Bonjour tout le monde!
Alors voici, assez rapidement après le chapitre 13, vous remarquerez , le Chapitre 14...
Pour cette fois, exceptionnellement, Nelson étant en vacances, mon béta est devenue une béta... Circé! Merci ma grande! T'es une super maîtresse et je suis sûre que ta première rentrée va bien se passer!
Merci à mon unique revieweuse du chapitre 13 aussi... hein... heumm... chuuuuu! Et spécialement pour toi qui aime Nightwhish, je te conseille de lancer la chanson "Nemo" en lisant ce chapitre! Bisous ma puce de Toulouse! (chanceuse... qui a des figues dans son jardin. Au fait, tu sais que les figues sont les fruits défendus de la Bible!)
Donc, sans plus attendre je vous laisse lire la suite de Comme deux singes en Hiver... d'ailleurs intitulée: Comme un singe en hiver. Tiens donc...
O
oOo
O
XIV . Comme un singe en hiver…
O
oOo
O
"This is me for forever, One of the lost ones, The one without a name, Without an honest heart as compass", Nightwish, "Nemo", album "Once", 2005.
O
oOo
O
Etendant ses ailes dans le vide, un oiseau se propulsa loin des immeubles de Mar Girgis. Dans la lumière vive de la mi-journée, un rapace nocturne prit son envol, ses ailes blanches se mariant avec le bleu pur du ciel. En quelques battements, le Nil vint remplacer les rues, et fonçant comme une étoile filante d'or et d'ivoire, l'effraie piqua sur le fleuve.
Comme si le plaisir de sentir le vent tiède de midi caresser ses plumes la grisait, elle redressa son vol uniquement à quelques centimètres de la surface lisse de l'eau. Puis frôlant l'onde du bout de ses ailes dans les virages qu'elle prenait, elle suivit le lit du fleuve pour arriver à l'île de Gezira. Quand les jardins luxuriants de la pointe sud de l'îlot cairote se profilèrent devant ses yeux d'obsidienne, l'oiseau bifurqua vers l'Est.
Cette fois, sous ses ailes, faisant place à l'onde claire du Nil, défilèrent des mètres de bitume. Très vite, le rapace reprit de l'altitude et une multitude de couleurs, semblable à des tesselles de céramique sur une mosaïque, remplaça le gris. Ici un immeuble moderne, là un musée ; ici un vieux quartier, là une avenue tirée au cordeau par les anglais ; ici des voitures et là des passants… La ville grouillait de vie comme une fourmilière, une fourmilière géante aux tons gris-beige et quelques touches de vert profond le long de ses grandes artères.
Volant à quelques dizaines de mètres au dessus de l'avenue El-Tahir, l'animal passa au sud du musée national des antiquités et de sa multitude de touristes moldus qui s'y agglutinaient. Puis lorsque l'avenue tourna vers le Nord-Est, il quitta l'asphalte et continua plein Est. Quelques minutes après, l'effraie arriva enfin au dessus du centre vital de cette mégalopole.
Là, s'attroupaient des badauds par grappes, comme des mouches au autour d'un animal blessé. Elle avait tout simplement rejoint Khan El-Khalili. Touristes et locaux se mélangeaient dans un joyeux désordre tout égyptien. Ils se séparaient surtout entre les étals de denrées et de souvenirs. Les uns faisant leurs provisions pour la fête toute proche et les autres furetant ici et là en quête du cadeau original à faire en rentrant chez eux.
La chouette les ignora et fila toutes plumes dehors vers le nord du bazar. S'engouffrant sous une arcade, elle remonta l'allée des parfumeurs. Ici les effluves de jasmin et de rose se mêlaient aux senteurs plus capiteuses de santal et de patchouli, là celles plus fortes et moins captivantes du cuir fraîchement tanné ou du tissu récemment teinté envahissaient les narines. Mais l'oiseau continua sa route. Sur sa droite, l'éclat lumineux de plateaux de laiton attirèrent le rapace, qui, à peine arriva-t-il en vue des étalages, repartit dans l'autre sens, comprenant son erreur.
Certains clients montrèrent du doigt cette étrange présence, un oiseau nocturne en plein jour et en pleine ville, mais la foule revint très vite à ses emplettes.
Quand finalement les allées se firent plus vides, plus miteuses, l'oiseau descendit un peu et ralentit son vol. Il était proche de son but. Et dans un coin désert de tous visiteurs, aux vieilles boutiques fermées, crasseuses, abandonnées, il s'engagea. Ici, la vie semblait s'être arrêtée quelques décennies en arrière, plongée dans un profond sommeil comme dans un conte de Perrault. Tout au fond d'un de ces boyaux désaffectés, l'effraie se posa et, après quelques pas sur ses pattes d'oiseau, reprit forme humaine.
Tandis que la sorcière relevait la tête, au dessus d'elle grinçait sporadiquement une vieille enseigne de bois noir ornée d'une croix grossièrement gravée. S'assurant qu'il n'y avait personne autour d'elle, Calista Mohen siffla un son triste, à l'instar de l'oiseau nocturne qui était son animagus.
Il ne fallut pas bien longtemps pour qu'un autre sifflement se fasse entendre, lugubre et long, qui résonna dans la sinistre allée. Alors que Mohen reprenait plus joyeusement, la porte s'ouvrit lentement sur un bruit désagréable de gonds peu huilés et rarement utilisés.
Nullement intimidée, elle entra dans l'espace réduit, glauque et cafardeux qui s'ouvrait à elle. Face à la jeune femme un individu petit, le teint sombre, sec et osseux l'observait de ses yeux brillants d'intelligence. Elle salua poliment la créature, faisant fit de la taille réduite de son hôte et lui parlant d'entrée d'égale à égal.
-« Bonjour Ragnok, comment allez-vous depuis notre dernière entrevue ? Et quelles nouvelles d'Angleterre m'apportez vous ? » Lui demanda-t-elle, le ton décontracté comme s'il s'agissait d'un vieil ami.
-« Bah… on fait avec ! » Répondit laconiquement la créature, gardant un air bougon, comme s'il n'était pas heureux de sa visite. « Installez vous. » L'invita-t-il en montrant une table sommaire et deux sièges disposés autour.
-« Vous voulez peut-être une preuve de mon identité avant de dire ou faire quoi que ce soit. » L'avertit Calista. Mais devant l'air dubitatif du gobelin, elle ajouta : « Histoire d'être sur de ne pas vous êtes fait flouer… »
Tout en parlant Mohen avait retiré son gant et exposait le dos de sa main droite, marquée d'une croix très semblable à celle de l'enseigne.
-« Comment ? Mais aucun sorcier ne sera jamais assez intelligent pour escroquer un Gobelin ! Certainement pas un gobelin de chez Gringotts ! Oser sous-entendre cela est une insulte… » S'exclama-t-il violemment, tout en posant un œil rassuré sur la cicatrice de la jeune anglaise.
-« Je m'excuse de mon outrecuidance, cher ami. Mais je pensais à votre place… Il serait dommage qu'un mage noir puisse ne serait-ce qu'essayer de vous flouer. » Elle prononça ces mots lentement, la voix calme et basse pendant que ses yeux d'or plongeait dans le regard pétillant de sagacité de son interlocuteur.
Immédiatement, le gobelin s'immergea avec délice dans les deux chaudrons de métal en fusion, son expression changea, contredisant le ton de sa voix quelques minutes plus tôt. S'il y avait bien une sorcière qu'il appréciait un tant soit peu il s'agissait d'Argamane. Pourquoi ? L'unique réponse était l'éclat de ses yeux, semblables à une montagne de galions.
Puis, chassant son engouement naturel pour le métal précieux, le petit être reprit la parole, redressant le torse dans son siège pour essayer malgré lui d'impressionner la sorcière.
-« J'ai quelques messages pour vous. Il semble que certaines personnes se soient passées le mot… Depuis votre départ au moins quatre sorciers sont passés vous déposer une missive. Enfin, vous… nous nous comprenons, sous votre vraie identité… » Annonça-t-il en chuchotant la fin de la phrase, agitant son long cou maigre à droite et à gauche à la recherche d'éventuelles oreilles indiscrètes.
Mohen s'amusa de la froideur distante et même hautaine de son interlocuteur, ainsi que de sa méfiance caractéristique. Tendant une paume gantée, elle récupéra le paquet de lettres que la longue main sèche du gobelin lui remit.
-« Merci. » Dit-elle simplement, ses yeux d'ambre parcourant déjà les enveloppes.
Elle reconnue vite sur le dessus l'écriture fine et nerveuse d'une jeune connaissance datant des années les plus sombres de sa vie, l'encre verte d'un certain chieur d'Ecosse, ou encore celle plus saccadée et rude de sa vieille amie Augusta. Le style trop soigné de son ex-patron précédait la calligraphie délirante d'un certain Saint-Preux, inconnu au bataillon, et encore quelques unes qu'elle relégua à plus tard. Celle de Scrimgeour se retrouva comme par miracle tout en dessous du tas, et si par mégarde elle oubliait de l'ouvrir avant un an… ça resterait sans importance.
-« Votre chef se plaint, accessoirement, de votre manque de réponse. » Protesta le gobelin en la voyant traiter ainsi un courrier certainement plus important que les babillages d'un vieux professeur sénile.
-« Vraiment ? » S'étonna faussement Mohen en relevant les yeux sur Ragnok, un sourcil haussé et les lèvres pincées. « On se demande de quoi il a l'habitude… » Murmura-t-elle en revenant à ses lettres.
Mais la petite créature avait des oreilles aussi sensibles que pointues et entendit parfaitement le commentaire de l'anglaise.
-« Travailler pour Gringotts et Ibn Snaï ne vous relève pas totalement de vos devoirs envers vos supérieurs londoniens vous savez. » S'indigna-t-il. « Il ne me viendrait jamais à l'esprit de faire la même chose avec mes responsables. Ou alors mon cousin me renverrait immédiatement. Hors je tiens à ma place… »
-« Je sais Ragnok, je sais… Mais vous venez de mettre le doigt sur la grande différence entre les sorciers et les gobelins. Nous, sorciers, avons souvent un fort esprit individualiste, vous, gobelins, avez depuis des siècles le sens du devoir inter-communautaire. Vous ne vous éloignez plus les uns des autres car les sorciers vous méprisent, vous traitent comme des créatures uniquement douées à compter les pièces. Le jour où mes semblables ouvriront les yeux sur votre intelligence, souvent plus grande que la nôtre, ils risqueront tous de mourir d'un infarctus. Personnellement, j'ai laissé ma démission sur mon bureau il y a des mois de ça, je serai surprise que depuis ils ne l'aient pas trouvée. Je sais quel foutoir les aurors peuvent accumuler, mais tout de même. Enfin, accessoirement je suis prête à réécrire tout au propre et vous le remettre. Pourriez-vous déposer ma lettre entre les mains de monsieur le chef du bureau des aurors ? »
-« Je ne suis pas un hibou ! » S'indigna la sombre créature. « Même si je suis tout à fait d'accord avec vous sur la stupidité des sorciers… » Remarqua-t-il. « Certains mériteraient une petite révolte… »
Mohen sourit doucement dans l'ombre de l'échoppe désaffectée. Elle avait toujours su flatter l'ego surdimensionné des gobelins et jouer avec. Il n'y avait là rien de choquant, elle les utilisait toujours pour la bonne cause, se répétait-elle pour s'en persuader. Et puis elle n'aurait jamais pu les diriger contre leur volonté ou leur éthique morale de toute façon. Mais les gobelins étaient des créatures magiques bornées, têtues, pires qu'un régiment de Jäger, parfois emportées et certainement dangereuses si on sous-entendait qu'ils étaient stupides et obtus. L'or était à jamais, avec eux, le meilleur moyen de les discipliner, et leur laisser entrevoir une nouvelle source de revenus l'ultime technique pour les convaincre. Seulement, il fallait aussi tenir la promesse et ne pas les rouler dans la boue. Cette dernière clause était la plus dure à tenir pour certains sorciers… et quelques uns s'y étaient cassés les dents.
Avec la guerre, et surtout depuis la triste nuit de Nottingham, Calista avait du apprendre l'art de la diplomatie avec les Gobelins. Même si son travail n'avait pas porté ses fruits à l'époque, depuis la chute de celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom elle entretenait correctement ces relations qui un jour pourraient être utiles.
La conversation continua sur le ton sec et froid habituel qu'ils employaient, même si quelques fois une petite plaisanterie sortait de la bouche de Mohen ou de Ragnok, faisant rire aussi bien l'un que l'autre. Quand tous les sujets furent épuisés, l'individu à la peau sombre et aux membres graciles salua la jeune sorcière et rentra chez lui le plus discrètement qui soit.
Mais juste avant de sortir, comme se rappelant d'une chose, il pointa un doigts vers un meuble poussiéreux dans le fond de la pièce. Là, posé sur une étagère qui ne tenait que par la Grâce du Grand Merlin, l'anglaise vit un paquet plus volumineux que celui des lettres.
-« Un jeune homme est venu, peu de temps après votre départ, déposer ceci. Il n'a pas été ouvert, j'espère que ce n'est rien de dangereux. » Expliqua le gobelin, la main sur la poignée de la porte.
Calista se leva lentement et approcha du colis.
Qu'avait-on bien pu lui envoyer? Personne n'aurait tout de même osé lui expédier des œufs de Pâques ! La bonne blague pensa-t-elle, un brin cynique.
Pourtant, scrutant le paquet, il ne lui fallut que peu de temps pour reconnaître de quoi il s'agissait. A croire que le destin l'avait programmé, car il arrivait à point.
-« Non, ne vous inquiétez pas maître Ragnok, vous pouvez y aller maintenant. Je sais de quoi il s'agit. Juste quelques affaires supplémentaires que j'ai du oublier en partant. » Lui répondit l'archéomage.
Rassurée bien que soupçonneuse, la petite créature s'éclipsa silencieusement après avoir salué une nouvelle fois la jeune femme. Quand à l'anglaise, elle retourna à son siège et observa le plus profond silence, un regard vide posé sur le paquet.
Calista souleva un pan du tissu qui emballait le colis. Dessous, luisante comme un œuf de Faberger, une boite en métal argenté captura la rare lumière des lieux. Cette cassette elle l'a connaissait depuis des années.
Petite, elle avait souvent observé ce coffre d'argent ciselé sans pouvoir trouver son système d'ouverture, rêvant au trésor qu'il pouvait renfermer, aux bijoux magnifiques qu'il pouvait contenir. Elle avait même espéré qu'il abritait le nom de son père, qu'il aurait été un puissant sorcier, bien plus puissant que son grand-père. Et qu'avec ce nom en sa possession, elle aurait pu le retrouver. Mais voilà, le coffret ne s'était jamais ouvert, il n'avait jamais voulu lui révéler son secret et elle avait du apprendre à vivre avec la haine de son grand-père. Aujourd'hui qu'elle avait la combinaison, elle hésitait à en découvrir le vrai contenu.
Elle retira son dernier gant ainsi que l'anneau qui brillait toujours dessus, se saisit de ce dernier et l'appliqua contre une marque circulaire faite au dos, sous la charnière du couvercle. Sur l'autre face, l'empreinte d'un griffon attendait le sceau de Didymos. Instantanément, dès que la paire de bijoux eut été enfoncé, deux compartiments s'ouvrirent dans le coffret, l'un révélant un parchemin, l'autre dévoilant un entrelacs de liens qui n'avaient pas résisté au temps.
Puis sans hésitation, Calista se saisit du parchemin et fit sauter le cachet de cire, marqué du griffon de Didymos, qui le tenait clos. Une fois la missive dépliée, elle admira la fine écriture qui la couvrait.
L'encre sépia utilisée s'était tant délavée avec les années qu'elle en était presque illisible. Ou bien était-ce que la personne n'avait pas eu le temps de s'appliquer ? Pourtant, le trait était régulier, adroit même.
En se concentrant, Calista put lire les premières lignes.
Très cher Baghard,
Je suis désolée, car si aujourd'hui tu lis cette lettre et découvre ce qui l'accompagne, c'est que je ne suis plus des vôtres. Ces mots sont durs à écrire, alors que mon cœur bat encore, mais je ne me voile pas la face.
Je sais la promesse que je t'ai faite, celle de tout découvrir ensemble, de me battre jusqu'au bout, de t'assister. Malheureusement le destin me fait payer nos mots, gratuitement échangés.
J'ai confié à mon cousin le coffret qui contient tout ce que j'ai trouvé sur le trésor. Avec son aide tu trouveras ce que nous avons tant cherché, inlassablement. Je t'en pris, va, cherche pour moi, en ma mémoire. Et que mon esprit te protège et t'assiste sur les périlleux chemins construit par Lavia. N'hésite pas, libère La. Depuis tant de siècle qu'Elle est prisonnière, sauve La et permet lui enfin de redevenir ce qu'Elle fut.
Mais je doute qu'Alphard accepte de t'accompagner jusqu'au bout, il a toujours été plus scribe qu'aventurier. C'est pourquoi je ne lui ai rien dit. Le mal me ronge et à l'heure où j'écris ce message, je sais que mes heures sont comptées. Mais après moi, d'autres viendront, j'ai confiance Baghard…
Mon ami, un dernier serment. Je te prie de ne rien dire à Isaura, qu'elle ne sache jamais que pour avoir aimé j'ai du mourir. Que pour libérer Chiraz, j'ai du braver la malédiction d'Erik. Je ne veux pas qu'elle vive avec cette douleur. Elle n'est en rien responsable. Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait sciemment, volontairement pour nous, pour Elle et …
Pour celui qui viendra !
Adieu mon très cher ami, je vous attendrai sur la rive ouest…
Rébecca P.
Calista observa la lettre, muette, figée comme la femme de Loth, livide, le sang quittant peu à peu son visage. Il ne fallut pas plus de mots à la jeune anglaise pour comprendre ce que sa mère cherchait, ce qu'elle voulait et pourquoi elle était morte. Pour la première fois de sa vie, elle avait l'impression de revivre, de respirer, comme si un grand poids lui avait été retiré : elle n'avait pas tué sa mère. Il fallait voir les choses positivement, cela faisait un meurtre de moins sur sa conscience pourtant si chargée.
La rive ouest… L'expression amena un pli amer sur le visage de la jeune sorcière. C'était ainsi que les anciens égyptiens nommaient le monde des morts. L'ouest, là où le soleil se couche, était pour eux le lieu idéal où installer les tombes. Baghard, en professeur qui se respectait, aurait parfaitement compris l'allusion. Seulement, il n'avait pas eu la lettre.
Le soulagement premier, qu'elle avait perçu, fut de courte durée. Très vite, son esprit à l'affût, elle reprit la lettre. Et qui était Baghard pour sa mère ? Un ami ? Un amant ? Non, impossible. Rébecca n'aurait pas pris l'homme de sa meilleure amie, le futur mari d'Isaura. Calista essayait de se convaincre que les scrupules qu'elle ressentait, elle, auraient été les même pour sa génitrice.
Et d'ailleurs, pourquoi Isaura aurait-elle pu se croire responsable de la mort de Rébecca ? La lettre n'était pas compréhensible. Il était évident qu'on l'avait rédigée pour n'être intelligible que pour son destinataire.
Pourtant, par ce message Calista découvrait qu'Isaura, Baghard et Alphard étaient tous aussi liés que Rébecca à cette découverte. Une chose qu'Alphard, son parrain, avait omise dans ses récits et un détail qu'Isaura n'avait pas plus mentionné lors de leur rencontre, lui semblait-il. A moins que sa mémoire commença à lui faire défaut. Alors, pourquoi seule sa mère avait été touchée par la malédiction ?
Calista replia soigneusement le papier, le cœur soufflé, âpre. A l'heure de sa mort, Rébecca n'avait même pas daigné informer son très cher ami, comme elle l'écrivait elle-même, qu'elle était enceinte. Cet enfant, qu'elle portait, était-il le fruit d'une honte si grande qu'elle préférait l'ignorer ? Et si là était l'origine de sa malédiction ?
Frissonnante, Mohen releva lentement le regard vers ce qui l'entourait. Les lieux étaient sinistres, poussiéreux, miteux, rien de bien réconfortant. Elle était loin de son Angleterre natale, loin de l'Ecosse où elle aimait vivre. Elle était loin de son appartement au décor si chaleureux, loin de ses rares amis et connaissances, loin de personnes comme Aimery, de Chimrone ou même des pitreries de Jäger. Elle était à cent milles lieues de ce qui pouvait lui remonter le moral dans un moment pareil. En d'autres mots, elle était en exil, perdue comme un singe en hiver.
Pour échapper à la morosité ambiante, elle redescendit ses yeux dorés sur le coffre d'argent. Voilà comment une chose si anodine, qu'elle avait chéri pendant tant d'années, adoré, le seul héritage qu'elle pensait avoir reçu de sa mère, pouvait en quelques minutes briser ses derniers espoirs. Elle n'était pas l'enfant d'un amour secret, d'une terrible histoire à la Roméo et Juliette.
Non ! Elle était un monstre, celui que son grand-père avait si souvent houspillé, celui que son cousin germain ignorait en se battant avec son meilleur ami, celui que les élèves ridiculisaient dans les couloirs de Poudlard.
Il n'y avait plus de mystère, elle n'était ni une sorcière ni une magicienne, elle était un monstre, une créature non désirée, abandonnée, ignorée par la Nature et les siens. Cette fois, les larmes, qui si souvent mettaient du temps à venir, se pressèrent pour dévaler la pente de ses joies abruptes.
En quelques secondes, les images refoulées de son enfance resurgirent. Les rires d'un enfant joyeux devirent moqueurs, le sourire attendrit de son oncle devint cynique, tout ceux qu'elle avait chéri lui tournaient autour en la critiquant, l'insultant, la ridiculisant. Puis l'image d'un Lucius Malefoy adolescent l'interpella, l'injuria et le mot de « sang de bourbe », qu'il affectionnait tant jeter à la tête des autres enfants, fut lancé dans l'arène.
-« Naaannnn ! Assez ! Ferme là, Saaale rrraaat ! Vipère ! » Hurla-t-elle en réponse à ses hallucinations, la bouche déformée par les sanglots.
Alors Calista s'effondra aux pieds de son siège, fermant les yeux le plus fort qu'elle pouvait, sa tête ballottant d'un côté puis de l'autre. Vraiment, la mort aurait été si réconfortante pour elle à ce moment là.
Rouvrant subitement ses paupières, face à elle ,dans le décor sinistre constitués de vieilleries et autres bibelots encrassés, le miroir terni d'un vieux meuble lui renvoya son image déformée. Sous le voile blafard formé par la poussière et les toiles d'araignées, elle croisa son propre regard, lumineux et trompeur comme la lanterne d'un pitiponk.
Comment pouvait-on la trouver belle, elle, le monstre, avec un visage coupé à la serpe, un menton presque en galoche et un nez à la Phidias ? Elle était marquée sur son visage, comme sur son corps, tel du bétail. Elle arborait le regard du Diable, brûlant comme les flammes de l'Enfer, envoûtant comme le meilleur filtre de confusion. Il était encore heureux que tout le monde ne puisse décrypter ses stigmates, ils auraient vite su quels étaient ses crimes, ses erreurs.
Avec hargne, elle se détourna de son reflet et jeta la lettre de sa mère. Le papier voleta dans la vieille boutique abandonnée et tomba grand ouvert, sur le dos, traînant tel un détritus. Au verso, un schéma était dessiné au fusain, comme fait à la hâte. Séchant ses pleurs, Calista se baissa et ramassa avec précaution le dessin.
Le papier, taché par la saleté et les larmes, présentait un plan. Mais une salissure en plein milieu captiva le regard doré de l'archéomage. Une larme en tombant avant rendu le papier, fin et vieux, transparent et laissait voir le mot écrit de l'autre côté ! ardneiv iuq iulec ruoP .
Tout autour, le plan couvrait l'envers de la lettre et développait une problématique à laquelle Calista n'avait jamais su répondre. Il ne lui restait plus qu'à trouvé ce que ce plan représentait. Car si Baghard Rigborg aurait certainement compris, elle, bien qu'archéomage, ne connaissait pas un tel lieu.
Dès l'entrée, des marches accusaient un fort dénivelé, hors en Egypte de tels lieux n'étaient pas courants. Les pharaons construisaient des temples avec un dénivelé de plafond, rarement de sol, seules les tombes étaient excavées dans la roche de la rive ouest du Nil.
Mais il était évident que Lavia n'aurait pas caché son trésor à la vue de tous, sous les rayons du soleil.
Il devait donc être dissimulé dans un mastaba… Tout de même, il n'avait pas choisi une pyramide ? Mais l'idée d'Azulay Zabini refit son chemin dans le crâne de la jeune femme. Ça faisait un grand nombre de possibilités, même si on se concentrait dans la zone délimitée par les indices.
A la suite de l'ouverture, un long couloir menait à une série de sept petites pièces, telles des chapelles. Un lieu de culte ? Pourtant le plan ne correspondait à aucune église du sol égyptien, Mohen l'aurait juré. Alors qu'était ce lieu ? Si on excluait les marches, cela pouvait évoqué le temple de Dionysias. Un temple daté de l'époque romaine que devait très bien connaître Rigborg. Un temple au plan si semblable, un long couloir qui desservait quatorze petites salles.
Reprenant au vol l'espoir qui s'était échappé d'elle quelques instants plus tôt, Calista replia soigneusement le papier. Mais au moment de le fermer, elle le retourna pour lire la phrase que ses larmes avaient surlignée. Là en bas, juste au dessus de la signature de sa mère figurait une phrase qu'elle avait ignorée quelques minutes avant : Pour celui qui viendra !
Un sourire revint aux lèvres de la jeune anglaise. Visiblement, sa mère avait préféré taire sa maternité mais au dernier moment, comme si un doute sur le fait que Rigborg aurait vraiment ce coffret, elle avait cité l'enfant, l'air de rien. Sa mère ne l'avait peut-être pas désirée mais elle lui avait confié une mission : finir son travail et trouvé le trésor.
Retournant son regard d'ambre sur le coffret, le second compartiment exposait toujours ses reliques. Chassant ce que le temps avait dévasté, la sorcière en sortit deux médaillons marqués du sceau du griffon. Il n'en fallut pas plus à la jeune femme pour comprendre ce qu'elle avait là en ses doigts.
O
oOo
O
Dans les profondeurs de l'Université de Dionysias, pendant que certains épluchaient la bibliothèque, d'autres furetaient dans les dossiers du personnel.
La cassette de sa mère soigneusement rangée dans son bureau, la jeune archéomage anglaise avait témoigné le besoin de corriger quelques détails dans son dossier personnel. Il n'avait suffit que d'un regard savamment dosé pour que la vieille dragonne qui veillait sur les archives de l'établissement accepte de laisser Mohen accéder elle-même à ce qu'elle cherchait.
En fait de modification, Calista ignora totalement le secteur des « M » pour mettre son nez vers les « R ». Et ce fut entre un certain professeur d'Histoire de la Magie Verte nommé Rastrick et un paléontomage du nom de Ryan qu'elle trouva ce qu'elle cherchait. D'un coup de baguette, les parchemins lui révélèrent que le directeur de l'époque, Ibn Snaï ou un autre, aimait avoir le maximum d'informations sur ses collaborateurs.
Elle apprit donc que Baghard Rigborg avait la nationalité suédoise, qu'il s'était marié en dix neuf cent cinquante six, qu'il fumait la pipe, et avait disparu à presque quarante ans, en dix neuf cent soixante lors de fouilles sur le site de Qasr El-Sagha. Une note en fin de page, écrite d'une main de femme, indiquait que son corps n'avait jamais été retrouvé et que la raison exacte de sa disparition restait inconnue. Mais le plus étonnant fut l'indication : vice-directeur.
En plus de douze ans d'enseignement, ce sorcier infatigable avait fouillé un nombre incroyable de sites, principalement dans la région du Fayoum et du Delta du Nil. Or presque tous ces sites comptaient parmi les lieux où Lavia avait laissé des indices. Mais rien n'indiquait pourquoi à Dimeh le suédois n'avait pas dirigé les fouilles.
Continuant d'éplucher la paperasse, Calista trouva une liste alphabétique de ses différents assistants. En tête, elle pouvait lire le nom de son parrain, puis quelques autres étudiants, dont un nommé Potter, ce qui la fit sourire. Mais ne trouvant pas toutes les réponses qu'elle cherchait, elle s'apprêta à tout ranger quand, entre les parchemins, une photo glissa et tomba à ses pieds.
Elle observa sans bouger le cliché sur le sol. Dans la semi-pénombre de la salle d'archive, elle voyait à peine ce qu'il représentait. Un portrait peut-être.
Curieuse, elle se baissa lentement et ramassa le morceau de papier cartonné. Un homme y posait avec une allure des plus distinguées, elle aurait même dit qu'il avait l'air coincé ! Un peu comme certains sorciers anglais de sa connaissance, ceux qui mettaient leur sang pur toujours en avant. La photo avait beau être noire et blanche elle devinait ses cheveux blonds, très clairs, qui s'accordaient parfaitement avec le teint trop pâle de sa peau, lui donnant l'air d'un cadavre en costume. Quand aux yeux, ils semblaient aussi noirs que le fond d'un tunnel, rappelant à la jeune femme un garçon qu'elle avait bien connu, avec ce même regard sans expression, vide, froid, polaire.
Pour la forme du visage, il était sec, rude, pas un sourire, même cynique, ne déformait ses lèvres pleines. La seule touche de douceur dans ce faciès de guerrier viking était la bouche, charnue, presque féminine. Si cet homme avait apprit un jour à sourire, il était clair qu'il aurait pu avoir la moitié de la gente féminine à ses pieds. La pose était aussi rigide que le maintient du cou et donnait l'impression que sa robe de sorcier était amidonnée au point de lui servir d'appuis. La photo était coupée à la ceinture mais laissait voir deux mains blanches, parfaitement soignées, et certainement pas des mains d'archéomage grattant le sol, reposant sur le pommeau d'une canne en bois d'ébène.
Durant la prise, le scandinave était resté de marbre à l'exception de sa main gauche, agitée de soubresauts. ce tic nerveux prouvait que le cliché était d'origine sorcière. Mais comment un homme pouvait-il être archéomage, docteur en maléfices antiques, avec un tel problème ? Laissait-il les autres travailler à sa place à cause de cet handicap ?
Mohen retourna la photo et lu le nom calligraphié avec ambages : Baghard Alwin Rigborg-Prince. Prince ? Rigborg avait donc du sang anglais ?
-« Tiens, tiens… intéressant ! Comme qui dirait que quelqu'un a oublié de me parler de ce détail. » Murmura Calista, un sourire cynique barrant son visage acétique.
Elle rangea la photo dans la chemise de parchemins et revint à la première page. Là, en grosses lettres, le nom entier de Rigborg apparaissait. En plus d'être un monstre, pensa-t-elle avec un sourire mesquin, elle était visiblement un monstre aveugle.
Ayant trouvé tout ce que les archives de Dionysias pourraient lui donner, elle rangea tout proprement pour s'apprêter à sortir. Mais sa curiosité naturelle, saine ou malsaine, la prit d'aller fureter ailleurs. Alors elle revint en arrière et s'arrêta au dessus du trieur contenant les lettres L-M-N. D'un coup de baguette, elle demanda le dossier Mohen. Mais rien ne vint.
Essayant sous un autre nom en se dirigeant vers le trieur des premières lettres de l'alphabet, une chemise grise se dégagea du classeur. Mais en l'ouvrant, elle constata qu'elle était vide, ou presque… Aucune photo, aucun renseignement, uniquement un morceau de parchemin et quelques lettres dessus, formant une phrase très simple en anglais : « It's not fair to lie, miss... » (Ce n'est pas bien de mentir, mademoiselle…).
La jeune archéomage fronça les sourcils, serra les mâchoires et d'un coup de baguette brûla la feuille.
Elle comprenait parfaitement le message du fâcheux qui avait osé fureter sur son passé. Elle n'aimait pas qu'on puisse la cerner, encore moins qu'une nouvelle personne, dont elle ignorait le nom, sache le sien. Resserrant les doigts autour du bois clair de sa baguette magique, ses ongles entrèrent dans sa chair sous la pression, comme si la colère les avait fait poussés de quelques millimètres. Elle ne donnait pas cher de la peau de ce corniaud de fouineur une fois qu'elle l'aurait trouvé.
Finalement, d'un mouvement brusque de sa baguette, toute la salle d'archivage se rangea. Puis Mohen sortit en claquant la porte, faisant sursauter l'employée, aux allures de cerbère, qui dormait à son bureau.
O
oOo
O
Remontant activement les couloirs labyrinthiques de l'Université, Calista laissa libre expression à sa colère. Dans un tourbillon de robes sombres, elle grimpa quatre à quatre les marches jusqu'au troisième étage, où se trouvait son sanctuaire. Autour d'elle, les flambeaux éclairant les couloirs crachotaient à son approche, les portes claquaient subrepticement, et ses collègues se faisaient aussi petits que des souris. Il n'était pas courant qu'elle se laisse aller ainsi, mais dans ces cas là il ne valait mieux pas l'aborder. Question de survie.
C'est ce que comprirent parfaitement les étudiants qui croisèrent son chemin, frôlant les murs à son approche, s'enfonçant dans un cadre de porte pour l'éviter, ils la laissèrent filer tel un cognard vengeur vers ses quartiers.
-« Punaise, le corbeau semble encore moins joyeux que les autres jours ! » Murmura un jeune homme à son camarade une fois que l'anglaise les eut dépassés.
-« Tu m'étonnes. Je sens que ça va chauffer pour ceux qui vont avoir cours avec elle. » Ricana son ami.
Quelques couloirs plus loin, la porte d'un bureau claqua, confirmant les paroles des deux étudiants.
L'huis fut rapidement clos à coup de sorts, alors que la jeune femme fulminait toujours de rage. Autour d'elle, les rares objets qui reposaient sur le bureau ou les étagères commencèrent à danser une sarabande diabolique.
La vue de son paquet de courrier, trônant sur sa table de travail, la calma momentanément. Et si l'effronté qui lui avait joué un tour était un de ses correspondants ? Le pauvre, ça serait encore plus que de l'inconscience dans ce cas.
Mais peu importait, pour les heures à venir elle allait se plonger dans la lecture et oublier tout le reste, depuis le coffret de sa mère et jusqu'au nom de Rigborg.
Seulement, entre la lettre codée de son dernier informateur et celle sirupeuse à souhait du directeur de Poudlard, exactement comme ses bonbons au citron, elle avait du mal à se concentrer. La missive de sa chère Augusta ramena son esprit vers les côtes anglo-saxonnes, vers les rues grises et humides de Londres, vers ses amis au fond d'un couloir d'hôpital.
Penser à ses malheureux collègues fit remonter en elle l'amertume qu'elle avait ressentit plus tôt. Si seulement elle était arrivée plus tôt ce soir là, si cet imbécile de Scrimgeour n'avait trouvé encore une chose à lui dire pour la retenir, si… si… Avec des « si » on refaisait le monde disait l'adage, mais effectivement elle aurait aimé pouvoir changer quelques détails du passé. Juste quelques uns. Par exemple que les noms de Frank et Alice Londubat soient toujours inscrit sur leurs bureaux respectifs, qu'elle puisse encore les croiser, souriant, à la ruche.
Oui, mais voilà, une furie de serpentarde avait un soir pété les plombs encore plus que d'habitude. Elle aurait du être devant elle, devant eux. Car oui, la furie n'était pas seule. Et le plus dur était de se dire que cette créature malfaisante avait un lien avec elle… Non, vraiment elle ne le supportait pas !
Elle aurait du être là ! Elle aurait du les arrêter… à temps ! Mais elle n'avait pu que les enfermer à Azkaban. Pour l'éternité espérait-elle. Et pendant ce temps, son couple d'amis était enfermé à Sainte Mangouste. Frank et Alice avaient déjà trop souffert, leur esprit s'était retranché loin, très loin. Et derrière eux, ils laissaient un presque orphelin et une mère qui avait vu son fils surdoué fauché au printemps de sa vie.
D'autres auraient pris soin du gamin, mais Calista n'était pas une femme au maternel particulièrement développé. Alors, elle avait pris un bateau, puis un autre… La fuite en somme. Mais quelle fuite ! Pour se retrouver finalement encerclée de vieille connaissances, d'ennemis jurés. Le destin en avait-il après elle ?
Une larme solitaire s'écoula sur sa joue maigre et finit sa chute sur le parchemin olivâtre. Se sentant pitoyable, l'archéomage essuya rapidement le sillon humide, cligna des paupières pour contenir les larmes qui menaçaient de suivre, et revint à sa lecture. Augusta Londubat lui racontait les dernières péripéties de la vie anglaise, les rares progrès de son petit-fils qu'elle ne trouvait pas assez vif, l'avancée de la série de procès que Barty Croupton lançait à tour de bras et d'une maison qu'elle entretenait toujours parfaitement avec Paddy, l'elfe des Mohen, en prévision du retour de la jeune femme.
Pour la vieille dame il ne faisait aucun doute que l'amie de son fils chéri ne tarderait pas à rentrer. La pluie de questions dont elle inondait la jeune sorcière tournait autour du même sujet. Comment pouvait-on survivre dans un pays où la température moyenne par an dépassait celle maximale de la Grande-Bretagne ! Et ces sauvages d'égyptiens la nourrissaient-ils correctement ? Calista s'était-elle faite à leurs coutumes barbares ? Les élèves de l'université savaient-ils se tenir ? En gros, Madame Londubat s'inquiétait de tout et de rien et l'inondait de questions toutes plus farfelues que les autres pour l'ex-auror. Ceci amena un peu de baume au cœur de Mohen. Le passé était décidément une chose bien dangereuse à remuer.
Pensive, ses yeux revinrent sur le coffret d'argent ciselé, comme aimantés. Posé sur un coin du bureau, il la narguait de sa présence. Alors elle leva une main et la posa sur sa surface lisse et froide, comme une peau de reptile, froide comme la mort. Sous ses doigts gantés, elle percevait une sorte de mise en garde, tel un avertissement sur ce qui allait suivre. Mais entre fuir et sauter, Calista avait déjà choisi.
Et c'est en murmurant les noms des archéomages qui l'avaient précédée sur le sentier glissant du trésor des Lavia, qu'elle se rappela un détail. Un détail qu'elle n'aurait jamais du oublier.
Comment ce faisait-il que les objets trouvés par Rigborg et ses étudiants sur le site de Dimeh, un site gréco-romain, se soient retrouvés dans la réserve de la chaire d'archéomagie médiévale ? Mohen n'était pas encore complètement folle, elle connaissait un minimum la chronologie de l'Egypte ,et dans ce sens Dimeh n'avait rien d'un site médiéval.
Alors en se répétant les dates qu'elle connaissait, elle se leva et se dirigea vers la réserve attenante où le mobilier des fouilles était entreposé.
L'antique Soknopaiou-nesôs, fondée par les tous premiers Lagides, était autrefois une petite ville, sur la route des caravanes, posée là comme une fleur fragile au bord du lac Moëris. Une ville fantôme qui aujourd'hui se trouvait à plusieurs kilomètres de la rive. Soknopaiou-nesôs était aussi nommée en arabe : Dimeh du lion. C'était une ville aux impressionnantes murailles de briques de terre crue. Un fortin aux portes du désert qui avait survécu aux troubles politiques et climatiques jusque dans les années deux cents. Mais au troisième siècle, la cité du désert avait été délaissée, au profit certainement de lieux plus facile à vivre.
Depuis, la ville fantôme de Dimeh attirait les curieux, les aventuriers fascinés par ses hauts murs de briques qui se dressaient dans le désert, envahis de sable, témoins d'une vie passée presque à jamais engloutie.
Tout comme sa sœur Qasr el-Sagha située plus nord, ce village avait eu pour but de servir d'étape aux caravaniers et de défendre la route de commerce durement établie avec les peuples des oasis. Une route qui s'était perdue à la fin de l'Antiquité, mais une route qui aurait forcément du reprendre avec l'époque islamique.
Etait-ce cela que sa mère et ses amis avaient trouvé à Dimeh ? La preuve qu'une communauté sorcière avait vécue ici, bien après l'abandon officiel de la ville ? La preuve que Lavia avait vécu ici ?
Entrant dans la réserve, rangée par les bons soins de son assistant français, Calista se faufila entre les rayons étroits et couverts d'objets de toute sorte. Une forte odeur de renfermée et de poussière y régnait en maître insurmontable. Elle prit bien garde de ne toucher à rien, sachant ô combien certains vases ou statues sorciers pouvaient être dangereux. Le but de ces bibelots n'avaient pas toujours été déterminés et pouvait sans mal causer la perte d'un fouineur trop téméraire. Mais dans la majorité des cas, leur destination magique n'était pas pour les débutants.
A la vue d'un brûle encens, aux vertus redoutables qu'elle connaissait bien, lui rappela Jäger et son coup fumeux du matin. Il ne manquait plus qu'il pose un jour ses doigts sur cet objet maléfique… et la Terre serait libérée de sa curiosité maladive.
Un sourire diabolique se dessina un instant sur son visage, mais vite cette pensée digne d'une serpentarde la quitta. Elle devait s'être ramollie depuis la fin de la guerre, aujourd'hui elle n'oserait pas une telle action sournoise. Et puis il fallait aussi reconnaître que Sigfrid avait son charme. Par contre si elle le trouvait charmant parfois, il n'en restait pas moins un chieur, un élève, son élève… Et un point s'était tout, se persuada-t-elle mentalement.
Avançant dans la section où était classé le mobilier du site qui l'intéressait, le jeune professeur repensa à Rigborg pour chasser l'image du sourire envoûtant de son étudiant. Cependant, ce qui la sauva du chaos de ses pensées ne s'appelait pas Baghard.
Là, à quelques centimètres d'elle, sur une étagère de bois mal dégrossi, dormant depuis des années et certainement pas à sa place, un ballot de chiffons arborait ostensiblement quelques lettres hébraïques qu'elle connaissait trop bien.
LAVIA.
Qu'est-ce que ce nom, légèrement trop récurant ces derniers temps, faisait sur une momie ptolémaïque ? Et, qui plus est, dans une réserve médiévale ? Car oui, ce paquet de bandelettes mal découpées, grises, mal odorantes, était bien une momie. Il s'agissait d'une de ces petites momies animales qu'affectionnaient les égyptiens dans l'antiquité, une de ces choses qu'on trouvait par milliers sur certains sites ptolémaïques. A croire que momifier des chats et des crocodiles par centaines allaient sauver le peuple d'Egypte de la débandade politique de ses dirigeants.
Puis, repensant à la création de Soknopaiou-nesôs, un nom de roi Lagide vint chatouiller la langue de Calista. Un nom de bâtisseur légendaire dont on disait qu'il avait fondé la cité, ajoutant à sa longue liste de villes édifiées sous son règne. Un nom qui existait déjà sur un des indices de Lavia.
-« Ptolémée ? » Murmura-t-elle dans le lourd silence qui l'entourait.
Et oubliant la réserve qu'elle préconisait en entrant dans ce lieu, occultant momentanément qu'un objet magique inconnu et suspect pouvait être dangereux, la jeune archéomage posa sa main gauche sur la momie.
L'instant d'après, un tiraillement au niveau du nombril lui apprenait qu'elle venait peut-être de faire la plus grosse gourde de sa vie. Sa dernière pensée fut qu'elle retrouverait un jour, sans aucun doute, Sigfrid Jäger au paradis des imprudents.
O
oOo
O
Voila, chapitre 14 clos, bientôt le 15... et la fin qui approche, approche...
Accessoirement, pensez aux reviews, c'est une chose très importante pour un auteur, une chose qui si elle n'existait pas il faudrait l'inventer.
Je ne vais tout de même pas devoir en venir au chantage du style: Un Mortemer offert pour toute review envoyée! Nan... vous allez pas me forcer à ça tout de même?
