Bonjour!!!

Alors, pour ceux qui lisent toujours ici, voici la suite, le chapitre 15... déjà sorti depuis au moins 15 jours sur le forum de la Pensine!
Je m'excuse des fautes qui peuvent rester, du retard, mais n'ayant plus internet, dépendant du cyber café, bossant plus de 40h la semaine... je fais ce que je peux et tout au plus, vous aurez une correction digne de ce nom d'ici quelques mois quand j'aurai enfin une vraie connexion!!

Tout de suite, place à la lecture, je vous souhaite tout le plaisir... et surtout n'hésitez pas à poser des questions pour des détails mal compris! J'attend vos commentaires les plus constructifs possible aussi! chuuu!!!


XV . Lune rouge


"I feel the wind in my hair, and it's whispering, telling me things, of the storm that is gathering near full of power I'm spreading my wings, Now I'm leaving my worries behind Feel the freedom of body and mind I have started my journey, I'm drifting away with the wind I go I am Hunting High and Low, diving from the sky above looking for, more and more, once again I'm Hunting High and Low Sometimes I may win sometimes I'll lose It's just a game that I play", "Hunting High and Low", Stratovarius.

Penché sur un volume répertoriant les créatures magiques connues au temps des pharaons, Aimery Mortemer commençait à trouver le temps long. Son dos l'élançait douloureusement, ses doigts se crispaient à force de tourner les pages, sa peau lui semblait usée de caresser le papier et ses yeux fatigués de lire.

Face au français, l'étudiant anglais le moins téméraire de l'université faisait des mimiques des plus idiotes devant un miroir ou interrompait de temps à autre son camarade de lecture pour lui demander des conseils de beauté. Entre « comment changer la couleur de ma robe ? », « bleu myosotis au parme, quelle teinte me flatte au mieux ? » ou « ne devrais-je pas m'acheter des lunettes pour avoir l'air plus vieux et plus mystérieux ? », le porteur du sceau de Lavia resta stoïque et muet. Aimery essayait vainement de se concentrer et décida, après un millième soupir de lassitude, d'envoyer le jeune écervelé voir ailleurs s'il y était. Lockhart ne se fit pas prier et s'éclipsa vers la sortie avec la rapidité d'un vif d'or.

Et le voyant prendre la poudre d'escampette, Mortemer se rappela que lui aussi avait le droit d'aller voir ailleurs… Il se sentait si las qu'il ne voyait pas l'utilité de chercher plus. Il pensait aider Calista, mais voilà, son orgueil rangé au fond de ses chaussures, il allait bien falloir qu'il reconnaisse sa défaite.

Il avait bien noté quelques noms, cependant rien de très concluant. Rien qui ne pourrait effrayer des hommes comme cet Avery. Un type qu'il lui semblait avoir croisé une ou deux fois chez son cousin. Un type qui avait le sourire d'un charognard, l'intelligence d'un rat et l'esprit aussi tordu que celui d'un serpent. Rien que son regard puait la perfidie de sa nature. Il était presque étonné que cet homme soit ici, en Egypte, sans avoir besoin de traîner dans l'ombre de Lucius. Quel autre protecteur avait-il bien pu se trouver ?

Car il était clair qu'Avery junior n'avait pas l'intelligence de son père. Ou alors une intelligence se basant sur la mesquinerie, sur la cupidité et la méchanceté. En soit, certainement la pire intelligence qu'on puisse trouver.

Mais pour cette raison, à cause de la présence de cette crapule, il ne pouvait et ne voulait en aucun cas rester en arrière. Il ne désirait qu'une chose, aider ses amis et faire enfermer un assassin de plus à Azkaban. Alors Mohen pourrait insister de toutes les façons possibles, user de tous les moyens de pression qu'elle pourrait, rien ne le détournerait de ses pensées, de sa volonté de les accompagner.

Oui, coûte que coûte, il trouverait un moyen. Qu'à cela ne tienne, sa mère ne lui avait-elle pas toujours répété qu'un Malefoy ne se laissait jamais abattre, qu'il ne connaissait pas la défaite ? D'ailleurs la devise de sa famille maternelle allait dans ce sens : « hoc volo, sic jubeo, sit pro ratio voluntas », signifiant clairement que rien ni personne ne pouvait aller contre la volonté d'un Malefoy. Cette maxime purement pompeuse, typiquement malefoyenne, allant à merveille avec le caractère affecté de sa mère, il ne l'avait jamais faite sienne. Mais l'occasion se présentait enfin… Il allait montrer à son charmant cousin de quel bois il se chauffait et allait mettre à l'ombre, ad eternam, son camarade de jeu.

C'est tout à ses pensées fort peu joyeuses qu'il rangea son pupitre dans la bibliothèque, mit ses affaires dans son sac de cours avec une rapidité et une désinvolture peu coutumière et sortit rapidement.

Au détour des couloirs, il trouva l'ambiance bien silencieuse. Intrigué, il ne surveilla pas ses arrières et ne prit pas garde au fait qu'il était peut-être encore suivi. Ses pas se dirigèrent vers un certain bureau du troisième étage, une certaine porte qu'il trouva close. Hermétiquement close.

Il s'acharna sur la porte pendant quelques instants, appela Calista au cas où elle fût là, mais rien n'y fit. Puis prenant conscience qu'un sort maintenait l'huis scellé depuis l'intérieur, il utilisa une vieille méthode, peu recommandable. Mais Sigfrid n'était pas dans ses pattes, Enzo ne l'aurait pas blâmé, alors d'un sort, piqué autrefois aux lectures contestables de sa famille, habilement utilisé, le vantail sauta sur ses gonds et lui livra enfin le passage.

Sous ses yeux d'acier, le bureau du professeur Mohen ressemblait à un champ de bataille, soufflé par le sortilège qu'il avait invoqué. Il ramassa consciencieusement toutes les lettres éparpillées aux quatre coins du bureau, évitant le lire ce qui y était inscrit, évitant d'être indiscret.

Cependant, une lettre attira son regard. C'était un parchemin des plus communs, de ceux que les étudiants utilisaient, ou peut-être les professeurs. Pas un parchemin pour la correspondance. Une écriture nerveuse et serrée, à l'encre violette, le couvrait de haut en bas, comme un rapport, ou une rédaction. Aimery eut beau chercher le sens de la première phrase, il n'y en avait aucun. En fait si, mais le sens était purement sans intérêt. On n'envoyait pas à l'autre bout du monde une rédaction sur les différentes utilisations possible d'ingrédients aussi banals que de la bave de crapaud.

Rougissant, honteux de lire les lettres d'une autre personne, de plus une personne qu'il respectait, Aimery reposa tout correctement sur la table de travail de son professeur. Simultanément il entendit un bruit de pot cassé venant de la réserve.

Oubliant la paperasserie, il se rua sur la porte de la remise du matériel archéomagique. Face à lui tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes de l'archéomagie. Pas une âme qui vive, plus un bruit, pas un souffle. Seulement un simple picotement dans la main le mit sur le qui-vive.

Sur sa chevalière, la lionne était en train de rugir silencieusement, telle un signal d'alarme prévenant d'un danger. Mais au plus profond de son cœur, il ne ressentait pas ce danger dirigé vers lui. Non, par contre il percevait un grand péril pour quelqu'un d'autre. Alors une voix rauque susurra tout près de lui : « Did… Didymos ! Lavia ! Lavia éveille toi ! »

A ce son, Aimery s'arrêta dans son élan, observa tout autour de lui, surpris, cherchant la source de cette voix à la fois étrangère et familière. Le ton lui avait semblé angoissé, inquiet et provoquait en son âme un malaise dont il ignorait l'origine. Mais il eut beau chercher, rien, personne, pas même un fantôme ne traînait autour de lui. La voix mystérieuse devait être le fruit de son imagination, comme cette sourde appréhension qui lui vrillait le ventre. Pour se détendre, il ramena son attention sur le lieu où il se trouvait.

Au premier regard, c'était le genre de pièce qui vous rappelait instantanément vos cours d'archéomagie de première année : « Ne jamais se fier à un objet dont on ne comprend pas le fonctionnement ». La salle regorgeait d'objets divers accumulés par des générations d'archéomages, plus ou moins classés par les soins du jeune français. Un amas de vieux parchemins, vulgairement protégés par de simples sorts de conservation, donnait à l'air ambiant une odeur forte de renfermé. Des rayons de lumière dorée perçaient ici et là dans la remise, au gré des vides sur les étagères, illuminant des milliers de particules de poussière en suspension.

Soudainement l'esprit de l'étudiant percuta qu'ici, rien n'était fait pour refléter une telle lueur. L'éclairage, venant de la porte du bureau, était trop ténu. Hors il voyait clairement des raies dorés émanant d'un coin reculé . Immédiatement il comprit qu'un objet magique potentiellement dangereux s'y trouvait, il allait donc sans dire que la prudence était de mise !

Approchant de son pas lent et maîtrisé, il trouva sans mal la rangée incriminée. Là, sur une planche de bois mal dégrossie reposait une quantité importante de tessons de poteries, classés, nettoyés, soigneusement répertoriés.

Au beau milieu, unique miraculé d'une famille décimée, un grand vase sombre, à la typologie inconnue de l'Egypte médiévale, trônait comme le Saint Graal sur un tas de détritus. La forme était tout sauf celle connue dans la région depuis Nagara jusqu'aux dernières croisades. Il présentait un fond largement évasé, une panse ventrue et peu élevée décorée d'anses prononcées. Le plus intriguant était ses oreilles, formées d'un couple de dragons enlacés, leurs pattes arrières profondément ancrées sur le ventre du pot, pendant que leurs pattes avant et leur gueule reposaient sur la lèvre.

Perspicace, sortant sa baguette faite d'un bois doré comme le sable d'Egypte, Aimery fit flotter le bassin en terre cuite d'un simple sort et le posa devant lui, à ses pieds, avec prudence. Là, dans le fond lumineux où pourtant depuis le temps aucun liquide ne pouvait encore dormir, une substance inconnue irradiait d'un éclat peu naturel. Sous ses yeux pâles, il vit se dessiner une étendue désertique au milieu de laquelle trônait majestueusement un champ de ruines, une ville fantôme depuis longtemps abandonnée.

Aux pieds de ces vestiges, une fine silhouette maigre et sombre se relevait lentement, un paquet de bandages reposait à ses pieds. Quand l'image, vue à travers ce qu'il supposa être une pensine, se fit plus nette, Aimery reconnu Calista Mohen. Elle ne boitait pas, son visage lui semblait plus jeune que le matin même mais il l'aurait reconnue entre mille. Il ne pouvait faire erreur. Ses vêtements étaient semblables à ce qu'elle portait toujours, peut-être un peu malmenés.

C'est alors qu'il réalisa ce qu'il voyait là. Ce n'était pas le passé, mais bien le présent ! Cet objet n'était pas un simple vase ou une pensine mais autre chose, une chose qu'il ignorait réellement exister, un objet légendaire et dangereux dont parlait les contes scandinaves. Cela serait-il un… un…un Syna ?

Si son intuition ne le trompait pas, il ne faisait aucun doute qu'il lui fallait immédiatement aller aider Mohen. La petite voix qu'il entendait depuis le matin avait raison, il était temps qu'il s'éveille…


Calista Mohen atterrit lourdement sur un sol sec mais glissant. Quelques instants plus tard, lâchant la momie ensorcelée qu'elle avait, comble de la stupidité pour une serdaigle, saisie dans la réserve, le ballot de vieux bandages roula devant elle, dévalant une pente raide. Le corps de la jeune femme le suivit de près et c'est un pan de mur sortant du sol qui arrêta leur chute avec rudesse.

Ouvrant ses yeux d'ambre, une lumière vive vint l'éblouir. En cherchant la source de sa nuisance oculaire, elle découvrit un soleil assez bas à l'ouest et, plissant les paupières, discerna la muraille contre laquelle son corps s'appuyait. La jeune femme se redressa alors, douloureusement, ses membres, son dos se rappelaient sournoisement à son souvenir.

Courant sur le paysage aride qui l'entourait, son regard d'or détailla tout. Où qu'elle posât ses pupilles safranées elle ne vit que des ruines, des pans de murs découpés telle une dentelle psychédélique. Et puis du sable, partout, autour, envahissant, il n'y avait que ça à perte de vue.

Le reste n'était que vent, chaleur, poussière et cette odeur envoûtante et écœurante à la fois de quartz surchauffé. Dans la moiteur de cette fin d'après-midi d'avril, le désert ressemblait déjà au grand chaudron bouillonnant dont parlaient les anciens égyptiens, la terre vengeresse qui vous reprenait la vie. L'archéomage prenait soudain conscience de cette atmosphère abrasive dont parlaient les récits qu'elle dévorait enfant, celle qui vous rabotait les poumons à chaque respiration.

Sa curiosité primaire assouvie, sa pensée suivante fut pour sa dernière erreur en date. « Quelle nouille » s'auto insulta-t-elle. Elle était vraiment la dernière des crétines sur cette planète pour s'être ainsi laissée guider par son instinct trop aventureux. C'est alors que dans son crâne, encore douloureux après l'atterrissage, elle entendit l'écho d'une voix issue de son passé, une voix qu'elle connaissait bien, la voix d'un mentor qui lui avait tout appris , ou presque : « Vigilance constante ! ».

Et bien, n'en déplaise à Alastor, elle venait d'enfreindre la règle première, de dépasser tous les espoirs en bêtises et idioties qu'elle plaçait habituellement en Jäger. Tout ça pour atterrir au milieu du désert. Voilà où sa curiosité maladive l'avait menée. Elle avait mis Jäger en garde mais avait été incapable de suivre son propre conseil. Quel professeur était-elle ? En tout cas, si elle avait encore eu des doutes sur ses liens de famille avec ses gryffondor de cousins, elle ne pouvait être que rassurée, elle était vraiment aussi stupide qu'eux. Et c'était peu dire…

Dans sa robe noire de sorcière, Calista Mohen commençait à sentir les effets de la fournaise. Le long de sa jambe grêle, quelque peu rassérénée par l'élixir pris le matin même, elle sentait des gouttes de sueurs dévaler lentement la pente jusqu'à ses bottes. Vraiment, il faudrait qu'elle repense sa garde robe s'il s'avérait que son séjour en Egypte se prolongeait. Mais à l'heure qu'il était, rien n'était moins sûr, car le désert Libyque serait peut-être sa tombe dans moins d'une heure.

Ses jambes bottées profondément enfoncées dans un sable aussi coulant que de l'eau, elle se tenait debout, au (x) pied(s) d'un immense mur de terre crue. Tout autour d'elle n'était que vestiges, ruines, souvenirs d'un passé lointain. Tout autour d'elle se retrouvait une ville morte, une cité abandonnée aux sables et fouillée par sa mère, Dimeh. Et là, sur le sol, gisait le responsable de son voyage jusqu'à la ville fantôme.

Une momie. Une momie pas vraiment commune. Une momie… portoloin. Car oui, il avait fallu que son don congénital pour les ennuis refasse surface au moment le plus inattendu. Et sa curiosité de gryffondor refoulée l'avait poussée à faire ce qu'en temps normal elle aurait hurlé à Jäger de ne pas faire… Ce contre quoi son cher Maugrey l'avait toujours mise en garde, ce que son ami et professeur Goosemore lui avait enseigné, ce que même son grand père, pourtant elle ne le plaçait pas comme modèle d'intelligence, n'aurait fait : toucher un objet magique inconnu. Et ce qu'elle allait refaire.

Après ce « mea culpa », l'archéomage se baissa sur le sable et ramassa l'objet maudit qui serait certainement responsable de sa fin. Alors qu'elle posait sa main droite sur l'objet, elle se concentra sur ce qui allait arriver. Et si le portoloin fonctionnait dans l'autre sens ?

Mais sans grand étonnement, rien ne se passa.


Dans l'enceinte de la succursale de Gringotts au Caire, au fond d'un bureau sombrement éclairé par la lumière du soleil couchant, un jeune homme blond souriait ostensiblement à ses deux futurs employeurs assis face à lui. Confortablement installé dans un large fauteuil, jambes croisées, ses longs doigts pianotant distraitement sur les accoudoirs, il attendait la réponse des deux hommes.

La lettre que lui avait remise Mohen était signée d'un certain Vamets, archéomage français fouillant principalement en mer du Nord, s'il avait bien compris. L'homme disait donc avoir fait appel plusieurs fois à Jäger pour sa conscience professionnelle, son savoir faire, sa dextérité et surtout ses connaissances en sortilèges de protection. Immédiatement Avery s'était montré impressionné que Monsieur Vamets vante ainsi ses mérites et l'avait donc bombardé de questions sur les fouilles qu'il avait déjà faites.

Malheureusement, le nom de l'archéomage français n'était pas vraiment connu du jeune allemand et il lui avait fallu inventer quelques sites. Merlin soit loué, sa grand-mère l'avait toujours abreuvé de légendes nordiques et scandinaves, il avait donc su quoi répondre. Dirk Avery n'avait montré aucun étonnement, puisqu'en fait, à chaque nom prononcé par l'étudiant, le même mot s'inscrivait sur le parchemin encore dans les mains du sorcier anglais.

Et après un court conciliabule entre les associés, Sigfrid Jäger se trouva propulsé comme chef de l'équipe de fouille et éclaireur. L'un des anglais lui tendit une feuille avec les noms de ses hommes. Là, à la troisième ligne, l'allemand lut sans étonnement le nom de Lorenzo Scapolare. Et c'est avec un inaltérable sourire sur les lèvres qu'il sortit du bureau des deux britanniques.

En sinuant dans les couloirs de Gringotts, poussé par sa curiosité de découvrir les lieux où Mohen venait travailler plusieurs fois par semaine, il croisa un homme, grand, jeune, le teint pâle comme un mort et des cheveux noirs comme la nuit. Le temps qu'il réalise qu'il connaissait ce visage, le temps que son cerveau analysât l'information, remontât dans ses souvenirs des dernières heures, qu'il se retourna pour vérifier…

L'homme n'était plus là. Secouant son crâne blond, il fit demi-tour pour suivre la direction prise par l'inconnu et repartit en exploration, pendant que dans sa tête il cherchait, cherchait ce qui pouvait provoquer ses visions depuis le matin. Mais l'ouverture d'une porte plus tard, toute son attention était à nouveau portée sur la succursale.

L'huis qui venait de s'ouvrir devant l'étudiant n'était autre que celui de la bibliothèque. Les yeux brillants d'excitation devant tous les livres magnifiques et magiques que la salle renfermait, Sigfrid entra, le nez dirigé sur les volumes qui voyageaient d'eux-mêmes des tables aux rayonnages. Il pouvait voir quelques gobelins, perchés sur des échelles, leurs longs doigts filiformes vérifiant le classement magique des usuels ou des ouvrages plus rarement consultés. Jäger ne connaissait de lieu plus enchanteur qu'une bibliothèque, avec tous ses livres, toutes ses reliures de cuirs multicolores aux lettres dorées ou argentées. Rien ne pouvait plus attirer son intérêt qu'une librairie pleine d'ouvrages anciens, une pièce pleine de volumes racontant les plus grandes aventures des sorciers les plus sombres ou les plus lumineux de l'histoire de la Magie, un lieu rempli de carnets et autres grimoires d'archéomagie. Un lieu qui vous promettait l'aventure à chaque page.

Par contre, pour l'endormir, il n'y avait rien de plus efficace qu'un manuel de potion. Et pour combattre ses insomnies il lui arrivait d'emprunter « L'art Parfait de la Potion » à son ami français, au bout de quelques minutes il retrouvait les bras de Morphée. Ou plus exactement dans son cas, il retrouvait les bras de son charmant professeur d'archéomagie médiévale. Uniquement par la pensée, cependant il estimait que c'était mieux que rien en attendant. Mais il était certain d'une chose, Mohen n'aimerait pas trop l'apprendre ! (NdBLn°2 :huhuhu encore un détail croustillant pour sorcière ado)


Enrageant, serrant les mâchoires de colère, Mohen dévala la pente de poussière qui entourait le mur où elle avait atterri. Avançant au milieu du dédale de Dimeh, village au plan vaguement conservé sous le quartz, elle longea les fondations d'un temple, découvrit des maisons aux niveaux inférieurs ensablés et admira l'épaisseur de l'enceinte de certaines demeures.

Pleine d'espoir, Calista oublia presque de se méfier. Pourtant un portoloin caché dans une réserve d'objets anciens aurait du éveiller son flair aiguisé pour les magouilles. Si son vieux collègue grincheux avait été là, sans doute l'aurait-il fustigée, traitée d'écervelée, de gamine irresponsable.

Comme cette fois où il était venu à sa rescousse. L'horrible souvenir de cette macabre aventure, trois ans en arrière vint hanter son esprit.

Un peu plus et cette fois-là aurait été la bonne. Finalement si cette nuit-là avait marqué sa fin, ensevelie vivante dans une tombe qui n'était pas la sienne, cette nuit-ci elle n'aurait pas pu être perdue dans le désert et à la merci d'un ennemi inconnu. A la merci d'un ennemi invisible… Quelle chance ! Le destin se foutait vraiment d'elle, pensa-t-elle, cyniquement amère.

Chassant sa colère et sa rancune dirigées contre elle-même, elle ferma les yeux, respira calmement l'air embrasé et laissa son corps se fondre dans l'espace, dans le vent, dans l'air du soir. Elle sentit d'abord une brise caresser son visage, comme le doigt d'un amant suivant le tracé d'une pommette. Puis le zéphyr du crépuscule sembla se glisser dans ses longs cheveux noirs, nattés mais toujours mal peignés. D'un souffle mutin il les ébouriffa, les décoiffa.

Comme un amant fripon, il s'insinua sous le tissu de sa robe noire, suivant la cicatrice de sa jambe grêle, remontant progressivement pour effleurer la peau d'une hanche et continuer le long de son dos.

A la limite de la transe, l'anglaise laissa la rafale grandir tout autour d'elle, levant les bras, et le vent se renforça pour devenir un véritable khamsin. Puis doucement, calmement, entonnant des paroles aussi vieilles que les briques d'argiles qui dormaient à ses pieds, elle laissa le fond de son cœur parler à la tempête qu'elle avait éveillée. Puisant dans les racines de son sang, aux origines de sa malédiction, la langue chantante des ancêtres des Lavia sortit de sa bouche pour s'envoler autour d'elle comme un tourbillon de papillons. Progressivement, l'agitation se rendormit, comme appelée par le sable doré du désert, bercée par la voix de celle qui dormait depuis si longtemps, tuée par la lune sanguinaire qui se levait dans le ciel de plus en plus sombre.

Quand la dernière sensation qui lui restait fut le souffle du vent dans sa coiffure échevelée, alors elle rouvrit ses paupières et posa un tout autre regard autour d'elle. Maintenant il lui semblait voir au travers des choses, sentir jusqu'à la vie des scorpions nichés sous le sable, percevoir l'imperceptible.

Un craquement dans son dos lui confirma qu'elle n'était plus seule. L'ennemi, le responsable de sa présence ici, devait être quelques part, non loin, à se cacher dans les ruines. Hors autour d'elle il n'y avait que ça.

« Chouette guet-apens. Ca ressemble tellement à ses manières, un peu trop même ! » pensa-t-elle.


Avançant calmement dans la bibliothèque de Gringotts, Jäger découvrait au hasard de ses pas que les lieux ne renfermaient pas uniquement des ouvrages sur l'archéomagie, bien au contraire. Il y avait tout et n'importe quoi, rangé avec minutie, sur les créatures les plus dangereuses, hargneuses et sachant le mieux protéger les richesses. Par extension, le secteur de ces êtres magiques si expérimentés en gardiennage comportait aussi quelques références sur les créatures magiques plus ou moins communes. Et dans cette allée, un volume parmi tant d'autres attira l'œil pers de l'allemand.

Histoirres de sang, ou l'Arrt du Fampirrisme ». Lut-il sur la vieille couverture craquelée. « Je ne safais pas que le fampirrisme était ein arte, enfin chacun sa façon de foirr les choses. Foilà qui defrrait êtrre passionnant… »

Il prit le livre et commença à le feuilleter. En première page, une liste impressionnante recensait tous les noms possibles donnés aux vampires. Sur les suivantes, il put lire un relevé d'autres créatures assimilées, parfois à tort, aux célèbres suceurs de sang. Il y avait là les Maras, les Striges, les Moroi, les Harpies, les Incubes et Succubes, les Lémures et tout un bestiaire international aussi effrayant les uns que les autres. Intrigué, Sigfrid feuilleta les pages se rapportant aux Striges.

Cependant sa lecture ne lui apporta rien qu'il ne savait déjà. Les striges étaient des femmes, d'un nom issu de la mythologie greco-romaine, elles avaient la réputation de s'attaquer aux âmes pures avant toute autre. Il comprit aussi que les striges s'attaquaient en grande majorité aux jeunes garçons, innocents et rarement aux adultes. Seulement, si les striges étaient assurées d'une certaine vie immortelle, elles devaient tout de même ponctuellement réinitialiser leur force vitale en choisissant un sacrifié. Cette dernière chose le fit frissonner pendant que le long de son échine s'écoulait une sueur froide.

Tout en bas de la page, une petite note indiquait qu'à ce jour une seule lignée de striges mâles était connue de l'auteur, s'éloignant rarement du pays des Maras. Ce détail éveilla l'intérêt du jeune allemand pour la seconde créature.

Tournant quelques pages, Sigfrid trouva le chapitre recherché. Là, en pleine page, il admira une magnifique illustration d'un paysage scandinave. Le tableau au calme serein aurait pu vous faire croire que vous lisiez les aventures d'un enfant sorcier comme les autres en vacances en Suède. Mais au bout de quelques secondes l'image se chargea de gros nuages, la nuit vint et une lune rouge sang se matérialisa derrière le rideau des nuées. Sigfrid resta époustouflé par le réalisme de la scène, il avait rarement rencontré des livres si bien illustrés. Le dessin ne bougeant presque plus, tout juste un faible vent semblait l'animer, l'allemand tourna le feuillet pour voir la suite.

Et là d'un coup, sous ses yeux encore endormis par le calme de la précédente scène, une ombre menaçante surgit dans la seconde illustration. De peur ou de surprise, il ne sut dire vraiment, il laissa échapper un glapissement vite étouffé et sursauta, si bien que le grimoire se retrouva étalé par terre.

Il avait vu quelque chose, une créature étrange, un être qui n'avait l'apparence d'aucun être de sa connaissance, ni homme ni femme, ni bête ni humaine. Mais il y avait une telle haine dans son expression, un tel mépris de la vie, ainsi que des yeux noirs comme deux puits sans fond, que les voir vous donnait l'impression que votre âme était aspirée hors de votre corps, que jamais vous ne retrouveriez la paix de l'esprit.

Alors que Sigfrid allait se baisser pour ramasser le livre tombé, il perçut une ombre le faire à sa place et le lui tendre. Le cœur encore retourné par l'illustration vue auparavant, il resta sans voix en levant le regard sur … Sur du vide !

Là, face à lui, une sorte de nuée diaphane soutenait l'ouvrage. Cette présence imperceptible lui rappela l'homme à l'allure de rockeur moldu rencontré plus tôt chez son professeur. Et, tel un éclat de soleil renvoyé par des verres de lunettes, il plissa les yeux, comme ébloui pour les rouvrir la seconde suivante sur le néant. Le livre se tenant tout simplement dans sa propre main.

Essayant de calmer les battements désordonnés de son cœur, Sigfrid chercha autour de lui s'il avait vraiment eu une hallucination ou si l'homme aux cheveux noirs comme la nuit, le strige dont parlait probablement l'ouvrage, ne se trouvait pas tout près.

Mais rien, toujours rien. Le plus profond silence répondait à son cri de terreur, poussé juste avant, et le vide lui affirmait qu'il était bien sur le point de devenir fou. Décidé à retrouver ses esprits égarés, le jeune allemand avança vers le centre de la bibliothèque pour trouver un siège et se remettre de ses émotions.

Cependant, posé sur sa chaise, Jäger avait encore du mal à se faire à ce qu'il venait de vivre. Il avait croisé une seule fois cette créature vampirique pour que son image le poursuive partout. Il secoua la tête, comme pour remettre en place ses neurones bousculés, et respira lentement. Ses membres en tremblaient encore, rien que d'y penser. A croire que cette chose l'avait marqué, lui et personne d'autre.

Reprenant péniblement pied dans la réalité, il laissa courir ses yeux sur les autres tables. Et là, à quelques mètres de lui, planté dans son fauteuil comme un manche de balais Nettoie-Tout de la mère Grattesec, il observa suspicieusement un jeune homme aux cheveux en bataille et aux vêtements négligés. Quelque chose dans le maintien strict du lecteur, en totale opposition avec sa tenue, lui mit la puce à l'oreille, lui donnant l'occasion d'oublier son angoisse personnelle.

Etudiant avec méfiance le mystérieux lecteur, Sigfrid attarda un instant son regard sur ses mains aux longs doigts fins. Des longs doigts qui attirèrent encore plus son attention lorsqu'un éclat lumineux fit scintiller, quelques secondes, l'anneau qu'il portait au majeur droit. Là, devant lui, si l'allemand n'avait encore une de ses visions, il venait de voir une bague toute identique à celle de Mohen, celle dont elle ne se défaisait jamais.

Vêtu à la moldue d'un vieux pantalon fatigué, d'un tee-shirt criard, le douteux personnage feuilletait les pages d'un ouvrage sans y prêter vraiment attention. Visiblement, le garçon attendait quelque chose ou quelqu'un. Jäger n'aurait su dire pourquoi, mais il en était certain, comme si son esprit était branché sur celui du gamin assis à quelques mètres de lui, comme s'il captait ses pensées tant l'individu l'intriguait. Une chose était certaine, l'homme avait cet air décontracté de celui qui essaye de passer inaperçu, avec une nervosité rendue palpable par son impatience, cette étrange association le rendait trop visible à la curiosité de l'allemand.

Tout à coup, les vampires, striges et autres créatures suceuses de sang n'intéressaient plus l'étudiant, autre chose de plus récent ayant accaparé son attention. Et il ne s'était peut-être pas passé deux minutes depuis l'arrivée de Sigfrid, que l'étrange jeune lecteur se dressa hors de sa chaise et, délaissant sa lecture aux bons soins des gobelins, il se rua vers la sortie comme s'il avait le feu aux fesses.

Un sourire en coin se dessinant sur ses lèvres, Jäger le suivit immédiatement, ne laissant que quelques secondes d'écart entre eux, espérant ne pas se faire repérer. Alors qu'il passait la porte, il ne vit pas l'ombre sortir d'une allée de la bibliothèque et poser un regard amusé sur son dos.

-« Qu'il est distrayant de voir comme les sorciers sont parfois si… malléables ! » Murmura un homme brun aux sombre lunettes moldues, un rictus déformant son visage éternellement jeune. « Va petit chien, va. Bonne chasse… guter Jagdhund ! »


Suivant l'individu qu'il trouvait suspect, Jäger ne surveilla pas ses arrières, ne fit attention à rien si ce ne fut à la discrétion de sa filature. S'attachant aux pas de l'inconnu, il sortit à sa suite de la succursale et s'enfonça dans les ruelles du vieux quartier cairote où ils se trouvaient.

Remontant les artères sinueuses de la Citadelle, l'allemand n'avait aucune idée d'où le dirigeait sa piste, mais se dissimulant ici et là derrière une étale ou sous les arcades d'une mosquée, il tentait de dissimuler sa présence à son gibier.

De tours en détours, Sigfrid ne fit pas attention que sa proie le menait en bateau. Il ne nota pas qu'au lieu d'avancer vraiment, ils tournaient en rond dans le quartier. Malheureusement, arrivé à un passage étroit et sombre qu'il ne connaissait pas, l'homme l'attendait.

Son visage mal rasé à moitié dissimulé dans la pénombre, les yeux clairs du douteux personnage semblaient soudainement aussi lumineux que le fond d'un tunnel. Tourné vers le chasseur devenu proie, l'inconnu sortit une baguette de la poche de son vieux jean.

-« Je n'ai rien contre vous, je n'ai pas l'habitude de m'en prendre aux idiots de touristes, mais quand on est assez con pour tomber dans un piège aussi voyant, je me dis qu'il est naturel de débarrasser la Terre d'un cas aussi désespéré ! » Se moqua-t-il à l'adresse de Jäger.

Sigfrid, blessé dans son orgueil, la mâchoire serrée de rage, pointa sa propre baguette sur l'inconscient qui venait de l'insulter. Sans réfléchir, il prononça à voix haute le premier sort qui surgit dans son esprit embrumé par la colère.

-« Expelliarmus !! » S'exclama-t-il.

Immédiatement un éclair rouge surgit du bout de bois clair qu'il tendait désespérément vers l'homme. Mais d'un sort de retour de flamme, murmuré par l'inconnu, l'attaque fut détournée et renvoyée sur l'imprudent germain. Abasourdit par la facilité qu'avait manifestée son adversaire pour le contrer, Jäger n'eut pas le temps de se mettre à couvert. Et sous la puissance de sa propre incantation, son corps partit dans un vol plané avant de s'effondrer lourdement sur le sol.

Un sourire accroché à son visage bruni par le soleil égyptien, le sorcier aux vêtements moldus s'approcha de sa victime et la contempla un instant, vérifiant qu'il n'avait plus rien à craindre de ce côté là. D'un coup de pied dans les côtes, il secoua le corps. Cependant, l'étudiant allemand de bougea pas d'un poil, son corps aussi mou qu'un pantin désarticulé, comme mort.

-« Pauv' tache ! » Murmura-t-il. « Vraiment pas bien malins les sorciers de nos jours. »

La seconde suivante l'attaquant se retrouvait plaqué au mur de l'impasse par un sort puissant qu'il n'avait pu voir venir. Tournant ses yeux de charbon vers l'entrée de la ruelle, il aperçut une silhouette. Le nouveau venu avança un peu dans la ruelle, baguette braquée sur l'agresseur. Mais lorsqu'il reconnut la victime étalée par terre, il se désintéressa de l'assaillant pour se pencher sur le chasseur devenu proie.

-« Sig… Sig !! » S'exclama le défenseur de Jäger en le secouant comme un prunier à sapèques d'or, l'inquiétude pointant sous l'accent italien de sa voix. « Putain, tu vas te réveiller merde ! Nous lâche pas maintenant… Fais pas le con… Sig ! »

Profitant qu'on ne s'occupait plus de lui, le trublion prit la poudre d'escampette et transplana dans un claquement typique.

Enzo Scapolare retourna la tête vers ce son, prenant conscience qu'il venait de laisser s'échapper le coupable. Celui là pouvait aller se faire pendre ailleurs provisoirement, il le retrouverait bien un jour ou l'autre. Cependant, il lui parut plus urgent de s'inquiéter de son ami assommé.

Une chose était certaine, Sigfrid Jäger entendrait encore parler de cette journée où son ami sicilien avait parcouru la ville de long en large pour le retrouver… assommé dans une ruelle derrière Gringotts. S'il se réveillait pour l'entendre…


En se retournant pour faire face au danger, Calista se dit qu'il fallait voir les choses positivement. Son regard suivant le découpage des ruines, elle sourit en pensant qu'elle n'avait que l'embarras du choix pour s'embusquer, comme au bon vieux temps…

Dans son crâne, la voix rauque de son vieux mentor résonna : « Comme au bon vieux temps, petite ! Vigilance constante ! » Pourtant aujourd'hui, personne ne veillerait sur ses arrières … « comme au bon vieux temps ». Et à cette pensée un : « Plus on est, mieux ça vaut ! » refit aussi surface. C'était les expressions typiques de l'auror le plus paranoïaque de la ruche. Mais voilà, aujourd'hui il n'y aurait personne pour la retrouver, pour ramasser les pots cassés, personne pour venir la seconder. Ni Maugrey, ni Londubat, non, personne.

Soit, ce n'était pas ce reptile dégénéré de Voldemort qui rodait tout près d'elle actuellement, ce n'était peut-être qu'un de ses sous-fifres désaxés qui cherchait un moyen de se débarrasser d'une traductrice menteuse et beaucoup trop curieuse. Mais cela faisait-il une différence ? Une Mohen devait ignorer la peur lui disait-on petite, cependant comment appeliez vous ce sentiment âpre qui vous nouait les intestins dans un cas pareil ?

Mais le vent tiède du désert chassa toute appréhension en un seul souffle. S'insinuant sous les vêtements sombres de la jeune femme, il lui insuffla courage et force, audace et discrétion. Refermant doucement ses paupières, elle se laissa envahir. La seconde suivante, sans un bruit, elle se retrouvait juste derrière son ennemi.


Un craquement significatif résonna sur les ruines alentours. Un jeune homme brun aux vêtements négligés apparut, surgissant de nulle part. Il resta sans bouger là où il était arrivé, raide comme une statue.

Dans la lumière rougeoyante du couchant qui inondait les ruines de Dimeh, ses cheveux sombres coupés au carré, flottants dans l'air du soir, prenaient une teinte sanguine. Campé sur ses jambes à la manière d'un général moldu, scrutant l'horizon à la recherche de l'ennemi, ses pieds s'enfonçant dans le sable fluide, il respira l'odeur du désert.

Puis la statue, qu'il paraissait être, s'anima enfin. Comme un prédateur à l'affût, il laissa ses yeux clairs parcourir les ruines environnantes. Mais il eut beau tourner le visage à droite ou à gauche, aucune proie ne se matérialisa sous son regard. Pourtant, il avait reçu le signal, il savait qu'Elle avait forcément glissé la patte dans le piège. Elle devrait être là. Mais à coup sûr, ce rat anglais se terrait dans un coin, attendant qu'il se dévoile.

Une grimace ironique apparut sur ses lèvres. Non, il ne lui ferait pas ce plaisir, n'en déplaise au professeur d'archéomagie, alias l'auror, Calista Mohen. Il n'était pas aussi stupide que certains de ses élèves.

-« Alors, Mohen, Argamane, quelqu'soit t'vrai nom, comment t'trouves mon lieu d'rendez-vous ? N'est-ce pas charmant ? Tout c'sable, toutes c'ruines… J'sais pas c'que t'en penses, mais j'trouve ça très romantique pour ma part. On s'croirait dans un tableau d'David Roberts… J'imagine l'nom : « La mort de l'héroïne anglaise Calista Mohen sur les ruines de Dimeh ». Fabuleux nan ? » Lança une voix jeune et forte par dessus les murets.

Calista reconnut immédiatement la voix masculine et la désagréable habitude de son interlocuteur d'abréger les mots. Avec un sourire sadique aux lèvres, elle se laissa guider par le son. Quand le jeune homme eut fini sa diatribe, une petite silhouette brune se situait juste derrière lui, silencieuse, presque fière de celui qui venait de lui jouer un tour.

C'est le bruit sec de mains se frappant entre elles qui fit se retourner l'impudent. Surpris, il observa Mohen, nonchalamment adossée à une colonne brisée, en train de l'applaudir.

-« Je dois avouer que j'ai pensé à tout le monde sauf à… toi ! Félicitation, cette fois tu m'as prise par surprise. Joli scénario. Et maintenant, on fait quoi ? Je n'ai pas pour principe de tuer ou torturer les enfants. On tire à la courte paille qui a gagné ? On joue à la marelle pour nous départager ? Sincèrement, je me demandais qui avait bien pu trouver des informations sur moi… Il fallait pour cela avoir accès aux dossiers de l'université, accessoirement avoir de la famille en Angleterre et même certaines relations… Je te tire mon chapeau, tu m'as bluffée avec brio. » Le félicita Mohen. « Le digne fils de son père je pense… » Chuchota-t-elle en conclusion.

Face à Calista, l'homme, aux traits encore très jeunes, aux cheveux noirs ébouriffés et aux yeux si plissés qu'ils semblaient faits d'obsidienne dans la lumière réduite du couchant, resta impassible. Comme s'il avait été transformé en statue de sel, toute émotion avait fui son regard. Il fixait simplement l'anglaise, froidement, un pli amer au coin de la bouche. Une bouche charnue, comme celle de son père.

Puis comme s'il s'était soudainement réveillé, sa main droite plongea dans la poche arrière de son vieux jean pour pointer une baguette sombre sur la jeune femme.

-« Faut pas l'prend'mal miss, mais t'cherches trop, t'mets ton nez partout. Exactement comme ta mère f'sait, exactement comme mon père f'sait. Ils ont eu l'malheur d'chercher trop et en sont morts tous les deux. N'est-c'pas ironique ? Ils ont cherché l'tabou, ils ont déterré l'interdit. Alors la malédiction d'Lavia les a foudroyés. Comme ces impudents qui cherchèrent aut'fois à construire la tour d'Babel et qu'Dieu a puni. Quel grand homme ce Lavia, avoir créé un tel châtiment à toute personne profanant la tombe d'sa sœur bien-aimée. » Ricana le sorcier.

Calista, qui avait levé le regard au ciel à l'écoute du vaniteux discours de son ennemi, ramena ses perles d'or sur le jeune magicien. Une sourde volonté d'en savoir plus sur la source de ses maux perçait à travers la couleur insondable de ses iris.

-« Comment ça, une personne comme toi n'avait pas encore compris ? Il est vrai qu'mon père a volé l'journal d'fouille qu'entretenait ta vieille, donc t'n'as pu l'savoir. » Expliqua-t-il, fier de sa supériorité.

-« Black aurait pu me prévenir… »

-« Et l'idée qu'mon père lui ait ôté c'détail d'sa mémoire n't'a pas effleurée ? Baghard Rigborg n'laissait rien au hasard ! J'serai comme lui, j'n'laisserai rien derrière moi. J't'ai prévenue une fois, arrête d'mettre ton grand nez là où il n'faut pas ! »

-« Personnellement, je n'ai pas besoin des recommandations d'un gamin pour savoir ce que je dois et ne dois pas faire. »

-« J'ai comme l'impression qu'si, justement. On n't'a jamais appris qu'il n'faut pas toucher un objet inconnu ? » Ironisa le jeune sorcier.

-« Ma mère n'a pas eu le temps de m'apprendre les bonnes manières et les choses à ne pas faire. Mon seul héritage a été cette vie. » Répondit froidement Calista, ouvrant les bras comme pour embrasser le vent.

Seulement, la fin de la phrase de la jeune femme n'arriva pas jusqu'aux oreilles de Nikita, se perdant dans les bras d'Amon qui de temps à autre soufflait toujours son étreinte autour de l'anglaise.

Mohen percevait en Rigborg bien plus de secrets qu'il ne voulait en dévoiler, mais aussi des troubles, des doutes. Elle aurait aimé pouvoir percer cette carapace dont il s'armait pour connaître rien que le nom de celui qui se cachait derrière son dos. A son âge il ne pouvait agir de lui-même. Mais qui pouvait bien tirer les ficelles de la marionnette qu'il semblait être ?

Laissant la jeune femme pensive, ses yeux baissés sur le sable ensanglanté par le couchant, il braqua sa baguette sur elle.

-« J't'ai prév'nue, t'étais avisée. C'n'a rien d'personnel, sache qu'toute personne approchant ces lieux aurait subi l'mêm'sort. Maintenant t'vas gentiment retourner d'où t'viens, après avoir tout oublié d'Lavia et d'son trésor. »

Elle ne releva pas la tête, cachant ,sous des cheveux décoiffés et l'ombre de plus en plus grande, un rictus narquois. Mohen connaissait déjà l'issue d'une telle tentative. Rien ni personne de pourrait la libérer de sa quête, à part elle-même.

-« Oubliettes ! » s'exclama Nikita, une onde de choc troublant l'air entre eux.

Effleurée par le sort, Calista fit un bond en arrière. Mais là où d'autres s'écrasaient avec fracas sur le sol, elle retomba sans mal sur ses jambes, paraissant esquiver l'attaque sans effort. Elle ne fit que relever sobrement la tête vers son ennemi, le corps penché en avant et un sourire cynique aux lèvres.

-« Désolée de te décevoir petit, mais il faut bien plus que ça pour m'arrêter. Tu n'as pas assez écouté ton professeur de défense à San el-Hagar. » Le nargua Mohen.

-« Désolé d't'déc'voir… en retour ! J'n'ai pas été à San el-Hagar, pas dans cette école de dégénérés. Tout Rigborg qui s'respecte n'va qu'à un seul endroit : Durmstrang ! »

-« Effectivement… pas une école de dégénérés… » Murmura Calista, un brin ironique.

-« Et à Durmstrang, on n'a pas d'cours d'défense… On étudie d'choses plus passionnantes, comme l'art d'potions, ou encore l'sortilèges offensifs. »

-« Pourquoi ça ne m'étonne pas… Maintenant je comprends mieux. Et laisse moi deviner, ta spécialité n'était pas les sortilèges mais … les potions ?! » Commenta-t-elle froidement.

-« Co… Comment l'sais-tu ? » S'étonna le jeune sorcier, la grande fierté tombant soudainement avec la surprise.

-« Simple déduction logique ! » Rétorqua une Mohen ironique. « Quand on ne sait pas attaquer correctement un sorcier qualifié, c'est qu'on a jamais été doué pour « l'agitation de baguette magique »... Certaines mauvaises langues diront que les potions sont plus importantes aussi. » Lui assena-t-elle comme une leçon à un de ses élèves, pendant qu'elle jouait de sa baguette comme d'une cuillère pour remuer une potion.

-« Ose t'moquer ! Quand on n'est pas fichu d'faire une potion correctement, d'échapper à un piège aussi grossier qu'l'mien… on s'tait ! Expelliarmus ! » Hurla Nikita, blanc de rage.

Le nouveau sort fusa vers Mohen. Un long éclair rouge faucha l'anglaise comme une faux les céréales mûres. La seconde suivante, la baguette de l'inconsciente archéomage atterrissait dans la main de son adversaire alors que sa propriétaire finissait, les quatre fers en l'air, dans le sable. Pourtant, elle ne montra aucune colère, aucune surprise, comme si elle avait déjà tout prévu.

-« Elle fait moins l'arrogante, la grande sorcière ? Elle s'vante moins d'être l'seule à savoir comment manier la baguette… qu'elle n'a plus ! »

Calista resta assise sur le sable, époussetant dignement sa robe noire et préférant ignorer, pendant un temps, l'orgueilleux qui la dominait de toute sa taille.

-« L'arrogance c'est se croire au dessus de tout et de tous, certainement pas reconnaître sa véritable valeur !! Ça restera la nuance nous séparant. A toi l'arrogance, à moi la réalité de ma nature supérieure ! » Lui lança-t-elle d'une voix calme, ses yeux toujours baissés et s'occupant à nettoyer son habit.

Puis ayant chassé jusqu'au dernier grain de quartz, elle releva, avec une lenteur toute calculée, le visage vers le présomptueux pour le poignarder de ses yeux soudainement devenus aussi noirs que ses cheveux.

Sous l'assaut muet et silencieux de sa victime, Nikita fit quelques pas en arrière, s'enfonçant un peu plus dans le sable. Acculé comme un chat qui jouait avec un rat devenu griffon, il posa ses pupilles craintives sur l'ombre, qui maintenant semblait s'éveiller de l'anglaise, l'enveloppant tel un manteau et avançant vers lui.

-« Je vais t'apprendre autre chose qu'on a oublié de t'enseigner à Durmstrang. « Ne jamais se fier à l'eau qui dort » !! C'est un proverbe écossais que l'on connaît très bien dans ma famille. Ce qui semble être inoffensif un jour peut se révéler dangereux le lendemain ! » Chuchota Calista sur le ton d'une confidence.

Mais curieusement, ce qui fut murmuré, à quelques mètres de lui, par une femme encore étalée dans le sable, parvint sans mal à ses oreilles comme si elle avait été juste à côté de lui. Nerveux, Nikita se retourna pour surveiller ses arrières. Pourtant Mohen était toujours à trois mètres devant lui, souriant à l'obscurité qui les enveloppait de plus en plus, ses yeux noirs brillants comme deux flammes sombres.

-« Com… comment faites-vous cela ? » Demanda le jeune sorcier, reprenant un ton empli de respect face à ce qu'il ne pouvait expliquer.

-« La magie a plus d'une facette. Et il se trouve dans ce monde certains sorciers possédant un don qu'aucun autre ne possède. Les uns sont des devins très recherchés, les autres guérisseurs nés, on en trouve encore capables de commander au vent ou à l'eau. Autrefois, ces sorciers hors du commun se rassemblèrent… »

-« … Sous l'nom des Justes ! J'connais l'conte, merci, tous les sorciers d'Egypte l'connaissent. Mais j'n'vois pas c'qu'vous venez faire dans c'joli mythe pour enfant insomniaque. » S'énerva-t-il, lui coupant la parole.

-« A défaut de t'avoir enseigné la politesse, ta mère t'a appris l'Histoire. C'est un mal pour un bien… » Le sermonna-t-elle. « Mais je pense qu'Isaura a oublié un petit détail dans ce qu'elle t'a raconté… Le détail qui fait de ce merveilleux conte pour enfant une histoire vraie de sorciers unis contre le Mal. Il serait temps que tu ouvres tes yeux sur l'univers, Nita. Il n'y a pas que par ta mère que le monde existe. »

-« Tu n'as plus d'baguette et t'continues d'faire la fière ! J'vois qu'rien n't'arrête ! » Lui répondit l'interpellé, en prenant conscience qu'il avait deux armes au lieu d'une dans ses mains.

Et c'est en pointant sa baguette ainsi que celle de l'anglaise sur Mohen qu'il avança vers la jeune femme, le pas fier et impérieux.

-« N'dis J A M A I S d'mal d'ma mère !! N'insulte jamais ma famille ! Ou bien j't'tue ! »

-« Personnellement, je tremble de peur. » Rétorqua ironiquement la sorcière, un regard morgue posé sur le menaçant jeune homme. « Tu ne sais encore que désarmer un sorcier à ton âge… Comment voudrais-tu me tuer ? » Continua-t-elle, moqueuse.

-« J'ai l'embarras du choix… Par exemple un simple Cracbadabum, et t'voilà ensevelie comme matériel archéomagique pour les siècles à venir ! J'n'sais c'qu't'en penses… moi j'trouve l'idée géniale ! Aux vues d'galeries qui courent sous nos pieds, ça n's'ra pas difficile ! » La menaça-t-il.

-« Terriblement ingénieux… Personnellement je n'aime guerre l'idée d'être ensevelie vivante, déjà testée, peu appréciée. S'il existe une autre option, je suis partante ! »

-« Sérieusement, j'y pense d'plus en plus ! » Susurra-t-il, un sourire malsain aux lèvres. « Surtout quand on sait où s'trouvent posées tes fesses actuellement ! »

Prenant soudainement conscience qu'elle était encore par terre, Calista se releva prestement pour faire de nouveau face à son adversaire. Bien que désarmée, elle semblait toujours garder la supériorité par son calme et son assurance.

De son côté, Nikita essayait, comme il pouvait, de se rassurer lui-même avec un rictus narquois collé au visage, narguant l'anglaise. Mais en son fort intérieur, il n'en menait pourtant pas bien large. Il percevait autour de lui une présence intimidante de plus en plus grande. Une présence qu'une partie oubliée de sa personne redoutait, en même temps qu'elle l'appréciait. La confusion qui dominait ses sentiments l'empêchait aussi d'agir enfin contre la jeune femme. Une seconde fois, cette chose qui sommeillait en lui retenait sa baguette d'opérer contre Calista Mohen, alors que sa propre volonté était de lui faire rendre gorge.

-« Ce n'est pas en me renvoyant d'où je viens que tu me nuiras le plus… » Prononça Mohen, tout contre son oreille, d'une voix qui n'était pas vraiment la sienne.

Sursautant, Nikita en lâcha de surprise une des deux baguettes qu'il tenait. S'éloignant de lui, s'esclaffant ironiquement de sa peur, Calista se baissa à peine que sa baguette reprenait place dans sa main. Mais face à elle, le jeune homme appréciait difficilement la blague.

-« Et bien Junior, on a perdu son sens de l'humour… J'aurais une petite question. Est-ce toi qui a tué le professeur d'archéomagie et l'homme de main de Zabini ? » Demanda l'anglaise.

La voix de Mohen sonnait comme venue d'outre-tombe, se réverbérant sur les parois invisibles d'un caveau imaginaire. A ce son lointain, Nikita ne put réprimer un frisson qui lui parcoura l'échine.

-« Non, jusqu'alors, à part toi, tous ont fait demi-tour face à mes mises en garde. Depuis la mort d'mon père t'es l'première à r'venir fouiner jusqu'à c'site. Pour les deux autres curieux, ils ont approché d'trop près un secret bien gardé et ont éveillé c'qu'il n'fallait pas. Ils ont tout simplement eu c'qui leur rev'nait d'droit ! Nous veillons sur les lieux d'puis d'siècles, mes ancêtres étaient déjà là à l'époque d'Eyal et Chiraz. En échange d'leur aide, Lavia les a désignés comme gardiens d'son secret. D'puis nous défendons les lieux. »

-« Si vous défendez les lieux depuis plus de sept cents ans, comment expliques-tu que ton père et ses élèves aient pu fouiller ici ? »

-« Ils ont falsifié leur déclaration d'lieu d'fouille. Seule une zone ici est protégée. Même les moldus ont fouillé c'lieux. Mais si mon père a su contourner l'interdiction, il l'a payé d'sa vie plus tard. »

-« Est-ce vraiment pour cela qu'il est mort ? »

-« Oui ! La Malédiction n'l'a pas laissé s'en sortir si facilement !! »

Calista observa Rigborg junior, ses yeux sombres perçant au delà de l'armure mentale que s'était forgée le jeune homme. Et ce qu'elle pouvait sentir en lui était un grand vide, celui que l'on trouve chez ceux qui ont été manipulés, associés à un bouleversement, un chaos de ses sentiments, impressions, sensations. Celui qui dirigeait Nikita Rigborg n'y allait visiblement pas de main morte et le gosse en pâtissait.

Pour Mohen, il ne faisait aucun doute que Rigborg senior n'était pas mort des suites de ses fouilles sur Dimeh. Il s'était passé trop de temps entre les fouilles et sa disparition. Puis cette malédiction aurait survécue à son décès, se transmettant à sa descendance. Non, Baghard avait dû suivre les notes du journal de sa mère. Il était même certain que cette dernière avait du y écrire quelque chose qui l'avait menée à sa perte quelques 5 ans plus tard. Une conclusion qui devait être très proche de celle de Rébecca et devait correspondre au plan tracé dans la lettre. De là, on pouvait aisément comprendre, ne faisant plus confiance à personne, Rigborg fut victime d'un accident en fouillant seul… Restait à savoir où il était mort et où se situait le plan dessiné par sa mère.

-« Alors, t'es bien silencieuse tout à coup Mohen. Tu n'aimes pas ma compagnie ? J'avoue qu'j't'avais imaginée plus… plus enflammée ! Mais en fait t'es une femme d'plus ennuyeuse, froide, prévisible… »

-« Vraiment ? » S'étonna une nouvelle voix, toute proche.

-« Qui ? » Demanda le jeune sorcier, encore une fois coupé dans sa diatribe.

Baguette pointée vers l'obscurité vide de toute présence, Nikita essayait de voir celui qui venait de l'interrompre. Il aurait juré qu'il ne s'agissait pas de Mohen. Il aurait juré avoir entendu une voix d'homme. Ses yeux clairs scrutant la nuit épaisse du désert, il ne trouva personne. Seule l'anglaise se dressait, imperturbable, face à lui.

De son côté, Calista Mohen avait enfin détecté cette étrange présence près d'elle, celle d'un esprit qui savait si bien se fondre dans le décor de Dimeh qu'il y semblait chez lui.

Mais soudainement, surgissant des ténèbres, un objet s'élança sur Rigborg Junior. Réagissant avec une vitesse et une aisance hors norme pour un sorcier qui avait fait traîner en longueur son duel, il jeta le premier sort qui lui venait à l'esprit pour arrêter le projectile fonçant sur lui.

-« Protego ! »

Le sort, hurlé par le jeune homme, envoya le projectif bouler contre un des murs de la vieille cité. Puis, l'objet roulant au sol, Mohen et Rigborg s'aperçurent qu'il s'agissait tout simplement de la momie. Le vieux tas de bandage gisait maintenant sans frémir à quelques pas du jeune homme.

Pendant que les yeux de Mohen ne perdaient aucun détail des incongruités du décor, comme la présence d'un autre petit tas gris quelques dix mètres plus loin, Nikita observait suspicieusement l'anglaise qui lui faisait face.

-« Désolée de te décevoir, je n'ai pas eu cette lumineuse idée de te déconcentrer avec autre chose. Mais l'auteur de cette action sait aussi très bien protéger ses arrières. Il ou elle sait se fondre dans le désert, avancer à contre vent aussi… » Expliqua Calista, à la manière d'un professeur faisant la leçon à son élève.

-« Arrêt'd'm'faire croire qu't'es pas venue seule ! On'est qu'tous l'deux ici, et c'est toi qu'vient d'l'faire ! T'as en plus l'cran d'mentir ! D'm'mentir ! »

Calista ne répondit pas, gardant son regard noir rivé au terrain environnant. Comme un enfant qui se lasse des jérémiades des adultes autour de lui, elle commença à dessiner sur le sol de la pointe de son pied gauche.

-« Si j't'dérange Mohen… faut l'dire ! » S'énerva un peu plus Nikita Rigborg.

-« Je n'osais le dire… Je suis une lady ! » Murmura-t-elle assez fort pour qu'il l'entende parfaitement, un sourire en point final.

Livide, Rigborg Junior releva sa baguette et la pointa sur Calista. En réponse, il n'eut droit qu'à un regard blasé circulaire de la jeune femme. L'anglaise commençait visiblement à en avoir marre de ses menaces jetées au vent. Alors, soudainement déterminé à lui faire avaler son sourire et ses regards ironiques, le jeune sorcier prononça le premier sort qu'il lui passa par la tête au même instant.

Evitant encore une fois le sort qui lui était destiné, Calista n'eut qu'à laisser faire son instinct de conservation pour se mouvoir à la seconde près. Mais malheureusement, un sortilège perdu dans la nature n'était jamais bon. Un grondement sourd répondit bientôt au choc de la magie trouvant une cible, suivi d'une vibration inquiétante du sol.

Nikita ne pouvait paraître plus blanc qu'il ne l'était déjà, mais Calista se redressa vite, oubliant sa pose décontractée. A peine quelques secondes plus tard, le sol s'ouvrait sous leurs pieds.

-« Qu'as-tu fait de Mohen ? » Questionna sèchement une froide voix masculine dont l'écho alla se réchauffer aux murs des ruines environnantes.

Se retournant précipitamment, le jeune sorcier constata le vide autour de lui. Mais non loin de ses pieds, il reconnut le tas de bandelettes qu'il avait failli recevoir en plein visage. Simultanément, comme un écran de fumée sortant d'une cheminée mal entretenue, une ombre surgit, se répandant, s'épaississant. La momie laissa place à une silhouette obscure, aux vêtements flottant dans la brise du soir. Mais qui pouvait-il bien être ? Une chose était sûre pour le jeune Rigborg, seul un maître en métamorphose pouvait ainsi le berner en prenant la place d'un objet inanimé.

-« Qui êtes vous ? » Réussit-il à dire, la voix chevrotante.

-« Si tu ne réponds pas à ma première question, il se pourrait que tu ne l'apprennes jamais. » Lui rétorqua l'inconnu, le ton doucereusement froid.

-« On ne se serait pas déjà croisé quelque part ? » S'enhardit Nikita.

-« Quand l'esprit vient aux idiots… » Soupira son interlocuteur. « Bingo ! » S'exclama-t-il ironiquement, ses yeux de fumée encrés dans ceux limpides de sa cible.

Alors que la réaction première de Nikita fut la colère, l'ombre claqua des doigts.

L'instant suivant le sol se remit à frémir. Le sable vibra, les petites dunes de sable qui envahissaient Dimeh commencèrent à s'écouler en rythme avec les secousses, des ridules marquant la surface du sol.

Percevant la moindre vibration dans ses jambes toujours profondément campées dans le sable, Nikita oublia sa fureur face à la morgue de son adversaire. Il préféra soudainement se concentrer sur sa vie à protéger, occultant tout autre trésor de sa mémoire.

C'est le son caractéristique d'un transplanage qui renseigna l'inconnu sur le départ de son opposant. Alors, avançant sous la lumière de la lune rouge, l'homme abaissa son capuchon gris, dévoilant de courts cheveux pâles que l'astre nocturne teinta d'un éclat sanguin. Mais ses yeux, gris de fumée reprirent un éclat plus cristallin, tandis qu'il observait le sol s'agiter.

Une lézarde courut le long du sol comme cherchant le moyen de fuir les ruines, puis s'écarta en une fente. Un souffle violent s'en échappa, le sol laissa jaillir la bourrasque qui l'animait. Ce qui suivit fut impossible à voir pour le jeune homme, le vent faisant tourbillonner les cristaux de quartz dans une tempête phénoménale.


Une fois libre, la jeune femme secoua ses vêtements en soulevant un nuage de poussière. Toussant, crachotant comme un chat qui venait de boire la tasse, elle ne vit pas s'approcher une grande silhouette drapée de gris acier. C'est seulement lorsqu'une voix s'adressa à elle, qu'elle sursauta et réagit.

-« Et bien professeur, on a réussi à échapper à la triste mort de l'archéomage qui s'aventure seul en terrain miné ? »

Se retournant vivement, elle fit face à son interlocuteur. Immédiatement, elle le reconnut, avec sa nonchalance habituelle, épaulé contre un pan de mur en ruine, ses cheveux pâle ondulants dans le vent du désert et ses prunelles d'argent la fixant sans faillir.

Mortemer était là.

Comme une muraille inébranlable, il l'attendait sur un site perdu en plein désert, envahi de cette horreur qu'on appelait sable, environné par ces ténèbres qui l'avaient toujours accompagnée, inondé par la lumière cinabre de la Lune.

Oubliant toute retenue, la peur qui l'avait poussée à agir s'évanouissant comme elle était venue, Calista Mohen se pendit au cou d'Aimery Mortemer. Elle ne savait pas comment il avait su, comment il l'avait trouvée, mais ce qui importait le plus était sa présence.

Sans protester, sans la repousser, Aimery referma ses bras sur le corps maigre et poussiéreux. Il ne savait lui-même ce qui l'avait poussé ici. Une voix, un instinct lui avait soufflé que leur professeur n'en avait fait qu'à sa tête et se trouvait en danger. Il avait abandonné ses recherches, avait suivi sa vision dans le Syna ainsi que son instinct pour finalement transplaner à Dimeh.

Le sortant là de sa réflexion, Calista s'éloigna un peu de lui pour ramasser plus loin un paquet poussiéreux traînant sur le sol.

-« Comment m'as-tu trouvée ? » Demanda-t-elle alors.

-« Je ne sais pas, l'instinct je crois. » Expliqua-t-il, évasif.

-« Les Mortemer utilisent l'instinct ? » S'étonna ironiquement la jeune femme, sentant au son de sa voix qu'il lui cachait quelque chose.

-« Oui… mais pas les Malefoy, si c'est ce que tu sous-entends. Je suis un Mortemer, je n'ai rien à voir avec Lui. Je ne sais pas ce qu'il a bien pu te faire, mais je n'ai rien de commun avec cet homme. » Répondit-il, le ton froissé.

-« Je sais, excuse moi… La surprise sûrement. »

-« J'espère que cette aventure t'auras fait prendre conscience que l'on ne peut partir en exploration seul… Tu aurais pu y rester ! »

-« Encore plus que tu ne le penses, Aimery... Il semble qu'il est des lieux où l'on ne peut que croiser des nuisibles. » Releva-t-elle, observant le désert à la recherche de Nikita.

-« Certes ! Et on a parfois besoin d'un plus gros que soi pour faire fuir les serpents. J'ai pris la liberté de chasser ton " nuisible "… » Rétorqua Aimery en la voyant chercher son adversaire.

-« Ah ? Tu as réussi à l'effrayer ? » S'exclama-t-elle d'une voix teintée de respect.

-« Non, en fait je crois que c'est toi qui a fait ce miracle. Mais d'où sortait ce lascar ? »

-« Un pauvre étudiant qui n'a pas encore totalement compris ce qu'est penser par soi-même. Il a un grand potentiel, un jour nous le reverrons je pense. » Expliqua l'anglaise.

-« Je n'espère pas le croiser de si tôt sur mon chemin. » Murmura Mortemer.

-« Un jour tu serras peut-être heureux de faire appel à ses services… On ne sait jamais de quoi demain sera fait. » L'avertit Mohen, reprenant le ton du professeur.

-« Ce type a voulu te tuer. Je me permets de te le rappeler gentiment, au cas où ton esprit aurait subi quelques dommages ce soir… » Souligna son assistant, le ton légèrement persifleur.

-« Il a fait ce qu'on lui a demandé. Reste à savoir qui était derrière. Et aussi qui lui a appris à éloigner ainsi sa cible de toute civilisation. Du grand art… digne d'une de mes vieilles connaissances. »

-« Une vieille connaissance ? Tu as de drôles de connaissances… » Railla le français.

-« Oui, un habitué d'Azkaban… Mais un gars excessivement talentueux de sa baguette et de son cerveau. Ce gosse en a la graine, manque un peu de bouteille ! » Répondit Calista, occultant la moquerie de son élève et ami.

-« Etonnant qu'une anglaise parle de bouteille, quand on voit qu'à part pour le firewisky ou la bièraubeurre tiède, vous ne savez pas à quoi sert une bouteille… » Se moqua gentiment Aimery.

-« Ironise, c'est ça… C'est le lion qui se moque du griffon. » Le taquina-t-elle.

A ces mots, le français oublia son habituel flegme pour exploser d'un rire franc et clair. Calista tourna alors un regard étonné vers lui, puis un faible sourire se dessina sur ses lèvres en retour.

-« Qu'est-ce qui te faire rire à ce point ? »

-« Tu parles d'un locataire d'Azkaban comme d'un vieil ami, tu sors d'une galerie effondrée dans un tourbillon comme si tu ordonnais aux éléments, tu attires les ennuis comme un aimant et y sautes à pieds joints… Je crois que c'est nerveux ! » Répondit Mortemer. « Mais la prochaine fois, je serai derrière toi, je ne te lâcherai pas d'une semelle, sois en certaine, telle une ombre. »

-« Une ombre… c'est amusant que tu dises ça… » Chuchota la sorcière.

-« Amusant ? » S'étonna-t-il.

-« Façon de dire. Un mot qui me rappelle trop de choses… Le passé est trop douloureux à remuer pour le moment. Mais un jour je te raconterai… »

-« Ce soir, j'ai eu l'étrange impression que nos destins étaient liés. Je ne sais pas par quelle magie ni pourquoi. Mais sois sûre et certaine que jamais je ne t'abandonnerai. A partir de ce jour, tu pourras compter sur ma présence et ma vie, sur mon bras et ma baguette. Si la faucheuse au visage de chacal veut t'emporter, elle devra m'emporter avant. »

-« Quelle profession de foi… » Ironisa Mohen, plus par habitude que par moquerie.

-« Ne te moques pas ! » S'exclama-t-il.

-« Jamais il ne me viendrait à l'esprit de me moquer de toi, seulement jusqu'alors personne n'a pu rester longtemps à mes côtés sans être fauché. Mon frère, mon partenaire et tant d'autres. Je suis maudite… » Le prévint-elle.

-« Je crois bien que la malédiction n'aura aucun effet sur moi. Jusqu'à la mort je serai ton ombre… Partout où tu iras, j'irai. » Proclama Aimery Mortemer, digne comme un chevalier moyenâgeux.

-« Même si je vais trancher la gorge à ton adorable cousin britannique ? » Susurra-t-elle, essayant le venin comme mise en garde.

-« Surtout … » Murmura-t-il de sa belle voix. « Je t'ouvrirai en grand les portes de son manoir. » Lui jura-t-il.

-« Trop aimable. Avant cela, il faudrait déjà que je ne sois plus une indésirable sur le sol anglais. » Lui rappela-t-elle, un sourire triste aux lèvres.

-« Toi et moi, nous sommes tous les deux des exilés. Nous sommes comme deux singes perdus dans le froid de l'hiver, abandonnés loin des leurs. » Exposa Aimery.

Sur ces mots, Calista Mohen leva les yeux aux cieux pour admirer l'astre rouge. Comme lui demandant son assentiment, elle fixa ses yeux sombres sur le cercle parfait qui les dominait. Puis, baissant le regard sur les ruines, elle ramassa une poignée du sable fin qui envahissait la ville. Le laissant s'écouler de sa main au contact du vent, elle se tourna enfin vers son assistant.

-« Il semble que les Dieux protecteurs de ma famille saluent ton offre. » Murmura la jeune femme.

-« Les Dieux ? » S'étonna Aimery.

-« Didymos n'a jamais oublié de qui il dépend. Didymos doit son existence à la générosité de ceux qui l'ont toujours protégé. Ma vie est entre leurs mains… La Lune et le Vent… » expliqua-t-elle, sibylline. « Et pour ton information, je n'ordonne pas aux éléments… Je parle déjà au vent, c'est mieux que rien ! »

-« Effectivement. Il me manquait une amie qui parlait au vent, je le disais encore hier matin à Sigfrid… Reste plus que celui qui parle au Nil, celle qui parle au soleil… »

-« Je ne t'ai jamais connu aussi moqueur… » Souligna la jeune femme, ne cachant plus son étonnement.

-« Je te dévoile certainement ma face cachée… Mais toi… que me caches-tu ? » Demanda Mortemer, essayant de deviner les traits de la jeune femme dans l'obscurité.

Sans répondre, Calista tendit une de ses mains sous le firmament. Une lueur bleuté irréelle jaillit de sa paume et illumina le sombre désert. Puis caressant l'air de son autre main, elle chassa le sable qui recouvrait les ruines sous leurs pieds. Les soubassements d'un petit temple surgirent au milieu du quartz envahissant.

En s'approchant, le jeune français distingua une inscription en latin courant sur une pierre, au centre du dallage de marbre qui couvrait le sol de l'édifice en ruine. Cette épitaphe annonçait clairement le nom de celui qui dormait sous ce pavement.

« HIC JACET CHIRAZ LAVIA… »

A voix haute, Aimery Mortemer prononça la suite de la phrase, effacée par le temps, mais qu'une petite voix murmurait en lui.

Ci-gît Chiraz Lavia,
Sœur bien-aimée, maudit soit le destin, qui à moi t'a ravi,
Si ton cœur s'est éteint, c'est dans le mien que tu vis.

-« Tu voulais que je te montre ce que je cache… Et bien, voici ma tombe. » Lui répondit enfin Calista, dans son dos.

En se déplaçant, il nettoya un peu plus le sol. Et vit, sous la première inscription, une autre, encore vaguement lisible, suivait une encoche malhabilement gravée avec ces mots :

Ad Eternam,
que maudit soit celui qui à moi t'enleva,
que maudit soit celui qui ce mastaba profanera.
Ainsi parla Seguev.

Fin du chapitre 15… A Suivre !!