Chapitre XVII : La Femme au Corbeau


"Out of the shadows we go, There's no reason to hide anymore.
Out of the shadows we go, Into the new horizon, Towards the new shore we go." – "Out of the Shadows", album Twilight Time, Stratovarius, 1992.


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Grelottante dans la froide nuit londonienne, une ombre solitaire patientait depuis plus de deux heures à quelques mètres d'une vieille bicoque bringuebalante. A bien y regarder, il n'y avait rien en ces lieux qui pouvait attirer l'œil, moldu ou sorcier, sur n'importe quelle façade de la ruelle. Ici tout avait été construit à l'identique, dans le plus pur style du quartier ouvrier, mêmes vieilles briques sombres, mêmes portes, mêmes fenêtres à la peinture défraîchie, mêmes cheminées. Mais pourtant les ordres avaient été formels, venus du chef en personne, il ne devait pour rien au monde bouger de son lieu d'observation, rester comme un griffon de faïence sur une cheminée face à la porte du numéro onze de cette ruelle délabrée. Qu'il pleuve, vente, gèle à pierre fendre, que le grand héros du monde sorcier, Harry Potter lui-même, passe en lange devant lui, son patron avait été clair : ne pas bouger, ne pas faire de bruit et avertir de la moindre entrée ou sortie.

Située dans un quartier de banlieue en grande partie à l'abandon, la vieille battisse qu'il épiait avait été signalée comme point de ralliement de sympathisants quelques jours auparavant. Depuis une semaine, motivé par la chasse aux mangemorts qui sévissait depuis quelques mois, on s'y relayait pour monter la garde, sans pourtant rien voir d'anormal. La petite rue était habitée en tout par une dizaine de familles pauvres, quelques clochards squattaient le premier étage du numéro treize, un vieux s'était suicidé deux jours avant au dernier appartement du numéro cinq, mais en somme rien d'autre ne semblait vouloir perturber la vie ordinairement morne de ce coin paumé de Londres. Rien d'anormal auraient dit les moldus, rien de « sorciers » aurait précisé le jeune homme. Vraiment, il ne devait pas y avoir l'once d'un sortilège dans ce trou pourri. Même pas un poil d'elfe de maison, pensa-t-il.

En frottant énergiquement ses mains glacées par l'humidité de la Tamise, le jeune planton sortit de ses pensées et remarqua, médusé, que pour la première fois de la soirée, si ce n'était de la semaine, une personne poussait l'huis du numéro onze. Et cette silhouette, longue, filiforme, drapée de rouge et aux cheveux auburn n'avait rien d'exceptionnel. Une prostituée de plus se dit-il.

Sur la pointe des pieds, la baguette dans la poche arrière de son vieux pantalon moldu tout rapiécé, la main prête à la dégainer , oubliant l'ordre de signaler tout changement, il sortit de sa cachette et traversa avec précaution la ruelle déserte. Puis collé contre le mur gris de la façade, tel un strangulot à la jambe d'un noyé, il s'approcha de l'unique fenêtre du rez-de-chaussée.

Au même instant, le croassement glauque d'un corbeau volant bas au dessus des toits lui glaça le sang. Il n'était pas croyant, il n'écoutait pas les vieilles superstitions, mais, pour la première fois de sa vie, il avait l'impression que toute chance venait de le quitter à jamais.

Là, derrière la vitre sale, marquée de traces de pluie, de boue, de souillures de toute sorte, il réussit à percevoir l'intérieur. Et ce qu'il vit le figea de stupeur. Si l'extérieur laissait envisager un immeuble sinistre, triste à mourir, le salon qu'il abritait offrait au contraire le luxe et le confort le plus déroutant pour un tel quartier.

Clignant des yeux, le jeune auror tourna la tête autour de lui, s'assurant qu'il était toujours au même endroit. Mais la venelle était toujours aussi sordide. Lentement il revint à son observation et cette fois frotta un coin de la vitre avec sa veste moldue pour mieux admirer. La pièce était tapissée de grands rayonnages couverts de livres anciens. Dans un coin de la bibliothèque, un planisphère de laiton brillait sous les flammes des chandelles allumées. Ce qu'il avait dû prendre au départ pour un salon ressemblait plus à un bureau. La richesse des chandeliers, les armoiries, qui ornaient le moindre élément décoratif, attestaient que cette demeure n'était pas un clapier pour mangemorts en fuite. Non, il devait s'agir de l'hôtel particulier d'une famille influente.

Par une porte ouverte au fond de l'étude, le jeune planton frigorifié aperçut une autre pièce où plusieurs personnes d'affairaient. Peut-être y avait-il une réception ce soir. Mais comment étaient-ils tous entrés, sans passer par la porte ? La régie autonome des transports par cheminée leur avait pourtant bien assuré que les lieux n'étaient en rien liés au réseau. Et si le moindre transplanage avait été détecté, depuis le temps il ne serait déjà plus seul. Il y avait quelque chose qu'il ne pouvait comprendre. Pour entrer, ils devaient bien passer par quelque part. Y avait-il une autre porte ?

Deux personnes entrèrent dans le bureau et détournèrent son attention sur leur étrange conversation. L'homme était petit, maigre, avec le teint blafard de celui qui passe trop de temps dans ses livres et pas assez à prendre l'air décréta l'apprentis espion. L'autre était une femme, grande et élancée au visage sévère. C'était la femme qu'il avait vu entrer. Elle, au moins, était bien passée par cette porte. Mais à part ses cheveux auburn et bouclés, sa tenue ne ressemblait en rien à ce qu'il avait vu dans la ruelle. Elle portait une sobre robe bordeaux, sa seule fantaisie était ses mains. Couvertes de bagues, bracelets et fanfreluches, pour l'une, entourée d'un bandage pour l'autre, elles brisaient sa mine austère.

Comme un coq dressé sur ses ergots et hurlant à pleins poumons, le petit sorcier s'exprimait avec de grands gestes, essayant de dominer la jeune sorcière par ses paroles puisqu'il ne le pouvait par la taille. Mais sans rien laisser paraître, son vis à vis l'écoutait attentivement, comme un soldat son général, sans faire plus attention à ses extravagances.

L'auror comprit vite que la conversation tournait autour d'un trésor, d'un trésor très important. Prévoyaient-ils de dévaliser Gringotts ? Alors qu'ils approchaient de la fenêtre, le jeune homme colla plus avant son oreille contre la vitre et écouta.

-« Ma chère Jaylis, ne sous-estimez pas notre choix. J'ai grande confiance dans la traductrice que j'ai choisi, et pour de nombreuses raisons qui me sont personnelles. Ma méfiance allant beaucoup plus à ce chacal d'Avery et cet incapable de Zabini. Je ne veux pas qu'Avery permette à Malefoy de venir mettre son nez dans mes affaires ! Me suis-je bien fait comprendre Jaylis ? »

-« Oui monsieur. Je surveillerai Avery, m'assurerai de l'avancée des recherches et de mettrai Zabini à la porte s'il le faut. »

-« Non, non… Ne faites pas trop de zèle. Si vous chassez Zabini, Avery donnera le signal à son cher Lucius. Ces deux là font la paire, soyez en certaine, et il ne s'est pas joint à nous pour autre chose. Non, et puis Zabini n'a pas le choix… Il vous obéira sans problème. Reste juste à vous faire accepter par cet être putride qu'est Dirk. Soyez inflexible, mais sans lui montrer trop de force. N'oubliez jamais que votre chère amie Esther a été vendue par ce charognard. Il aime détruire, anéantir. Notre grandiose seigneur avait l'art de s'attacher les services de très grands sorciers, mais aussi des pires ordures qui salissent notre condition. Prenez garde à ce que cache Avery. »

-« Je connais le personnage. Mais je m'assurerai que toute liaison par hibou entre l'Europe et le Caire soit filtrée. »

-« Parfait. Une sorcière avertie en vaut deux ! » Ricana bêtement l'homme au crâne dégarni. « Et souvenez-vous de notre but ultime ! »

-« Je vous rapporterai le trésor de Lavia, Monsieur. Et ainsi le Seigneur des Ténèbres nous rejoindra à nouveau… »

-« …Et pour l'éternité ! » Continua-t-il, levant un verre de champagne pour trinquer à celui que le monde sorcier considérait comme mort.

Tétanisé par ce qu'il venait d'entendre, la jeune sentinelle n'avait plus aucune force pour bouger, prendre ses jambes à son cou et prévenir ses supérieurs. D'ailleurs il ne sentait même plus le froid de cette nuit d'avril, l'humidité de la Tamise qui remontait avec le brouillard. Il avait l'impression d'avoir été pétrifié, l'oreille toujours collée à la fenêtre, un œil balayant fébrilement l'intérieur du numéro onze de ce boyau fétide qu'on appelait rue.

-« Mais ne vous inquiétez pas de me ramener le trésor. Je vous rejoindrai dans quelques jours, Jaylis. J'attends juste de trouver une bonne occupation à ceux qui m'observe un peu trop… Et j'ai déjà mes portoloins qui m'attendent. Vous aurez quelques jours à vous pour faire avancer les choses. Je vous fais entièrement confiance de ce côté là, comme si vous étiez Esther ! Après tout, ne m'avez-vous pas dit qu'elle était votre amie à Durmstrang ? » Lui dit-il avec un sourire paternel.

D'un geste galant, il l'invita à retourner vers la pièce principale. Tandis qu'ils passaient le pas de la porte de la bibliothèque, un croassement sourd se fit entendre.

La sorcière dénommée Jaylis tourna instantanément son visage vers la fenêtre, pendant que son hôte cherchait d'où pouvait venir un tel bruit disgracieux.

Dans la venelle, l'auror releva immédiatement la tête, apercevant une ombre large et noire qui planait dans la brume londonienne. Son mouvement brusque fut perçu par la jeune femme depuis le salon. Relevant la fenêtre à guillotine, elle attrapa le jeune homme au collet, comme on chope un petit voleur à la sauvette dans la rue.

-« Par la barbe de Merlin ! » S'exclama le petit sorcier dans le dos de Jaylis. « Il a dû tout entendre ! »

-« Malheureusement je le crains… » Murmura-t-elle, narquoise, dévisageant sa victime, notant ses hardes moldues usées à la trame, ses mains sales, mais aussi un bout de baguette qui dépassait dans son dos.

-« Nan, nan… je vous promets, j'ai rien entendu ! Je faisais que passer, je cherchais une maison vide où passer la nuit… Je suis sans toit et vous savez, il fait froid dehors. » Hurla sa proie, en se débattant sous la forte prise de sa poigne.

-« Oh, le pauvre garçon. Laissez le Wilkes, il dit probablement vrai. » Le défendit un des invités, ameuté par le bruit qui, dans le dos de la sorcière, essayait de voir ce qui se passait. « Regardez ses vêtements. Ce n'est qu'un clochard… »

-« Jaylis, je crois que Travers a raison. Ce n'est qu'un pauvre hère. Laissez-le aller. » Ajouta l'hôte, soudainement bon samaritain.

L'apprenti espion commençait à peine à reprendre son souffle et retrouver l'usage de ses membres, remerciant intérieurement ses supérieurs pour avoir eu l'idée de lui faire porter ces loques.

Mais alors que la main bandée de Jaylis relâchait progressivement son cou, sans pour autant que son regard s'adoucisse, le corbeau croassa encore une fois. La victime ferma les yeux, devinant que son heure avait sonnée. Et comme un couperet, la voix de la sorcière lâcha une sentence sans équivoque.

-« Il ment ! »

Et la seconde suivante, sa main gauche bandée broyait les cervicales du pauvre fonctionnaire qui avait osé passer par là.

-« Jaylis ! » S'offusqua son supérieur. Ce ne sont points là les manières d'une jeune-femme de votre rang ! »

-« Vous ne me payez pas pour briller dans vos salons, Monsieur, mais pour être efficace. Laissez-moi à ma place et je vous servirai sans objection ! » L'assura-t-elle froidement, d'un simple salut de tête alors qu'elle délaissait sa victime.

Ne trouvant à redire à cela, le petit homme aux cheveux blonds pâles et dégarnis s'éloigna vivement du cadavre pour rejoindre ses convives.

Dans la bibliothèque le silence se fit lourd, pesant. Un battement d'aile le brisa un court moment. Le corbeau de Jaylis Wilkes entra et se posa sur le dossier d'une chaise, quémandant une caresse de sa maîtresse. Une main longue et couverte de bijoux alla flatter le crâne noir de suie de l'oiseau qui exhiba sa joie d'un croassement étranglé. Puis comme ayant compris qu'il en avait le droit, il sauta sur le bureau, avança jusqu'à la fenêtre et, se penchant par l'ouverture, arracha un morceau de chaire fraîche sur le visage du jeune auror. Sa maîtresse l'observa faire, un sourire malsain barrant son long visage.


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Poussant le lourd portail de fer forgé, une longue silhouette vêtue de noir entra dans le cimetière du petit village de Lumphanan. Avançant d'un pas décidé, faisant tournoyer sa robe et son manteau autour de lui, l'individu traça son chemin jusqu'à une petite chapelle familiale de style gothique adossée au mur d'enceinte. Dans la nuit voilée de brouillard, le gable surmontant l'entrée de l'hypogée pointait vers le ciel comme la massue d'un troll voûté.

Les graviers de l'allée crissèrent sous ses pieds lorsqu'il s'arrêta devant la vieille porte rouillée du caveau. La porte grinça dans le silence de la nuit alors qu'elle s'effaçait pour laisser passer l'inconnu. Un pâle rayon de lune, filtrant à travers la brume printanière, éclaira faiblement le mur de marbre face à l'ouverture.

-« Lumos ! » Murmura une voix d'homme, d'un ton sec et décidé.

La lumière artificielle d'une baguette illumina l'espace. Une multitude de plaques de marbre blanc apparurent sur les murs, portant toutes le nom d'un ou d'une sorcière de la famille qui possédait ces lieux depuis plus de deux cents ans.

Sans vraiment prêter attention à qui ils avaient pu bien être, les yeux sombres du sorcier balayèrent les patronymes des défunts. Ignorant la stèle de la jeune Florence N., disparue à 4 mois, ou bien celle de Rébecca S. emportée par une fièvre quelques vingt sept ans plus tôt, celle de son illustre aïeul Augustinus R., tailleur personnel d'un Ministre de la Magie, disait l'inscription, ou encore celle de Sarah C. Mohen, épouse d'un membre influant de la famille, mère adorée, épouse dévouée… Tous ces beaux discours affables avaient le don de le dégoûter encore plus de la race humaine, si cela fut possible.

Mais ce fut devant l'épitaphe d'Esther Lumphanan, que son regard se stoppa. Il s'agissait de la seule stèle portant le nom de famille de sa résidente, probablement une cousine éloignée de la famille. Celle-ci s'exprimait en ces mots simples et justes :
« Sorcière patriote sauvagement assassinée »
« 1955-1979 »

Aucune autre parole ne venait troubler la pureté de cette épitaphe, pas une seule lettre concernant des amis ou de la famille pleurant la défunte. La plaque commémorative était la plus sobre du monde, froide, impersonnelle… Certainement trop semblable à ce qu'était cette chère Lumphanan pour ceux qui la voyaient de l'extérieur. Pour des gens comme la famille Malefoy ou encore le ministère par exemple.

Pensif, le sorcier sembla se recueillir quelques minutes. Puis, repoussant le capuchon de son manteau d'une main bandée d'un pansement, dévoilant ses traits osseux, sa peau cireuse et ses cheveux huileux, Severus Rogue murmura quelques mots d'excuse à la défunte tout en relevant sa baguette. Un nox à peine formulé ramena l'obscurité dans l'hypogée.

-« Cracbadaboum ! » Chuchota-t-il. Immédiatement le marbre de l'épitaphe se brisa pour laisser apparaître une cavité vide et étroite. « Désolé de devoir en passer par de telles extrémités, mais il semble que cela soit de la plus haute importance ma chère ! » Se défendit-il. « Ce fut moi à votre place, vous en auriez fait autant, j'en suis certain ! »


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Cette nuit là, on avait rarement vue pareille affluence au cimetière du village de Lumphanan, car le portail grinça à nouveau sous la main d'un second visiteur. Couverte d'un long manteau rouge vif, la silhouette se glissa entre les tombes couvertes de mousses et de lichens jusqu'à la petite chapelle placée au fond.

Couinant en tournant sur ses gonds mal huilés, la porte du caveau laissa le passage à son second pèlerin. D'un geste aguerri, l'étranger éclaira les lieux de sa baguette, révélant ainsi sa présence et son identité à celui qui se tapissait là, dans l'ombre.

-« Jaylis Wilkes, quelle surprise… Vous ici ? » Persifla la voix cinglante de Rogue.

-« Severus… Très cher, que faîtes-vous donc caché dans l'ombre… et dans un cimetière à une heure aussi indue ? Votre liberté vous manque, vous attendez la nuit pour errer sur les nécropoles comme une chauve-souris à la recherche de proie ? Quand ce pauvre vieillard sénile dort sur ses deux oreilles, vous pensant sagement enfermé dans vos cachots. Pas encore d'overdose de bonbons ? » Lui déballa-t-elle, sarcastique jusqu'à la pointe de sa langue.

-« Non. » Répondit-il simplement. « Mais si Dumbledore était aussi sénile que vous le dites, pourquoi le craindre, et pourquoi attendrais-je la nuit pour sortir ? » Lui rétorqua-t-il froidement avant de disparaître comme par enchantement, par le vantail entre-baillé.

-« Lâche ! » Hurla Jaylis dans le silence oppressant du caveau.

La porte geignit tristement en se refermant d'un tiers, comme poussée par le vent. Frissonnante, Jaylis se détourna de l'entrée pour oublier cette désagréable rencontre. Rapportant son attention sur les noms gravés dans le marbre, elle posa ses yeux vert pâle sur la plaque estampillée du patronyme de son amie.

Sur la belle pierre de Carrare, les veines gris clair striaient sans rupture la surface, ne laissant en rien paraître le forfait accompli par le maître des potions quelques minutes auparavant. Caressant la surface froide et lisse de l'épitaphe, Jaylis s'adressa à celle qui dormait derrière depuis presque trois ans déjà.

-« Je suis désolée de n'avoir pu venir avant, Esther. Mais depuis qu'ils t'ont fait subir… ça, je n'ai de cesse de débusquer les responsables ! Cette harpie de Bellatrix Black a déjà été placée à l'ombre par le ministère, son imbécile de mari avec. Il me manque encore quelques noms. Si seulement tu pouvais parler. Mais je sais… les tombes ne parlent pas ! Je ne crois pas en la nécromancie, ni même en la théurgie, contrairement à toi. Cependant je crois qu'ils se démasqueront les uns après les autres. Selon quelqu'un de bien placé, Dirk Avery ne serait pas innocent… Je pars dans quelques heures en Egypte. Dis toi que je vais mener ton projet à bien !! Esther, je vais trouver le trésor de Lavia pour toi ! Je te le jure ! Et même si cela doit me prendre toute ma vie, je trouverai ce putain de trésor et j'irai occire tes assassins jusqu'au dernier ! Je te le jure sur mon âme ! » Fit-elle serment, sa voix s'amplifiant dans l'hypogée vide.

Puis, comme à regret, Jaylis sortit de la petite chapelle familiale, referma derrière elle la porte aux grincements couverts par les cris de son corbeau, et remonta silencieusement l'allée, plus déterminée que jamais.

Dans un coin du caveau, une ombre bougea. Quand le bruit de la grille du cimetière assura le professeur de potion que la sorcière était partie, il quitta sa cachette, époussetant sa robe et son manteau dans le noir de l'hypogée, à peine baignée de la lueur irréelle de la lune. Avant de sortir à son tour, il tourna une dernière fois le visage vers le cénotaphe d'Esther Lumphanan.

-« Il n'y a pas à dire. Tu avais l'art d'avoir les pires amis qui soient ! Malefoy, Karkaroff, et puis Wilkes… Tu aurais pu mieux choisir. Au moins Argamane était plus régulière. » Lança-t-il, moqueur, à la tombe silencieuse. « Enfin, repose en paix, je crois que Miss Wilkes est prête à aller jusqu'à assassiner Lucius dans son lit et son fils dans son berceau… »

Et à ces mots il s'en retourna, sortit et après quelques pas dans les graviers de l'allée du cimetière, transplana pour Pré-au-lard.


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Ce fut un bruit de pas venant de la bibliothèque qui réveilla Chimrone. Redressant sa tête, ses pattes, précieusement mises au chaud sous sa longue queue, il bailla à s'en décrocher la mâchoire, puis observa sa maîtresse approcher. Il ne lui avait jamais vu cet air aussi grave, ces traits tirés et ce regard aussi déterminé. Elle portait une tenue sobre mais élégante, comme si elle s'apprêtait à sortir pour un rendez-vous galant. Se n'était pas du tout dans les habitudes de Mohen. Il lui semblait que quelque chose ne tournait pas rond.

Cela faisait des heures qu'il dormait pelotonné contre Sigfrid. Des heures que l'allemand, lui qui était toujours comme un essaim de doxy surexcité, ne bougeait plus, ne parlait plus, ne fouinait plus. C'était ce que Chimrone aurait appelé un exploit, si cela n'avait pas tenue de la magie. Car au bout d'un moment, il fallait reconnaître qu'un Jäger inactif avait de quoi vous inquiéter. Pas qu'un fléreur s'inquiète naturellement pour les sorciers ou les moldus, n'allez pas croire ça !

A la faible lueur grisâtre du jour naissant, et sous l'œil attentif du félin, Calista s'approcha du corps rigide de son élève le plus indiscipliné. Non loin de là, dans un fauteuil adossé au mur du salon, Enzo Scapolare avait, tant bien que mal, essayé de veiller son ami, mais le sommeil avait fini par l'emporter.

Tournant ses yeux incroyablement lumineux, dans la pénombre matinale, vers l'animal, la jeune archéomage demanda silencieusement à son ami à poils des nouvelles du dormeur. Sans un seul miaulement, Chimrone lui expliqua d'un simple geste en enfouissant ses yeux sous ses pattes pendant quelques secondes avant de relever la tête vers le visage de la sorcière.

Mohen eut un sourire d'amusement devant les mimiques du félin, puis un éclair de tristesse passa dans son regard quand elle revint au jeune allemand. Après quoi elle tourna des talons et s'adressa à une petite ombre qui attendait à la porte du salon.

S'il y avait bien une créature que Chimrone n'aimait pas plus que ça dans cette maison, il s'agissait bien du djinn. Il avait beau savoir qu'ils appartenaient aux créatures magiques les plus intelligentes, après les fléreurs bien sûr, il ne pouvait passer devant Nouriah sans ressentir un long frisson lui parcourir l'échine jusqu'au bout de sa queue. Les deux orbes vertes de cet être du désert avait un aspect dangereux, perdus comme ça au milieu d'un corps sombre caché sous des loques vieilles de plusieurs siècles.

Pourtant Chimrone savait à quel point Calista avait confiance en son jugement. De tout temps les djinns avaient été les amis des plus grands sorciers uniquement. Contrairement aux fléreurs qui cherchaient le contact enrichissant des mages, les djinns, fils du désert et de la foudre, fuyaient les hommes. Leurs petites communautés vivaient loin de toute civilisation magique ou moldue. On rapportait même que certains d'entre eux aimaient chasser les humains qui s'aventuraient sur leurs territoires. Maîtres dans les arts de l'illusion, certains sorciers les tenaient pour responsable de ce que les moldus nommaient les mirages. Mais ces djinns là, ceux que craignaient les touareg et les bédouins, n'étaient que des renégats, mis au ban par leurs semblables pour avoir enfreint leurs lois, des marginaux dont Nouriah ne faisait pas parti.

Chimrone n'avait jamais parlé à Nouriah, il ne savait même pas si la petite créature sombre pouvait parler le langage des hommes et encore moins le sien. Mais il le devinait associé à sa maîtresse pour une question d'honneur. Les fléreurs comprenaient ce genre de chose.

Lorsque Mohen eut fini de parler au djinn, elle prit sous son bras une pochette pleine de parchemins et quitta la pièce. Nouriah s'approcha silencieusement des deux sorciers endormis et, assis face au félin, attendit patiemment qu'un des deux s'éveille. Frémissant de cette proximité, Chimrone referma les yeux pour échapper à la présence ensorcelante de son vis à vis. A la magie de ces yeux trop verts pour être honnêtes.


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Lorsque la bibliothèque universitaire de Dionysias ouvrit ses portes, ce matin là, il se trouvait déjà un visiteur en train de faire les cent pas devant. Le vieux bibliothécaire ôta les verrous d'un tour de baguette puis laissa le passage au jeune homme qui trépignait pour entrer.

Aimery Mortemer se précipita immédiatement, sans un bonjour ou un merci, vers la section traitant des objets magiques. Il devait en avoir le cœur net, comprendre exactement comment un Syna avait pu se retrouver dans la réserve d'archéomagie médiévale, sans pour autant être inscrit sur la liste du mobilier présent.

Après avoir consulté l'intégralité des livres parlant des Syna, ce qui signifiait en tout et pour tout les trois encyclopédies d'archéomagie mondiale disponibles à Dionysias, et un unique ouvrage sibyllin en langue germanique qu'il ne pouvait comprendre parfaitement sans l'aide de Sigfrid.

Ce qu'il avait lu était, ni plus ni moins, ce qu'il savait déjà. Un Syna était un vase sacré pour les peuples nordiques, plus communément appelés Vikings, Normands ou Scandinaves. Il servait aux prêtres pour leurs séances de divination.

Ce qu'il ignorait était que ces cratères nordiques réagissaient toujours différemment à la magie, en fonction de la personne qui se penchait au dessus.

Pour le premier cas, celui d'un sorcier commun, il n'y verrait rien, ou presque. Juste son humble reflet. Qu'un sorcier plus doué s'y penche, il pourrait percevoir le présent. Mais pas n'importe lequel. Il pourrait ainsi observer les êtres qui lui seraient les plus chers en son cœur. C'était un point qu'Aimery ignorait. Le Syna n'était donc pas placé là pour que quelqu'un aille rejoindre Calista. Ce devait être un curieux hasard.

Poursuivant sa lecture, en se mordillant un coin des lèvres et en passant continuellement une main dans ses cheveux courts, depuis longtemps décoiffés, l'étudiant français apprit qu'il existait pourtant aussi des sorciers qui pouvaient voir le passé dans un Syna. Ce vase magique portait bien son nom d'œil du sorcier. Enfin, un dernier cas, le plus rare, celui des prêtres qui autrefois l'utilisaient, quelques rares élus pouvaient y deviner aussi l'avenir.

Cependant cette dernière possibilité était si rare que le livre affirmait qu'on n'en avait point rencontrer depuis le seizième siècle… Tout en sachant que l'ouvrage n'était pas de la prime jeunesse, son édition accusant au moins deux cents ans d'âge.

Le tome allemand de « La divination selon les peuples scandinaves » ne lui enseigna rien de plus, bien qu'il fut plus récent, si ce ne fut qu'il existait en tout et pour deux uniques exemplaires de cette merveille légendaire et oubliée, l'une au musée archéomagie d'Oslo, l'autre à Berlin, dans la section des arts magiques du musée de la Préhistoire et de la Protohistoire.

En clair, il n'existait nulle part ailleurs d'autres Syna… Celui de l'université devait être le troisième encore intact au monde. Une pièce unique, légendaire, et qui à coup sûr n'avait rien à faire en ces lieux. Tous les ouvrages s'entendaient sur une chose, les Syna étaient tombés en oubli depuis plus de mille ans. Mille ans, pour le tome qui datait de mille sept cent soixante-dix-sept, cela impliquait le huitième siècle. Alors comment expliquer que quatre cents ans plus tard, un Syna se loge dans les restes d'une vieille ville, et qu'il soit retrouvé par des archéomages quelques huit cents années après ?

Rien ! Rien ne l'expliquait et s'était bien là le problème qui se posait à Aimery.

-« Un de plus, un de moins… on est plus à ça près. » Murmura le français en se grattant furieusement le crâne.

-« Ça n'a pas l'air d'aller… » Dit alors une voix, au fort accent anglais, tout près de lui.

Sursautant sur sa chaise, Mortemer releva la tête pour se trouver face à un visage qu'il connaissait bien. Toujours aussi petit et rond qu'un chaudron, son crâne dégarni aussi poli qu'un miroir antique, Archimède Goosemore se tenait devant lui avec une pile de vieux grimoires dans les bras. Sa présence avait, en ces lieux, quelque chose d'aussi incongrue que celle d'un troll dans le magasin d'un apothicaire. Le moins que l'on put dire était que Goosemore n'avait pas la tête de l'emploi. Il avait le regard affûté du chasseur, pas celui rêveur du professeur ne souhaitant que transmettre son savoir.

Pourtant, à bien l'observer, il n'y avait plus cette étincelle de vie dans ses yeux pâles qui, autrefois, le rendait si sympathique à ses élèves. Il semblait même très las, Aimery ne lui trouva pas bonne mine. Il avait maigri, sa robe brune flottait sur son corps.

-« Juste quelques incongruités de l'archéomagie. » Répondit l'étudiant.

-« Ah oui, et vous n'avez certainement pas fini d'en voir. Depuis que je suis enseignant, je ne compte plus les choses illogiques que… Oh ! Et sans parler des copies de mes élèves de première année, bien entendu !! » Malgré sa fatigue bien visible, Archimède ne pouvait cacher sa bonne humeur permanente avec sa voix enrouée.

-« Vous êtes malade ? » Demanda Mortemer, compatissant.

-« Non, non, trois fois rien ! Juste un mauvais courant d'air. Il y a des moments comme ça… » Dit-il, rejetant toutes autres questions pouvant venir. « Mais dites-moi. Qu'est-ce qui vous tracasse ? Parfois le regard d'un professeur peut venir en aide à l'élève le plus doué… » Murmura-t-il avec un ton de conspirateur.

Un sourire amusé vint fendre en biais le visage toujours aussi austère du jeune sorcier français. S'il y avait bien quelqu'un qui devait en voir de toutes les couleurs avec leur tyran de directeur, il devait s'agir de Goosemore. Cet homme était trop bien pour cette université et son calife. Que lui, élève, pâtissât des remarques acerbes de ce singe égyptien, il s'en moquait, il avait vu pire avec les camarades de son cousin, à chaque vacances étant plus jeune. Mais qu'un homme bon comme le pain tel que Goosemore fusse la victime des sarcasmes désobligeants de ce mielleux personnage… Mortemer sentit la colère lui chatouiller l'échine.

Cependant au moment de répondre à la proposition du vieil Archimède, Aimery ne put résister à poser une question toute autre que celle qui lui chatouillait l'esprit depuis la première heure du matin.

-« Que savez-vous, Professeur, sur le trésor de Lavia ? »

-« Oh, mon garçon !… » S'exclama le vieux britannique, visiblement choqué qu'un honnête élève lui demandât cela. « Par la corneille de Morrigan ! Ne me dites pas que vous faites partie de ceux qui… enfin, vous voyez quoi… ? » Dit-il, gêné, avec un moulinet des bras qui ne disait pas grand chose à son interlocuteur.

-« Les anglais qui le cherchent ? » Hasarda Mortemer.

-« Malheureusement… Je suis passé par le bureau de Tancrède, enfin Monsieur Ibn Snaï, en venant ici. Il éructait contre ces vandales britanniques qui ont saccagé Crocodilopolis et, la nuit dernière, le site de Dimeh. J'ai eu beau lui dire qu'il n'avait aucune preuve, essayer de le raisonner. J'avoue moi même être de son avis. Le trésor de Lavia est la pire des choses que l'on puisse sortir de l'ombre dans laquelle il a été plongé ! »

-« Que voulez-vous dire ? Que le trésor n'est en rien une richesse, un bienfait… un trésor ? »

-« Oh non mon garçon ! C'est tout le contraire. Enfin, rien n'est moins sûr, et c'est bien là le problème. Mais, comprenez moi, il semble que cette chose, ce « trésor » soit plus une arme terrifiante qu'un don du ciel. Faites confiance au vieil Archi… Et je peux même vous faire une confidence, si vous me promettez de n'en rien dire à qui que ce soit ! »

-« Je vous le promets ! Je n'ai rien à voir avec les idiots qui cherchent le trésor, je suis plutôt à la recherche d'informations pour leur mettre des bâtons dans les roues, voyez-vous… » Susurra-t-il au vieux sorcier, en se penchant par dessus sa table de travail.

-« Très bien, alors voilà… Je passe chaque jour assez de temps dans le bureau du directeur, et j'ai pu entendre des choses, qui, ajoutées à d'autres plus anciennes, m'ont fait entrevoir toute l'horreur de la situation si cela tombait entre les mains de cet Avery et de ses complices… » Expliqua-t-il au jeune français.

Prêtant consciencieusement l'oreille aux paroles de son professeur d'Histoire, Aimery se garda de montrer sa surprise à la découverte qu'une telle amitié, entre le britannique rondouillard et l'égyptien rusé, avait pu se lier. Silencieux, il continua d'écouter.

-« Après avoir, de nombreuses fois, entendu Tancrède, eeuhhmm… Monsieur Ibn Snaï, parler du trésor de Lavia, j'en suis venu à déduire au moins une chose de tout cela. »

-« Laquelle ? » Ne put s'empêcher de demander vivement le jeune français.

-« Cette chose, quelle qu'elle soit, qui dort sur le sol d'Egypte n'est en rien un trésor et n'est que de très loin liée à Lavia. »

-« Comment ça ? » S'étonna l'étudiant. « On l'appelle pourtant le trésor de Lavia. »

-« Oui, mais cela c'est parce que l'histoire raconte que Lavia organisa, avec d'autres certainement, une surveillance pour les années et les siècles à venir autour du lieu. On nomma ainsi ce qu'ils protégeaient du nom de son premier gardien… »

-« Mais si Lavia protégea les lieux et s'arrangea pour que d'autres prennent sa relève, pourquoi… pourquoi pas ses descendants ? »

-« Vous en connaissez beaucoup des descendants de Lavia, vous ? » Demanda ironiquement Goosemore. « Non, ne cherchez pas plus loin. Lavia n'a jamais du se marier, contrairement à ce que disent certains… et la descendance des Lavia est morte avec lui. Par ailleurs, on dit qu'il aimait profondément sa sœur… »

-« Je pense que sur ce point vous vous trompez Professeur. » Rétorqua Aimery, sèchement tout en se mordant les lèvres pour ne pas en dire plus.

-« Peu importe. » Répondit le vieux sorcier, presque secoué par le ton sans réplique de son meilleur élève. « Une chose est indiscutable, ce « trésor » fait partie des ces choses issues de l'ancienne magie qu'il ne vaut mieux pas déterrer. J'espère que Lavia a pensé aussi à quelques sortilèges pour protéger les lieux… et pas seulement à des sorciers. Une poignée de gardiens risquerait de ne pas faire le poids contre ces imbéciles de fanatiques… Merlin seul sait ce qu'ils veulent faire de ce trésor maudit… »

-« Oui, je le crains… » Murmura Mortemer, plus pour lui-même qu'en réponse aux doutes du britannique.

-« Ce que je me demande par contre, c'est la raison pour laquelle ils ont laissé des indices derrière eux… »

-« Des indices ? » S'enquit le jeune sorcier. « Quels indices ? »

-« Les indices pour retrouver le trésor ! Car eux, ils existent bien ! Alors pourquoi choisir une poignée d'hommes pour protéger quelque chose qu'on ne veut pas voir trouvé… et laisser des indices pour le retrouver ! C'est ça que je ne comprends pas dans cette histoire. » Commenta le vieil homme, en se passant une main sur son crâne lisse.

-« Les indices… mais oui ! C'est ça ! Les indices ! » S'exclama Aimery en rangeant précipitamment ses livres. « Merci pour tout Professeur. Je crois que j'ai compris comment les arrêter. Je crois même qu'ils ne pourront pas trouver le trésor… Si trésor il y a. »


OoOoOoOoO


En descendant les escaliers de son immeuble ce matin là, Mohen n'avait pas tout à fait l'impression d'être la même que la veille. Elle avait la sensation qu'une porte inconnue de son esprit s'était ouverte et refusait de se refermer, annihilant ses indécisions. Cependant, elle se sentait enfin elle-même, comme libérée d'un boulet qu'elle aurait traîné depuis l'enfance, ou bien d'un verrou qu'on aurait apposé sur son subconscient.

Un sourire furtif se dessina sur ses lèvres. L'idée n'était pas loin de la vérité. La nuit dernière, Calista avait réveillé ce qui depuis des années sommeillait en elle, cette source de puissance et de savoir qui lui avait déjà coûté cher. Elle se l'avait pourtant promis… Mais ce qui se préparait l'obligeait à déployer tous les moyens possibles, et cette fois elle ne reculerait devant rien. Qu'importe ce qui arriverait, elle savait bien qu'Il lui faisait suffisamment confiance pour ne pas lui en vouloir. Entre un troll ou un mangemort, il fallait bien choisir… Elle avait opté pour le troll, se dit-elle, retenant un rire nerveux.

C'est à ce point de ses pensées que l'anglaise arriva devant la succursale de Gringotts. Avec automatisme, elle caressa les lions de l'entrée, s'annonça au grincheux petit personnage de la porte et s'engagea dans un dédale de couloirs.

Dans le bureau que partageaient Avery et Zabini, elle ne rencontra aucune âme qui vive. Visiblement, il n'y avait encore personne d'arrivé à cette heure matinale. Alors pour échapper à cette atmosphère pesante qui régnait toujours dans cette pièce perpétuellement fermée, elle tira les lourds rideaux qui arrêtaient la lumière directe du jour et ouvrit la fenêtre.

Dehors, dans la ruelle cairote, la vie était bien présente. Des vendeurs ambulants haranguaient les passantes pour leur vendre le dernier ingrédient manquant avant les festivités du week-end pascal, des enfants s'amusaient avec un vieux ballon, des chiens aboyaient après eux, et les hommes se préparaient pour la prière hebdomadaire à la mosquée. En somme, c'était presque un vendredi comme les autres.

Quand le soleil égyptien perça au dessus des toits, Calista tourna son visage vers lui. Puis levant ses bras vers l'astre diurne, elle le salua, fermant les yeux pour mieux apprécier la chaleur qu'il répandait dans son être nouveau. Elle se sentait comme un nouveau né, découvrant la vie, le bruit et la chaleur.

Oui, elle était nouvelle. Comme un enfant… mais l'innocence en moins ! Non, on ne pouvait parler d'innocence quand on parlait d'elle !

-« Et cette nouvelle Calista Mohen n'aura plus aucun scrupule. » Murmura-t-elle dans l'air encore frais du matin.

Mais l'ancienne en avait-elle vraiment ?

Avec un sourire presque délétère, elle laissa une vieille prière remonter les siècles de sa mémoire sans borne. Dans un mélange de grec ancien et d'assyrien, elle prononça les mots que, des millénaires avant elle, ses ancêtres déclamaient au Phébus céleste.

Ô toi Seigneur de Délos à l'œil omni voyant, d'or tout nimbé quand tu délivres oracles et prophéties, écoute la juste prière que t'adresse ton humble serviteur. Car des hauteurs où tu habites, tu vois toute l'étendue de l'éther infini et celle de la terre fortunée. Et lorsque sur le monde tombe la nuit aux yeux d'étoiles, tu perçois tout en bas les racines et les confins de l'univers, puisque tu es début et puisque tu es fin de toutes choses. Permets l'accomplissement de tes desseins, envoie à ta modeste servante celui qu'elle attend. » Déclama-t-elle, bras levés vers les cieux d'un bleu de smalt.

Quand elle ramena son regard au niveau de l'artère cairote, laissant doucement son esprit redescendre vers une dimension plus terrestre, elle se demanda d'où avait pu venir cette étrange impulsion à la vue du soleil. Elle n'avait jamais été vraiment ce qu'on pouvait appeler une croyante en quoi que ce soit, si ce n'était en ses propres capacités. Quand elle avait dû, pour le ministère, se plonger dans les plus anciens et plus nébuleux grimoires traitant de Théurgie, sa plus grande difficulté avait été d'imaginer avoir la foi en quelque chose d'invisible, d'indétectable comme put l'être un Dieu… Elle n'était pas de ceux qui, malgré la magie, croyaient toujours qu'une force invisible régissait l'univers.

Cependant, ce matin là, elle avait soudainement l'impression d'avoir fait fausse route pendant ses vingt-six dernières années. Car devant elle, traversant la rue à grands pas décidés, sa proie approchait.

A suivre...


Quelques notes pour vous :
La Théurgie : Magie divine, basée sur le culte à un ou plusieurs Dieux...
Syna : Mot scandinave voulant tout simplement dire "oeil"... Le reste est de mon invention, bien que ce genre de croyance, un vase dans lequel on voit l'avenir, se retrouve souvent!


OoOoOoOoO


Voila!!!
J'espère que la lecture vous aura plu... remarquez qu'on apprend des choses, pas mal de choses! nan?
Bonne Année 2007!!

Et soyez gentils... prennez la bonne résolution de laisser une review à l'auteur!!