Bonsoir!
Voici la dernière version du chapitre 11, livré en même temps que le 12!
Mais malheureusement, le chapitre 12 n'est pas la fin de la fic, cependant il sera le dernier pour un moment... le temps d'une pause! Cette pause n'est pas vraiment voulue, j'aurai aimé pouvoir vous innonder encore chaque semaine de suspens, d'aventure et mystères, mais voila, je rentre en France, je quitte Pékin où je vis actuellement. Donc en rentrant je n'aurai pas dans un premier temps de chez-moi, ni de connexion... Mais soyez sur que la pause ne durera pas plus qu'un mois et demi. Mi août au plus tard, je pense trouver un coin à squatter pour venir vous poster la suite!
En attendant, merci toujours aux même, Nelson et Ayako pour les corrections trèèès nécessaires, et aussi à mes lecteurs, surtout ceux qui m'encouragent tous les jours ou presque!
Bonne lecture!
XI . L'ombre de Malefoy
"I've turned the tables 'round and found another way, I've left it all behind for a better day.
I will take things as they come, look out for number one, and I'll be back tomorrow. Feeling strong and brave inside, my head up high with pride, yes I'll be back tomorrow." Stratovarius, "Tomorrow", Album Episode.
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Des éclats de rire d'enfants percèrent le silence oppressant de la nuit. Petit à petit, des taches de lumière s'agrandirent jusqu'à dessiner des formes floues devant ses yeux ensommeillés. Les rayons d'un soleil d'hiver en fin d'après-midi inondaient la pièce chaleureuse dans laquelle elle discerna deux garnements en train de se battre. Dans un coin de la pièce, un grand feu ronflait doucement dans la cheminée pendant que les cris de joie des deux enfants semblaient donner vie à la vieille demeure familiale.
-« Arrête, rend la moi ! Elle est à moi ! » Cria d'une voix stridente un des deux chenapans qui se roulaient sur le tapis coloré de la bibliothèque.
-« Nan, mais tu rêves Black ! Vas voir sur la Lune si j'y suis ! » S'exclama le suivant.
-« Caaallll ! » S'écria le premier. « Il me chatouille, dis-lui d'arrêter. » Supplia l'enfant en levant son visage vers la jeune fille assise sagement à sa table de travail.
Mais à peine eut-il fini sa phrase qu'il éclata d'un rire en cascade, vite étouffé par une nouvelle bagarre. Levant les yeux de son livre, la jeune fille brune les observa un instant, un sourire amusé peint sur ses lèvres. Vraiment, ces garçons étaient aussi adorables qu'insupportables, mais sans eux elle s'ennuierait certainement.
Elle revint à son livre. Mais réalisant une présence dans son dos, elle tourna sur elle-même, oubliant ses garnements de cousins et observa la maison de son enfance. Avant qu'elle n'ait pu faire un tour complet, l'image changea. Le lieu resta le même, mais elle le voyait plus grand. L'ambiance y était soudainement plus froide, plus studieuse, trop sérieuse…
Baissant le regard vers ses pieds, elle les vit petits et chaussés de souliers vernis noirs qui tranchaient si bien avec sa jolie robe blanche. L'enfant qu'elle était alors releva la tête avec toute la dignité qu'on lui avait inculqué depuis son plus jeune âge, son regard vif et doré à peine étouffé par les verres teintés de ses petites lunettes.
Lui faisant face, se tenait un jeune garçon qu'elle dépassait de quelques centimètres. Il était aussi blond et pâle qu'elle était brune et mat, le regard aussi dédaigneux que le sien était moqueur. Ils attendaient sagement, assis tous les deux sur le large tabouret du piano, aussi éloignés l'un de l'autre que leur siège le leur permettait, leurs mains dignement posées sur leurs genoux. Celles de la petite fille étaient recouvertes de fines mitaines de satin de la couleur exacte de sa robe, mettant en valeur le teint naturellement hâlé de l'enfant et son anneau d'argent qu'elle portait au majeur gauche.
A quelques pas de là, deux adultes discutaient vivement. La fillette d'à peine dix ans fusilla du regard le crâne dégarni de son grand-père. Comment osait-il la laisser en aussi mauvaise compagnie ? A côté de lui se trouvait la version originale dont le garçon semblait la réplique. Mais autant elle appréciait le regard brillant d'intelligence du père, autant l'indisposait celui malsain du fils.
Quand les adultes se souvinrent de nouveau de la présence silencieuse de leur progéniture, la fillette ne se retint pas d'offrir son plus beau sourire à Abraxas Malefoy. Le grand sorcier blond lui répondit aussi gracieusement.
-« Vraiment mon cher Harold, votre petite-fille est un ange de grâce et de beauté. » S'enthousiasma Malefoy père en fixant ses yeux d'acier bleu-gris sur la fine silhouette élancée assise à côté de son fils. « Je serai heureux que vous pensiez très sérieusement à mon offre de fiançailles. Une telle union entre nos deux familles serait un vrai bénéfice. Lucius est un garçon intelligent, il entrera dès septembre prochain à Poudlard, mais il fait déjà montre d'une incroyable capacité magique. Associé au charme de cette adorable enfant, ils formeraient très certainement le plus puissant couple de sorciers jamais vus. Vraiment, pensez-y. » Déclama Abraxas de sa voix traînante et chaude à la fois.
-« Pardon monsieur ? » L'interrompit la fillette, se levant dignement de son siège et ignorant son voisin. « J'ai du mal comprendre. Vous parliez de…Moi ? » Demanda-t-elle, avec un don certain pour la mise en scène mélodramatique, pointant un doigt sur sa poitrine pour souligner sa question. « Vous voulez que MOI… je sois la fiancée de cet incapable nommé Lucius, que vous déclarez votre fils ? » Elle ponctua sa phrase avec talent, attirant sans mal l'attention des trois spécimens de la gente masculine situés autour d'elle. « Désolée monsieur, je ne mélangerai jamais mon sang de génie à une erreur de la Nature pareille. Je me demande d'ailleurs comment un sorcier comme vous peut le considérer comme son héritier. Il est aussi demeuré qu'un troll lobotomisé. » Le ton était catégorique, il ne souffrirait aucune opposition de la part des adultes.
-« Calista ! » Rugit son grand-père.
De son côté, Lucius était subitement devenu plus blanc que la robe de sa voisine. Il la fixait avec horreur, la bouche grande ouverte de surprise comme stupéfixé, incapable de dire ou faire quoi que ce fut pour la contredire, l'injurier, se venger. Le regard de Malefoy père, comme amusé de ce que Calista Mohen venait de lui lancer, se tourna vers son rejeton. Tout à coup les paroles de la jeune fille semblèrent être pure prophétie, Lucius avait vraiment l'air un troll lobotomisé ne sachant plus la différence entre ses pieds et ses oreilles.
Avançant vers la fillette rusée qui lui faisait face, le sorcier blond passa sa main dans les longs cheveux d'encre, presque affectueusement. Calista, figée dans l'attente de ce qu'allait provoquer sa réplique, se détendit quelque peu sous le geste tendre, savourant pour la première fois de sa courte existence ce que pouvait être la vie quand on était apprécié.
-« Vraiment, charmante et attachante enfant ! » S'exclama Abraxas Malefoy, éclatant d'un rire tonitruant.
Derrière les verres bleutés de ses petites lunettes rondes, Calista Mohen lui envoya un regard de pure connivence. Pendant que dans son dos, Lucius la fixait de ses prunelles bleues, assombries par la haine. Sans le voir elle le sentit pourtant et ainsi furent scellés leurs destins d'ennemis à vie.
La vision se troubla de nouveau, le lieu changea. Les formes lumineuses se modifièrent et ce qui était de bois devint de pierre. Les étagères de la bibliothèque de son grand-père avaient laissé place aux murs froids et ternes de certains couloirs de Poudlard.
Baissant encore une fois le regard vers ses pieds, elle les vit plus grands. Elle portait ses vieilles bottines de cuir râpé. Relevant la tête, elle nota une trace de poussière sur sa robe trop courte et de sa main gauche elle frotta la trainée pour la faire disparaître, la faible lumière des lieux s'accrochant sur l'anneau à son majeur. Mais ce fut sans succès pour la tache, elle restait coriace. Elle verrait ça plus tard de dit-elle, repoussant ses lunettes qui glissaient sur son nez.
Alors qu'elle ramassait son sac tombé à ses pieds, elle entendit des chuchotements venir du fond du couloir. Elle n'avait jamais beaucoup apprécié les cachots pour leur humidité glaciale qui lui rappelait le contact froid et lisse d'une peau de serpent, et ce soir elle ne s'y sentait encore moins à son aise.
Suivant la provenance du bruit, la jeune fille avança aussi silencieusement qu'un chat cherchant une souris. Et au grè d'un tournant des couloirs, elle trouva la source du bruit dans un recoin : trois étudiants de sixième ou septième année s'amusaient à effrayer un première année. Un coup d'œil suffit à la jeune élève pour reconnaître les uniformes. Les trois plus âgés portaient avec dignité le vert et argent de Serpentard alors que leur jeune proie honorait les couleurs rouge et or de la maison au griffon. Ce dernier était assez grand pour son âge mais maladivement maigre et des cernes marquaient ses jolis yeux dorés, lui donnant un air triste de chiot abandonné.
Revenant au trio de serpentards, elle reconnut sans mal la silhouette du meneur. Grand, mince, élancé, ses longs cheveux couleur de Lune, son nez aussi pointu qu'une lame de couteau, Lucius Malefoy était reconnaissable entre mille.
-« Et bien Malefoy, maintenant tu as besoin de torturer des gamins d'à peine onze ans pour prouver ta lâcheté et ta couardise ? Vraiment, d'année en année tu me déçois de plus en plus. Navrant ! »
Malefoy sursauta au son de la voix qui venait de l'interrompre.
-« Tiens, ne serait-ce pas cette petite souris de préfète de Mohen… » Se moqua un des deux autres serpentards d'une voix de fausset.
-« Arrrfff ! » Soupira Malefoy, un sourire malveillant aux lèvres. « Je ne savais pas encore que tu te prenais pour la protectrice des opprimés. C'est nouveau peut-être ? » Persifla Lucius Malefoy en se tournant vers elle, visiblement peu étonné de la trouver là. « Mon conseil Mohen, lâche-moi la grappe. T'avoir dans mon dos dès qu'il fait nuit commence vraiment à me taper sur les nerfs. Je comprends que tu trouves ma personne à ton goût, il est vrai que je ne suis pas mal du tout… »
A ses mots, Malefoy et ses deux compagnons éclatèrent de rire comme s'il s'agissait d'une bonne blague entre copains.
-« Laisse-le partir, il ne mérite même pas ton intérêt, j'en suis certaine. » Lui répondit la jeune fille, ignorant moquerie et provocation.
-« Walden laisse-le, on a déjà mieux sous la main. » Lança le jeune homme aux longs cheveux blonds, sans même se donner la peine de se tourner vers ses camarades, préférant conserver son regard dévoyé sur la sorcière lui faisant face.
Le Gryffondor de première année s'éloigna en titubant un peu, tourna ses yeux dorés vers l'élève qui venait de sauver sa peau et qui portait le badge des préfets associé aux couleurs de Serdaigle.
-« File ! Passe à l'infirmerie. Si on te fait des ennuis encore une fois, viens m'en parler. D'accord ? »
Sans prononcer un mot, l'élève chétif aux courts cheveux blonds acquiesça du chef.
-« Parfait, demande Calista Mohen. Mais j'en parlerai avec les préfets de ta maison, ne t'inquiètes pas ! File maintenant ! »
Et sans attendre son reste, le rouge et or s'élança dans les couloirs de Poudlard.
-« Vraiment… Touchante ! Tu plairais certainement moins à père s'il te voyait prenant soin ainsi d'un imbécile de Gryffondor. Sais-tu que dans la journée, l'élève dont tu viens de sauver la peau s'en est pris à un serpentard qui ne lui avait rien fait ? Lui et ses petits copains… »
-« Oh, le grand Lucius Malefoy deviendrait donc le justicier de sa maison ? Je ne pense pas qu'il existe un seul Serpentard qui de fasse rien de mal à ses camarades. Les innocents chez vous ne survivraient pas. » Se moqua Mohen. « Tu me fais pitié Malefoy. Prends-en toi à ceux de ton niveau, pas à des débutants. Et pour une fois… sans tes chiens de garde. A croire que tu ne sais pas marcher sans l'aide de Macnair et consort ! » Lui lança-t-elle, le regard dangereusement vif derrière ses verres teintés alors qu'elle sortait sa baguette de bois blanc d'une poche de sa robe.
Malefoy, visiblement excédé par les paroles de la préfète, avança vers elle l'air menaçant et baguette en main. Mais au même moment les formes se floutèrent et le rêve changea vers un autre souvenir. La source lumineuse s'éleva dans l'obscurité, des flambeaux attachés aux murs des couloirs de Poudlard elle évolua et devint un soupirail percé dans une muraille épaisse.
-« Comprenez que nous avons besoin de vous. Je ne vois vraiment pas ce qui vous dérange dans ce que je vous demande. Il s'agit uniquement d'un petit service. Et celui-ci sera rendu au centuple, croyez moi. » Gronda une voix d'homme dans son dos, tel un rugissement de lion mécontent.
-« Bien sûr Capitaine, je n'en doute pas ! » Ironisa la voix féminine et dangereusement basse de la sorcière à qui l'homme s'adressait.
Elle plissa les yeux et dans l'obscurité d'une pièce froide elle distingua devant elle une silhouette enchaînée. Assis sur une banquette de fortune taillée à même le roc de l'île prison, cheveux en bataille et vestiges de vêtements le couvrant à peine, un corps gris de crasse attendait là sans réagir à la présence de ses deux visiteurs. Posant un mouchoir sur son nez pour masquer la mauvaise odeur du lieu déplorable où elle se trouvait, la jeune femme tourna la tête vers son interlocuteur.
-« Vous aviez besoin de lui poser des fers ? » S'indigna la sorcière.
Face à elle, un homme à la crinière rousse lui répondit avec le ton du supérieur qui ne tolèrera pas longtemps de telles marques d'irrespects de la part de ses subalternes.
-« Vous avez devant vous un assassin. Vous ne pensiez tout de même pas que nous logions les gens de cette espèce à Buckingham Palace ? » Ironisa l'homme à voix basse. « Bon, vous vous décidez ? » Ajouta-t-il, bougon.
-« J'accepte. A la condition que vous la déménagiez ! Je ne tolèrerai pas qu'elle reste ici une minute de plus. Autrement vous pouvez déjà considérer notre contrat comme caduc Capitaine Scrimgeour. »
-« Parfait, nous allons la transférer. Mais après cela, je ne veux plus avoir une seule réclamation spéciale de votre part. Ai-je été clair Argamane ? »
-« Parfaitement monsieur. Je ne demande et ne demanderai rien d'autre. A partir de là je serai aussi muette qu'une tombe. »
-« Mouais. J'ai des doutes sur ce point. »
-« A la condition monsieur… »
-« Quoi encore ? Quelle condition ? » S'énerva Scrimgeour.
-« A la condition que vous respectiez votre part du contrat. Si vous enfreigniez une seule clause je ne serai plus tenue au secret. Vos manières m'écœurent mais il se trouve que je veux quelque chose que vous pouvez me procurer ainsi. N'oubliez jamais, monsieur, ma joie sera de les voir tous morts jusqu'au dernier. »
Sur ces derniers mots, Scrimgeour fit signe à deux hommes qui sortirent la jeune détenue et en profita pour s'éloigner prudemment de son inquiétante compagne. Elle fut la dernière à franchir le pas de porte de la cellule et l'huis se referma dans un bruit infernal, évoquant comme une partie de son passé qui resterait à tout jamais derrière elle, impossible à atteindre désormais.
Et alors qu'elle avançait en traînant les pieds dans les couloirs d'Azkaban, sa vue se troubla encore une fois. Le rêve se dissipa, entraînant un suivant. Quand les formes géométriques qui dansaient devant ses yeux se stabilisèrent enfin, elle perçut un manoir sombre et menaçant dans le lointain.
La nuit sans lune ne lui permettait pas de voir grand chose, mes ses yeux nyctalopes reconnurent le lieu sans mal. Elle le connaissait presque trop bien. Quand un éclair zébra le ciel, annonçant un orage diluvien, la grille face à elle s'illumina et un majestueux entrelacs de fer forgé se dressa quelques mètres au dessus de sa tête comme un serpent géant narguant sa proie avant de la dévorer.
-« Ah, vous êtes là. Vous êtes en retard. » Murmura sèchement dans son dos une voix masculine encore très jeune.
Se retournant, elle fit face à un visage inconnu. Le jeune homme avait des cheveux sombres et mi-longs, détrempés par la pluie qui s'abattaient autour d'eux. Il aurait pu être considéré comme assez mignon si un nez aussi tordu qu'un crochet ne lui perçait pas ainsi le visage. De même, son teint blanc, qui aurait fait pâlir d'envie plus d'une jeune fille, semblait blafard dans la nuit et faisait ressortir deux yeux aussi noirs que l'Enfer.
Pestant contre l'inconsidéré qui pensait que cet enfant pouvait leur servire d'espion, elle tendit en main propre au jeune sorcier le parchemin contenant les instructions de sa nouvelle fonction.
-« Vous savez à quelle mort vous vous exposez si vous êtes pris ? » Demanda–t-elle.
-« Oui. J'ai vu la fin de Lumphanan. Est-il vrai qu'elle était une espionne ? » Questionna-t-il, ses yeux cherchant une dénégation.
-« Possible. Il n'est pas de mon ressort de vous répondre. Et je pense pas que cela vous concerne. Règle numéro une : ne signez jamais vos comptes-rendus avec votre vrai nom. Règle numéro deux : ne laissez aucun indice compromettant derrière vous. Ces papiers par exemple, brûlez les dès que vous le pouvez. Règle numéro trois : utilisez un signe connu de vous… et de votre contact. Moi en l'occurrence. Ça devrait éviter de vous faire prendre dans un premier temps. »
-« Je ne pense pas avoir besoin de vos conseils. C'est moi l'espion. Vous n'êtes qu'un des pions qui servira de relais. » Répondit-il froidement, prenant soin de ne laisser passer aucune émotion dans sa voix, pas même une once de mépris.
-« Parfait. Prenez-vous pour le roi du monde magique si vous le voulez, je m'en fous. La seule chose que je désire c'est éviter d'avoir à intervenir pour sauver vos fesses. Me suis-je bien faite comprendre ? Vous pouvez me prendre pour la pire des harpies si vous le désirez, j'en ai rien à battre. Je ne vous demande pas la mer à boire, juste savoir être discret et… n'ayez pas non plus une trop grande confiance en vous-même. Ce genre d'autosatisfaction indisciplinée fout en l'air plus d'une mission sur deux. Croyez-en mon expérience. »
Tout en l'écoutant, le jeune homme baissa les yeux vers les mains gantées de la jeune femme. Sous les lourds vêtements gorgés d'eau, il remarqua un brassard ouvragé qui couvrait l'un des bras. Il fronça les sourcils et interrompit la conférence que lui tenait son contact.
-« Qu'est-ce… » Commença-t-il.
Et au lieu de cacher son bras et ce qui le recouvrait, elle releva sa manche tout en fixant l'or de ses yeux, en partie dissimulé par ses lunettes sombres, dans le charbon de ceux de son vis à vis.
-« Un cadeau de la part de tes petits copains. Observe bien, petit Prince… » Se moqua-t-elle en ouvrant le brassard de métal ciselé qui masquait la plaie béante de son bras. « Voici ce que notre tendre Seigneur des ténèbres peut faire à ceux que ses serviteurs capturent. Tu veux toujours nous servir d'espion ? » Lui demanda-t-elle innocemment.
Gardant les yeux sur la blessure non cicatrisée, rouge et violacée, que les éclairs qui zébraient le ciel éclairaient de façon macabre, il répondit par une autre question.
-« Vous vous êtes échappée, comment ? »
-« Bonne question. Effectivement, si je ne l'avais pas fait, je ne serai pas ici ce soir en train de te parler. Je l'ai échappé de justesse. Il faut croire que mon heure n'était pas encore venue ! » Dit-elle, cynique sans pour autant lui répondre. « Je te souhaite au moins autant de succès. »
-« Evitez de vous faire REprendre et moi je ferai de même. Tenez, je ne sais pas pourquoi, mais Lumphanan m'avait confié ceci avant de… enfin… Vous savez. » Conclut-il sobrement, la voix toujours sans la moindre émotion.
Il lui tendit un sachet en cuir. L'ouvrant, la jeune femme en sortit quelques fioles étincelantes. Comprenant de quoi il s'agissait, elle les rangea immédiatement.
-« Merci. » Répondit-elle laconiquement.
-« Pas besoin. Je ne fais pas ça pour vous. Je le fais pour Elle. Ça me dégoûte de voir que des personnes comme vous peuvent échapper à leurs griffes, alors qu'elle … Avez-vous la moindre idée de ce qu'elle a enduré ? Finir brûlée vive pour Son bon plaisir… » Pour la première fois, il sembla exprimer un ressentiment violent mais l'étouffa très vite.
-« Non, mais je ne désire pas non plus le savoir. » Répondit-elle. « Je ne te demande pas tes états d'âme. Si tu le fais parce que tu estimes qu'elle était innocente de ses accusations, tant mieux pour Elle. Si tu le fais parce que tu penses que votre serpent visqueux est une erreur de la nature, tant mieux pour Nous. Si tu le fais seulement à fin de pouvoir mieux alléger ta conscience de petit mangemort désobéissant, je ne te dirai qu'une chose : désolée ! Casse toi maintenant ! » Elle lui lança ses derniers mots comme on jette un déchet loin de soi.
Et sous la pluie diluvienne de l'automne anglais, elle regarda la silhouette sombre du jeune sorcier disparaître. Un éclair zébra encore une fois le ciel nocturne, la pluie cessa mais la lumière resta, aveuglante, éblouissante, l'obligeant à clore les paupières. Craignant encore un souvenir douloureux à son cœur, elle garda obstinément les yeux fermés, refusant de les ouvrir.
Mais autour d'elle, les sons de l'orage avaient fait place à ceux de la campagne, à des cris d'enfants, aux chuchotis d'une rivière toute proche, le bruit du vent dans le feuillage d'un grand chêne, des crissements de pas sur les graviers d'une coure.
Une cour ? Quelle cour ? La maison de son grand-père était en ville, il n'y avait jamais eu de coure ni d'arbre ! Inquiète, avec la sensation qu'elle connaissait les lieux, elle ouvrit vivement les yeux.
Et contrairement à ce que les sons lui indiquaient, elle n'était pas dans une cour ou un jardin, ni chez elle. Non, elle était dans une maison, une jolie maison coquette, perdue dans la campagne anglaise. Autour d'elle, le sang maculait les fauteuils éventrés, le sol du salon, l'âtre aux cendres fumantes et les cheveux d'or roux d'une fillette à l'aube de sa vie. Elle reconnut sans peine les traits réguliers de la fille aînée d'un de ses amis.
Elle se baissa et ferma les yeux de la petite. A peine cinq ans et déjà morte. Sortant un mouchoir de sa poche, elle effaça le sang du visage de porcelaine qui gisait devant elle. Elle ne pouvait plus rien pour elle, mais elle ferait son possible que ses assassins ne l'emportent jamais au Paradis.
Relevant la tête, elle observa un de ses collègues dégager le corps mutilé de la mère de la fillette. Ce n'était pas le premier carnage que les aurors voyaient, malheureusement pour eux, et encore une fois il semblait qu'Ils avaient pris plaisir à jouer aux bouchers. Alors qu'elle laissait encore une fois son regard glisser sur la scène du massacre, elle s'éloigna et sortit dans la cour respirer.
Sur les graviers, il y avait encore des traces de sang. Celui d'un de ses amis. Celui du père de l'enfant qui gisait dans le salon. D'après les témoins, qui avaient alertés le ministère, le brave sorcier s'était battu comme un lion enragé jusqu'au dernier instant. Les graviers en portaient les traces. Visiblement ses assaillants avaient du l'encercler pour en venir à bout. Réprimant un haut le cœur à la pensée de cette autre vie gâchée, elle détourna le visage vers la gauche.
Le corps du frère du propriétaire des lieux gisait encore là. Certainement fauché en plein combat par un avada kedavra, Fabian était tombé sur le dos, sa baguette encore bien en main, ses lèvres arrêtées sur le sort qu'elles allaient prononcer, ses yeux ouverts sur la nuit qui désormais l'environnerait pour l'éternité.
Le fixant d'un regard farouche, se mordant les lèvres pour retenir le cri de désespoir qu'elle sentait naître au plus profond d'elle-même, elle réédita son geste fait sur l'enfant et ferma les yeux de l'homme qui avait partagé quelques temps sa vie. Sa main droite gantée, que la lumière lunaire rendait brillante en s'accrochant sur le cuir lisse, alla se perdre dans les cheveux roux du jeune homme, comme dans une dernière caresse, celle des adieux.
L'instant suivant, une main sèche se posa sur son épaule. Reconnaissant la poigne rude de son chef, elle releva la tête et sourit au sorcier aux longs cheveux gris et au visage marqué par la guerre.
-« Se morfondre ne sert à rien ma p'tite. Malheureusement, on ne peut plus rien faire pour eux. Notre seul combat sera pour qu'ils ne recommencent pas. Vigilance constante et chasse aux monstres ! » Cracha Maugrey en la fixant de son œil normal, pendant que l'autre scrutait les environs.
-« Je n'ai rien pu faire ! » Soupira la jeune sorcière. « Pour Esther j'ai été mise au pied du mur, et maintenant c'est le tour de Fabian. J'en ai marre, j'en peux plus, j'ai l'impression que je vais exploser ! Ce n'est pas possible. Qui restera ? Qui survivra ? » s'énerva-t-elle.
-« Je comprend ton désarroi, mais il ne faut pas faiblir avec eux. Tu le sais aussi bien que moi. Marva, tu es certainement celle qui ici les connaît le mieux qui soit. Pour la mémoire de Lumphanan, ne baisse pas les bras ! »
Relevant les yeux vers le visage ravagé de son supérieur, la jeune femme le fixa avec détermination. Maugrey en frissonna.
-« Je n'aurai de cesse qu'ils se trouvent tous aux Enfers. Si ça amuse Croupton de les envoyer à Azkaban, grand bien lui fasse. Moi je leur offrirai un billet simple pour les Enfers ! » Hurla-t-elle à pleins poumons sur les ruines d'une vie de bonheur qui aurait pu être la sienne.
A la voix grave et glaciale de la jeune auror se mélangea d'autres voix. Dans l'écho qu'elle entendit en se réveillant, Calista reconnut celle plus aiguë et accentuée de l'écossaise Esther Lumphanan, le son mélodieux de celle de Fabian et celle de son frère. Dans le lointain venaient encore d'autres échos, les voix de tous ceux qui avaient payés de leur vie le combat acharné contre un tyran et ses serviteurs. Un tyran mis en déroute par un enfant, un simple enfant d'à peine plus d'un an.
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En ouvrant les yeux sur le plafond sombre de sa chambre, Calista Mohen soupira et se dit que cela n'avait été qu'un rêve. Un rêve ? Si l'on parlait au sens propre, un rêve était heureux. Non, cela avait plutôt été un cauchemar. Mais ils n'étaient pas morts une seconde fois. Ils étaient morts une fois pour toute et néanmoins, dans sa mémoire et celles de ceux qui les avaient aimés, ils resteraient immortels. C'était tout ce qu'elle pouvait se répéter depuis la fin de la guerre pour se convaincre d'oublier l'horreur et de passer à autre chose. Cependant ce n'était jamais facile.
Repoussant les draps bleus de son lit, elle se leva et sortit sur le balcon admirer la vue nocturne sur le Nil. Les yeux dirigés vers la rive ouest, vers le monde des morts pour les égyptiens anciens, elle repensa à son passé, un passé peuplé de cadavres, irrigué de sang et animé par des fantômes. Finalement, peu nombreux étaient les acteurs de ce passé encore en vie aujourd'hui.
Levant les yeux au ciel étoilé, la lune presque pleine l'inonda de sa lumière blonde. En y repensant, Calista se demanda si la nuit n'avait pas jouée un rôle prépondérant dans sa vie jusqu'alors. Cela n'aurait pas grand chose d'étonnant en fait, elle était née la nuit, elle avait toujours vécu dans l'ombre de sa famille, dans l'ombre des autres, l'ombre de son cousin pour le protéger lui et ses amis, dans l'ombre d'Esther, dans l'ombre de Rufus pour ses précieuses informations qui auraient dû les avantager dans la guerre. De Poudlard au Ministère, elle n'avait jamais vraiment agi à visage découvert, ne se dévoilant que partiellement et jamais longtemps, comme la Lune en fait. Oui, il fallait croire qu'elle était vraiment une créature de la nuit, avec une face continuellement cachée.
Continuant de fixer le disque presque parfait de couleur si pâle, presque nacrée, elle repensa à ce que le jeune Séverus Rogue, apprenti espion, avait donné à Argamane ce soir là. Dans son rêve, si fidèle à la réalité, les fioles avaient accrochées la faible lumière qui éclairait alors leur petite discussion.
Rentrant dans sa chambre, Calista se fit la réflexion qu'il était temps qu'elle laisse derrière elle ses vieux démons et jette enfin un œil à ce qu'Esther avait soigneusement mis de côté. Et il était fort probable que son subconscient lui ait rappelé ce souvenir cette nuit pour une raison concernant fortement son problème du moment.
Tout en apposant sa main sur la paroi à côté de son lit, elle récita une courte incantation en hébreu. Un petit pan de mur pivota et laissa apparaître un rangement bien caché. Sur des étagères étaient entassés des fioles de potions, des boites à onguents, une pensine, une baguette de bois sombre, une lunette astronomique de poche rangée soigneusement, le long brassard d'argent de son rêve, une boîte à lunettes, une vieille carte de la voûte céleste nord et le sachet de cuir dans lequel reposaient de petites bouteilles au contenu nacré.
Elle choisit méticuleusement l'une de ces dernières et se saisit de sa petite pensine de pierre, souvenir de son grand-père.
De quelques tours de baguette elle referma le rangement secret, métamorphosa une chaise en table basse et finit par s'assoir sur le bord de son lit. Posant délicatement le récipient sur sa nouvelle table, elle ouvrit la fiole et en déversa le contenu dedans. Le long filament d'un blanc laiteux se déploya dans le fond pour tournoyer sur lui même comme une potion de chance délavée et trop agitée.
Calista inspira et plongea dans le souvenir. Immédiatement happée, elle se retrouva dans une grande pièce lumineuse aux murs couverts de livres anciens.
On était visiblement dans la maison d'un riche sorcier amateur de belles choses. Entre certaines rangées de volumes aux reliures de cuir on pouvait admirer quelques magnifiques spécimens d'art ancien. Ici une statue khmer vous intimidait de son regard courroucé, là une amulette égyptienne brillait de toute la beauté de ses pierres fines serties avec talent dans l'or de sa monture.
Calista perdit quelques instants à admirer chaque pièce, chaque objet exposé, notant que chacun devait avoir eu son pouvoir magique. Quelque part, elle espérait, pour le propriétaire et ses employés, qu'ils avaient bien tous été neutralisés par un conjurateur digne de ce nom.
Un bruit dans son dos la fit enfin s'intéresser aux occupants de la pièce. Se retournant sur elle-même, l'anglaise ne vit qu'une jeune femme penchée sur un tas de vieux papyrus. Reconnaissant là une de ses camarades de Cambridge, elle approcha.
Elle était bien dans le souvenir d'Esther et la jeune écossaise se trouvait justement devant elle. Elle ne devait pas avoir plus de vingt-deux ans alors. Esther Lumphanan était une jolie fille, le genre qui faisait tourner les têtes masculines là où elle passait. Pourtant elle n'avait pas été connue pour ses frasques. Non, le destin avait voulu que la mort la fauche certainement avant qu'elle en profite vraiment.
Calista se pencha par dessus l'épaule de son ancienne camarade et observa ce qu'elle traduisait. Il s'agissait de papyrus en grec ancien. Rien de bien compliqué, juste qu'il fallait quelqu'un connaissant le grec ancien. Visiblement, le propriétaire des lieux ne lisait pas cet idiome.
Mais la lecture de Mohen et la traduction de Lumphanan furent interrompues par l'entrée quelque peu bruyante d'un homme encore assez jeune. Le nouveau venu n'était ni grand ni petit, de taille moyenne, il était assez efflanqué, les cheveux d'un blond terne et les yeux d'un gris délavé. L'anglaise le reconnu sans peine, il était identique à celui de ses propres souvenirs.
Derrière lui entra un second individu. Il était tout aussi impressionnant que le premier était insignifiant. Et visiblement, Lumphanan détourna les yeux de ses parchemins, trouvant certainement plus passionnant le grand blond qui venait d'apparaître devant elle.
De son côté, Calista Mohen fit la moue, contourna le bureau et s'approcha de l'homme pour le détailler de la tête aux pieds. Un mépris évident se lisait sur ses traits. Pourquoi fallait-il qu'après sa vie, ses rêves et ses cauchemars, cet homme parasite aussi ses recherches ? Elle avait beau retourner la question dans tous les sens, la réponse lui échappait.
Elle dut reconnaître qu'il s'était habillé ce jour-là avec goût, sa robe vert bouteille ne changeait pas beaucoup de l'uniforme des serpentards, cependant son attitude avait mûri. Cette dernière constatation ébranla encore plus Calista. Avec le recul, elle l'aurait presque admiré. Mais non, jamais elle ne s'abaisserait aussi bas envers un homme de son espèce, un traître, un assassin. Son père fut un grand sorcier, lui n'était qu'une raclure de la pire espèce tout juste bonne à servire de larbin à un malade.
Sa haine s'estompa pour faire place au mépris qu'elle ressentait habituellement pour lui. Vraiment, elle espérait, pour celle qu'il avait épousée et pour l'honneur du vieil Abraxas, que son fils serait un sorcier bien plus digne.
-« Ma très précieuse Esther, permettez moi de vous présenter un de mes amis, Monsieur Malefoy. » Susurra le patron de Lumphanan. « Il a eu vent que je dissimulais en mes murs des beautés toutes plus belles les unes que les autres, et le garnement est venu voir s'il ne pourrait pas m'en chaparder une ou deux. » Ajouta-t-il avec ambages, riant pompeusement lui même de son humour à deux noises.
-« Miss Lumphanan. » Salua Lucius Malefoy, sourire charmeur aux lèvres, la voix suave et traînante.
-« Monsieur Malefoy. » Répondit poliment mais froidement Esther, pendant qu'il lui offrait un baise-main.
Sa main libérée, Esther s'arrangea pour détourner l'attention des deux hommes vers ses traductions. Et pendant ce temps, la main baisée placée dans son dos, elle s'essuyait comme si le contact de Malefoy lui avait répugné autant que celui du bon gros chien baveux de la vieille tante qu'on n'ose pas froisser. Notant cette réaction, Calista ne put retenir un sourire moqueur pour Lucius et une œillade de complicité à l'écossaise, même si celle-ci ne pouvait la voir.
« Pauvre Lucius » Pensa Calista. Lui qui pensait avoir tout de conquis d'avance, il semblait que pour une fois la victoire ne lui soit pas acquise avec celle qui pourtant avait depuis été connue comme son âme damnée. Une âme damnée qui l'aurait trahi. Une âme damnée qu'il s'était empressé de mettre à mort lorsqu'un petit soupçon avait pesé sur elle.
Profitant de la conversation sans grande importance pour l'avenir qui s'engageait entre les trois protagonistes, Mohen se pencha sur le bureau et lu les documents que traduisait alors son ancienne camarade. Les textes étaient tous datés de la fin de la dynastie des Valentiniens, tous sauf un. Malheureusement, le parchemin qui intéressait le plus Calista à vu d'œil était engagé dans la pile, seule une partie était visible.
Calista essaya tout de même de lire ce qui était accessible, cherchant sa concentration quand autour d'elle on parlait du seigneur des ténèbres, d'honneur sorcier, de sang pur et autres bêtises malefoyennes. Si les oreilles de l'archéomage n'étaient pas encore trop mauvaises malgré tout ce qu'elles avaient pu vivre et entendre, elles perçurent parfaitement que Lumphanan prenait un malin plaisir à faire mariner les deux mangemorts dans leur jus quand à sa possible candidature.
Pourtant, Calista ne put réprimer un frisson et releva le regard vers la jeune femme. Derrière ses grands yeux bruns d'apparence candides, ses cheveux d'or sombre et son allure d'ange, Esther était pourtant devenue très vite celle que les mangemorts eux-même avaient baptisée « l'ombre de Malefoy ». Une sorcière aussi redoutable que froidement intelligente. Sa réputation, qui depuis avait rejoint sa légende, n'en faisait pas un être assoiffé de sang et de cris de torture comme les Lestrange, cependant on la disait machiavélique, réfléchie et prête à tout pour se débarrasser de ce qui la gênait sans pour autant se salir les mains. Une virtuose de la manipulation en somme.
-« Il ne me semble pas me souvenir de vous dans aucune des maisons de Poudlard. Où vous cachiez-vous pendant toutes ces années ? » La questionna Malefoy sur le ton de la plaisanterie.
-« Oh, Lucius, ne savais-tu pas que notre précieuse traductrice vient tout droit de Durmstrang ? Elle y était une des meilleures élèves et son domaine est sans conteste l'Histoire de la Magie, avec un plus pour son don naturel dans les langues anciennes. Miss Lumphanan m'est indispensable pour la traduction des manuscrits rapportés par notre très cher Seigneur. »
-« Vraiment, Durmstrang. » Murmura Lucius, comme s'il essayait de percer le vrai du faux dans cette affirmation.
-« Mais vas donc demander à cet incapable de Karkaroff si tu as des doutes. Je suis sûr que miss Lumphanan pourrait certainement beaucoup nous en apprendre sur lui d'ailleurs. »
-« Un morpion. » Chuchota la jeune femme aux longs cheveux bouclés.
-« Pardon ? » S'étonna Malefoy. « Théophrastus, tu pourrais demander à tes employés de châtier leur langage. Je ne m'attendais pas à ce genre de mot dans la bouche d'une jeune fille, surtout à propos d'un des fidèles serviteurs du Seigneur des ténèbres. » S'indigna le sorcier aux longs cheveux blonds.
-« J'ai étudié à Durmstrang, pas chez Saint-Malefoy-qui-n-y-touche ! » Lui répondit la belle sorcière, dardant ses yeux sombres dans ceux pâles du mangemort. « Désolée Monsieur si mes paroles vous choque, je n'ai pas l'habitude de me modérer même en présence d'un ministre, alors ne comptez pas trop que je le fasse pour votre petite gueule de coincé. Je ne suis pas votre fiancée, Merlin m'en préserve, je ne suis pas votre femme, Morrigan m'en exempte, et je ne suis pas à votre service, de cela la Mort m'en protègera. Mais souvenez-vous bien un jour de ce que j'ai dit à propos de votre « ami » Igor, je ne me répèterai pas. »
Lucius l'observa médusé qu'on puisse lui parler ainsi, mais après quelques secondes, certainement le temps que l'information monte à son cerveau court-circuité par les endoloris pensa Calista, il ne se retint point d'en rire.
-« Vraiment, mon cher Théophrastus, tu as trouvé la plus charmante des créatures. A la beauté, elle associe l'esprit et la répartie. J'apprécie. Mais j'ajouterai une petite nuance, ma chère, si vous le permettez. » Expliqua-t-il. « Ne faites confiance à personne, les amis c'est une faiblesse qu'en tant que sang-pur nous ne pouvons nous permettre. Seuls les sang de bourbe et les moldus croient aux amis. » Il sortit sa baguette et l'agita un instant avant de faire apparaître un bristol. « Miss Lumphanan, venez donc me voir, lorsque votre vil maroufle d'employeur vous laissera un moment de libre. » Annonça Malefoy, en lui tendant le carton, un splendide sourire charmeur aux lèvres contredisant ses derniers mots à propos de son collègue.
Esther prit le carton tendu d'une de ses mains d'albâtre, ignorant royalement l'attitude souveraine que se donnait Lucius. Elle observa le nom et l'adresse écrite d'une plume alambiquée sans afficher la moindre expression. Puis se tournant vers son patron, elle s'excusa.
-« Veuillez me pardonner monsieur, mais je n'ai pas terminé ma traduction. Si vous me permettez, j'aimerai la reprendre… Sans être interrompue. » Dit-elle poliment mais le ton ne souffrant aucune objection.
Et à ces mots, comme embarrassé, le sorcier malingre, à qui normalement Lumphanan obéissait, sortit de la bibliothèque en entraînant son visiteur comme un enfant congédié par son père. L'écossaise les regarda sortir, un vague sourire de victoire peint sur les lèvres. Calista affichait, à s'y méprendre, une expression fort semblable au même instant.
-« Vraiment Esther, chapeau ! Je n'ai jamais réussi à le moucher avec autant de brio. » S'exclama le professeur d'Archéomagie, les yeux toujours fixés sur la porte refermée. « Alors maintenant vas-tu me dire sur quoi ils te faisaient travailler ? » Demanda-t-elle, comme si Lumphanan allait pouvoir lui répondre.
Retournant son attention vers le bureau, Calista reprit sa lecture interrompue sur le parchemin qu'à première vue elle aurait daté du Moyen-Age. Les phrases étaient incomplètes, en partie cachées par le reste du tas de parcheminerie. Mais elle reconnut une phrase plus qu'elle ne la lut.
« Le sang vous servira de signe…
Je passerai par-dessus vous…
Je frapperai le pays … »
Le début, « le sang vous servira de signe… », lui évoquait un texte ancien qu'elle avait forcément déjà lu. Puis à la ligne suivante, « Je passerai par-dessus vous… », semblait impliquer une prédiction. Une prophétie ? Une mise en garde peut-être ? Ce fut en relisant le troisième morceau de phrase qu'elle réagit. « Je frapperai le pays… »
-« Mais bien sûr ! » S'exclama-t-elle dans la bibliothèque, ouvrant grand ses yeux dorés comme les lumières de la clairvoyance illuminaient soudainement sa lucidité.
Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ? Elle se tourna vers Esther, sourire éclatant aux lèvres et la salua sincèrement.
-« Je ne te l'ai jamais dit ma vieille, mais vraiment tu as été la plus sympa des mangemorts que j'ai croisé dans ma vie ! Sincèrement, je m'excuse de n'avoir pu sauver ta peau, mais ainsi va la vie. Je suis sûre que de là où tu te trouves aujourd'hui tu ne regrettes pas notre association. Mais sois certaine d'une chose, Malefoy et tous ceux qui ont contribué à ta chute ne l'emporteront jamais au Paradis. Sur le sang que tu as versé, sur celui que j'ai donné, je te le promets. »
Puis d'une secousse, Mohen ressurgit dans sa chambre, assise devant sa pensine où elle voyait encore la mince silhouette auréolée d'or d'Esther Lumphanan dans la bibliothèque. Elle se plaisait à penser que, dans l'autre monde où elle reposait, cette nuit Esther avait influencé ses rêves, pour la diriger sur la bonne voie.
Quelques instants plus tard, devant le compartiment secret du mur, le souvenir rangé dans sa bouteille, la bouteille posée sur l'étagère, Calista resta un temps pensive devant tous ces témoignages de son passé, caressa d'un doigt distrait le bracelet dans le fond, sourit à ses vieilles lunettes. Puis, refermant tout soigneusement, elle se redressa et sortit admirer la nuit cédant la place progressivement au jour.
A l'ouest, quittant le ciel pour aller se coucher, la Lune luisait faiblement. Son cercle presque parfait lui rappela la date du jour et surtout l'urgence d'un certain plan. Il était tant qu'elle aille voir si son assistant avait préparé ce qu'elle lui avait demandé quinze jours plus tôt.
A l'est, Ré revenait à la vie progressivement, repoussant les ténèbres d'Apopis comme chaque matin. Calista se leva, décidée à dissiper les ténèbres qui nappaient ses recherches actuelles. Et pour ce faire, elle aurait fortement besoin de l'aide de Mortemer.
A suivre...
Chapitre 11 de terminé... le 12 est déjà publié!
Y en a qui ont vraiment de la chance!
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Chuuuuuuuuuuuuuuuuu!
