Bonjour!
Et oui, ça faisait bien longtemps que j'avais posté le chapitre 12, mais ayant déménagée (de façon internationale en plus!), sans connexion personnellement maintenant... j'ai eu un moment d'inspiration trèèèès limité, quelques difficultées à taper ce chapitre 13, mais le voici quand même.
Le chapitre suivant prendra aussi un peu de temps à venir, surtout que je viens d'oublier le chargeur du pc en week end... '--
Le chapitre présent n'a eu qu'une seule correction, je m'excuse d'avance si des fautes avaient échappé à mes yeux myopes et au talent de mon correcteur. Si des erreurs subsistent, prévenez moi, je corrigerai tout lors d'une prochaine mise à jour! (au passage, sachez que les précèdents chapitres ont été mis à jour fin juin... si jamais vous vouliez relire l'histoire ... sans faute!)
Je vous remercie de votre fidèlité à tous et toutes... Un coucou à miss Leilia et Analissa que j'ai croisé à la Japan Expo en juillet, un grand merci à mon correcteur irremplaçable qui même pendant les vacances est resté fidèle au poste, et toute ma gratitude à mes lecteurs!
Sans plus attendre, voici le chapitre treize, le chapitre au chiffre vecteur de malheur... Mais que vat-y arrivé à nos héros dans ce chapitre? Pour le savoir... lisez tout de suite!
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XIII . Les deux premières plaies d'Egypte
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"Again I see you standing there watching me. Your gaze, those eyes are tantalizing openly, inviting me to get close to you, can't help myself. There's fascination in the air. I try to fight this strong sensation but there's no chance to escape from this temptation." "Black Diamond", Stratovarius.
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Dirk Avery ouvrit la porte de son bureau en souriant. Il venait de trouver la perle rare, celle qui saurait très sûrement les conduire au damné trésor. Se tournant vers l'homme qu'il invitait cérémonieusement à sortir, il lui adressa un sourire éclatant. Le jeune homme qui le suivait, visiblement du même âge, le teint basané et les cheveux d'un noir corbeau légèrement frisés, le regard lumineux d'intelligence, lui répondit avec une expression toute similaire à la sienne. Pour Avery, ça ne faisait aucun doute, ils étaient faits pour s'entendre.
Vraiment, la journée s'annonçait bien pour Avery. Cet imbécile de Zabini n'était pas venu, cette cruche de Mohen devait certainement être enfermée dans une bibliothèque quelconque en train de traduire leur satané parchemin… En gros il avait le champ libre pour faire comme son employeur le voulait, que demander de plus ?
Suivant Avery à quelques pas, Lorenzo Scapolare se laissa reconduire vers la sortie. Il venait de passer près d'une heure à discuter expéditions et découvertes avec l'anglais, à marchander son aide aux recherches que ce dernier effectuait et malgré cela il ne trouvait toujours pas l'homme sympathique. Au contraire. Il comprenait Mohen quand elle les avait mis en garde sur l'individu. Avery avait continuellement dans le regard cette étincelle maligne, qui chez d'autres les rendait amicaux, et chez lui le rendait inquiétant. Dangereusement inquiétant.
Pourtant, Enzo ne tremblait pas plus de peur à l'idée d'une expédition dans le désert et des tombeaux maudits avec ce lascar que de survivre à un cours de potion avec Jäger comme voisin. Non, il avait connu des situations identiques et même pires dans les relations familiales en Sicile et en Italie, tout comme avec un ami tel que Sigfrid « le roi de la boulette ». Et s'il le fallait, les relations de son père l'ayant un peu préparé aux types véreux comme Avery, un Scapolare restant toujours un Scapolare, même archéomage il saurait lui montrer de quel bois il se chauffait.
Quand après un dédale de couloirs les deux hommes arrivèrent dans la salle où attendaient les autres postulants, ils se quittèrent cordialement. Avery prit soin de montrer aux autres que le jeune sicilien et lui s'entendaient à merveille, étalant en façade qu'il avait déjà choisi un de ses collaborateurs. Puis, retenant Enzo, une main placée fraternellement sur l'épaule, il lui dit quelques derniers mots, la voix assez forte pour que les autres entendent.
-« Monsieur Scapolare, j'ai oublié un détail… Oh tout petit, je pense que vous ne m'en tiendrez pas rigueur. Samedi soir nous organisons une petite soirée… avec mon associé. Juste pour présenter l'équipe. Je compte sur vous. Mais vous recevrez un carton d'invitation, bien sûr. » Susurra l'anglais.
-« Avec plaisir Monsieur Avery, je serai des vôtres. A samedi donc. »
Les deux hommes se saluèrent une dernière fois et Enzo s'éloigna. Il traversa l'antichambre où attendaient tous les autres postulants et scruta les sièges à la recherche de Jäger. Mais pourtant, aucun Sigfrid en vue, aucun regard amusé ne se dirigea vers lui. Il attendit patiemment derrière la porte de sortie qu'un nouveau postulant entrât, puis revint observer. Sur la dizaine de personnes, il n'y avait qu'une femme, jeune et assez jolie. Sûr qu'avec une postulante pareille, connaissant Sigfrid comme il le connaissait, l'allemand aurait dû rester dans la pièce.
Où pouvait-il bien avoir été, ce damné fouineur ?
Le sicilien sortit définitivement de la salle d'attente et s'enfonça dans les couloirs sombres et étroits de la banque afin de retrouver la sortie.
Arrivé au lourd portail de bois et fer forgé, tout en posant son chapeau assorti à son costume sur sa tête, il observa le ciel clair d'Egypte par la vitre de la porte principale. Il se dit, résigné mais tout de même inquiet, qu'à défaut de deux espions Mohen aurait déjà un homme dans la place. Et il quitta le siège égyptien de Gringotts pour retourner chez lui. Peut-être y trouverait-il son satané camarade germanique.
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Dans le silence pesant et studieux de la bibliothèque de l'Université des arts magiques de Dionysias, Aimery Mortemer faisait l'inventaire du contenu de quelques livres choisis. Cela devait bien faire deux heures qu'il avait commencé ces recherches, mais n'en voyait toujours pas le bout.
Ne se décourageant pas pour si peu, se répétant intérieurement que la vitesse ou la lenteur n'avaient que peu d'importance, il ouvrait, feuilletait, survolait, refermait et passait au livre suivant. Inlassablement, il scrutait les livres sur les créatures mythiques, magiques, fantastiques, légendaires, sur les sites magiques, ensorcelés, maudits d'Egypte.
Assis à la table en face de lui, Gilderoy Lockhart lisait passionnément le premier livre qu'il avait ouvert en se proposant d'aider Mortemer. Finalement, en relevant le nez de son trentième volume passé au crible, Aimery se fit la remarque qu'il avait trouvé pire que Sigfrid et, qui plus est, plus lent. Il avait vraiment bien fait de ne pas compter sur lui dès le départ. Sur cette réflexion, il enchaîna sur le trente-et unième ouvrage sans rien dire, laissant Lockhart à sa lecture.
Au bout de quelques minutes, il sentit un picotement à sa main gauche, comme si de petits coups d'électricité statique lui titillaient les doigts. Son attention à nouveau détournée de ses recherches, il observa la main incriminée. C'est alors qu'il vit la lionne de sa chevalière gratter d'une patte le fond de métal autour d'elle, comme un animal énervé, exacerbé, puis darder ses prunelles ciselées dans le regard d'acier de son maître.
Aimery perçut une onde le traverser à cet échange, comme une pensée émise et parfaitement reçue. Celle-ci lui inspirait de la prudence, voire même une certaine mise en garde.
Mais pourquoi ?
S'il s'était tourné à ce moment là, peut-être aurait-il noté une ombre dans son dos qui n'était pas la sienne. Mais l'étudiant français resta sans bouger de sa place, ignorant quel message sa chevalière lui soufflait réellement.
Et derrière lui, pendant ce temps, une silhouette le fixait de ses yeux perçants et noirs, un éclair de colère semblant y passer l'espace d'un dixième de seconde. Puis d'un coup, l'inconnu disparut dans l'obscurité protectrice des rayonnages de la bibliothèque, pour se fondre dans l'Université comme un élément de décoration.
Comme si sa mise en mouvement était liée à la présence d'un indésirable, la lionne de la chevalière de Lavia s'arrêta de renâcler et, de nouveau, se figea dans le métal ciselé. Intrigué, Aimery resta pensif, ses yeux bleus pâles aux reflets métalliques figés sur le motif de la bague, tournant et retournant dans son crâne ses pensées et théories sur la raison d'un tel phénomène. Malheureusement, l'animal ne bougea plus, à tel point qu'il crut avoir rêvé, et ses recherches n'avaient pas plus avancé.
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Alors qu'Enzo venait tout juste de sortir d'entretien, quelqu'un montait quatre à quatre l'escalier d'un certain immeuble de Mar Girgis. Le plus discrètement possible, un homme s'était engouffré dans le hall d'entrée, échappant par chance à la concierge, et se trouvait maintenant sur le palier du dernier étage. Sortant sa baguette d'une poche cachée dans les plis de sa robe, il prononça, d'une voix à l'accent heurtant, un sort qu'il connaissait bien. La porte le reconnut et lui céda le passage.
A peine entré, une boule de poils sombres lui sauta dessus en miaulant de joie, car si la concierge était trop occupée pour le voir, Chimrone, lui, était trop intelligent pour se faire duper. C'est en se frottant sur les chevilles du visiteur qu'il lui souhaita la bienvenue.
Reconnu, blessé dans son amour propre de n'avoir pu tromper tout le monde, Sigfrid gratifia le félin d'une caresse et d'un sourire avant de passer aux choses sérieuses. Depuis le matin, la lettre, qu'il avait chopée sur la table de la cuisine, lui trottait dans le crâne. Il n'arrivait pas à se défaire des informations stupéfiantes qu'elle avait pu lui livrer. Alors il lui fallait prendre le taureau par les cornes, au risque de faire une bêtise. Une de plus, une de moins…
Sans un mot, il avança dans l'appartement à la recherche de quelqu'un, mais seul le silence semblait bien présent.
Sûr de ne pas se faire surprendre, il se dirigea vers la bibliothèque. Lors de ses recherches, et de sa fâcheuse aventure avec le meuble cachottier, il avait vu un ouvrage, dans le tas des titres tous plus bizarres les uns que les autres, au sujet qui aujourd'hui pourrait bien l'aider dans sa quête de vérité. Et c'est en bénissant le nom d'Aimery Mortemer et son sens du rangement parfait qu'il mit la main sur ce qu'il cherchait. Il laissa le livre de côté et continua de fureter ici et là quand, tout à coup, son regard se reposa sur les deux balais accrochés au dessus d'une des portes de la pièce.
S'il cherchait des infos sur Mohen, il lui fallait trouver sa cachette. Les yeux posés sur le Nimbus, il réfléchit au meilleur coin pour dissimuler quelque chose. Un livre ?
Il se tourna vers les rayonnages de bois sombres recouverts de reliures de cuir et ornés de lettres d'or. S'il lui fallait fouiller tous les livres de la pièce, alors il en aurait pour plus d'une journée. Mais Sigfrid voulait tout savoir tout de suite !
A bien y penser, cacher un papier officiel avec sa vraie identité dans sa bibliothèque semblait au jeune homme un peu trop simpliste pour son professeur qui aimait tant détourner les regards. Alors ? Qu'aurait-elle bien pu faire ? Métamorphoser un livret de famille en balais ?
Non, pas ça, trop tordu.
Il laissa ses pas le sortir de la petite pièce pour chercher dans toute la maisonnée. Puis il arriva devant une porte qu'il n'avait jusqu'alors jamais poussée, celle de la chambre de la jeune femme. Il est vrai que nombre de filles qu'il avait connues avaient toujours caché sous leur oreiller un journal intime, verrouillé avec le plus bête des sorts. Mais Calista Mohen écrivait-elle un journal ? Non, impossible. Trop simple.
Par curiosité il poussa la porte et resta presque émerveillé du dépouillement de la chambre. Le salon était chaud de coussins, de tapis, de boiseries et petits bibelots aux couleurs de feu, ici par contre tout n'était que fraîcheur, une douceur humide de bleus envahissait les murs, les rideaux et les draps. Le mobilier était sobre, un simple lit double, une chaise, un bureau vide de toute paperasse, une table de nuit et un chandelier. Il ne voyait ni armoire, ni commode, juste des murs bleu ciel, des voilages un peu plus foncés encadrant une grande fenêtre encore entrouverte, un lit aux draps couleur du ciel d'Egypte. Dans un ensemble aussi simple, où aurait-elle plus planquer quelque chose ?
Une petite voix intérieure lui murmura : « Ici ? Nulle parrt… ».
Au même moment, un son de pas derrière lui le fit sursauter. Il se retourna avec la rapidité de l'éclair pour… Ne trouver personne. Mais ce fut le miaulement de Chimrone qui lui tira le regard vers le bas. Le fléreur l'avait tout simplement suivi, curieux comme un autre Jäger qu'il aurait pu être.
Soupirant de soulagement, le cœur battant à tout rompre, il s'apprêta à sortir de la chambre. Sur le pas de la porte, il se retourna une dernière fois. Et cette fois, comme dans une vision, il vit une jeune femme à la longue crinière auburn se pencher sur le mur au côté du lit. La silhouette fantasmagorique y posa une de ses longues et fines mains avant qu'un petit panneau ne pivotât et dévoilât un compartiment secret. L'excavation du mur comportait en tout et pour tout un coffret de bois orné de pierres fines et de nacres, dans le plus pur style oriental. Le reste était vide.
Face à cette apparition étrangère, qui ressemblait vaguement à Calista Mohen sans vraiment être elle, l'allemand cligna des yeux. Lorsqu'il les rouvrit, la femme avait disparu, le mur était intact et Chimrone miaulait à ses pieds.
Se traitant de fou et pensant avoir été victime d'un mirage, il referma la porte et suivit le félin qui semblait vouloir attirer son attention sur quelque chose.
-« Qu'est-ce qu'il y a Chimrrone ? Tu as trroufé quelque chose ? Tu sais peut-êtrre où le prrofesseurr cache ses documents secrrets ? Ses lifrres de magie noirre ? Dis moi Chim… Je te suis. » Chuchota l'étudiant à son compagnon à poils.
Le kneazel égyptien partit immédiatement en courant, laissant Jäger planté comme un idiot au milieu du couloir. Le jeune homme mit quelques minutes avant de retrouver l'animal. Il était dans la bibliothèque, le museau levé vers le plafond et ronronnait bêtement comme un stupide chat de compagnie. Sigfrid entra dans la petite pièce à son tour et chercha ce qui rendait le fléreur aussi extatique. Levant la tête dans la même direction, il vit la paire de balais.
Qu'est-ce qui pouvait à ce point fasciner le félidé dans une paire de balais ? Etait-ce un fléreur passionné de Quidditch ? Non, tout de même… ça n'arrivait qu'à lui. Suivre un matou qui finalement le menait à la chose la plus banale qui soit… un balai. Aussi magiques que soient ces deux balais, ce n'était pas là qu'il trouverait quoi que ce fut. Soit, Mohen semblait y tenir comme à la prunelle de ses yeux, mais… c'était parce qu'il avait appartenu à une personne chère.
A peine Jäger avait-il formulé ses pensées dans sa tête que Chimrone tourna ses pupilles animées vers lui. Il y avait au fond du regard du félin un petit quelque chose qui traitait l'allemand d'idiot congénital, de stupide sorcier teuton, d'imbécile de germain et … il en passait.
Alors, pour en avoir le cœur net, il tira la table de la pièce jusque sous la porte, grimpa dessus d'un bond et tendit une main hésitante vers le Nimbus. Chimrone n'attendit pas le déluge et sauta derrière lui, s'assit sagement à ses pieds, le museau levé vers la main de Sigfrid et miaula calmement pour l'encourager.
Pour confirmer ses pensées, sur le soin que devait y apporter Mohen, les deux balais ne souffraient d'aucune poussière, toutes les brindilles étaient taillées à la perfection, les manches étaient parfaitement cirés. L'entretien apporté, à ces deux balais, somme toute banaux, était digne de pièces de collection.
C'est la main tremblante qu'il se saisit du Nimbus et découvrit qu'aucun champ de protection n'entourait l'objet convoité par Chimrone. Il le détacha donc du mur et l'observa sous toutes ses coutures.
Le balai était comme neuf. Avait-il seulement servi une fois ? Sigfrid pouvait difficilement imaginer quelqu'un acheter un tel objet coûteux sans se jeter dessus immédiatement pour l'essayer. Au moment de sa sortie, cet engin était le nec plus ultra de ce qui se faisait. Tout passionné de Quidditch aurait aimé l'enfourcher pour un vol d'essai.
Admiratif, le cœur serré par ses vieux souvenirs de parties de Quidditch disputées autrefois, en France ou en Allemagne, il caressa l'inscription Nimbus en lettres d'or sur le haut du manche. Au même moment, un phénomène se produisit. A la place du mot Nimbus apparut une dédicace finement gravée dans le bois, elle aussi en lettres d'or. Il pouvait lire : « A mon frère d'âme, qui malgré nos chemins divergents restera toujours dans mon cœur. Où que je sois, je veille sur toi. C. M.-P. »
Les trois initiales qui signaient le petit mot intriguèrent l'étudiant. Deux des trois lettres auraient pu désigner son professeur. Mais que signifiait la troisième ? Mohen avait-elle un nom double ? Avait-elle été mariée ?
Pour la première fois, l'idée lui venait à l'esprit. Il n'avait jamais osé y penser, entre autre parce qu'elle s'était elle-même présentée sous le nom de Miss Mohen lors de leur premier cours. Mais il savait aussi que la jeune femme n'était pas aussi simple qu'elle semblait l'être au premier coup d'œil. La preuve était ce papier plié au fond de sa poche.
Alors, que voulait dire C. M.-P. ?
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Dans le dédale de couloirs qui constituait l'université de Dionysias, un homme brun tout vêtu de noir à la mode moldue, pantalon de cuir noir, chemise blanche ouverte sur un torse imberbe, veste en cuir et lunettes de soleil à la Lou Reed, avançait nonchalamment comme un touriste visitant le musée des Antiquités Egyptiennes. Sachant pertinemment bien où se trouvait la personne qu'il désirait voir, il s'amusait à prendre son temps et faire attendre le Calife de séant.
Quand enfin il poussa la porte du bureau directorial, sans avoir frappé au préalable, le seigneur des lieux se leva précipitamment pour venir le saluer.
-« Je ne vous attendais plus. Visiblement, la ponctualité n'est pas l'apanage de tous les sorciers européens. » Ironisa Ibn Snaï en saluant son invité sans gêne et oubliant son habituel ton sirupeux.
L'homme salua silencieusement le vieillard, s'affala bruyamment dans un fauteuil, sans y avoir été invité, et resta assis à toiser le directeur de ses yeux d'un étrange bleu glacier, presque argenté.
Le vieux sorcier égyptien cligna plusieurs fois pour se défaire de se regard pénétrant qui semblait se visser dans son âme, s'accrocher dans ses pensées comme une sangsue à son garde-manger. Mais le regard de son vis-à-vis ne cilla pas, restant hypnotique jusqu'à ce que l'individu se décidât à prendre la parole.
-« Bonjour monsieur le directeur… Je vois qu'aujourd'hui vous avez su imposer votre patte sur cette magnifique université. Vraiment… mes … félicitations ! » Persifla-t-il, baissant le menton, jetant un regard biaisé à la pièce autour de lui.
La décoration y était lourde, comme l'odeur de l'encens, du mobilier imposant au plus petit objet, du tissu tendu aux murs jusqu'aux babouches de l'hôte. L'ambiance en devenait oppressante, voire inquiétante, et cela était certainement l'effet voulu par le propriétaire : impressionner les personnes qu'il recevait.
En secouant la tête, le nouveau venu se dit qu'on aurait difficilement pu se douter qu'Ibn Snaï n'avait jamais été professeur d'Archéomagie ou d'Histoire. Oui, on était bien loin des cachots, même douillettement aménagés, de son ancien professeur de potion. Pourtant, le vieux renard égyptien comme le surnommait ses étudiants lorsqu'il n'était que professeur à l'école de sorcellerie et d'arts magiques de San-El-Hagar, avait été l'homologue de ce vieux profiteur de Slughorn.
Reposant son regard clair, cerné d'un trait de khôl pour intensifier son effet, sur le vieillard, l'homme, assez jeune, au visage pâle et sans la moindre ride, sourit avec un brin d'attitude diabolique.
-« Vous êtes revenu pour me faire perdre mon temps ? » Le questionna Ibn Snaï, blessé par les manières rustres du malotru.
-« Non, je n'oserais me permettre… Et puis vous savez bien que je n'ai pas de telles manières. Soyez en assuré. Non, je suis venu constater les bruits qui courent… Et vous savez combien les histoires circulent vite parfois… » Dit-il en observant intensément la toile tendue au plafond.
-« Vous êtes une vipère…venez en au fait ! » Demanda l'égyptien, sa voix redevenue sucrée, comme les loukoums qui trônaient sur un coin de son bureau, mais avec une pointe de colère couvant sous le miel.
-« Et bien mon ami, vous sortez de vos gonds ? Il n'y a pas de quoi vous énerver, je vous le jure. Et je m'excuse si, par hasard, mes manières vous ont blessé d'une façon ou d'une autre. Non, je ne suis pas ici pour vous terroriser, vous énerver, vous mettre mal à l'aise. Je suis simplement venu en Egypte par curiosité. J'ai ouï dire que vous aviez un nouveau professeur d'archéomagie qui faisait des merveilles. Donc, visiblement, la petite mésaventure arrivée à l'automne dernier est oubliée ? » Susurra-t-il, la voix doucereusement basse.
-« Chacal. Vous voulez peut-être me prédire qu'il va arriver de nouveaux malheurs à un de mes professeurs ? » Lui lança Ibn Snaï agressivement.
-« Non, bien qu'il est vrai que l'avenir de plus d'un de vos collaborateurs soit assez sombre dernièrement, vous savez que les astres ne me cachent rien, mais je suis venu vous mettre en garde. Un mal plus grand vous touche personnellement. Vous… et votre famille. Il serait dommage que le nom d'Ibn Snaï soit entaché à tout jamais. » S'exclama le maraud avec emphase, un don certain pour la tragédie.
Ibn Snaï, resté debout devant son invité depuis le début de la conversation, sembla d'un coup se vider de son sang. Ses yeux noirs s'allumèrent comme deux éclats d'obsidienne reflétant les lumières d'un feu intérieur, son visage, habituellement hâlé, devint aussi livide que la chemise de son interlocuteur et ses membres se tendirent comme s'il avait soudainement croisé le regard mortel de Méduse. Mais l'instant suivant, retrouvant toute l'énergie de sa lointaine jeunesse, il empoigna sa baguette et d'un sort hurlé projeta le butor sur le tapis du couloir.
L'homme se retrouva dehors, les fesses sur le palier et la porte claquée au nez. Fixant le venteau de bois clouté de ses yeux pers, il sourit encore plus diaboliquement que dans le bureau, retenant un rire nerveux qui lui démangeait les zygomatiques.
Vraiment, il adorait manipuler les êtres faibles. Et contre toute attente, le directeur de l'Université égyptienne n'échappait pas à son petit manège. Il avait parfois des remords à être aussi brutal, mais en fait, il les oubliait vite car ils portaient toujours leurs fruits.
Sous ses airs de malotru, il était un puissant sorcier et un astrologue de renommée internationale chez les moldus. Qui aurait pu le reconnaître sous cette identité ? En fait, peu de monde. Il jouait les maroufles pour mieux faire oublier l'image de dandy au sang pur qu'il avait cultivé autrefois. Et la preuve qu'il y excellait, le calife d'une des plus prestigieuses écoles sorcières venait de le prendre pour un autre. S'il n'avait été aussi maître de lui, il en aurait ri à s'en péter les côtes.
Et c'est le buste bombé à la manière d'un « Incoyable » du Directoire, faisant voltiger une pièce d'argent d'une de ses mains blanches, qu'il ressortit de l'établissement estudiantin, le sourire aux dents et la démarche royale d'un conquérant.
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Toujours sur sa table, Sigfrid Jäger observa encore un temps le balai qu'il avait dans les mains. Puis il le reposa sur son support, au mur, et s'intéressa à son frère aîné. D'un modèle plus ancien, le balai était très léger entre les doigts agiles et connaisseurs de l'allemand. Une légèreté qu'il ne s'expliquait pas d'ailleurs. Il n'avait jamais possédé un balai comme celui-ci, mais ses connaissances en Quidditch lui soufflait qu'une telle légèreté n'avait jamais été atteinte pour un balai.
Pourquoi ? parce qu'il y avait une limite au progrès qui s'appelait sécurité. Un engin aussi rapide ne pouvait être trop léger, ou son passager se retrouvait au sol, le cou brisé, en moins de deux secondes.
Pensif, il soupesa encore le manche dans ses mains. Une autre chose le dérangeait et il voulait en avoir le cœur net. Il lui semblait avoir dénoté un manque d'équilibre flagrant entre le manche, l'assise et l'arrière, chose impensable pour tout balai de course de cette classe.
Sans chercher plus loin, oubliant qu'il était dans un appartement et non pas sur un terrain de Quidditch, il sauta à cheval sur le manche et s'élança vers la porte ouverte sur le salon. Il s'envola sans mal et plana plus ou moins bien, jusqu'à ce qu'il chute d'un seul coup, comme si plus rien de le soutenait. Il se frappa le front sur le rebord de la table et partit les quatre fers en l'air vers la bibliothèque encore intacte.
Le balai, quant à lui, voltigea vers le plafond et alla se coincer dans le rayonnage au plus haut des étagères, délogeant un vieux livre solitaire de son rangement.
Sigfrid arrêta sa chute le nez contre les premiers volumes mais sans avoir fait le moindre mal au meuble face à lui. Reprenant progressivement son souffle, il leva le nez vers le balai mais en échange reçut un tas de papier sur la tête.
Derrière l'allemand, le fléreur l'observait tranquillement, un éclair moqueur dans le fond de ses prunelles. Puis il fronça le museau à l'odeur acre qui se répandit dans l'air et, prenant conscience de ce que cela signifiait, partit se cacher sous un tas de coussins dans le salon, déchirant les oreilles sensibles du sorcier avec ses miaulements rauques.
L'étudiant se releva lentement, se sentant nauséeux à l'odeur désagréable qui maintenant emplissait ses poumons. Il poussa le livre, n'y prêtant que peu d'attention. La couverture était bleu glacier, un peu métallique, avec inscrit un titre presque effacé en lettres d'argent. En fait, rien d'exceptionnel, un ouvrage comme on en faisait beaucoup, voire même un recueil comme on en croisait dans les chambres des jeunes filles, une allure de journal intime.
Mais le parfum nauséabond qui s'épandait dans l'appartement détourna son attention. Il cherchait sa source quand il remarqua la présence d'une tierce personne, le regard perçant posé sur lui.
Nonchalamment adossé au mur opposé, un homme fumait une de ces horreurs malodorantes qu'affectionnaient les moldus et qu'ils appelaient cigarettes. Enfin, il lui semblait, il n'était pas non plus un connaisseur. Recrachant une fumée bleutée, l'individu avait le visage baissé vers le parquet, ses yeux, cachés par un chapeau, paraissaient fixés sur le tome ouvert au sol.
Jäger, dérangé par la pestilence du cône que fumait l'inconnu, n'arrivait plus à ouvrir la bouche pour parler. Il se demandait bien comment l'intrus était entré, puisqu'il avait soigneusement verrouillé l'appartement, mais aussi s'il ne rêvait pas, si l'exhalation fétide qui planait autour de lui pouvait émaner d'une si petite chose. Alors qu'il se sentait sur le point de s'évanouir, le jeune allemand vit l'homme relever la tête, écarter le cône de papier au bout incandescent de ses lèvres et fixer des yeux bleu glacier sur lui. Un regard exactement de la même couleur que la couverture du volume qui lui avait heurté le nez en tombant.
Cet être sorti de nulle part était vêtu à la façon d'une de ces rock stars qu'il avait pu voir sur les vitrines des boutiques de disquaires dans les rues du Caire. Accrochée à sa veste de cuir noire, une paire de lunettes sombres reflétait la lumière, attirant son attention sur le fait qu'en plein mois d'avril il fallait être fou en Egypte pour porter un tel vêtement. Ou bien s'appeler Mohen…
Pourtant, cet homme ne pouvait pas être Mohen, il n'avait d'ailleurs aucune ressemblance physique avec le professeur anglais, à part peut-être ses longs cheveux noirs, noués négligemment dans son dos avec un ruban.
Pour le reste, son visage juvénile semblait posséder une grâce intemporelle, ses yeux se rivaient à vos pensées aussi sûrement qu'une potion brûlée aux parois d'un chaudron et son sourire charmeur se fichait au fond de votre âme comme un couteau à la lame bien aiguisée dans un tableau en liège. Le plus dérangeant pour Sigfrid était la sensation de connaître cet homme sans jamais l'avoir croisé auparavant et d'entendre sa voix alors que la bouche au pli ironique restait fermée.
Dans son crâne résonnait une voix à l'accent nordique lui répétant, comme une litanie, qu'il avait été choisi. Derrière lui, un grincement de gonds mal huilés et un frottement sec se firent entendre, détournant l'attention du mystérieux homme muet. Sigfrid crut alors, l'espace d'un instant, voir le bleu de ses yeux prendre une autre teinte. Mais le temps qu'il enregistre l'information, le regard avait repris sa nuance glacière et était revenu se ficher dans ceux couleur cyan du jeune étudiant. Les lèvres de l'individu bougèrent à peine, juste pour murmurer une phrase.
-« Dites à Mohen qu'elle soutient un traître, qu'elle se méfie de son entourage, un pourri peut en cach… »
Malheureusement pour la curiosité du germanique, avant qu'il n'eut fini l'homme disparut comme un mirage, comme un nuage de fumée qu'une brise soudaine aurait dissipé. Dans son dos, Sigfrid n'avait ni vu ni entendu une fine silhouette approcher et refermer le livre renversé du bout d'une canne.
C'est en se retournant, à la recherche de l'étrange créature qui lui parlait peu de temps avant, qu'il croisa le regard désabusé de son professeur préféré.
-« Oh, bonjourr Miss Mohen. Je ne m'attendais pas à fous crroiser ici, fous fenez de rrentrer ? » Lança immédiatement l'étudiant, comme un enfant pris en faute par un adulte, essayant de noyer le poisson pour que sa bêtise passe inaperçue.
-« Non, je ne suis pas sortie de la matinée. » Répondit sèchement l'archéomage tout en inspectant les lieux d'un œil blasé, ses deux mains réunies sur le pommeau argenté d'une longue badine de bois sombre. « Cependant, je vois qu'il me suffit d'avoir le dos tourné guère plus d'une heure pour que vous mettiez sans dessus-dessous le reste de ma bibliothèque. Vous n'aviez pas un entretien ce matin ? »
-« Désolé prrofesseurr. Je cherrchais juste un lifrre. » Répondit-il, l'air penaud.
-« J'ai plutôt l'impression qu'un livre vous a trouvé. »
Calista se pencha et ramassa le tome fermé, époussetant sa couverture et observant l'inscription argentée. La lumière aidant, Sigfrid cru deviner le titre, comme si celui-ci s'incrustait dans son crâne : « STRIGX ».
-« Vous n'aimez plus répondre à mes questions au fait… » Demanda Mohen, relevant ses yeux d'or sombre sur son élève fauteur de troubles.
-« Je ne suis pas allé à l'entrretien. Pas encorre. Une petite chose me trrottait dans le crrâne que j'afais pesoin de férrifier… » Expliqua le jeune homme, l'esprit encore ailleurs et le regard parcourant la pièce à la recherche du fascinant personnage disparu.
-« Comme essayer mon balai de course ? » Elle leva les yeux vers le haut de la bibliothèque et d'un accio fit descendre l'objet qui y était encore perché. « Massacrer le reste de mon bureau ? » A ses mots elle parcourut encore la pièce de son regard lumineux. « Fumer de la Gandja ? » Finit-elle, le ton ironique.
-« Parrdon ? Je n'ai rrien fumé ! » Protesta Sigfrid véhément.
-« Je sais bien. C'est encore ce bon à rien. Finalement, je vais finir par croire la Bible, une catastrophe en attire toujours une autre. »
-« Quelle catastrrophe ? » S'étonna le jeune homme, reprenant progressivement la maîtrise de ses sens.
-« Vous Jäger… vous devez être la première plaie d'Egypte, dans sa version moderne. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, vous en attirez un second. » Dit-elle en agitant le volume qu'elle tenait encore à la main. « Mon conseil personnel, pour votre propre sécurité, n'ouvrez jamais ce livre Jäger. Et si vous avez besoin de lecture… » Elle se saisit d'un tome dans sa bibliothèque et le lui remit entre les mains. « Lisez ça ! Certainement le roman le plus vendu au monde. »
Le jeune homme observa la couverture râpée de l'énorme ouvrage avec suspicion. Puis il vit deux mots anglais en lettres dorées, presque effacées par le temps et les lectures, « Holy Bible ».
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Avançant dans le vieux Caire, ses ruelles sinueuses tournant autour de la Citadelle, peuplées, parfumées et poussiéreuses mais non moins attrayantes, Enzo Scapolare flânait en rentrant calmement chez lui.
Il s'arrêtait ici et là pour observer les chalands faire leur marché, bavarder avec animation au coin d'une venelle, à la sortie d'une madrasa, à l'ombre de la colonnade d'une des nombreuses mosquées, ou insulter copieusement l'âne qui venait de leur écraser le pied. La vie, dans cette ville chaude et surpeuplée, se déroulait en grande partie dans la rue, là où l'air était parfois plus frais que dans les maisons empilées les unes sur les autres dans un désordre tout égyptien digne du bazar de Khan El Khalili. C'était un mode de vie qui lui convenait, lui rappelant l'Italie populaire où il aimait aller traîner, après avoir fait faux bond aux hommes de son père. Ici ou là-bas, les habitants des quartiers ouvriers se retrouvaient dans les rues pour jouer aux cartes des heures durant aux périodes les plus chaudes du jour ou de la nuit. Ici ou là-bas, on avait aussi le sang chaud et le ton s'enflammait rapidement, sans pour autant oublier qu'on était frère, ami ou cousin quand finalement venait l'heure de manger ou de s'amuser.
Au Caire, à Rome ou dans sa ville natale de Messine, Lorenzo se sentait toujours chez lui. Rien dans la capitale égyptienne ne pouvait vraiment le dépayser, si ce n'était l'absence de la mer qui l'avait vu naître. Ici, il se sentait comme un crocodile dans le Nil, comme un professeur de potion dans son chaudron, comme un sorcier dans sa magie.
En clair, tout aurait été pour le mieux dans le plus parfait des mondes magiques s'il n'avait existé deux aimants à emmerdes situés non loin de lui. Le premier, il le traînait comme un boulet depuis Beaux Bâtons. Il avait nommé le roi des idioties et boulettes en tout genre : Sigfrid Jäger. Le second était en fait une seconde. Il n'avait pas fallu longtemps à Scapolare pour s'apercevoir que Calista Mohen avait un gros point commun avec son ami d'enfance allemand. Soit, elle n'avait pas ce don avancé et savamment cultivé pour vous mettre l'ambiance, ou encore mieux la plomber, mais les emmerdes la suivaient à la trace comme un pétard à tête chercheuse du docteur Flibuste.
A peine avait-il mis un œil sur son nouveau professeur d'archéomagie médiévale que le sicilien avait flairé là un étrange spécimen. Alors, en secret, évitant que Sigfrid le surprenne et ne disant rien à Aimery qui appréciait déjà trop la dernière recrue d'Ibn Snaï, Enzo avait commencé une petite investigation. Les relations de son père, et de sa famille en général, lui avait servi. Il avait demandé ainsi quelques renseignements à différents services du ministère italien de la magie. Il avait fallu attendre patiemment, mais les informations voulues étaient finalement arrivées, ce matin, et n'avaient rien apportées de très intéressant. Comme le lui avait fait remarqué Aimery, le dossier, trouvé par son cousin auror, ne comportait rien ou presque. Il pouvait dire une chose : tout ça … pour ça !
Et ce hasard bien orchestré, comme tomber sur un dossier vierge, lui semblait douteux. Mohen l'avait dit un jour : personne n'est tout blanc ou tout noir, alors Enzo était justement du genre à appliquer cette citation à son mystérieux professeur, histoire de savoir si elle était plutôt anthracite ou gris perle. De ce qu'il savait d'elle, très peu en fait, le conduisait uniquement à des suppositions, quelques hypothèses sans confirmations. En gros, de quoi légèrement énerver le plus calme des sorciers.
S'il avait été aussi emporté que son ami germanique, il en aurait bien démoli la moitié de sa chambre, mais non. Un Scapolare, même déçu, même dépité, ne faisait pas ça. En toute circonstance il gardait la tête froide, se maîtrisait. Bon, Enzo reconnaissait qu'il avait parfois ses crises, surtout si l'on touchait à un cheveu de ses proches, qu'il avait de temps à autre le sang chaud, il n'était pas sicilien pour rien. Mais il n'était pas aussi tête brûlée que Jäger ni aussi flegmatique que Mortemer.
Et à ce sujet, en plus de cinq ans d'amitié, le jeune homme n'avait vu son ami français se défaire de sa froideur apparente qu'en une seule occasion : la mort de sa jeune sœur. La haine et la violence dont il avait fait preuve alors, pendant les quelques crises dont ses camarades avaient été témoins, leur avait démontré toute la puissance magique que renfermait le corps mince et délié de Mortemer. Même Sigfrid avait alors arrêté d'asticoter sa tête de turc préférée puis, aussi étonnant que ce fut pour les autres, Jäger et Mortemer étaient devenus amis. Scapolare n'avait fait que suivre l'allemand et son attrait personnel pour la forte personnalité du français.
De ce jour, ils ne s'étaient plus séparés, vivant, étudiant, respirant ensemble. Ils avaient préparé tous les trois leurs études supérieures en Egypte, s'organisant comme trois fuyards. Ils s'étaient alors trouvés quelques points communs, tous les trois étaient fils de grandes familles, tous les trois voulaient échapper au destin apprêté pour eux : mangemort, politicien ou industriel, tous les trois avaient la fibre aventureuse...
Et en ouvrant la porte de son appartement désert, Enzo pensa que l'Egypte s'était présentée comme un paradis, un paradis de trésors, de tombes inviolées, de connaissances magiques inexplorées et à découvrir. Pourvu seulement qu'une de ces tombes ne devienne pas la leur, c'est tout ce qu'il demandait.
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La Bible qu'il tournait et retournait entre les mains lui rappela l'ouvrage dangereux ramassé par Mohen, fixant les doigts nus de la jeune femme l'enserrant. Elle ne portait pas de gants pour une fois, pensa-t-il étonné, mais une question plus urgente lui démangeait les lèvres.
-« Que contient frraiment celui-ci ? D'où fenait cette odeurr ? » Demanda-t-il, le nez encore plissé de l'odeur entêtante qui se dissipait.
-« Ce livre… est une chose dangereuse. Je n'aurais pas dû l'emmener avec moi. La créature que vous avez rencontré en est le créateur. C'est une sorte de moyen de communication entre nous. Mais cette créature peut être funeste pour un sorcier. »
-« Funeste ? De quelle sorrte ? »
-« Cette créature est une strige. » Dit-elle en tournant la couverture bleu pâle vers lui. « Savez-vous ce qu'est une strige ? »
-« Oui, les Jäger ont pendant longtemps chassé ces êtrres maléfiques. Ce sont des fampirres en d'autrres mots. »
-« Exact. Mais des vampires qui ne se nourrissent pas uniquement de sang. Celui-ci est… peu ordinaire… »
-« Peu orrdinairre comment ? Parce qu'il sort le jour ? »
-« Oui et non. Il est devenu un devin très populaire. Pas un charlatan, un véritable augure, possédant le don de double vue et de double parole… » Exposa Calista, finissant sa phrase avec une pointe de moquerie.
-« Douple parrole ? » Releva Jäger, amusé par le jeu de mot.
-« Oui, il affectionne l'art de parler sibyllin. Il aime embrouiller, perturber et arriver à ses fins de manières tortueuses. » Expliqua-t-elle, ses mains faisant de grands gestes théâtraux.
-« Oh, un peu comme fous alorrs ! » Se moqua Sigfrid, un sourire charmeur aux lèvres.
Le temps d'un instant Mohen cligna des yeux, le sourire taquin, les yeux bleus rieurs et l'éclat d'or des cheveux du jeune allemand lui avaient rappelé une personne définitivement disparue. L'or de ses cheveux étaient peut-être un tantinet plus chaud, le son de sa voix moins grave et rocailleuse, mais il y avait un trait de ressemblance. Un petit quelque chose qui l'espace d'un dixième de seconde, lui avait fait apparaître la vision d'un autre homme, un homme au cœur aussi pur et joyeux que celui de Jäger. La grosse différence était que ce dernier était vivant, alors que l'autre…
En secouant ses cheveux nattés, elle chassa le souvenir douloureux de Fabian Prewett. Il fallait croire que jusqu'au bout Jäger lui rappellerait des personnes chères et à la pensée cuisante.
C'est un regard d'oiseau blessé que l'allemand reçut en retour de sa plaisanterie. Etonné, touché plus qu'il n'aurait voulu, il avança vers la jeune femme et resserra ses bras autour de ses épaules en un geste réconfortant. Qui aurait pensé, qu'en venant ici pour trouver des preuves accablantes sur le passé trouble de cette anglaise, il se retrouverait dans la position d'un ami consolateur ?
Calista resta sans bouger dans cette étreinte chaude, appréciant le contact plus qu'elle n'aurait voulu l'avouer. Elle en oublia qu'elle avait laissé une porte grande ouverte, une porte que ne connaissait pas Jäger. Et c'est alors qu'il vit ce qui dans son dos avait grincé. Le mur portant la bibliothèque encore intacte avait pivoté. Le meuble avait frotté au sol en tournant, laissant une trace blanche. Suivant la traînée, ses yeux découvrirent une pièce secrète, éclairée de bougies, d'où le professeur était sortie plus tôt, là où elle se trouvait pendant qu'il fouillait, sans gêne.
Honteux, Sigfrid rougit. Il venait, sans y penser, de mettre la main sur la tanière des secrets de la jeune femme mais il se sentait coupable. Vraiment, encore une fois, il n'avait fait qu'écouter sa stupidité congénitale. Mohen avait beau appeler ça de l'innocence ou de l'impétuosité, il avait en quelques minutes cassé un balai de course, attiré l'intérêt d'une strige et mis la main sur une salle cachée.
Cependant, chassant l'embarras, la curiosité refit surface. Elle se manifesta par une démangeaison de sa main gauche et une brûlure dans la poche gauche de sa robe. La lettre italienne se rappelait à son bon souvenir.
-« Dites moi prrofesseurr… qui était exactement Miss Mohen ? »
-« Pardon ? » S'étonna la jeune femme, faisant un bond loin des bras du jeune allemand comme s'il l'avait agressée.
-« Oui, j'ai apprris, de sourrce sûrre que Calista Mohen, la frraie, est morrte il y a plus de huit ans. N'est-ce pas étonnant que fous porrtiez le même nom qu'elle… et que fous soyez en fie ? »
-« Morte ? Ah, je vous assure que je suis bien en vie, frileuse certainement mais bien vivante. » Dit-elle en se frottant les mains, sentant ses phalanges glacées. « Quelles sources avez vous trouvé ? Je serais bien curieuse de savoir d'où vous tenez cette information. » Réussit-elle à dire en souriant.
-« Ceci ! » Répondit-il en lui tendant le parchemin qui accompagnait la lettre de Rome.
Calista saisit le feuillet et le parcourut rapidement. Au fur et à mesure, un sourire moqueur ourla sa fine bouche. Les yeux bleus de Sigfrid s'y fixèrent comme aimantés. Le jeune étudiant ne put se retenir de trouver son professeur des plus charmantes quand elle souriait. Cette moue adorable jouait comme un charme et le fascinait. Comment pouvait-on avoir un visage aussi quelconque et la minute suivante posséder la beauté d'une déesse ? C'était de la magie noire !
La voix chaude et basse de l'anglaise le ramena sur terre.
-« Ceci est un leurre. Vous ne trouvez pas douteux que ce dossier remonte après la mort de la personne ? Cette jeune fille est morte en décembre 1973. Et la création du dossier est de janvier 1974. Moi je trouve ça étrange. Non ? Vous faîtes vos révisions avant les examens ou après ? »
-« Afant. Mais je ne fois pas le rrapporrt, elle est morrte, on crrée un dossier sur son décès aprrès. Ou alorrs fous faites un dossier afant, parrce que fous faites appel à fotrre ami le strrige defin ? » Riposta Sigfrid.
-« Non, ce dossier ne concerne pas son assassinat. Il s'agit d'un suivi sur une suspecte. Les lettres en haut de la feuille l'indiquent. C'est ainsi qu'on classe les dossiers aux archives du ministère à Londres. Les témoignages, les plaintes, les criminels, etc. OW désigne donc un témoin important. Il est tout de même bizarre de créer un dossier sur ce témoin après sa mort, vous ne trouvez pas ? De plus on ignore l'identité de ses parents, sa date de naissance exacte et une foule d'autres informations secondaires qu'un cadavre doit avoir pu fournir. Ce dossier est un faux. Désolée de vous décevoir Sigfrid, je suis bien celle que je suis, pas un imposteur. Comment avez-vous eu ce parchemin ? Normalement il ne devrait pas avoir pu sortir du ministère… A moins qu'un ministère étranger en ait fait la demande… peut-être monsieur Scapolare ? »
-« Fous arrrife-t-il de ne pas tout definer afant qu'on ait rrépondu ? »
-« Oui, je vous rassure. Mais je viens de recevoir justement une lettre de Londres, un ami m'a conjuré à la prudence et prévenue de la sortie d'un fichier pouvant entraîner quelques ennuis. Mais comme le fichier en question a été demandé par Rome et non pas par Paris ou Helsinki, j'ai pensé à notre fils de rond de cuir. Je suis tout de même rassurée de l'avoir trouvé si vite. Encore désolée, mon vrai dossier n'est pas accessible, même au ministre italien de la magie. Si vous voulez savoir quelque chose, je vous conseille de me poser vos questions en face. »
-« Dans ce cas pourrquoi ce parrchemin pourrrait entrraîner quelques ennuis ? »
-« Parce qu'il insufflerait le doute à une personne non familière des codes du ministère, et en particulier du bureau des aurors. Vous ne les avez pas encore rencontrés, mais les deux hommes que vous deviez voir ce matin se trouvent être le genre d'individus vers lesquels je ne voudrais pour rien au monde voir partir ce dossier. » Expliqua-t-elle tout en rentrant dans la pièce secrète.
Sigfrid la suivit. La chambre cachée était petite et chaleureuse comme le reste de l'appartement, bien que poussiéreuse. Une longue table de bois sombre la divisait en deux et le jeune homme nota une missive, courte, griffonnée d'une main énergique, posée dessus. Calista posa le parchemin et la lettre dans un grand plat de laiton et, sa baguette sombre pointée dessus, y mit le feu. L'étudiant regarda les flammes dévorer les feuillets de vélin et métamorphoser le blanc en noir. Dans les entrelacs dorés du feu, il crut revoir la strige aux yeux de glace. D'un battement de paupière il chassa sa vision, le visage de l'astrologue disparut et les flammes moururent doucement ne laissant que des cendres.
Conjointement, comme doué de raison, le fâcheux ouvrage du devin glissa des mains de l'anglaise pour s'étaler au sol. Mohen immédiatement eut le même réflexe que plus tôt et du bout d'une canne referma le livre avant que son créateur ne puisse s'échapper de nouveau. Mais quand le tome se referma, une enveloppe glissa et tomba. La jeune femme ramassa les deux, observa le pli et le remit au jeune allemand.
-« Tenez ! Tuomas vous fait une fleur. Avec ceci, allez voir messieurs Avery et Zabini. Je pense que cette fois vous ne vous perdrez pas en chemin. » Dit-elle, un sourire taquin montant jusqu'à ses yeux. « Souvenez vous, vous ne me connaissez pas, la personne qui vous recommande est un de vos précédents employeurs. Le premier nom qui vous conviendra s'inscrira dans la signature de la lettre de recommandation et sonnera comme familier aux oreilles de votre auditoire.
-« A fos orrdrres. » Répondit-il, son accent germanique résonant encore dans la bibliothèque alors qu'il courait déjà vers la porte.
Calista le regarda sortir, vaguement amusée de ses gamineries, ses souvenirs l'assaillant encore une fois. C'est un battement d'ailes dans l'appartement qui la sortit de ses pensées. Refermant le passage camouflé derrière la bibliothèque, elle rangea d'un coup de baguette le désordre laissé par son élève le plus énergique et sortit.
Dans la cuisine, posé sagement sur le dossier d'une chaise, l'attendait un faucon qu'elle connaissait bien. Tout en caressant sa tête, Calista le libéra de son message.
Zabini avait-il besoin d'elle ?
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A Suivre...
Alors, Jäger vat-il onvaincre Avery? Zabini serait-il sur le point de trahir son associé et son employeur? La curiosité de Jäger est-elle satisfaite? Que va faire Mohen? vat-elle enfin finir sa traduction? Et pendant ce temps, mais que fait Nikita! Enzo vat-il glander tout le reste de la journée dans son appartement du Caire?
La suite au prochain chapitre!
Chuuuuuuuuuuuuuuuu!
