joker, dans les missions délicates, en d'autres mots : un atout sur lequel tout miser.
Après venait une forme physique irréprochable, car il fallait aussi que les muscles répondent le plus vite possible en cas de coup dur.
Et croyez le ou pas, Chimrone savait ce qu'étaient les coups durs.
Un exemple ? Et bien imaginez, vous chassez un superbe rat, grassouillet à souhait, vous le suivez d'allées en sentiers, et d'un coup au coin d'un passage vous vous retrouvez nez à nez avec un chien aussi sympathique qu'un chacal affamé depuis des mois.
Voilà ce qui nécessitait, selon Chimrone, un bon cerveau et aussi un ensemble de réflexes de survie, si vous ne vouliez pas aller saluer ce cher Anubis de trop près. Vraiment, la vie au Caire n'était pas de tout repos !
Alors il préférait regarder, observer, critiquer, bailler, s'étirer et admirer la vue. Comme en ce moment. Il admirait la sublime démarche presque féline d'un grand noir sortant de l'auberge du « Tabouret Enchanté ». Aux côtés de l'homme, une jeune femme, tout ce qu'il y avait de plus banal dans son apparence, avançait avec l'allure d'une reine détrônée.
Mais à peine son regard d'or croisa les iris d'ambre roux de Chimrone, qu'il sut qu'il avait là, devant lui, la créature dont le génie dépassait sans commune mesure le sien. Mais il n'en sentit aucune jalousie. Non, il venait enfin de croiser un maître à sa hauteur, une sorcière qui mériterait les services d'un Chimrone inégalé, d'un fléreur à la sagacité aussi aiguisée que le regard d'un faucon, aux connaissances aussi pointues qu'un marabout, et à l'agilité jamais égalée.
Mais la venue d'une personne qu'il connaissait bien interrompit là ses pensées. Il reconnut le pas souple du jeune homme qui s'approchait de son tas de cages servant de perchoir. Brun, les cheveux vaguement coupés au carré, ondulant autour de sa tête, il portait le bouc avec un effet mal rasé accentuant le côté sauvage de ses yeux bleu glacier, dans lesquels on distinguait un anneau doré autour d'une pupille noire comme la suie. Il était toujours habillé de jean à la mode moldue, un tee-shirt large en guise de robe sorcière, un sac U.S. troué et de vieilles bottes usées et crottées. Si sa mère le voyait entrer comme ça…
L'homme jeta un regard amusé au félin.
-« Alors Chim ! Il fait bon à rien faire ? » demanda-t-il, son regard amusé se fixant dans celui du fléreur alangui.
Sans répondre, Chimrone le dévisagea avec son habituel air hautain, lui faisant clairement comprendre qu'au lieu de l'insulter - car non il ne faisait pas rien, il espionnait - il ferait mieux de faire attention à sa tenue.
-« Ouais, j' chais, j' chuis pas présentable, mais… » Il regarda dans son dos. « Mais j' chuis pressé mec ! M'man est là ? » Et sans attendre la réponse à sa question, il entra dans l'animalerie. « M'man ? »
-« Nikita ? » S'étonna une voix de femme du fond du magasin. « C'est bien toi mon trésor ? »
-« Oui, c'est moi. Qui veux-tu qu'ce soit ? Il existe tant de personnes que ça qui t'appellent m'man ? »
-« Nikita Etane Rigborg ! On ne parle pas ainsi à l'auteur de ses jours ! Et puis tu ne devais pas aller voir ton grand-père ? Tu es déjà rentré ? »
-« Non, je suis encore au travail, mais je t'ai envoyé mon enveloppe corporelle pour te prévenir, j'ai gardé l'intelligence là-bas… Tu sais, d'nos jours c'est tellement rare, on garde ça sous clé. »
-« Nika ! »
-« J' plaisante m'man ! Oui, j' chuis allé voir grand-père ce matin, et il m'a demandé de m'occuper d'une affaire personnelle. Désolé, aussi curieuse que tu puisses être, j' ne te dirai pas de quoi il s'agit. Au fait, on mange quoi ce midi ? » Il pénétra dans l'arrière boutique sans attendre de réponse, suivant déjà l'agréable odeur de nourriture qu'il avait flairé.
-« Rah celui-là ! Personne ne me le changera. » Soupira la vieille femme. « Chimrone, tu surveilles, je reviens ! »
-« Miiiaahh ! » Fut la seule réponse du félin, toujours trônant et observant du haut de son estrade.
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Sortant du restaurant, Calista Mohen et Azulay Zabini continuèrent leur discussion tout en déambulant calmement le long de l'allée. La jeune femme s'arrangeait pour faire surtout parler le grand noir qui, son charme aidant, parlait de tout et de rien. Un vrai bavard en somme. Mais un sujet restait tabou : l'avancée des recherches de son équipe ainsi que le nom du commanditaire. Qu'importe, elle trouverait comment avoir ce qu'elle voulait, elle avait plus d'un tour dans son grimoire. Une Mohen ne baissait pas si facilement les bras.
-« J'aurai besoin de passer à la ménagerie. Mon hibou s'est fait attaqué, ça doit bien être le deuxième qui y passe depuis que je suis en Egypte. » Expliqua Azulay.
-« Vraiment ? Il faut savoir qu'ici il y a beaucoup de prédateurs. »
-« Oui, des prédateurs avec des baguettes… » Maugréa le sorcier.
-« Non, je parle des aigles, des faucons, des rapaces qui reviennent nidifier en masse sur les bords du Nil. C'est certainement eux qui ont attaqué ton hibou. Tiens, tu as une ménagerie là-bas, on va voir s'ils n'ont pas un bon faucon. » Calista fit son exposé avec le ton patient d'un professeur faisant la leçon à un élève demeuré.
-« Un faucon pour transporter le courrier ? » S'étonna Azulay.
-« Pourquoi pas ? Il te faut un animal qui sache se défendre, pas un pigeon voyageur ! » Se moqua-t-elle tout en accélérant le pas pour rejoindre l'animalerie.
La suivant en courant presque, il repensa à ce qu'il voulait. Il n'était pas venu pour un faucon, il en était sûr et certain. Mais par la même occasion, il ne pouvait détacher ses yeux du dos de sa jeune traductrice ou bien même penser à ce qu'il désirait avant… avant quoi ?
-« Je me disais qu'un grand-duc aurait suffit… »
-« Trop visible, trop remarquable. Si ce qui chasse tes hiboux est vraiment armé d'une baguette, il te faut quelque chose de plus passe-partout… Les faucons aux yeux noirs par exemple, ils volent haut, voient loin, ton courrier sera en sécurité. »
-« Tu t'y connais en oiseaux dis donc ! » S'amusa le jeune homme noir.
-« Oui, ma grand mère avait un élevage. Ce sont des animaux merveilleux. »
Approchant de l'animalerie, Azulay entra directement sans remarquer le félin qui fronçait le nez et les yeux à son approche. Par contre, Calista releva la tête et observa la majesté sur son séant. Elle sourit et envoya un clin d'œil à la petite tête triangulaire qui la dévorait des yeux, puis entra à la suite de son compagnon.
Sur sa pile de cages, Chimrone se leva, s'étira, fit faire quelques exercices de réveil à ses griffes, et enfin suivit les deux clients à l'intérieur de la boutique.
Dans des cages de bambou, de jonc tressés et d'autres aux barreaux d'acier, de sublimes oiseaux de toutes sortes sommeillaient, hululaient, chantaient, piaillaient. Calista admirait leurs plumages colorés et doux tout en cherchant les yeux sombres d'un rapace, quand son regard se posa sur un panaché de plumes grises, rousses et blanches.
Après avoir caressé distraitement une petite effraie qui ne demandait rien d'autre que son attention, elle trouva l'objet de sa recherche. Tout en haut, sur son perchoir et libre de tous barreaux, son noble regard méprisant les bipèdes qui le fixait, un magnifique faucon lanier surveillait le magasin.
-« Bonjour noble ami des cieux. Dis moi, ton maître n'est pas là ? » Demanda Calista au rapace, la voix apaisante.
-« Euh… tu sais, c'est un oiseau, il ne va pas te… » Se moqua Azulay.
-« Chuuutt ! » Le coupa la jeune femme. « Tu vas l'offenser. » Et sur ce, l'oiseau s'envola pour venir se poser sur la main gantée de la jeune-femme. « Tu es splendide. Tu peux aller chercher ton maître ? » Lui dit-elle, sa voix prenant un ton doux et chaleureux, presque roulant comme l'accent des égyptiens.
L'oiseau poussa quelques cris, battant des ailes sans s'envoler.
-« Oh, c'est une maîtresse. Je vois, mais peux-tu aller la chercher, s'il te plait ? » Redemanda-t-elle, toujours sur le même ton posé.
L'oiseau répondit de la même manière, mais cette fois s'envola et disparut dans l'arrière boutique sous le regard médusé de Zabini.
-« Alors là… Tu parles aux oiseaux ? » Dit-il, attendant qu'elle lui réponde que ce n'était qu'une blague.
-« C'est un de mes dons. » Avoua Calista. « Mais entre nous, évite de le répandre. »
-« Oui, bien sûr… wouh ! Si j'avais su… Vraiment, je suis impressionné. »
-« Il ne faut pas, c'est un don comme un autre, je ne t'ai pas dit que je pouvais lever une tempête d'un simple claquement de doigts. » Ironisa-t-elle.
Au même instant, le petit gardien du magasin vint se frotter contre les bottes de la jeune femme, cherchant à attirer son attention. Son corps fin aux tons tièdes de chocolat tacheté se pressa silencieusement sur la jambe grêle dissimulée sous la robe, caressant de sa tête l'ancienne blessure comme s'il pouvait à son simple contact la faire disparaître.
-« Oh, mais c'est la maison des trésors ici ! » S'exclama Zabini en voyant le chat. « Un fléreur d'Egypte, l'animal vénéré de l'Egypte antique. »
-« Oui. » Répondit Calista, prenant le félidé dans ses bras. « Et j'ai comme l'impression, que celui-ci est un bon gardien de trésor ! » Dit-elle, caressant la tête du fléreur.
-« Alors je vais en avoir besoin. Juste pour dissuader mon enquiquineur de colocataire de venir faire la foire dans mes affaires. »
-« C'est une idée, mais je pense que le faucon sera plus efficace pour ça. »
Comme ils discutaient arriva la boutiquière, la cinquantaine, des formes généreuses et un visage souriant.
-« Oh, excusez moi, j'étais un peu occupée… » se rependit-elle immédiatement en explications.
-« Ce n'est rien madame. » Lui répondit Calista, offrant son plus beau sourire à la tenancière.
Cheveux bruns de méditerranéenne aux reflets auburn de henné, un nez courbe comme la plupart de ses oiseaux et des yeux noirs et brillants comme des éclats d'obsidienne, la tenancière de la Ménagerie d'Horus aurait pu avoir l'air d'une mégère si elle n'avait pas eu avec cela un sourire adorable de bonne mère, un sourire qui se reflétait jusque dans ses yeux.
Elle observa, un peu surprise, la jeune femme, oubliant que ses clients étaient peut-être pressés. Azulay fronça les sourcils en la voyant dévisager autant sa compagne, mais Calista ne frémit pas d'un cil.
-« Je vous connais ? » Demanda la femme. « Je suis sûre que je vous connais. Vous ressemblez tant à… »
-« Ma mère ? » Releva Calista, ne pouvant échapper à son ironie naturelle.
Mais comme si la lumière venait d'apparaître dans le cerveau de la vendeuse, elle se jeta sur la jeune et frêle anglaise en hurlant de joie, faisant feuler de colère le fléreur qui s'enfuit se cacher derrière un paquet de miamhibou.
-« Rébeccaaaa ! Seigneur ! Rébecca c'est toi, tu es revenue… » S'exclama-t-elle, sautant au cou de sa cliente.
-« Je suis désolée de vous décevoir madame, mais… je ne m'appelle pas Rébecca. Mon nom est Calista. Ma mère, par contre, se nommait Rébecca. » Expliqua la jeune femme, faisant un pas en arrière pour s'éloigner de la furie égyptienne.
-« La fille de Rébecca ? Seigneur ! Ma Rébecca s'est mariée et elle ne me l'a jamais dit ? » S'étonna la tenancière.
-« Ma mère est décédée il y a bientôt vingt-huit ans. Elle n'a pas eu le temps de se marier, la fièvre l'a emportée à son retour d'Egypte. Elle n'a eu que le temps de me mettre au monde avant de s'en aller pour son éternelle demeure. »
-« Oh Seigneur ! » Soupira la femme, reculant un peu et s'assoyant sur un tabouret dans le fond de la boutique. « Je m'excuse ma petite… tu dis t'appeler Calista ? »
Comprenant que sa présence était indiscrète, Zabini s'éloigna dans le magasin, faisant un tour pour admirer les occupants de chaque cage, de chaque volière.
-« Oui, et vous êtes ?… » Demanda poliment Calista, ne pouvant malgré tout se défaire d'un sourcil sarcastiquement levé.
-« Oh, excuse moi. Isaura Rigborg, j'étais l'amie de ta mère lorsqu'elle vivait parmi nous, ici, au Caire. Et aussi l'amie d'Al et de Baghard. J'ai d'ailleurs épousé le dernier qui soit resté ici. Avant qu'il ne meurt, pris au piège lors d'une de ses immanquables expéditions. A la suite de quoi, je me suis acheté ce magasin. C'était une idée de ta mère d'ailleurs. Elle adorait les animaux, surtout les oiseaux. Elle leur parlait. » Expliqua la vieille femme, un sourire de tendresse animant sa tristesse. « Seigneur, dans tout ça, ça fait que je suis vraiment la dernière. Nous étions tous étudiants, sauf Baghard, lui était professeur, un éminent professeur qui avait tout de même trouvé à se faire mettre à la porte de Cambridge ! » Pouffa-t-elle, entre deux larmes. « Ah, allons, la vie continue ! Ne pas s'apitoyer. Mais, dis-moi, que fais-tu au Caire ? »
Toute heureuse d'avoir retrouvé quelqu'un que sa mère avait connu, elle en oubliait presque la présence d'Azulay non loin. Mais se ressaisissant rapidement, elle s'assena une claque mentale pour éviter d'en dévoiler trop devant le partenaire d'un Avery.
-« Je travaille pour Gringotts, et tout particulièrement pour monsieur Zabini, qui est ici avec moi, et son associé. Je suis traductrice surtout. »
-« C'est merveilleux. Et qu'est-ce qui vous a amené à pénétrer dans mon humble boutique ? »
Entendant son nom, Azulay revint immédiatement se placer derrière sa traductrice et salua la patronne.
-« Je cherche un oiseau pour la communication postale. Seulement voilà, j'ai déjà eu deux hiboux attaqués, Calista me conseillait un faucon. »
-« Et quand j'ai justement vu cette magnifique bête. » Finit d'expliquer la jeune femme à l'amie de sa mère, tout en caressant la tête fine du rapace.
-« Oui, un faucon ne devrait pas facilement se faire attaquer. C'est un oiseau bien plus rapide qu'une chouette ou un hibou. Et celui-ci est jeune, il vous suivra encore quelques années. Il est très vif aussi. »
Chimrone, voyant que sa maîtresse s'était enfin calmée, sortit de sa planque pour revenir quémander des caresses à la jeune anglaise.
-« Vous avez aussi un très beau spécimen de fléreur. » S'exclama Azulay, se baissant pour venir caresser l'animal.
Mais contre toute attente, le félidé retourna se planquer dans la robe de Calista, faisant le dos rond devant la main tendue du sorcier noir. Comme Azulay ne comprenait pas les félins plus que cela, il ne s'éloigna pas et continua d'insister auprès du matou. Chimrone se mit à feuler et cracher pour finalement assener un coup de patte et planter ses griffes dans la main tendue de Zabini.
-« Outch ! Le petit sauvage. » S'exclama le sorcier en se relevant, tenant sa main blessée.
Isaura ne dit rien en voyant cela, mais comprenant bien le comportement de son animal, elle dévisagea la fille de sa meilleure amie. Calista lui renvoya son regard. Les deux femmes n'eurent pas besoin de mot pour se comprendre. Comme si elles s'étaient toujours connues, une confiance féminine régnait déjà. L'anglaise décida de rassurer son compagnon à sa manière.
-« Que veux-tu, c'est un mâle, il préfère les femmes. C'est naturel ! » Se moqua-t-elle. « Tu t'approches trop, alors il me défend ! » Elle prit le félin dans ses bras et le caressa. Immédiatement il se mit à ronronner. « Dites moi Isaura, vous pourriez me réserver un de ses compagnons ? »
-« Si tu veux un fléreur, je te mets en garde, ce ne sont pas des chats, ils sont encore plus indépendants, et très intelligents. »
-« Je sais comment sont les fléreurs, mais j'avoue qu'un compagnon à poil et intelligent me serait bien utile. »
-« Effectivement, ce n'est pas avec ce que tu as actuellement sous la main que tu trouveras de l'intelligence je crois… » Murmura la veille femme, sa moquerie délicatement dédicacée à une personne dans le magasin qui n'avait rien entendu. « Dans ce cas je te l'offre, cadeau de bienvenue en Egypte. »
-« Mais je suis ici depuis fin janvier. » Protesta Calista.
-« Et tu ne viens que maintenant me voir ! » S'écria Isaura. « Et bien dis toi que c'est pour toutes ces années où je n'ai pas pu te voir. Voilà ! » A ces mots, elle se retourna vers l'arrière boutique. « Nikkaaaa ! Il me faut un panier pour Chimrone ! »
-« Oh, je ne pense pas le prendre tout de suite, il fait chaud, il sera mieux ici que dans un panier. De plus je dois repasser au bureau. Peut-être pourriez-vous le faire livrer chez moi… enfin, je pense que vous connaissez. »
-« Tu habites l'appartement de ta mère ? » Demanda Isaura.
-« Oui. Tenez, montrez ça à la personne qui sera là. Il ne fera aucune difficulté. » Elle glissa un objet dans la main d'Isaura.
-« Et pour le faucon ? » Demanda Zabini.
-« Vous pouvez l'emporter de suite, ou je peux le faire livrer aussi. Mon fils se chargera de ça, ne vous en faites pas. »
Dans l'arrière boutique on entendit à ce moment là une voix d'homme maugréer, puis soupirer. Visiblement le fils d'Isaura n'était pas du même avis que sa mère.
-« Dans ce cas, c'est aussi bien de le faire livrer, je dois encore passer par le bureau avant de rentrer, ça m'évitera des complications. »
-« Comme il vous plaira. Quelle est votre adresse ? »
-« Garden City, Rue El-Corniche, résidence Amarna. Au troisième étage, demandez monsieur Zabini, ou bien monsieur Avery, oui A, V, E… parfait! » Dit-il en regardant Isaura prendre note.
-« Très bien, vous aurez votre nouvel ami ce soir. Vous avez ce qu'il faut pour lui ? »
Et après une longue explication sur le soin à apporter à son nouveau postier, une sélection de quelques accessoires et s'être fait délesté d'une petite fortune, sa bourse devenue soudainement légère, Azulay suivit Calista dans l'allée d'Ouréthékaou.
En sortant de la boutique, ni le sorcier noir ni la jeune femme ne virent qu'un regard clair se fixait sur eux avec attention et les suivait alors qu'ils s'éloignaient pour rentrer à Gringotts.
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-« Je ne sais pas toi, mais je ne comprrend même pas la moitié des titrres de cette pipliothèque ! » S'exclama Sigfrid, monté sur une chaise pour observer de plus près une collection à la reliure verte et aux titres argent. " L'arrt assyrrien du meurrtrre sans trrace " Lut-il sur une des tranches. « Il y a ici quelques titrres charrmants ! Tiens, peut-êtrre que je trrouferai quelque chose du genrre "Milles et une manièrres de se déparrrasser d'un gêneurr" ou encorre "Comment empoisonner fotrre dirrecteurr d'uniferrsité, plus de trrois cents rrecettes de poisons indétectaples ". Qu'en penses-tu ? » Demanda-t-il à son ami.
-« Laisse tomber les poisons, c'est suranné ! » Expliqua Aimery Mortemer, assis par terre dans un coin de la bibliothèque de son professeur d'archéomagie médiévale, épluchant un énième grimoire. « Les maléfices c'est un peu mieux je trouve. Surtout que pour savoir qui l'a jeté, il faut souvent se lever de bonne heure. »
-« Ah mais on dirrait que j'ai trroufé mon grrimoire ! » Sigfrid sautilla de joie sur sa chaise en regardant le français.
-« Quel grimoire ? » Demanda son vis à vis, un sourcil levé en une expression froide.
-« Toi ! Tu sais quoi fairre si pesoin est pourr te déparrrasser de Ipn Snaï ! Ce type m'horrripile ! Alorrs que moi… »
-« N'importe quoi t'horripile Sig. Et puis calme toi, on dirait un gosse. Tu vas finir par casser ta chaise. »
-« Rrapat-joie ! Ce n'est pas parrce que toi tu tutoies Mohen qu'il faut te crroirre au dessus de nous. »
-« Je ne me crois au dessus de personne, sauf des imbéciles. Et arrête un peu ton numéro d'amoureux transi jaloux de tout ce qui l'approche. Si tu veux Calista, je te souhaite bien du courage, mais tu ne m'auras pas sur ton chemin, ne t'inquiètes pas. Je n'ai pas envie de ramasser les miettes de mon cousin. De plus je l'estime trop pour me laisser aller à de bas instincts de bête. » S'exclama-t-il. « Mais si toi, tu veux l'avoir… Persévère dans cette voie et tu te prendras encore un vent comme hier soir. Voir carrément la porte de sortie. Tu fais comme tu veux, mais moi je te conseillerai gentillesse, politesse, et surtout range ta jalousie maladive et ta curiosité mal placée ! Essaye de penser avant d'agir. Elle n'est certainement pas comme toutes les garces de l'université que tu t'es levé depuis qu'on est là. Fais resurgir un peu ta bonne éducation, essaye de faire honneur au nom des Jäger, pour une fois. »
-« Alorrs pourrquoi fous êtes toujourrs foutus ensemple ? »
-« On n'est pas toujours ensemble, mais on apprécie la compagnie l'un de l'autre, tout comme, même si je ne sais pas pourquoi, j'apprécie ta compagnie et que tu apprécies celle d'Enzo. Il faudrait que tu te mettes bien dans le crâne qu'elle et moi, c'est uniquement de l'amitié. »
-« D'accorrd, d'accorrd. Mais dans ce cas, tu ne sais pas si elle a un petit ami ? » Demanda l'allemand, un sourire de victoire sur les lèvres.
-« Non, je ne sais pas. Les rares choses que je sais d'elle, c'est qu'elle est partie en coup de vent d'Angleterre, qu'elle déteste mon cousin comme un imam déteste les chats noirs, et qu'elle n'a plus de famille. Pour le reste… Ce n'est pas le genre de question que je pose à une nouvelle amie. » Il passa sous silence qu'il savait aussi qu'elle pratiquait la magie noire depuis pas mal d'années au vu de son corps déformé et de la potion qu'elle lui avait demandé.
-« Aaahhh ! Trroufé ! "L'arrt indien de la torrturre, où comment fous amusez entrre amis et ennemis", ça s'annonce pien, non? Ou encorre "Arrsenik, strryknine, ciguë et compagnie, l'arrt ancestrral des poisons". A ton afis, quelle genrre de jeune femme anglaise aurrait ce type de lifrres dans sa pipliothèque ? Perrsonnellement, toutes les filles que j'ai crroisé jusqu'alorrs afaient au moins une centaine de rrecettes de filtrres d'amourr, mais pas des lifrres surr les poisons, sur la torrture. Ah ! Les meilleurrs : "Surrfifrre à sa morrt", suifit de "Comment se fenger des trraîtrres avec élégance". C'est une charrmante collection ! »
-« Calista n'est pas une femme comme les harpies que tu te fais à l'université. Elle n'a quasiment connu de sa vie que la guerre. Et puis je suis presque certain que sa famille était de sang pur, et ce genre de littérature est tout à fait dans le style de certaines familles de sang pur anglaises, comme les Malefoy. Ma mère doit avoir certains de ces titres dans sa collection personnelle, dans son boudoir. A ton avis, pourquoi mon père m'a appris depuis tout jeune à savoir reconnaître les poisons ? Avec ma famille maternelle ce n'est jamais inutile. »
-« "Maléfices et pyrramides, l'arrt de la défense funérrairre dans l'Aigypten antik", c'est pour toi ça ! » S'exclama l'allemand en lançant le volume à son ami.
-« Merci. » Répondit laconiquement le français en chopant le livre au vol avant qu'il ne s'écrase. « Evite de jeter les livres, certains sont très anciens et je pense que Calista y tient un minimum. Vraiment pour un bibliophile, tu as des manières… » Mais le cri de victoire du germain interrompit Aimery.
-« "Trraité d'immorrtalité, ou les démons à trraferrs l'Histoire de la Magie", hey ! C'est pas le pouquin que tu cherrches ? » S'excita Sigfrid encore sur sa chaise.
Se calmant, il sortit le livre de son rayonnage et l'ouvrit. Le livre émit immédiatement un nuage de poussière qui fit éternuer le jeune allemand. L'éternuement mit en branle la chaise, celle-ci vacilla et son occupant se retrouva au sol, les quatre fers en l'air avec un air parfaitement idiot peint sur le visage.
-« Je t'avais prévenu. » Lui lança simplement Aimery avec un regard las.
Sigfrid se redressa, restant assis sur le sol, finalement il ne pouvait tomber plus bas, pourquoi ne pas y rester. Puis saisissant le livre tombé par terre à côté de lui, il l'approcha et lu la page de garde. Chassant la poussière d'une main, il nota trois initiales dans le haut de la page de droite. Trois petites initiales qu'il était sûr d'avoir déjà vu ailleurs : R. A. B. .
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Installés dans leur bureau de Gringotts, Mohen et Zabini travaillaient en silence, chacun à un bout de la grande table de travail qui trônait au centre de la pièce. Le sorcier noir était en train de se tirer les cheveux tout en lisant un petit tas de lettres. La jeune femme était retournée à son manuscrit.
Plus elle observait le texte, plus elle était certaine qu'il s'agissait d'un code. Le seul problème était que ce message avait certainement été écrit autrefois selon une grille de code, faisant que l'auteur et le destinataire se comprenaient, mais aujourd'hui plus personne ne pouvait en comprendre le sens. A moins que…
Le parchemin était disposé devant elle de travers, le haut de la page légèrement incliné vers la droite. Alors elle remarqua un fait. Lignes après lignes, les lettres se suivaient avec minutie selon un décalage précis, de la première ligne à la dernière, de la gauche vers la droite avec régularité. Lisant ainsi le parchemin de haut en bas, elle vit sous ses yeux se former des mots, des phrases et finalement tout un texte. Se retenant de bondir de joie et de le crier à son compagnon d'étude, elle préféra se concentrer sur le sens du contenu.
Au fur et à mesure qu'elle avançait dans sa lecture, elle frissonnait des pieds à la tête. Si la teneur de ce papier était exacte, il ne valait mieux pas laisser Zabini, encore moins Avery et ses petits copains mangemorts, approcher du site. Il ne lui restait plus qu'à savoir où en étaient les deux hommes dans l'approche du site renfermant le trésor.
Mais une chose l'étonnait, il s'agissait de la langue employée. La langue des Justes était normalement le samaritain, une variante régionale de l'hébreu, la langue et l'écriture maternelle d'Eyal. Or, le texte était en hébreu tout simplement.
Puis il y avait l'épitaphe au bas de la page. La phrase ne signifiait rien, mais ayant compris la manière de penser de l'auteur, elle chercha la valeur numérique de chaque mot en additionnant chaque lettre. Les quatre mots lui donnèrent cinq, dix-neuf, neuf et onze. Retransposant dans l'alphabet hébraïque, elle n'obtint rien de concluant, mais en écrivant pensivement les lettres latines correspondant aux chiffres, un nom surgit de l'obscurité dépressive de son cerveau. Erik. Erik, l'un des Justes.
Seulement un problème subsistait, et de taille. Pourquoi, en plus d'utiliser l'hébreu et non le samaritain, un Juste aurait-il signé ainsi le document de son nom d'origine et non pas de son nom samaritain ?
Calista repensa à ce que lui avait dit Zabini le midi même sur le précédent traducteur. Se tournant vers le géant noir, elle décida de lui tirer encore un peu les vers du nez.
-« Je me demandais, tu as parlé d'indices trouvés, en dehors du texte, dans le Fayoum. Quels sont-ils ? » L'or des iris de la jeune femme se rivèrent de nouveau dans l'âme de sa proie.
-« Et bien, il y a quelques sites, autour et au Fayoum, mais… » La chute d'une pile de documents sur le bureau de son secrétaire détourna l'attention d'Azulay le temps de quelques secondes. « Ah tu sais ce que c'est, l'égyptomagie n'est pas mon domaine, alors je ne me souviens jamais des noms ! » Répondit-il, éludant la question et fuyant le regard lumineux de sa traductrice. « Et puis il y a eu le dernier, nous avons failli l'avoir, mais la preuve a été détruite. » Soupira-t-il.
-« Ah ? Comment ça ? » Calista plissa les yeux à ses mots, lui donnant l'air d'un félin jouant avec sa souris.
-« Tu as entendu parler de la destruction d'un pylône sur le site de Crocodilopolis ? » La questionna Azulay.
-« Vaguement. Et c'est là qu'était la preuve ? » S'étonna la jeune femme.
-« Il semble que Lavia avait un goût prononcé pour l'art antique, surtout pour les temples ptolémaïques. Alors il aurait laissé des indices dans certains lieux. Notre chercheur nous a laissé l'indice de Crocodilopolis. Mais voilà, quelqu'un nous a devancé et a tout détruit. Travail de cochon si tu veux mon avis, tous ces moldus maintenant se demandent ce qui est arrivé à leur temple. »
-« Effectivement, je n'avais pas pensé qu'il s'agissait d'une attaque due à la magie. Je ne lis pas les journaux. » Expliqua-t-elle avec un large geste de la main, comme pour marquer qu'elle s'en foutait comme de sa première couche.
-« Ma chérie, tu devrais ! Et le plus important : apprendre à lire entre les lignes, même dans les journaux moldus. Tiens, tu veux une démonstration ? »
-« Pourquoi pas ! » Répondit Calista, un sourire amusé à l'idée de prendre une leçon de lecture, elle qui avait eu une formation d'auror en bonne et due forme. Il la prenait vraiment pour une bleue ?
Azulay sortit une édition du jour d'un quotidien en caractères latins, l'étala sur la table en poussant son courrier, et Calista put lire le titre : Le Monde.
-« Tiens, regarde par exemple, la nuit dernière, un vol a eu lieu au Louvre, dans le département des antiquités égyptiennes. Aucune trace d'effraction, aucune empreinte, aucun indice. La seule chose qu'on a : trois objets ont été volés, et ils étaient d'époque ptolémaïque. »
-« Quoi ? c'est toi le voleur ? » demanda Calista, couvrant sa bouche d'une main gantée comme une lady qui viendrait d'apprendre les dernières frasques de son fils.
-« Non, mais… » Il sortit une coupure d'un autre journal avec en lettres gothiques un nom allemand. « Il y a à peine six mois, un vol similaire avait lieu à Berlin. Objets volés : département égyptien, époque ptolémaïque, une statuette et un bijou. » Tournant la coupure allemande, une nouvelle, rédigée en anglais cette fois, apparue. « Londres, il y a une semaine, le British Museum découvre au petit matin que sa collection de momies ptolémaïques a été visitée. Mystérieusement, rien n'a été volé, deux momies ont juste été renversées. Mais aucune trace d'entrée ou sortie. » Il dévoila un troisième article de journal, cette fois d'un quotidien moldu américain. « Et enfin New-York, il y a un mois. Idem, le MOMA se fait visiter par notre mystérieux voleur, cette fois-ci en pleine journée, au nez et à la barbe des gardiens et des visiteurs. Impressionnant non ? »
-« Euh, oui… Mais quel est le rapport ? » Demanda-t-elle, cette fois totalement étonnée de ce dont il lui parlait.
-« J'y vois un possible hasard. Mais en même temps… C'est étrange, il est clair que le voleur est un sorcier. Peut-être même une sorcière. Tous les objets volés étaient de la même époque, plus ou moins du même siècle paraît-il. Alors je me demandais si Lavia… Tu vois, il a trouvé le secret de l'immortalité, pourquoi ne pas l'utiliser lui même. » Expliqua le sorcier noir.
-« Fumant… Si tu n'as rien de plus intelligent, j'ai une traduction à finir moi ! » S'exclama la jeune femme, tournant la tête vers son manuscrit.
-« Bon, j'en conviens, c'est un peu tiré par les cheveux. »
Calista le regarda comme on regarde un idiot congénital alors qu'il vient de vous sortir la pire ânerie qui soit : de la pitié. Croisant son regard navré et ne voulant pas baisser les bras, Azulay reprit :
-« Alors, autre information. »
Zabini replia ses coupures de journaux pour sortir une édition en anglais de la Gazette du Marabout et l'ouvrit à la page des faits divers.
-« Là, édition datée de décembre dernier, lis bien ! »
-« "La nuit dernière, sur les bords du Nil aux abords du site archéologique moldu de Saqqarah, a été découvert un corps humain desséché. Le corps semblait avoir subit une dessiccation accélérée, comme momifié naturellement. Les causes de la mort restent toujours inexpliquées. Le sujet était de sexe masculin. Le fait qu'il ait été sorcier fut confirmé par la présence sur son corps de résidus de magie et d'un mangeur de magie apposé sur sa nuque…" blablabla… Effectivement, c'est sympathique tout ça. Qui était cet homme ?»
-« Non identifiable. Personne n'a su, mais tiens, lis l'édition d'hier. » Lui dit son compagnon, lui tendant un nouveau journal.
Calista ouvrit le journal, passa sommairement sur le vol au Louvre qui faisait visiblement grand bruit. Puis, en page des faits divers, elle aperçu un article similaire au précédent quelques mois plus tôt.
-« "Repêché ce matin dans le Nil, à la pointe sud de l'île du Gezira, un corps desséché comme celui de Saqqarah en décembre dernier a été découvert. Le sujet était, une fois de plus, de sexe masculin, sorcier, et cette fois son identité a put être prouvée grâce à un tatouage sur son corps. L'homme était anglais, travaillant pour le compte de l'empire bancaire Gringotts…." Et alors ? ça change quoi ? »
-« ça change… que cet homme était un de mes… amis. » Expliqua le grand noir, hésitant un peu sur le mot « ami ».
-« Et bien, toutes mes condoléances, mais tes amis n'ont pas de chance. » Le sermonna Calista.
Elle tourna la page dans la vieille édition de décembre 1981, et lu une petite annonce : « l'Université des Arts Magiques d'Egypte, installée à Dionysias du Fayoum, recherche un professeur pour sa chaire d'archéomagie médiévale, laissée vacante suite au départ précipité de son professeur. Si vous souhaitez postuler, prière d'envoyer… » Et blabla, pensa-t-elle. Il lui semblait pourtant que le vieil Archi lui avait parlé d'un professeur disparu.
-« Bon, plus exactement il était mon homme pour fouiller le site. Avec sa mort, je perds toute son équipe. » Expliqua son compagnon, ramenant la sorcière vers la réalité.
-« Ah oui, je vois… dommage pour toi. » Murmura la jeune femme, un vague rictus se dessinant sur ses lèvres.
-« Il me faut de nouveau constituer une équipe et en vitesse.» Soupira le géant noir, le regard désespéré se noyant dans son café.
-« Pourquoi ne pas en parler avec les gobelins ? Je pense qu'ils seront enchantés de te venir en aide. Non ? Des hommes, ils n'en manquent pas je crois. » Son idée tenait plus de l'ironie, mais elle vit avec délectation Zabini mordre à l'appât.
-« Oui, tu as raison. Je vais voir. Et puis il y a les cercles au Caire, je serais bien le plus infortuné des hommes si je ne trouvais pas ! » Soupira-t-il.
-« Exactement ! » Calista se repencha sur le quotidien du jour. « Oh, tu as vu, ça… ils parlent de la fête de Cham el-Nessim, j'aimerai bien y aller, c'est lundi prochain je crois. » Dit-elle, lui tendant une perche et surtout le journal.
Et profitant de l'intérêt soudain d'Azulay pour l'article en question, sur la fête traditionnelle de l'Egypte antique qui avait perdurée jusqu'à aujourd'hui, elle sortit quelques feuilles de parchemin. Et d'un coup de baguette, elle dupliqua chaque coupure, s'autorisant une lecture plus tard à tête reposée.
Comme finalement Zabini n'avait pas fini sa lecture, le cœur battant à tout rompre, elle se hasarda à l'interdit. Baguette en main, elle pratiqua un sort similaire sur le manuscrit d'Erik. Glissant rapidement la copie sous la pile de feuilles contenant ses notes, elle attendit sagement que son compagnon refasse surface.
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Quand Lorenzo Scapolare ouvrit la porte de l'appartement de Calista Mohen, les bras chargés de paquets en tout genre, il fut étonné de trouver encore plus de poussière dans la bibliothèque ainsi que ses deux amis étalés par terre en train de déchiffrer un ouvrage.
-« Vous avez joué avec de la farine ? » Demanda-t-il, s'arrêtant sur le pas de la porte, ne voulant pas salir sa robe beige claire et son pantalon blanc. « Ou bien Sigfrid a innové dans les acrobaties ? »
-« Hey ! Pourrquoi c'est toujourrs moi ? » Protesta l'allemand.
-« Parce qu'on te connaît. On sait que tu aurais du faire l'école du cirque. » Se moqua le sicilien. « Aimery, j'ai tes ingrédients de potion. »
-« Merci » Répondit simplement le français.
-« Et tu comptes fairre quoi avec tout ça ? » Le questionna Sigfrid, toujours trop curieux.
Devant le regard exaspéré de Mortemer, connaissant aussi à quel point l'allemand pouvait être persévérant pour apprendre une donne qu'on voulait lui cacher, Scapolare prit les devants.
-« De l'Elixir Cérébral de Baruffio, pour améliorer tes capacités cognitives. On s'est dit que ça serait te rendre service. » Répondit Enzo, sa voix ne trahissant aucun mensonge.
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Dans les rues du Caire, un homme, vêtu d'un vieux jean, d'un tee-shirt rouge exhibant son goût pour le rock'n'roll anglais célèbre, avançait un panier posé sur sa tête, comme ces villageoises des bords du Nil ramenant l'eau au foyer.
Dans la cohue de début de soirée, alors que les hommes sortant du travail se retrouvaient entre eux dans un café enfumé ou que les femmes, voilées ou pas, discutaient entre voisines sur les pas de porte du menu du soir, personne ne remarquait le curieux équipage. Dans une ville comme le Caire, transporter sa télévision, son mouton ou même un chat dans un panier n'avait rien d'exceptionnel, cela faisait partie de la vie quotidienne, du transport en tout genre qu'on croisait ici.
C'est ainsi que Nikita arriva devant la façade quelque peu lézardée de l'immeuble de la fille de l'amie de sa mère, dont il ignorait le nom, vu que sa mère n'avait pas pensé à le lui demander. Maligne sa mère. Ah que voulez-vous, il l'aimait, mais elle était étouffante, toujours sur son dos à s'occuper de ce qui ne la regardait pas. Enfin, en fils unique, il ne savait rien lui refuser.
C'est pourquoi, il se retrouvait devant cet immeuble, à presque dix-huit heures du soir, dans l'obscurité naissante du crépuscule. Passant le pas de la porte, il observa le papier sur lequel sa mère avait noté l'adresse et l'étage.
Arrivé au premier étage, il ne vit pas l'ombre d'un oiseau aux longues ailes s'engouffrer dans le hall du rez-de-chaussée.
Continuant son ascension, il ne prit pas garde à Chimrone qui s'agitait dans son couffin. Et quand enfin ses pieds se posèrent sur le dernier palier, il s'empressa de frapper à la porte où ne figurait aucun nom, comme un lieu anonyme.
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Ce qui sauva le plus Mortemer et Scapolare de la curiosité maladive de leur ami furent les trois coups secs frappés à l'entrée qui mirent fin à l'interrogatoire de Jäger. Comme sauvé par le gong, Aimery se leva d'un bond, s'épousseta et se dirigea vers l'entrée de l'appartement. Calista n'aurait pas frappé, il devait donc s'agir d'un visiteur.
Enzo, l'ayant devancé, ouvrit l'huis et toisa, avec la prestance d'un ambassadeur, l'homme qui lui faisait fasse. Le visiteur, à moitié caché de la vue d'Aimery par la pénombre de l'escalier et la silhouette de son ami, ne sembla pas démonté pour autant. Affichant un sourire narquois, il tendit un objet aux deux étudiants.
-« J'ai une livraison à cette adresse. On m'a dit de présenter ceci et qu'il n'y aurait pas de problème. » Expliqua-t-il d'une voix chaude et profonde, totalement décontracté.
Aimery récupéra l'objet, l'observa à la lumière et reconnut un des objets que Calista conservait souvent dans son bureau. Un de ses grimoires métamorphosés. Acquiesçant il laissa l'individu entrer dans l'appartement avec un grand panier.
Une fois le couffin déposé, le livreur l'ouvrit, laissant sortir un félin haut sur pattes, à la carrure fine, musclée et racée. L'animal tourna sa tête vers son camarade de voyage et miaula.
-« Et ouais mon vieux, c'est ici que nos chemins se séparent. J'espère que tu aimeras ta nouvelle maison surtout. Salut mec ! » Dit-il, la voix plus chargée d'émotions qu'il n'aurait voulu l'avouer.
Il caressa une dernière fois la tête fine et triangulaire du fléreur et se tourna vers les deux portiers.
-« Bon, je suppose que sa nouvelle maîtresse n'est pas encore rentrée. J'vous préviens, le premier qu'fait du mal à c't adorable félin, j'le trucide à la p'tite cuillère. » Lança-t-il aux deux étudiants.
-« Nous ne comptons pas lui faire de mal. Il a un nom je suppose. » Expliqua Lorenzo avec la voix conciliante d'un médiateur.
-« Ouais, s'appelle Chimrone. Mais moi j'fais pas confiance à ceux qui traînent avec les amis des mangemorts. Dites au passage à votre patronne qu'elle f'rait bien de mieux choisir ses relations. Autrement elle risquerait de prendre un bain funèbre dans le Nil, un de ces matins. »
-« Si vous êtes ici pour menacer Calista, je vous le dis poliment : Sortez d'ici ou je vais tout à coup emprunter les manières de mon cousin de mangemort. » Grogna dangereusement Mortemer, ses yeux d'argent ayant soudainement tournés au bleu polaire.
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Alors qu'il repartait, s'amusant de la menace que lui avait fait l'homme blond, mais aussi le cœur douloureux d'avoir laissé ainsi Chimrone à une personne aussi mal entourée que cette femme, il entendit un bruissement d'ailes. C'était un son qu'il connaissait bien, l'entendant tous les jours dans l'animalerie de sa mère.
Il s'arrêta à l'étage d'en dessous, se retourna, écouta le silence mais ne vit ni n'entendit rien. S'apprêtant à descendre un nouvel étage pour sortir, il perçut tout d'abord comme un souffle bouillant qui le fit frissonner. Ce genre de souffle de vent qui dans le désert annonce la venue du khamsin.
Se disant qu'il avait du rêver, l'air chaud devait tout simplement venir de la cuisine d'un des appartements autour de lui, il allait continuer sa descente. C'est alors qu'une main glacée le saisit brutalement à la gorge et le plaqua sans aucun mal au mur, ses pieds battant le vide de quelques centimètres entre ses baskets et le plancher. Cette fois-ci il comprit que la menace était sérieuse, qu'on avait dépassé le stade des mises en garde comme celles qui venaient d'être proférées dans l'appartement quelques mètres au-dessus.
L'air se raréfiant dans ses poumons, les doigts de son assaillant, tels des serres, enfoncés douloureusement dans sa chair, il réussit à murmurer d'une voix rendue rauque :
-« Quu…arrk… quii êtes vous ? »
Relâchant quelque peu sa prise, son agresseur le laissa reprendre sa respiration. Nikita en profita pour détailler la silhouette qu'il avait devant ses yeux nyctalopes.
-« Ton pire cauchemar ici en Egypte si tu n'arrêtes pas ton petit manège. » Lui répondit une voix basse, lointaine, comme venue d'outre tombe.
A suivre…
et encore un chapitre de teminé! Vous avez des questions? des commentaires? bons ou mauvais, je prend!
chuuuu!
