Bonsoir!
Voici la dernière version du chapitre 10.
Pour les remerciements, on reprend toujours les même et on recommence! Je vous coeur tous!
Petite précision: un "connoisseur" (et non un connaisseur, Nel!) est en anglais un terme qui désigne un érudit dans l'art et l'archéologie, collectionneur souvent, mécène et lui même chercheur à titre parfois de plaisir et donc personnel. C'est ce qui colle le mieux au personnage dont parle Calista à un moment, j'ai donc choisi le terme anglais... qui vient du vieux français (donc retour à l'envoyeur!)
X . Descriptions de l'Enfer
"The closer you get to the meaning, the sooner you'll know that you're dreaming". "Heaven and Hell" - Black Sabbath.
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Alors que le livreur repartait, s'amusant de la menace que lui avait faite Mortemer, mais aussi le cœur douloureux d'avoir laissé ainsi Chimrone à une personne aussi mal entourée que cette femme, il entendit un bruissement d'ailes. Un chuchotis étouffé, feutré. Mais c'était un son qu'il connaissait bien, l'entendant tous les jours dans l'animalerie de sa mère.
Il s'arrêta au palier inférieur, se retourna et écouta le silence, mais ne vit ni n'entendit rien. S'apprêtant à descendre un nouvel étage pour sortir, il perçut tout d'abord comme une bise bouillante qui le fit frissonner. Le genre de souffle de vent qui dans le désert annonce la venue du khamsin.
Se disant qu'il avait du rêver, l'air chaud devait tout simplement venir de la cuisine d'un des appartements autour de lui, il allait continuer sa descente. C'est alors qu'une main glacée le saisit brutalement à la gorge et le plaqua sans aucun mal contre le mur, ses pieds battant le vide de quelques centimètres entre ses baskets et le plancher.
Cette fois-ci il comprit que la menace était sérieuse, qu'on avait dépassé le stade des mises en garde comme celles qui venaient d'être proférées dans l'appartement quelques mètres au-dessus.
L'air se raréfiant dans ses poumons, les doigts de son assaillant, tels des serres, enfoncés douloureusement dans sa chair, il réussit à murmurer d'une voix rendue rauque :
-« Quu…arrk… quii êtes vous ? »
Relâchant quelque peu sa prise, son agresseur le laissa reprendre sa respiration. Nikita en profita pour détailler la silhouette qu'il avait devant ses yeux nyctalopes. Devant lui, au bout du bras sec tendu vers sa gorge, il fut surprit de reconnaître le visage de son assaillant. Mais ce visage, habituellement de marbre voire souriant, était actuellement tordu dans une expression de rage, de colère.
-« Ton pire cauchemar ici en Egypte si tu n'arrêtes pas ton petit manège. » Lui répondit une voix basse, lointaine et à l'accent oriental qui en d'autres circonstances aurait pu être chaleureuse.
-« Mais… voyons… je… je ne vous ai fait aucun mal… » Réussit à balbutier le jeune homme, frissonnant sous le regard de son ennemi.
-« Je n'aime pas ta façon de suivre et d'espionner tout. Pour qui travailles-tu ? » Demanda son adversaire, sa voix semblant s'éveiller d'un long sommeil à chaque mot, devenant progressivement plus humaine.
Alors que Nikita cherchait ses mots, il fixa ses iris bleu glacier dans ceux, aussi noir que les plus sombres ténèbres, de l'animagus. Plissant les yeux et défiant son opposant du regard, il ne laissait aucune place à la peur. C'est alors qu'il sentit la pince, qui servait de main à cet individu, se relâcher autour de son cou et le libérer enfin. Mais ses jambes ne le portant plus sous la surprise, il tomba sur le plancher comme une marionnette coupée de ses fils.
-« Et vous alors, vous avez bien caché que vous étiez un animagus ! » Lança la victime, à genoux sur le sol mais son regard clair narguant son ennemi.
-« Il est des détails qu'un espion de pacotille, comme vous, ne peut comprendre. » La voix évoluait toujours, le ton redevenait celui qu'il entendait si souvent dans cette bouche : cinglant.
-« Effectivement, je ne vois rien de noble dans la fuite ! A moins que ça ne soit un art majeur des agents officieux du ministère anglais… » Se moqua-t-il.
-« Fuir ? Il arrive que cette action, si peu noble comme vous le faîtes remarquer, devienne nécessaire à la survie, à la préservation personnelle voire celle du secret de votre engagement. Un jour reviendra l'opportunité, pour le moment je me fais oublier. »
-« Et bien, dans le genre vous faire oublier… vous n'êtes pas au point! » Se moqua Nikita, le ton cynique.
-« Le plus voyant des déguisements peut parfois vous garantir plus de sécurité qu'un trou de souris. Et puis je n'y suis pour rien si une bande de tarés m'est tombée sur la couenne ! »
-« Vous n'étiez pas obligé de vous joindre à Eux ! » Lui fit remarquer Nikita.
-« J'aime l'ombre, mais jusqu'à un certain point ! Je suis peut-être un animal nocturne, mais je n'aime pas espionner depuis le jardin … ou la bibliothèque… voyez-vous. Juste une histoire de goûts divergents. »
-« Je crois que nos buts aussi divergent. » Persifla-t-il.
-« Cela nous ramène à la question… » Susurra la voix, soudainement devenue presque chaleureuse.
-« Quelle question ? »
-« Oh… Rigborg, ne me prenez pas pour une imbécile, je vous le conseille sincèrement, avec toute l'inimitié que vous m'inspirez. » Cette fois-ci, le ton rogue employé était soudainement retombé dans les abysses les plus glacés.
-« Mais loin de moi cette idée… officier… Moreno c'est ça ? » Puis comprenant qu'il venait de faire une bévue, il détourna le regard des yeux sombres de son adversaire, cherchant une échappatoire.
-« Tiens… et comment donc avez-vous eu ce nom ? »
-« Oh, votre portier ou ami, je ne sais pas comment l'appeler, vous a … nommée ainsi ! » Mentit-il pour fuir la tempête qui s'annonçait, un vent tiède se soulevant à nouveau. « Vous n'aimez pas votre nom ? » Ironisa-t-il, essayant de trouver un abris dans l'humour.
-« Non, mon assistant n'a pas prononcé un seul nom. Donc, où l'avez-vous appris ? En me suivant à Gringotts ? En espionnant ce pauvre Zabini ? En torturant son associé peut-être ? »
Au lieu de répondre, Nikita lui lança un sourire énigmatique, qui très vite tourna au sadique. Face à lui, Mohen soupira de lassitude pendant que ses yeux reprenaient leur couleur ambrée naturelle.
-« Je vais être gentille pour une fois, et répéter ma première question… par pitié pour votre neurone neurasthénique. Donc, pour qui m'espionnez vous? » Redemanda la jeune femme, bras croisés, son pied battant le bois du plancher en attendant la réponse.
Le jeune livreur plissa les yeux, la toisa et, sa main se portant à la gorge de Mohen, de toutes ses forces la souleva et la plaqua contre la cloison opposée, comme elle le lui avait fait peu de temps auparavant. Quand ses paupières s'ouvrirent pour fixer la jeune femme plus intensément, le cercle d'or autour de la pupille avait gagné sur le bleu glacier dans chacun de ses yeux.
-« Ecoutez, vous êtes gentille, mais je n'ai pas tout mon temps pour discuter avec vous. Alors je vous conseille une chose, laissez tomber les traductions, les trésors interdits et occupez vous de vos élèves… Et surtout ne revoyez plus cette bande de hyènes. »
Calista ne leva que la main et sans toucher son adversaire, l'envoya voltiger dans l'escalier comme un fétu de paille. Nikita roula jusqu'au palier inférieur où il resta quelques secondes avant de bouger, perclus de douleur suite à sa descente précipité. Puis l'anglaise descendit chaque marche, avec la lenteur du fauve avançant vers la proie à sa merci, pour le rejoindre, le fixant de ses yeux de feu sombre.
-« Merci du conseil, mais je ne le suivrai pas. Retourne donc auprès de celui ou celle qui t'envoie, lui dire qu'un Mohen ne renonce jamais. Et pour ce qui est du parchemin… pourquoi veux-tu que j'arrête ma traduction ? Quel intérêt aurais-tu à ce que je laisse tomber un tel challenge ? »
-« Je vous ai mise en garde. Ne venez pas vous plaindre après… ceux qui s'attaquent au trésor des Lavia en payent toujours le prix… Mon père y a laissé sa vie, vous y laisserez la vôtre aussi. »
Sur ces derniers mots, Nikita se releva et dévala les dernières marches jusqu'à la porte donnant sur la rue.
-« On dirait qu'il vient de découvrir l'intérêt de la fuite… » Se moqua-t-elle.
Regardant fixement l'endroit où quelques secondes avant se tenait le jeune homme, Calista repensa à ce qu'il venait de dire. Puis secouant la tête pour en chasser les pensées inutiles, elle disparue dans un chuchotis de tissus et de plumes. Quelques secondes plus tard, une majestueuse effraie sortait par l'arrière cour de l'immeuble et s'élançait dans le ciel du Caire. La lumière rougeoyante d'un soleil couchant se noyant dans un Nil de sang teinta d'écarlate le ventre blanc de l'animal. Dans son dos aux plumes dorées, deux taches plus sombres luisaient comme une blessure jamais cicatrisée.
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Pendant que Sigfrid Jäger était en train de s'amuser, comme un enfant ayant trouvé un nouveau jouet, avec le fléreur, Lorenzo Scapolare tira Aimery Mortemer à part.
-« Qu'est-ce qu'il y a de si urgent ? » Demanda le français, légèrement inquiet que son ami sicilien ne lui dise rien.
-« Je voulais éviter que Sig ne nous voit nous éclipser, il est tellement curieux qu'il nous aurait suivi. Bon, maintenant, dis moi ce que tu comptes faire avec de tels ingrédients ! Certains sont interdits, j'ai du aller les chercher sur le sentier… »
-« Je sais et je t'en remercie. Mais ne pose pas plus de question, je ne pourrait y répondre. » Expliqua succinctement Mortemer, les yeux baissés sur ses mains pour ne pas croiser le regard inquisiteur d'Enzo.
-« C'est pour Mohen, c'est ça ? »
A la question directe de Scapolare, le français releva immédiatement la tête, fusillant son ami du regard. Il n'aimait pas la tournure que prenait la conversation, mais vraiment pas. L'allemand était buté, têtu, chiant, mais Enzo avait en plus l'art familial de soustraire les informations aux autres. Un art qu'Aimery appréciait chez lui quand il n'était dirigé sur lui.
-« Tu deviens comme Sigfrid. Tu savais qu'il déteignait à ce point sur toi ? » Se moqua Aimery, vaine tentative pour trouver un autre sujet.
-« Ne détourne pas la conversation. » Rétorqua fermement le latin.
-« J'ai dit que je ne pouvais rien te divulguer. Je te fais assez confiance pour que tu ne répètes rien à Sigfrid ni à personne d'autre… Maintenant insiste encore, tu vas me faire regretter ma confiance, et moi je vais te faire regretter ta curiosité. Tu veux qu'on en vienne aux mains ? » Siffla le français entre ses dents, la voix dangereusement basse.
-« Non, mais ces ingrédients… l'un d'entre eux est utilisé pour les poisons les plus violents qui soient. Je ne voudrais pas qu'elle te pousse à faire quelque chose que tu regretteras après. »
-« Elle ne me pousse à rien. Elle a besoin d'une potion qui nécessite une préparation sans faille, mais je te promet que cette potion n'a rien à voir avec un poison. »
-« Mouais… J'essaye de te croire, mais je doute que ça soit un soin de beauté. Tu tiens tellement à elle, que la connaissant à peine, tu lui fais déjà totalement confiance ? » Lui demanda Enzo, mettant immédiatement les pieds dans le plat.
-«Je comprend maintenant pourquoi tu n'as pas fait diplomate, tu n'as vraiment aucun talent pour. » Ironisa le français. « Confiance… non, je peux pas dire que Je lui fasse confiance, mais quelque chose en moi me pousse vers elle et me force à la suivre, l'aider. J'ai encore plus l'air con en te le disant qu'en le faisant tiens ! »
-« Non, pourquoi dis-tu ça ? Tu as remarqué que malgré les beaux jours, la chaleur, le soleil, Mohen est la seule personne qui continue de porter des gants, des bottes, s'habiller de noir de la tête au pied ? »
-« Non, toutes les veuves du quartier ici s'habillent en noir… De même que nombres de femmes mariées musulmanes, elles sont même voilées… Pas Mohen à ma connaissance. »
-« Très drôle. Elles suivent l'éducation égyptiennes, pas Mohen. Mohen porte toujours des cols montants par exemple. Elle garde toujours ses cheveux lâchés, ne les coiffe jamais en chignon, en tresse… Elle n'enlève jamais ses gants devant des étrangers, sauf devant nous l'autre jour. Et tu as vu cette main ? »
-« Si tu ne veux rien découvrir de dérangeant, ne cherche pas. C'est ce que m'a toujours rappelé ma mère, depuis petit. J'ai fait une fois l'erreur de ne pas suivre ce précepte, depuis je ne fouille pas plus loin tant qu'on ne me dit rien. J'ai trop perdu la dernière fois… »
-« Au contraire, baisser les bras, ne pas chercher la raison de tous ces mystères serait faire peu d'honneurs à la mort de ta sœur Aimery. Tu n'es pas responsable pour sa mort, mais cette fois tu peux voir par toi même qu'il y a quelque chose de louche. Tiens, tu as aussi remarqué qu'elle boitait parfois ? » Face à la surprise de son ami, Enzo savait qu'il avait visé juste. « Et oui, elle boite, de la jambe droite, visiblement quand elle est fatiguée. De même qu'elle devient de plus en plus maigre ces temps-ci. »
-« Heureusement qu'entre nous trois, celui qui est amoureux c'est Sigfrid. » Railla Aimery. « Tu as noté quoi encore ? »
-« L'amour rend aveugle, et Sigfrid est sous son charme, éprit d'une façade. J'ai noté rien d'autre, mais c'est déjà suffisant non ? »
-« Effectivement ! » Remarqua une voix féminine dans leurs dos. « Quel sens de l'observation monsieur Scapolare. Mais je suppose qu'avec tout ces indices, vous avez pu m'inventer une vie terrible. Non ? »
Les deux jeunes gens se retournèrent d'un bloc vers la nouvelle arrivante. Appuyée contre la fenêtre ouverte du balcon, Calista Mohen les observait, l'air las, visiblement épuisée, des cernes sous ses yeux étrangement éteints.
-« Réunion… Nous avons besoin de discuter de choses sérieuses ce soir. Monsieur Jäger est ici aussi ? »
-« Oui. » Répondit Aimery, reprenant plus vite contenance qu'Enzo. « Je vais voir ce qu'il fait. »
Alors que Mortemer s'éloignait, Calista garda ses yeux anormalement sombres sur le sicilien. Enzo ne chercha pas à esquiver ni échapper à la petite mise au point qui allait être nécessaire.
-« Premièrement, si ça ne vous dérange pas monsieur Scapolare, j'aimerais que vous gardiez vos observations pour vous… et pour Aimery aussi, vu que vous lui en avez fait part. Et deuxièmement, j'aimerais aussi que vous mettiez votre sens de l'observation si aigu à mon service pour les semaines qui vont venir. Je vais avoir besoin de votre aide. »
-« En quoi puis-je vous être utile professeur ? »
-« Vous n'avez pas trop de cours je pense… »
-« J'ai quelques jours de libres par semaine… »
-« Parfait, je pense que vous pourrez donc proposer vos services à Gringotts. Mais nous en parlerons plus tard dans le détail. Il faut d'abord que je vous explique l'urgence de la situation à tous. Allons voir ce que notre germain inimitable est en train de faire. »
Au même moment, un bruit sourd de meuble se renversant provint de l'intérieur de l'appartement. Suivi de quelques cris et injures en allemand, en français le tout prononcé par la voix puissante de Sigfrid ou le ton froid d'Aimery.
-« Effectivement, je crois qu'il est temps d'aller voir ce qu'à encore pu faire le roi de la bêtise héréditaire et de l'idiotie congénitale. »
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-« Verdammte Schublade! Du kannst mich mal dreckig am Arsch lecken! » Hurla à pleins poumons une voix masculine dans l'appartement.
Dans la bibliothèque, Sigfrid cherchait à ouvrir un tiroir fermement clos où il avait eu la mauvaise idée de ranger quelque chose d'utile. S'escrimant dessus, injuriant le meuble qui ne voulait plus rendre ce qui lui avait été gentiment confié, l'allemand s'énervait de plus en plus. Il ne lui était même pas venu à l'esprit de chercher un sort pour ouvrir le tiroir récalcitrant, celui-ci s'étant ouvert plus tôt sans problème, il allait de soit pour l'étudiant qu'il n'était pas magique.
-« Verdammtes Scheissding! Fuck Schublade! »
Dans le dos de l'allemand passablement sur les nerfs, trônait Chimrone le fléreur. Installé royalement sur l'unique fauteuil de la pièce, il observait son nouvel ami invectiver un meuble qui visiblement le lui rendait bien.
Puis après avoir supporté encore quelques insultes salées dans une langue germanique si mélodieuse, il se décida à donner un coup de pouce au cerveau ralenti de son compagnon. Qui avait dit qu'il n'aimait pas les idiots ? Bon, certainement lui-même, mais finalement il aimait tant se sentir supérieur, ça pouvait se comprendre non ?
-« Du kannst mich mal! » S'exclama Jäger, en donnant un coup de pied dans le tiroir maudit.
Sautant au bas du fauteuil avec grâce, le félin avança calmement vers Sigfrid. L'étudiant était maintenant agenouillé sur le sol, crachant, jurant sur le tiroir qu'il agrippait de ses grandes mains. Sa baguette, rangée dans la poche arrière de son jean, ressortait comme une antenne radio diffusant un SOS désespéré. Le félidé la saisit entre ses crocs et la porta, sagement et sans le moindre regard amusé, à l'allemand.
Sur l'instant, Sigfrid regarda bizarrement l'objet et le fléreur, semblant se demander, si ses mains ne pouvaient le faire, que pourrait y faire un tas de poils et un bout de bois. Puis, l'information « magique » montant doucement dans son crâne, il accepta sa baguette de la gueule de l'animal, le caressa en récompense et se releva.
Chimrone s'éloigna précautionneusement du meuble et d'un miaulement discret encouragea son ami bipède.
Baguette brandit, un regard de tueur braqué sur le meuble, en particulier la partie concernée, Sigfrid prononça le sort comme un juge annonce froidement la sentence de mort à un condamné. Mais, à croire que la bibliothèque voulait vraiment conserver son nouveau trophée, le sort rebondit sur le tiroir pour aller toucher le meuble opposé, puis tel un cognard fou revint à sa destination première s'écraser sur une étagère pleine de grimoires épais. Le coup ébranla le vieux meuble qui se mit à vaciller.
Au même moment, Aimery pointa son nez dans la pièce d'où il avait entendu venir un chapelet d'injures pas très catholique. Voyant le meuble faire la danse du ventre, Chimrone se recula entre les jambes du grand français. La seconde d'après, dans un fracas monstrueux, les étagères s'écroulaient sur l'allemand.
Alertés par le bruit, Enzo et Calista arrivèrent pour admirer le champ de ruines au milieu duquel trônait l'inimitable roi de la gaffe. Une magnifique litanie de « verpiss dich » et de « du kannst mich mal » s'envolait au dessus du nuage de poussière, telle une ode à la gloire du monarque de la bourde.
Ni le sicilien, ni le français n'osaient dire un mot en observant le désastre. Calista restait, quant à elle, emmurée dans un silence de consternation, ses yeux sombres, reprenant petit à petit une couleur plus habituelle, scrutant les décombres.
-« Un tirrroirr trrès rrésistant ! Mais je l'ai eu ! » Chanta victorieusement l'allemand, souriant bêtement aux quatre paires d'yeux qui le dévisageaient.
-« Ah ? Et vous avez achevé la bibliothèque avec. Félicitations Jäger, vous dépassez mes espérances quant à vos qualités exceptionnelles en pitrerie. Vraiment, je vous remercie pour cette… merveilleuse démonstration. Et j'ai l'honneur de vous annoncez que j'ai un travail pour vous, digne de vos prétentions burlesques. Cela va vous aller comme un gant. » Lui énonça son professeur, un sourire peu rassurant sur son visage fatigué. « Maintenant, Scapolare aidez le donc à ranger ce capharnaüm, faites attention aux livres accessoirement… Et quand se sera plus ou moins en ordre, venez me rejoindre au salon. » Claqua sa voix glaciale. « Pendant ce temps Aimery, va me chercher le registre de l'inventaire. »
Après avoir abandonné ses étudiants au milieu des vestiges d'étagères, Calista s'installa confortablement dans son salon pour réfléchir. Etalée sur le ventre comme une gamine, elle observa près d'une heure durant les copies des coupures de journaux de Zabini. Ce fut Chimrone, se frottant contre ses jambes, qui vint la sortir de sa méditation, alors que dans l'entrée un bruit de pas annonçait le retour de son assistant. Elle en profita pour se lever et aller voir où en étaient ses hommes de ménage.
En entrant dans la petite pièce, elle constata que malheureusement le meuble avait beaucoup souffert et, malgré les sortilèges de Sigfrid, il faudrait le remplacer. Décidément, la magie ne faisait pas tout.
La jeune femme se détourna du mobilier maltraité et chercha un ouvrage précis dans son jumeau encore intacte en face. Elle sortit le volume, ouvrit la charnière ouvragée qui le verrouillait et récupéra quelques vieilles coupures de la gazette du sorcier, cachées entre deux pages. Mais alors qu'elle allait ranger le livre, elle nota un tiroir éventré posé sur une étagère.
A ses pieds, Chimrone miaula, lui spécifiant que là ce trouvait le responsable du carnage et de la maladresse de son cher nouvel ami teuton.
Reposant coupures et livre, Calista prit le tiroir entre ses mains gantées. Il était étrangement fait, plus lourd qu'il n'aurait du et le fond l'intriguait. Elle en vida le contenu, seulement des plumes neuves et feuilles vierges, pour ensuite l'observer plus profondément. Passant un doigt fin sur le bois lisse, elle nota que pour la vingtaine de centimètres de hauteur extérieure, l'intérieur n'en excédait pas la moitié, comme si…
Mais l'entrée d'Aimery dans la pièce encombrée interrompit son analyse. Baguette en main, elle sortit de la pièce avec l'objet du massacre sous le bras et appela ses trois comparses. Une fois avait suffit, il n'était pas la peine de ravager à nouveau la bibliothèque.
-« Réunion messieurs ! » Ordonna-t-elle.
Sans broncher, Aimery, Enzo et Sigfrid vinrent la rejoindre, faisant attention où ils mettaient les pieds devant l'étalage de papiers.
-« J'ai oublié un tas de coupures semblables à celles-ci sur une étagère, pouvez-vous aller me les chercher Sigfrid, s'il vous plait ? » Demanda Calista, la voix soudainement douce, comme une mère qui s'aperçoit qu'elle ne peut en vouloir à son plus terrible enfant.
-« De suite ! » S'exclama l'interpellé, presque tout heureux qu'elle ait pensé à lui plutôt qu'à son chien fidèle, il avait nommé Aimery.
Il retourna sur ses pas, prit le paquet de feuilles et ne put se retenir un léger coup d'œil. Il y avait là de tout. Certains articles annonçaient des raids de mangemorts aux conséquences dramatiques pour leurs victimes, la mort atroce d'une jeune fille écossaise brûlée vive, quelques verdicts de procès, des vols, des meurtres, la fameuse nuit du 31 octobre 1981, un acte de torture sur deux agents du ministère, toute une série sur l'affaire Sirius Black et quelques très vieilles coupures de découvertes faites en Egypte par un célèbre archéomage du nom de Rigborg. Tiens, à bien y penser, il lui semblait que ce nom lui était familier.
Il s'installa enfin et tendit le paquet à son professeur, et pour une fois sans poser de question. Mais il ne se retint pas de plonger ses yeux myosotis dans le regard d'or sombre. Il y flottait comme un vague sentiment d'insécurité, pas de la peur, mais une prémonition que le pire était à venir. Frissonnant, il détourna son attention vers un article à ses pieds : un corps desséché, comme une momie sans bandelette, repêché le matin même dans le Nil.
-« Charrmant. Ils ont trroufé de qui il s'agissait ? » Demanda-t-il, comme pour détendre l'atmosphère qu'il sentait tendue chez ses deux amis.
-« Oui, un dénommé Lester. » Expliqua Mohen. « Mais tout d'abord, commençons par le commencement, voulez-vous ? »
Aimery acquiesça d'un hochement de tête sévère, Enzo releva la tête avec un regard baigné d'intérêt pendant que Sigfrid, souriant, exclama sa curiosité en claironnant un « Ja » joyeux.
-« Parfait. Il va de soi que ce qui sera dit ici ce soir devra resté à jamais entre nous, pour votre propre sécurité. » A ces mots, les trois interlocuteurs acquiescèrent sans hésitation. « Donc, je travaille accessoirement depuis quelques années comme traductrice. Pendant une certaine période de ma vie, cela a été un travail officiel, alors que ma place au ministère de la magie à Londres restait secrète et confidentielle. » Expliqua la jeune femme d'une voix monocorde, comme si elle parlait d'une autre personne. « Durant ces années, j'ai pu amasser quelques documents complémentaires sur les recherches infructueuses de ma mère en Egypte. Mais jamais rien de très concret, enfin à ce qu'il me semblait jusqu'alors. Je savais seulement que cela concernait la grande famille Lavia. »
-« Les Lafia, la famille égyptienne qui aurrait crréé l'allée d'Ourréthékaou ? » Demanda Jäger.
-« Précisément. Pour continuer rapidement, j'ai récemment reprit mon occupation de traductrice. A Gringotts j'ai apporté mes services à un ancien condisciple, monsieur Zabini. Pour un document en hébreu, codé en fait. »
-« Fous êtes arrrifée à le trraduirre ? » L'interrompit de nouveau l'allemand.
-« Oui, ce soir. Mais en me renseignant sur la provenance du document, j'ai obtenu l'objet des recherches de mon employeur. Le trésor des Lavia. »
-« Parr la barrbe d'Alpérrick ! »
-« Le secret de l'immortalité… » Chuchota Aimery.
-« Quel danger cela apporte ? » Demanda Enzo, ramenant la conversation vers le cœur du problème.
-« Bonne question. Personne ne sait, sauf certainement Lavia lui-même, ce que contient vraiment ce trésor. Enfin, personne ne le savait jusqu'il y a peu. Le parchemin, crypté, m'a révélé son mystère ce soir. Devant l'horreur de son récit, j'ai préféré m'abstenir de prévenir mon condisciple de ma réussite pour préparer la bataille. »
-« Quelle bataille ? » L'interrogea le français.
-« Celle pour que personne ne mette la main sur cette chose. Je continue mon explication. Les personnes pour qui officiellement je travaille se nomment Zabini et… Avery. »
-« Avery ? » Demanda Aimery. « Comme Dirk Avery ? » Questionna-t-il, le ton soudainement dangereux comme s'il avait flairé un ennemi héréditaire aux siens.
-« Oui, je ne l'ai pas encore rencontré en personne, mais je sais que c'est bien lui. » Expliqua Mohen, comme s'il s'agissait que d'un détail dans son plan.
-« Cette ordure était un des fidèles compagnons de crime de mon cousin. » Grogna Mortemer, dents serrées, ses yeux soudainement aussi sombres qu'un ciel d'orage. « L'un de ceux qui a certainement participé au meurtre de ma sœur. »
-« Aussi noire soit l'âme d'Avery, il n'est pas le genre à diriger une expédition en Egypte. Il a autant d'intérêt pour l'art et l'archéomagie qu'un inferius, aussi délicat et intelligent qu'un doxy. Non, l'idée de ce genre de petite expédition ressemble plus à Voldemort, une chose qu'il aurait laissé aux mains d'un de ses hommes. Mais un qui aurait aussi de l'intelligence, pas seulement l'instinct du chasseur. »
-« Malefoy ? » S'étonna le sicilien.
-« Non, Lucius est plus rusé qu'un renard mais il a autant d'amour pour l'archéomagie qu'un chien enragé n'en a pour les chats. » Répliqua Calista, le ton persifleur. « Il faut un vrai amoureux des belles choses et de l'histoire ancienne, un vrai passionné, un « connoisseur ». J'ai une petite idée sur l'identité de la personne, mais… pour le moment nous devons mettre au point notre contre-attaque. Si Voldemort, ou un de ses sbires, est sous cette affaire, nous allons avoir besoin de tous nos atouts possibles. »
-« J'en suis ! » Proclama le français.
-« Oh non, toi tu restes ici ! Tu as malheureusement un trop grand air de famille avec un de ces détestables personnages… »
-« Mais… »
-« Pas de mais, il faut une personne en arrière, tu es désigné volontaire. Scapolare étant un bon observateur, il va ,d'ici la semaine prochaine, aller proposer ses services à Gringotts. Dans le domaine que recherche Zabini : fouilleur. Monsieur Jäger fera de même. Séparément et se présentera comme conjurateur. Mon conseil, révisez bien vos sorts et contre-maléfices les plus puissants Sigfrid, Lavia a du encore mieux piéger son trésor que l'accès aux coffres de Gringotts. Enfin pour vous présentez, vous demanderez une lettre d'introduction au professeur Goosemore. Et enfin, vous ne me con –nais - sez pas ! »
-« Pourquoi ? »
-« Pour vous éviter les ennuis. Vous pouvez dire la vérité sur le fait que vous vous connaissez, ils feront des recherches et nous n'avons pas le temps pour des identités falsifiées. Mais pour votre sauvegarde, vous ne me connaissez d'aucune manière, je ne suis pas professeur à Dionysias, vous ne m'avez jamais vue. » Proclama-t-elle, la voix claire, ponctuant chaque syllabe pour la faire bien entrer dans leur crâne. « Enfin, entrons dans le vif du sujet. Le trésor et la raison de ce plan de bataille. »
-« Qu'est-ce qui t'effraye autant dans ce trésor ? » Demanda Mortemer, encore boudeur d'avoir été laissé en arrière.
-« Savez-vous qui étaient vraiment les Lavia, messieurs ? »
-« A parrt qu'ils ont fait constrruirre la foie d'Ourréthékaou, je ne sais pas… Il y a bien quelques lignes dans les lifrres d'histoirre de magie sur Eyal Lafia, mais jamais de détail ! »
-« Je sais pour ma part qu'ils étaient une puissante famille vivant en Egypte, des guérisseurs ! L'un de leurs plus éminents membres fut Eyal Lavia, démonomage reconnu. Une légende voudrait aussi qu'il aurait trouvé le secret de l'immortalité. Rien n'a jamais été prouvé. »
-« Je n'ai rien à dire de plus ! » Déclara Enzo après l'explication d'Aimery.
-« Vous n'avez pas tort, et en même temps vous n'avez pas totalement raison. Disons que vous ne connaissez pas encore le gros de l'Histoire des Lavia. A la fin du douzième siècle, les Lavia comportaient deux derniers membres, un frère et une sœur. Leurs noms sont restés gravés dans l'Histoire de la magie : Eyal Lavia, éminent mage, et Chiraz Lavia, la plus grande guérisseuse de son temps, dont la renommée a dépassé les murs de Jérusalem, où elle officiait, pour gagner les oreilles d'un sorcier de l'antique Fostat. Eyal Lavia était entre autre un Juste… Mais Chiraz aussi comme vous le savez. Voyez comme parfois les morceaux d'un puzzle se rejoignent sans signe avant-coureur ! Maintenant, savez vous comment a disparu votre précédent professeur d'archéomagie médiévale ? »
-« Il était la rréincarnation de Lafia et il s'est fait tué parr les méchant mangemorrts ? »
-« Ce n'est pas une plaisanterie Jäger, arrêtez de tout tourner en dérision. Quand a-t-il disparut ? »
-« Vers la fin novembre, je crois. » Répondit Enzo. « Pourquoi ? »
-« Parce qu'en décembre dernier, on a repêché un corps à Saqqarah. On n'a pu identifier la personne uniquement par son sexe, un homme, le reste était inclassable… Et sec comme du bois calciné. Il paraît même qu'il est tombé en poussière peu de temps après. Momification dite naturelle par dessiccation des tissus, aucun vêtement, aucun tatouage, et détruit trop vite. Mais comme par hasard, on a trouvé un autre corps, ce matin. Même constatations, à l'exception qu'il ne s'est pas détruit, il a du tremper plus longtemps dans le Nil. Et l'individu portait une marque, toujours visible. Il a pu être identifié. Il s'agit de monsieur Lester, chef d'expédition et directeur de fouilles pour le compte de messieurs Zabini et Avery. Troublant non ? »
-« Je ne fois que des coïncidences ! » Remarqua l'allemand.
-« Aimery, as-tu ramené la liste de l'inventaire que tu as fait de la réserve d'archéomagie médiévale ? »
-« Elle est là ! » Répondit simplement le français en tapotant un gros classeur de parchemins. « J'ai presque fini, j'en suis à la lettre S. »
-« Magnifique. Qu'as-tu à nous dire sur le professeur Rigborg ? »
-« Rigborg ? Je ne sais pas, je viens de finir les R, mais je n'ai pas de souvenir d'un Rigborg. » Il ouvrit son classeur et chercha rapidement avec l'aide de sa baguette. Malheureusement, au nom de Rigborg le classeur resta muet. « Non, personne de ce nom. Quel site ? »
-« Peut-être Dimeh. » Proposa doucement Calista.
-« Mais… C'est un site ptolémaïque, pourquoi y faire des fouilles en médiévale ? » S'étonna le sicilien. « Rigborg… je connais ce nom… »
-« Oui ! ça me refient ! Rrigporrg ! Il a été prrofesseurr en chairre d'Antiquité Tarrdife pendant les années cinquante. Il a écrrit un lifrre trrès rriche sur les maléfices de défense, une frraie piple de l'arrchéomagie… »
-« Dimeh ! » S'exclama le français, interrompant son ami allemand.
Au cri poussé par Aimery tout le monde sursauta dans le salon avant de tourner les yeux étonnés vers l'auteur de la surprise générale. Personne n'entendit par contre le déclic émit par le vestige de tiroir délaissé dans un coin.
-« 1948 – 1954, fouille dirigée par … Ibn Snaï ! Tiens, depuis quand il est directeur de fouille lui ? Enfin, il y a un autre nom… R. Alfarero Black. Ça dit quelque chose à quelqu'un? »
-« Oui. » Répondit la jeune femme. « Black était un traducteur, il a du apporter sa contribution. Tu as aussi une liste du mobilier extrait de la fouille ? »
-« Principalement des parchemins en grec, démotique. Ah ! Et un parchemin en hébreu. Quelques autres babioles, des lampes à huile, un coffret… rien de très précis. Il faudra aller voir en réserve exactement. »
-« Tu n'as pas vérifié toi même ? » S'étonna Calista.
-« Si, mais je n'ai pas noté le détail, j'ai juste vérifié que tout était bien là. Et justement… » Il lu en bas de sa page une petite note rajoutée à l'encre rouge. « Oui, le problème était que tout n'y était pas. Le parchemin hébreu manquait. »
-« Bingo ! Merci Aimery. Donc… » Elle sortit sa copie faite à Gringotts. « Voici une copie du parchemin volé par votre cher professeur disparu. » Dit-elle d'une voix enjouée, puis elle observa à nouveau le papier épais. « Et… c'est un faux ! » S'exclama-t-elle, le ton soudainement chancelant de déception.
-« Quoi ? » S'étonnèrent les trois étudiants.
-« RAB… » Elle pointa le doigt sur trois petites lettres lisibles en diagonale en haut du texte. « C'est une fausse piste. Celui qui a trouvé ce parchemin, lors de la fouille, ou même ceux… » Dit-elle, retrouvant le sourire à cette constatation. « Oui ! Ils ont subtilisé le vrai parchemin, l'ont remplacé avec un faux, codé selon leur système habituel… Mais oui, c'est pour ça que le traducteur fournit par Ibn Snaï a déclaré tout simplement qu'il était faux. Il avait raison. C'est logique. Maintenant, reste à savoir où se trouve le vrai. C'est une autre paire de manche. »
-« Mais… RAB, c'est les initiales de ce traducteur, Black ? » Demanda le sicilien.
-« Non, RAB n'est personne ! » S'exclama Calista, le regard pensivement dirigé sur les parchemins. « RAB est l'abréviation des noms de trois amis inséparables. Rébecca, Alphard et Baghard. » Dit-elle, ponctuant chaque nom d'un tapotement d'ongle sur le sol. « Ou si on les prend par leurs noms de famille : Rigborg, Alfarero, Black. » Elle se frappa le genou avec sa paume en victoire. « Je me disais aussi que je connaissais le code de la signature : ERIK ! »
-« Et comment ? Fous afez connu eine de ces trrois perrsonnes ? » S'étonna Sigfrid.
-« Oui, mon parrain, Alphard. Il m'a appris l'art de la traduction. Il m'a aussi enseigné plusieurs systèmes de codage d'informations, les plus courants, les plus ingénieux, et les magiques… ceux que seul un mot « spécial », prononcé à travers une formule, peut décrypter. Un homme génial en somme. Mais son amitié avec Rigborg a eu une fin, je n'en connais pas le détail. Seulement en 1954, Rébecca, ma mère, et son ami d'enfance et cousin, Alphard, sont rentrés en Angleterre, Rigborg est resté en Egypte, a conservé son poste de professeur et est décédé au début des années soixante lors d'une fouille. Peut-être un de ses chers maléfices l'a eu avant qu'il écrive un énième bouquin sur lui. Mais par curiosité, pourriez vous dénicher sur quel site est mort Rigborg ? Je suis sûre qu'on trouverait une piste, surtout sans le vrai parchemin. »
-« Mais, pourquoi laisser un parchemin pour toute trace du site où est enfermé son secret. Lavia devait se douter que le parchemin pouvait être perdu, brûlé, détruit par l'humidité. On sait que le papier ou le papyrus sont des supports périssables, bien avant l'avènement de l'archéomagie. » Demanda le logique sicilien.
-« Il a laissé, lui ou un de ces descendants, d'autres indices. Ou plutôt, le parchemin n'était qu'un des indices. Pour ma part, j'en connais au moins trois autres. »
-« Fous cherrchiez aussi le trrésorr de Lafia ? »
-« Pas exactement, je cherchais à savoir ce que ma mère et mon parrain ont pu trouver. Hors Alphard n'a jamais rien voulu me dire, je n'ai pas connu ma mère et… »
-« Fotrre pèrre ? »
-« Je n'ai pas de père. Il est inconnu au bataillon et absent au registre. Et comme les notes de ma mère sont très vagues, il m'a fallu chercher moi-même dans les livres. J'ai trouvé, comme je vous l'ai dit, quelques informations qui mises bout à bout ne donnaient pas grand chose jusqu'il y a peu. Mais ma conversation de ce midi a rassemblé presque tous les morceaux épars. Bon, il y a aussi les vols… »
-« Les fols ? Fous foulez parrler des fols d'oeufrres d'arrt, la statuette folée à Berlin ? »
-« Entre autre. Ces vols sont assez récents, rien à voir donc avec Rigborg. Laissons les de côtés ! »
Sautant à bas d'un tas de coussins d'où il écoutait la conversation, Chimrone vint poser une patte chocolat sur un des articles parlant des vols mystérieux et le tira à part, comme pour répondre à sa maîtresse. Puis avançant, avec son pas impérial, au milieu des articles, il ramassa une des coupures dans sa gueule, la retourna. Au revers, on pouvait lire un vol dans un musée du Caire.
-« Chimrone ! Merci, voilà un assistant efficace ! Même s'il laisse des poils sur les coussins. » Calista ramassa l'article. « Un vol au musée d'art copte. Hum ? »
-« On arrive sur une période plus compatible avec nos recherches. Mais je ne pense pas que cela ait un rapport avec les autres vols. » Remarqua Mortemer en caressant le fléreur.
-« Je ne sais pas. Les objets volés sont tous d'époque grecque ou romaine. Les coptes sont les descendants des derniers vrais égyptiens, avant l'arrivée en masse des peuples arabes. Ils étaient souvent déjà métissés mais, même convertis au christianisme, nombre d'entre eux ont conservé leurs traditions anciennes, transposant leurs fêtes païennes en fêtes chrétiennes. Non, vraiment je pense qu'il y a un lien. Reste à savoir lequel et quelle est son importance ! »
-« Mais les indices… ? » Demanda Enzo.
-« Oui, les indices. Le premier que j'ai trouvé ce trouve à côté de l'université. Sur le site même de Dionysias ou autrement dit Qasr Qaroun. Ma mère dans ses notes avait dessiné l'empreinte qu'elle avait trouvé à Tebtynis. Et j'ai trouvé un troisième indice à Crocodilopolis. Malheureusement, cela a fait la une de la gazette du Marabout, vous en connaissez la fin aussi bien que moi. J'ai été attaquée pendant ma recherche et les indésirables ont détruit l'indice. J'ai tout de même de bons yeux et une bonne mémoire. L'indice de Dionysias parlait de la queue du lion, celle de Tebtynis nommait la déesse Sekhmet, et enfin celle de Crocodilopolis faisait référence au roi Ptolémée. Pour le moment, je n'ai pas d'autres indices. Mais voilà Zabini a parlé de deux autres : Meïdoum et Saqqarah. Si on ajoute Dimeh du fait du parchemin, on fait le tour de tout le Fayoum. » La jeune femme prit un des parchemins étalés sur les coussins et un crayon. « Voilà, donc Dionysias à l'Ouest, Tebtynis au Sud, Crocodilopolis au centre du Fayoum, Meïdoum à l'Est, Saqqarah au Nord-Est et enfin Dimeh au Nord. Si on relie à Dionysias, on obtient six points et une drôle de forme. » Elle tourna et retourna le dessin obtenu, restant dubitative.
Aimery, le menton dans une main, tira le papier vers lui et observa à son tour.
-« Comme ça, il est sûr que ça ne dit pas grand chose. Et si on se rendait sur place pour trouver les marques laissées en indices ? »
-« Si Zabini a laissé une seule marque derrière lui, ce dont je doute fort. Peut-être existe-t-il aussi d'autres sites, que nous avons oublié, qui présenteraient d'autres indices. » Proposa Calista.
-« Pourquoi Dimeh ? » Demanda Enzo en se penchant sur le gribouillis.
-« Le parrchemin on t'a dit, idiot ! » Lui répondit Sigfrid en levant les yeux au plafond l'air navré de la question, qu'il jugeait idiote, de son ami.
-« Le parchemin est-il vraiment un indice ? On ne le sait pas. La preuve,celui-ci est faux. » Il souleva la copie de son professeur pour bien montrer à Sigfrid qu'il parlait de la même chose que lui. « Et si on prenait comme indice de départ un site plus au nord… Qasr-El-Sagha ? Si l'on suit le résonnement de Zabini, il est évident que Dimeh a déjà été fouillée et visitée de part en part. Mais il n'aura certainement pas pensé au temple de Qasr El-Sagha. Que risquons nous à y aller ? » Proposa le sicilien.
-« Je ne sais pas. Personnellement, je trouve que ces indices sont presque venus trop facilement. » Soupira Mohen, son regard inquiet posé sur l'amas de parcheminerie devant elle.
-« Et alorrs ? » Demanda l'allemand, baissant la tête de son inspection du plafond. « Il faut plutôt s'en rréjouirre, c'est signe qu'on afance. »
-« Désolée de vous faire redescendre sur Terre et quitter vos étoiles Jäger. » Lui répondit-elle froidement. « Mais je n'aime pas la facilité pour ma part. Elle annonce souvent un piège de taille. » Il y avait dans sa voix le ton de celle qui en était déjà passée par des chemins si semblables.
-« Fous drramatisez trrop ! » S'exclama le jeune homme, un sourire se voulant rassurant épinglé sur son visage.
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