Hello tout le monde!!
Et non, Kaly n'est pas encore morte, sa fan fiction continue... Mais j'ai simplement mi un peu de temps à écrire ce chapitre!
Sans attendre, je vous laisse lire!!
Bonne lecture!
Chapitre 18 . Le démon dans sa chair…
"'Cause there's a hole in my soul,
That's been killing me forever. It's a place where a garden never
grows, There's a hole in my soul ,Yeah, I should have known better,
'Cause your love's like a thorn Without a rose",
Hole in my Soul,
album Nine Lives, Aerosmith.
Le froid tira Sigfrid Jäger de la profonde léthargie dans laquelle il lui semblait avoir été plongé des jours durant. Son premier réflexe fut de se frotter énergiquement les yeux, d'étirer ses bras et ses jambes comme un gros chat, puis enfin de regarder où il se trouvait. Etendu sur un sol dur et inégal où il n'y avait aucun tapis ou coussin, il leva la tête au plafond et détailla les murs.
Serait-il tombé de son lit ?
Non, les murs de pierre noire n'avaient rien de commun avec son coquet petit appartement cairote. Et une autre chose lui était certaine, il ne se trouvait pas dans le salon du professeur Mohen. Non, certainement pas ! Il devait même en être très loin…
Se redressant, Sigfrid nota que le sol, en plus d'être froid et dur, était humide sous ses mains. La lumière, très chiche, venait d'un soupirail percé dans un des quatre murs sombres qui l'entouraient.
Fermant les yeux pour essayer de se rappeler quelque chose, ses autres sens se réveillèrent. Il entendit sans aucun mal des râles, comme venus des pierres, des cris inhumains, des plaintes.
Rouvrant ses paupières, s'habituant petit à petit à la pénombre, il détailla plus nettement les lieux : en tout et pour tout dix mètres carrés. Une niche de pierre avait été pratiquée dans une des parois, assez longue pour qu'un corps s'y allonge, trop peu haute pour qu'il y reste assis. Cette pièce n'avait pas été prévue pour une villégiature, ni plus ni moins une cellule, une prison.
-« NNNNNNNNNAAAANNNNNNNNNN !!!!! LAISSSEEEZZZZ MMOOIII !!! » Hurla soudainement une voix toute proche du jeune allemand.
Sigfrid sursauta et pivota sur ses pieds pour voir d'où venait ce cri. Dans un angle opposé à la couchette, une silhouette, recroquevillée sur elle-même, se balançait d'avant en arrière. Cherchant un moyen d'y voir plus clair, l'étudiant fouilla ses poches. Mais il comprit vite qu'il n'avait plus sa baguette sur lui. Alors, avec précaution, il avança vers la petite chose qui s'agitait comme une fée mise en bouteille.
-« Noonn… nooonnn… piiiittiiiééé !! J'vous jure, j'voulais pas, comprenez moi ! C'était moi ou lui. J'voulais pas ! Pas fais exprès. Voulais pas… » Répétait la voix indubitablement masculine.
De ce que la clarté réduite, issue du soupirail, lui laissa voir, Jäger discerna un corps recouvert de loques noires et d'une tignasse sombre et fournie.
-« LAAAAACCHHEEEEE MMMMMMOOOIIIIIIIII !!!!! » Lui hurla l'individu, en se dressant subitement comme un Inferus hors de sa tombe.
Comme figé par un Stupefix, le jeune homme n'osa plus bouger, ouvrant grands ses yeux bleus pour détailler le visage qui lui faisait face. Le prisonnier n'avait pas un regard normal, au contraire c'était celui d'un fou, d'un halluciné, avec ses yeux pâles qui en paraissaient blancs tant ils étaient vides, hagards. Une barbe de plusieurs mois, si ce n'était de plusieurs années, lui dévorait les joues et le menton, abritant sans aucun doute vermines et maladies.
Le froid des lieux se fit plus intense quand la lumière, qui entrait par l'unique ouverture à l'air libre de ce trou à rat, se raréfia. Cherchant la raison de cette totale obscurité, Sigfrid leva la tête au plafond.
Ce qu'il vit lui arracha un cri d'exclamation. Pourtant, son compagnon de cellule ne réagit pas de la même façon. Se tournant vers le mur le plus proche, ce dernier se lança dans une tentative bien vaine de s'y fracasser le crâne. Hurlant comme un forcené, chargeant malgré le sort évident qui avait été jeté sur les pierres, il ne réussissait qu'à se faire repousser par la muraille à chaque coup qu'il se portait.
Lorsque l'horrible sentinelle en eut assez, elle s'éloigna et un minable rayon de lumière put revenir éclairer le décor. Sigfrid n'était pas certain de ce qu'il avait vu, pourtant, au fond de lui, une petite voix lui murmurait qu'il s'agissait bien d'un détraqueur. Etait-il mort pour ne plus en ressentir les effets désagréables d'ailleurs ?
Il savait ces êtres assoiffés de la détresse et des malheurs des autres. Et bien peu de lieux au Monde étaient entourés de détraqueurs. A vrai dire, il en connaissait un seul, la pire de toutes les prisons du monde magique, perdue au nord des îles britanniques sur un îlot sauvage… Azkaban.
A cette pensée, une seule question lui vint à l'esprit : comment se trouvait-il ici ?
-« Pourquoi moi… pourquoi moi ? » Murmura le prisonnier tout prêt de l'Allemand. « Qu'ai-je fait de mal pour vivre ça ? Pourquoi m'a-t-Elle condamné à ça ? Combien de temps vais-je devoir souffrir ainsi pour qu'ils me lâchent ?... Je ne voulais pas te tuer… mon ami… mon frère… Dis lui ! Dis lui qu'Elle doit m'innocenter !!!!!!!!! » Sanglota-t-il, se laissant tomber à genoux face à son mur.
Las d'écouter les lamentations d'un prisonnier errant entre prise de conscience et folie, Sigfrid se détourna de l'individu. Levant son bras droit vers le soupirail, il put discerner la muraille au travers, comme si son corps n'était plus qu'un faible écran de fumée.
Cette fois, il n'eut aucun doute, il était bien mort et rien d'autre qu'un fantôme.
-« Un fantôme errrant dans Azkaban, quelle jolie perrspectife de fie éterrnelle ! » Ironisa Sigfrid pour lui-même.
Quand les pleurs du détenu s'arrêtèrent, ce fut pour faire place à une autre de ses phases d'hallucinations.
-« Ainsi avance la Mort, grande faucheuse. » Proclama-t-il tel un prophète, levant ses bras décharnés au dessus de sa tête. « Mais vous qui imaginez une femme noire, toute de sombre vêtue, détrompez vous. Voici venir son plus humble serviteur, d'or est son casque, immaculée est sa cuirasse. » Sa voix prit une inflexion dramatique.
-« Il aurrait du fairre acteurr… » Se moqua l'unique spectateur.
-« Le corbeau blanc vous surveille et cueille de ses bras qui le désire ou le fuit. Craignez qu'il ne s'attarde sur vos têtes ! » Reprit-il, clamant son présage qui résonnait dans la petite pièce au plafond très haut.
Derrière les murs de la cellule, Sigfrid entendit des pleurs, des hurlements et des ricanements reprendre, comme déchaînés par l'oracle macabre du prisonnier fou.
-« Ô toi, ami, sorcier qui ne craint ni la Vie ni la Mort, plie genou à son passage pour que son bec épargne ta nuque. » Hurla le captif en tournant ses yeux vides vers le fantôme qui flottait dans son cachot.
-« Complètement fou… » Lui répondit l'allemand.
Mais le pauvre homme ne sembla pas percevoir sa remarque. Après sa diatribe, il retomba en léthargie, les bras ballants le long du corps, sa tête mollement inclinée sur une épaule, observant son mur.
-« Oui et non… » Réagit une voix calme dans l'ombre, comme navrée du spectacle qui s'offrait au jeune homme. « Il fut un grand, un puissant sorcier… à sa manière. Mais la présence perpétuelle des détraqueurs commence tout juste à avoir raison de ses remparts… Bientôt il ne réagira même plus à leurs passages. Il ne bougera plus, jusqu'à s'éteindre lentement sur sa couche… »
Fermant les yeux et serrant les poings pour ne pas hurler de surprise, Sigfrid prit sur lui avant de chercher l'origine de cette réponse. Quand il battit à nouveau des paupières, il vit une grande créature, massive, imposante et qui prenait toute la place encore libre dans la cellule. De longues plumes d'un noir brillant couvraient son corps à tête de rapace, ses pattes se terminaient par d'énormes griffes semblables à l'airain, et à l'extrémité de sa croupe rebondie une longue queue se balançait en fouettant l'air frais.
Clignant des yeux plusieurs fois pour être sûr qu'il n'était pas atteint de la même maladie que le locataire de cette pièce, l'étudiant germanique comprit qu'il était face à une créature aussi originale que rare : un griffon !
Ce dernier inclina sa grosse tête dans un angle favorable pour observer son interlocuteur, laissant son œil gauche rouler dans son orbite en détaillant le sorcier.
-« Je suis bien ce que tu vois… n'aie crainte, je ne suis pas le serviteur de la Mort dont Tuomas parlait à l'instant. »
-« Tuomas ? Cet homme est Tuomas ? C'est impossiple ! »
-« Tu le connais ? Pourquoi impossible ? Lorsqu'on enfreint la Justice, Elle se retourne un jour ou l'autre contre vous… Il est malheureux de le voir dans cet état, mais pourtant, c'est bien lui. »
-« Mais… que fais-je afec lui ici ? J'étais à Samarrie ! »
-« Hummm… Visiblement, Tuomas n'a pas perdu toutes ses facultés donc… Intéressant, intéressant... Samarie dis-tu ? » L'œil d'encre du griffon parcourut le corps brumeux du jeune sorcier. « Tu viens de Samarie ? »
-« Non ! Il me montrrait Samarrie ! Je fiens du Cairre… »
-« Le Caire… Humm… quelle coïncidence… »
-« Fous connaissez le Cairre ? »
-« J'ai connu… Après Suse, Persépolis, Babylone et tant d'autres … Oum el-dounya l'appelait-on à l'époque. »
-« Qui êtes-fous ? » Murmura l'allemand.
-« Admantinos d'Ionie. » Se présenta-t-il, pliant les pattes antérieures jusqu'à ce que son bec touche le sol, en un salut des plus nobles.
-« Defrrai-je connaîtrre ce nom ? » Demanda poliment Sigfrid.
-« Je ne sais pas… certains le connaissent, d'autres pas… » Répondit évasivement la créature en penchant son crâne d'un côté et de l'autre de son cou massif.
-« Cela ne me dit pas ce que fous êtes. Un grriffon, je le fois… »
-« Et ce que sont les griffons, jeune homme, ce qu'ils sont vraiment, le savez-vous ? »
-« Nein… »
-« Alors louez Merlin… il est en ce monde des choses que l'on ne voudrait jamais savoir. »
-« Je dois êtrre de naturre trrop currieuse… » Lui répondit l'insoumis garnement germanique, le défiant du regard.
-« Vraiment ? La curiosité… la curiosité… » Répéta la voix caverneuse. « C'est ce qui l'a mené ici, voyez-vous ! » Ajouta-t-il, en donnant un coup de tête vers la forme recroquevillée. « Curiosité pour le Mal, curiosité pour l'Intouchable… Amour de l'art aussi. »
Puis le griffon émit un étrange rire qui résonna dans son bec.
-« Moi aussi, je suis de nature… curieux ! Il ne me semble pas connaître votre nom, jeune sorcier arrogant… »
-« Sigfrid Jäger… » Prononça-t-il avec fierté, redressant le dos, bombant le torse malgré lui.
-« Jäger… Jäger… Un lien de parenté avec la famille allemande de chasseurs de vampires ? » S'étonna le griffon.
-« Je le crrains… » Murmura-t-il en retour, retrouvant sa posture nonchalante.
-« N'ayez pas honte de vos ancêtres. Leur temps et le vôtre n'ont rien à voir, laissez couler leurs erreurs comme de l'eau sur un rocher… Ils ont forgé votre présent, comme vous forgez l'avenir de ceux qui vous succéderont. Chaque sorcier n'est qu'un grain de poussière dans un océan de forces qu'il méconnaît. »
-« Selon fous, les sorrciers méconnaissent la Magie alorrs ? » S'étonna l'allemand.
-« Comme des Béotiens ! » Siffla la créature, moqueuse.
-« Alorrs, enseignez-nous… dites-nous ce que nous ignorrons… » Le provoqua l'étudiant.
-« Pensez-vous que les sorciers écoutent les griffons ? Pour vous autres, je suis une créature qui n'existe plus depuis bien longtemps. Disparue ! Je ne vais pas m'en plaindre. Pendant ce temps, plus personne ne court après mes plumes au moins ! J'ai enfin la paix… » S'exclama-t-il, sa voix d'outre tombe pleine de cynisme. Puis il reprit plus lentement, baissant la tête avec désespoir. « Mais je suis le témoin immobile de la catastrophe vers laquelle tend votre monde… »
-« Catastrrophe ? »
-« Depuis quelques temps, les mages noirs se succèdent. Un premier disparaît, mais un autre prend sa place… C'est un cycle infernal. La preuve que votre magie est arrivée à bout de souffle. Gangrenée, comme un cancer qui la dévorerait de l'intérieur. »
-« Cancerr ? La constellation ? » S'étonna Sigfrid.
-« Non, une maladie que les moldus combattent depuis des décennies… Une maladie qui touche les corps trop fatigués, ceux que l'on a trop sollicités. Alors il se passe une évolution indésirable, une réaction … De la même manière, des esprits trop frileux ont concentré la Magie dans des carcans qui ne lui conviennent pas, alors elle se rebelle… »
-« Fous êtes en trrain de dirre que la Magie noirre est une ponne chose ? »
-« Bonne, mauvaise… Quelle signification absurde… Je ne suis pas en train de bénir vos mages noirs. Qu'importe l'idée, c'est comment on l'applique qui compte. Magie noire, magie blanche… Stupide dualité moyenâgeuse sans raison d'être ! Selon votre vision, chers sorciers, toute créature en ce Monde possède une part de beauté et une autre de laideur… La beauté ne signifie pourtant pas la grandeur d'âme et la laideur n'est pas toujours symbole de méchanceté. Permettez, Messire Jäger, que j'y oppose ma version personnelle. La vie d'un griffon n'est pas aussi ridiculement courte que celle d'un sorcier, alors ma vision des choses se trouve forcément différente. Noir et blanc… Voici quelque chose de bien ridicule, non ? Une manière de résumer la Vie. Mais la Vie peut-elle être résumée en deux mots ? En deux camps, magie noire, ou magie blanche ? »
-« Quelqu'un m'a un jourr tenu un discourrs trrès prroche… » Répondit le sorcier. « J'afoue que je ne pense toujourrs pas comme elle… Carr n'y a-t-il pas la lumièrre et l'opscurrité ? L'eau et le feu ? La fie et la morrt ? »
-« Justement ! » S'exclama le griffon. « Toujours cette même dualité ! Ridicule, stupide, typiquement humaine. Car la vie et la magie sont constituées de façons similaires ! Pleines de couleurs, bien plus qu'un arc-en-ciel, telles de géants kaléidoscopes. » Clama la créature. « Il n'y a pas que les sorciers et les moldus sur ce Monde, il fourmille de tas d'autres créatures, êtres et civilisations perdues ou encore existantes. Il n'y a pas que le bien et le mal, il y a une infinie de possibilités, de chances, de voies… Chacun la sienne ! »
-« Justement… les sorrciers ont choisis une foie, les grriffons une autrre… »
-« Les griffons… Jeune fils d'homme, sache que les sorciers ont raison ! Les griffons n'existent plus. Nous avons consumé notre civilisation, notre propre race… Enfin, les vôtres nous y ont grandement aidés, il faut le reconnaître. Et aujourd'hui, je me trouve être le dernier… » Expliqua-t-il, levant le bec bien au-dessus de la tête de son interlocuteur, vers le soupirail, pour ne pas montrer sa peine. « Et entre toi et moi, je pense que du coup je mérite bien mon surnom… Admantinos le bien nommé ! » Se reprit-il, inclinant son gros crâne vers Sigfrid et lui faisant un clin d'œil. « Mais assez parlé de moi… Que fais-tu à traîner dans une prison, âme perdue sans corps ? »
-« Comment ? » S'inquièta le fantôme. « Com… comment ça, âme perrdue sans corrps ? Pourrtant je… je ne suis pas morrt… Je m'en soufiendrrais… »
-« Non, tu n'es pas mort. Mais tu disais venir de Samarie… tu es bien loin de chez toi… »
-« Le Cairre, je fiens du Cairre… Lui… » Il montra le prisonnier. « Tuomas m'a montrré Samarrie. Le rreste, je ne m'en soufiens pas. »
-« Tuomas, comme tout sorcier crétin de son espèce, sait ouvrir le Temps, mais pas toujours le refermer correctement. Et je crois que ça l'amuse… » Lui expliqua le griffon en fixant un regard noir sur le dos du détenu qui n'avait toujours pas remarqué leur présence.
-« Comment… comment fais-je fairre pourr rrentrrer ? J'ai des amis, ils doifent êtrre inquiets… »
-« Je peux peut-être t'aider… » Miaula la créature magique en inclinant sa tête pour fixer à nouveau son gros œil sombre dans ceux pers du jeune germain. « Mais en échange, je vais te demander une faveur. Car tout service mérite salaire, j'accepte de contribuer à ton retour, contre une rétribution de valeur équivalente… Tu vois, donnant, donnant… »
-« C'est parrce que fous demandez toujourrs quelque chose en rretourr que fos congénèrres ont disparrus ? » Ironisa le sorcier.
-« Non… Huumm humm… » S'amusa le ténébreux griffon. « C'est parce que nous pouvons exaucer les vœux, que les sorciers nous ont chassés… Nos plumes aussi ont certaines vertus magiques… Mais ne t'inquiètes pas, je n'ai jamais dévoré d'humain. Du moins, plus depuis la ruine du Didymaion… Et que puis-je avaler dans un esprit en déroute ? Ah Ahahahah !! »
A ces derniers mots, l'étudiant allemand ouvrit de grands yeux, mais se retint de tout commentaire. Il enregistra soigneusement l'information dans un coin de son cerveau et sourit en réponse à l'énorme bête qui l'observait.
-« Que puis-je pourr fous ? » Demanda-t-il poliment.
Alors le griffon baissa sa grosse tête jusqu'à ce que son bec froid entre en contact avec la forme nébuleuse du sorcier, et, plaçant ses yeux brillants comme des scarabées dans ceux de son jeune interlocuteur, il prit une toute autre langue pour lui parler. Une langue que Jäger comprit sans peine…
Toujours avec cette étrange impression d'être enfermé dans une boîte, entouré de coton, Sigfrid Jäger ouvrit les yeux dans l'obscurité. Il ne se souvenait de rien, juste d'un froid mordant, pénétrant. Etait-il mort ?
Pour autant qu'il s'en souvienne, il n'avait jamais imaginé la Mort aussi froide, aussi sombre… Non, vraiment pas comme ça… Peut-être était-il mort de son énième idiotie ? Le professeur Mohen en avait-elle eu assez de traîner un boulet tel que lui ?
Mais c'était ce froid, ce vent qui s'insinuait en lui… Brrrr… Oui, il lui semblait bien sentir un courant d'air caresser ses cheveux. Comment pouvait-on avoir encore conscience de son corps une fois mort ? Il n'en avait aucune idée.
Lentement, une lumière de plus en plus forte chassa les ténèbres qui l'entourait. De même, le froid s'estompa et une envahissante impression de bien-être prit sa place. Doucement, un paysage fit son apparition, sortant d'une brume due à la chaleur excessive d'un soleil matinal. Les lieux ressemblaient à l'Egypte qu'il connaissait, sans pourtant l'être…
Il cligna des yeux plusieurs fois. Il n'aurait vraiment pas imaginer que le Paradis des maladroits soit un lieu si idyllique… Dans son malheur, il avait de la chance, se dit-il.
Progressivement, les sons émergèrent et chassèrent le silence oppressant qui l'entourait depuis son réveil. Se redressant, il vit un port autour de lui. Amusant, les anciens disaient-ils vrai quand ils parlaient du Styx à traverser ?
Le jeune homme se retourna pour voir la barque de Charron, au moins une fois dans sa mort. Mais il ne la vit pas.
A la place, accosté sur un quai bourdonnant d'activité, se dressait tout le contraire de la mythique barque : un paquebot moldu.
Autour d'une passerelle, tenue par un bien étrange personnage s'il s'agissait de Charron, des coolies, des porteurs, des vendeurs, des sacs, des malles, des cages avec des animaux exotiques et un tas d'autres choses indéfinissables s'entassaient en vrac, comme un souk improvisé. Sur le pont supérieur du paquebot, des hommes des femmes envoyaient de grands saluts vers le quai bondé. Cela ne ressemblait pas à l'idée qu'il se faisait de la Mort, plutôt d'un départ en vacances…
La vie pleine d'activité du port lui rappela son arrivée à Alexandrie, quelques années plus tôt. A l'époque il n'était pas seul, il y avait Aimery et Enzo. Les odeurs d'un marchand de sucreries passant tout prêt lui rappela aussi le passé…
Ah, ces odeurs… Pas exactement les même, mais le port par contre… Prenant conscience qu'il connaissait bien les lieux, avec quelques modifications, il tourna sur lui-même et parcouru les murs, la jetée et les badauds de son regard bleu. Oui, c'était bien Alexandrie ! Une Alexandrie passée mais une Alexandrie toujours aussi vivante.
-« Rébecca, presse toi ! On va rater notre bateau ! Allez, allez… avance par la barbe d'Osiris !! » Pesta une voix d'homme en anglais.
Surpris d'entendre quelqu'un parler la langue de Shakespeare au Paradis d'Alexandrie, le jeune allemand se retourna et dévisagea les deux voyageurs qui se pressaient vers le quai surchargé.
Un homme, un sorcier vraisemblablement, traînait derrière lui une jeune femme au teint maladif, aux yeux rouges et gonflés, la tenant par la main comme une enfant désobéissante que l'on vient de punir.
-« Voyons ! Ne sois pas sotte, tu sais très bien qu'il ne viendra pas ! Rien ne pourrait se mettre entre lui et ses maudites recherches ! Même pas ses deux élèves préférés ! » S'exclama encore le sorcier, avançant à grande peine au milieu de la foule bigarrée amassée devant le paquebot.
-« Mais… Alphard ! Je lui ai envoyé un hibou tout de même. Il pourrait venir. Je ne trouve pas que cela soit poli de partir comme deux voleurs sans le prévenir ! » Gémit la jeune femme derrière son compagnon, épongeant de temps à autre ses yeux bouffis avec un mouchoir.
-« J'estime que pour ce qui est des manières de voleur, notre cher Baghard peut nous en apprendre encore ! Mais tu es malade et je dois rentrer pour me marier… Alors l'aventure est terminée !Il est hors de question que je te laisse, dans ton état, seule en Egypte. Et quelque chose me dit que sans nous, notre cher professeur ne trouvera rien d'autre qu'une tombe… pour lui ! »
-« Pourquoi es-tu si hargneux contre lui ? Baghard est un grand archéomage, il va continuer sans nous et il trouvera certainement le trésor. Quand je pense qu'ils ont laissés des indices pour trouver quelque chose qu'ils ne veulent pas qu'on découvre. Tu sais, Isaura a raison. Ça cache quelque chose ! »
-« Oui, Reb ! Ça cache quelque chose, ça cache très certainement un piège ! Et parti comme il est, Rigborg va foncer en plein dedans, tête baissée ! Certainement pas né fin mars pour rien ! » Se moqua le dénommé Alphard en indiquant à l'individu de la passerelle ses bagages qui le suivait dans les bras des porteurs.
Rébecca ? Alphard ? Baghard Rigborg ! Mais ces noms ne lui étaient pas inconnus, pensa immédiatement Sigfrid. Seulement, le temps qu'il réagisse, les deux sorciers étaient montés à bord du paquebot qui partait déjà…
Alors, tout redevient sombre, noir, obscur. Alexandrie disparaissait rapidement, avalée par les ténèbres. Jusqu'à ce qu'une lumière éblouissante inonde à nouveau l'espace. Mais ce n'était pas celle du soleil d'Egypte…
Clignant des yeux pour s'habituer à son nouvel environnement, l'allemand identifia sa nouvelle destination comme un vaste bureau cossu.
Etait-ce là l'administration infernale ? Certainement. C'était plus moderne qu'il ne l'aurait pensé, mais cela avait du charme et du caractère…
Derrière un énorme secrétaire, un petit vieillard strict au crâne lisse le fusillait du regard. Involontairement, le jeune homme ferma la bouche, redressa le dos, bomba le torse et resta pieds joints devant l'administrateur aux allures de dragon. Avait-il déjà commis une faute, à peine arrivé ?
Avant que le vieux grincheux n'ait fini de toussoter pour s'éclaircir la voix, l'indiscipliné teuton s'était imaginé toutes les solutions possibles. Mais alors qu'il tournait discrètement la tête pour observer le bureau, il remarqua une bande de gamins alignés à ses côtés. Ils se tenaient tous droits comme des manches à balais, enfin surtout le dernier, le plus proche de lui. Baissant le menton pour le dévisager, il sursauta en reconnaissant ces cheveux blonds pâles, ce nez un peu pointu, cet air hautain qu'il connaissait si bien.
Par la barbe de Merlin ! Serait-il mort en même temps que son vieil ami Aimery ? Mais… dans ce cas, pourquoi Aimery était-il si jeune ? Enfin, qu'importe !
Tout à sa joie soudaine, il arbora un sourire heureux et, sans se préoccuper du barbon qui parcourait de ses petits yeux cruels la rangée alignée devant lui, Jäger détailla les murs de la pièce. Tout un pan était couvert de portrait d'hommes et femmes en bonnet de nuit, certains marmonnaient contre ceux qui venaient les déranger en plein sommeil, d'autres ronflaient comme des bienheureux. Ce devait être la nuit aux Enfers…
Puis revenant à ses compagnons de malheur, l'allemand commença à les examiner. Bonne initiative Ils s'alignaient tous les sept en rang d'oignon. Avec lui, ils étaient donc huit. Mais tous les autres avaient le regard baissé, visiblement gênés d'être ainsi convoqués. Il n'y avait qu'un le plus petit d'entre eux qui osait rendre son regard glacial à l'administrateur. Même Jäger n'aurait oser se comporter ainsi…
-« Malefoy, Walden, Travers, Mohen, Prewett et Londubat ! Etonnant ! » S'exclama soudainement la voix de fausset du vieux débris.
En entendant les noms de Malfoy et Mohen, Sigfrid se déplaça quelque peu et observa le visage de son voisin. Et là, toute sa crétinerie lui revint en plein face. Comment avait-il pu confondre son ami français avec… avec ça !
Sa joie envolée, il fixa d'un œil mauvais la taille réduite du maudit gamin. Il ne devait pas avoir plus de douze ou treize ans, mais l'air arrogant était déjà bien présent. Cependant quand le vieux hibou reprit sa diatribe, l'Allemand rentra dans le rang sans avoir eu le temps de dévisager le dénommé Mohen.
-« Je ne suis guère surpris de voir messieurs Prewett et Londubat faire une nouvelle ânerie… Mais, ôtez moi d'un doute Londubat, habituellement, vous faites bien ça de jour ? » Demanda-t-il en se penchant, par dessus son bureau, vers le garçon à l'extrémité la plus éloignée de Jäger. « Qu'en dirait votre mère… si elle apprenait que vous semer la zizanie à Poudlard aussi la nuit ? »
Sans répondre, le garçon fit la moue, le regard un peu fuyant comme s'il regrettait amèrement déjà ce qu'il avait dû faire.
-« Par contre, pour messieurs Malefoy, Travers et leur inséparable crétin de Walden… » Poursuivit le vieillard en posant ses yeux froids sur les trois plus proches compagnons de l'Allemand. « Non, là je ne pose pas de questions… Visiblement mon bureau, ou ma délicieuse présence, vous manquait… depuis ce matin ! Monsieur Malefoy, avant de faire une de vos idioties, réfléchissez-vous à ce que vont penser vos parents ? Et vous monsieur Travers ? Non, je ne vous demande pas à vous Walden, il est clairement établi que cela dépasse les capacités cognitives de ce mollusque qui vous sert de cerveau. » Lança-t-il, perfidement, au plus petit du trio nommé.
-« Quand au dernier élément responsable de cette pagaille, j'ai nommé miss Mohen… j'aimerai comprendre? Vous m'aviez habitué à des explosions de chaudrons… » Releva cyniquement le vieil homme.
Pendant que le dénommé Malefoy et ses deux comparses étaient secoués d'un rire idiot, l'étudiant se pencha en avant et fixa la jeune fille, droite comme un manche à balais. C'était elle, qui depuis le début, rendait si farouchement son regard polaire à celui qu'il avait maintenant identifié comme un des nombreux directeurs du collège Poudlard. Alors après l'Egypte, il se retrouvait en Grande Bretagne… « Etrange monde des Morts » pensa-t-il.
-« Mais pas à ça… »Reprit-il malgré les ricanements. « J'exige une explication ! » Hurla-t-il violemment. « Je sais combien cela ne vous ferait ni chaud ou froid d'être renvoyée… Visiblement, l'absence de vos parents vous dessert mademoiselle, vous êtes pétrie de fierté mal placée. Cessez de me fixer comme ça ! C'est un ordre ! » S'énerva le vieux directeur.
Derrière une paire de lunettes de travers, sous une masse de cheveux ébouriffés et portant une robe poussiéreuse, Sigfrid ne fut pas totalement certain d'y reconnaître Calista Mohen. Elle avait pourtant cet air déterminé, cette moue dure qu'elle prenait lorsqu'on osait se dresser contre elle. Autour, les six garçons baissaient tous le nez, particulièrement inspirés par leurs chaussures, le bas de leurs robes ou les arabesques du parquet.
-« Si vous cherchez un responsable Professeur Dippet, demandez donc à Malefoy ce qu'il s'apprêtait à faire à Calista. Quatre contre un… Fabian et moi les avons entendus s'en vanter cet après-midi monsieur. » Expliqua le jeune garçon de droite.
Sigfrid le dévisagea un instant, essayant de se souvenir du nom qu'avait prononcé le vieillard. Plus grand que ses camarades, brun avec un visage long et fin, il avait un regard franc, sincère et la tête d'un premier de la classe. A son côté, son camarade aux cheveux roux et aux yeux très bleus détaillait les portraits du bureau tout en fuyant le regard du vieux dragon qui leur faisait face. En quelques secondes, l'étudiant allemand avait clairement établie que monsieur Dippet, le directeur, ne semblait pas très apprécié, voire craint.
-« Monsieur Londubat ! Ce n'est pas parce que vous êtes le meilleur élève de votre maison que je vous autorise à me montrer si peu de respect ! Mais si je comprends bien, comme toujours, il semble que l'origine de toute cette histoire soit Mademoiselle Mohen… Très bien, j'ai trouvé mon responsable, messieurs, vous pouvez disposer ! Et que je ne vous y reprenne pas ! »
Choqué par la décision arbitraire, le jeune Fabian releva la tête et s'apprêtait à rétorquer quelque chose au directeur lorsqu'une petite main gantée le retint par le poignet. Etonné, alors que six apprentis sorciers sortaient du bureau, laissant derrière eux l'inébranlable petite silhouette de l'élève Mohen, Sigfrid fixa intensément le dos du jeune garçon jusqu'à ce qu'il eut disparu par la porte. Il ne savait pourquoi, mais le simple geste de la jeune Calista éveillait en lui une sorte de jalousie. Elle n'avait rien dit, mais ce simple contact évoquait plus de choses que des mots.
-« Maintenant, à nous, mademoiselle Mohen. Il semble que depuis votre arrivée en ces lieux, il n'y a de cela que quelques mois, vous vous complaisez à semer la zizanie parmi mes élèves. Que vous vous comportiez en sauvage chez vous, votre famille fait ce qu'elle veut, mais entre ces murs, c'est hors de question ! Me suis-je bien fait comprendre. »
-« Parfaitement monsieur. » Répondit laconiquement la jeune fille.
-« Parfait. Pour la peine, vous serez en retenue cinq soirs par semaine, pendant… un mois ! J'espère que cette activité tardive vous occupera assez pour vous détourner de vos idées de trouble-fête. Je ne saurai tolérer plus longtemps votre comportement décadent ! Vous pouvez rejoindre votre dortoir. »
Sans un mot supplémentaire, sans même essayer de contester la décision partiale du Professeur Dippet, Calista Mohen sortit silencieusement du grand bureau et descendit les marches avec la souplesse d'un chat qui retombe toujours sur ses pattes.
-« Pst ! Calista ! » Murmura une petite voix aiguë à son passage, dans un couloir particulièrement sombre.
Alors que Jäger ne discernait rien dans l'ombre, la jeune fille pivota sur elle-même et fit face à l'origine du son, devinait sans mal son auteur.
-« Que me veux-tu ? » Chuchota-t-elle hargneusement en réponse. « C'est la mode à Serpentard ? Vous vous amusez bien à ridiculiser les Serdaigles ? »
-« Pour ma peine, je ne vois pas la raison de me fatiguer à te ridiculiser. Tu le fais très bien toi-même en cours de Potions ! » Ironisa la voix fluette que Sigfrid identifia comme celle d'une fille. « Et puis, pourquoi tu te laisses faire ? Je t'ai prévenue, tu aurais pu éviter le piège de Malefoy sans mal. Es-tu encore plus bête que Walden ? J'aurai presque honte d'être du même sang que toi. »
-« Si tu as honte, rentre dans ton dortoir alors ! » Répondit sèchement Calista. « Je ne saurai être encore une fois responsable de dévoyer les très chers élèves de monsieur Dippet. Va t'en ! Je n' t'en voudrai pas, après tout, tu refuses bien de me parler devant tout le monde ! »
-« Arrête de jouer la martyre. Viens, j'ai à te parler ! » S'exclama l'autre jeune fille.
Et le temps que Sigfrid cligne des yeux, une tornade de cheveux clairs le traversa sans mal et entraîna sa camarade au loin.
Le silence revint avec la lumière du jour. Le sombre couloir de Poudlard fit place à une pièce plus large, couverte de tapis épais et moelleux, aux murs blancs percés, ici et là, de vues sur la campagne anglaise ou sur Londres. Au centre, un massif bureau de ministre trônait. Dans un angle de ce dernier, l'Union Jack flottait en format miniature, sous l'effet d'un vent magique. Derrière le bureau, un gros fauteuil tendu de velours pourpre s'affaissait sous le poids d'un dignitaire aux moustaches aussi tombantes que ses bajoues.
Sur une cheminée de brique, où brûlait encore un feu malgré le temps ensoleillé qui baignait à la fois Londres et la campagne, un portrait grandeur nature de la Reine Elisabeth II s'ajoutait à la solennité des lieux.
Une main énergique frappa à la porte du bureau.
-« Entrez ! » Grogna le gros dignitaire aux moustaches tombantes.
La porte s'ouvrit devant un sorcier de haute taille, large d'épaule et à l'impressionnante crinière rousse. Dans la force de l'âge, il exprimait autant le dynamisme que l'homme derrière le bureau semblait mou.
-« Monsieur le ministre, j'ai ici la jeune personne dont notre contact nous a parlé. Quand voulez-vous la voir ? » Dit-il, s'exprimant d'une voix claire et vive.
Surpris, Sigfrid détailla plus intensément le sorcier aux moustaches de morse, ayant du mal à imaginer un mollasson pareil comme ministre de la magie.
-« Ah, oui, Scrimgeour… Faites-la entrer. Nous allons nous occuper de ce cas sans attendre. »
-« Très bien monsieur le ministre ! »
L'homme s'effaça pour laisser entrer une petite sorcière qui parut presque naine à côté de l'imposant Scrimgeour. Le ministre se leva avec quelques difficultés de son siège, faisant grincer ce dernier, et s'avança lentement pour venir saluer la jeune femme.
-« Mademoiselle, sachez que je suis charmé de vous rencontrer. » Roucoula-t-il en baisant goulûment la main gantée de cuir, qu'il avait agrippée sans le consentement de son invitée.
-« Hum hum… » Toussota l'autre sorcier dans leur dos.
-« Puis-je savoir ce qui me vaut l'honneur d'être ainsi convoquée, à heure si matinale, dans le bureau du ministre de la magie ? » S'exclama la sorcière d'une voix froide que l'Allemand reconnue immédiatement.
-« Prenez donc un siège ! » S'empressa le ministre, faisant apparaître une bergère de style Queen Ann d'un coup de baguette.
Attendant calmement qu'on lui explique l'origine de cette mystérieuse convocation, Calista Mohen prit place. Cependant, à son attitude quelque peu rigide, Sigfrid devina qu'elle était plus nerveuse qu'elle ne voulait le paraître. Il prit ainsi conscience qu'il en savait déjà beaucoup sur son professeur. Au moindre plissement de sa bouche, il devinait ce qu'elle pensait du discours de son interlocuteur. Qu'elle ferme à demi ses paupières ou qu'elle tapote distraitement son accoudoir, il savait comment l'interpréter.
De son côté, le dénommé Scrimgeour invoqua lui-même un fauteuil des plus sobres et s'installa, pendant que le siège du ministre grinçait à nouveau sous le poids de son occupant. Ce dernier farfouilla quelques instants dans les nombreux parchemins éparpillés sur son bureau, puis trouvant le dossier qu'il désirait, il rangea tant bien que mal le reste et, se racla la gorge.
-« Mademoiselle Mohen-Potter. » Commença-t-il pompeusement. Hum hum ?!
-« Miss Mohen suffira. » L'interrompit la jeune femme.
-« Oui, comme vous voudrez. Nous vous avons convoquée en vue de vous demander votre aide. Vous n'êtes pas sans savoir que notre pays traverse une douloureuse période de crises. Même si le bureau des Aurors, et derrière lui tout le ministère de la Magie, cherche tous les moyens possibles et inimaginables de… »
-« Visiblement pas assez ! » Persifla la jeune sorcière.
-« Ah eeuhh… oui, enfin, nous faisons ce que nous pouvons ! » Lui répondit le gros homme, perturbé par l'interruption. « Or nous avons appris, récemment, de source sûre… » Il toussota à nouveau pour se racler la gorge. « Donc nous avons été informés que vous êtes la personne la plus en mesure de nous convenir dans le cadre d'une mission précise. »
-« Pardon ? » Lui rétorqua sèchement Mohen, ouvrant grands ses yeux d'ambre. « Je ne suis pas certaine de bien vous suivre… En quoi une étudiante en archéomagie pourrait vous être plus utile que… qu'un professeur ? »
-« Oui, c'est certain… » Reprit le ministre, cherchant ses mots. « Mais votre aide ne concernera en rien l'archéomagie. » Précisa-t-il, retrouvant son calme face à l'effet de surprise sur la jeune femme.
-« Si vous permettez, monsieur, je peux exposer à mademoiselle Mohen les faits qui nous poussent à faire appel à ses compétences, très particulières… » Minauda le grand sorcier.
-« Faites, faites Rufus. Vous connaissez bien mieux que moi ce domaine. »
Sans se retenir d'un sourire quelque peu suffisant, le rouquin se tourna vers la jeune femme et commença ses explications.
-« Selon un de nos plus grands informateurs du moment, qui souhaite garder l'anonymat, je pense que vous comprendrez vite pourquoi, vous êtes l'une de rares personnes en ce bas monde à posséder certains dons que nous souhaitons vous voir utiliser au service de notre ministère. »
-« Vous ne faites que redire ce que monsieur le ministre vient d'expliquer, différemment. A défaut de passer pour une idiote, pourriez vous me dire clairement ce que je dois comprendre à travers vos paroles alambiquées ? »
-« Le mot « Démon » vous parlerait-il mieux ? »
-« C'est possible, en archéomagie nous croisons pas mal de malédictions, de textes et autres artefacts y faisant référence. »
-« Ne vous méprenez pas miss Mohen. Il ne s'agit en rien d'archéomagie. Plutôt de faire appel à vos compétences particulières ! »
-« Mais je ne sais pas qui vous a parlé de moi, messieurs, seulement je ne compte pas offrir mes « compétences très particulières ». A qui que ce soit ! J'espère avoir été claire. » Répondit-elle froidement en se levant de sa bergère.
-« Restez assise voyons, il n'est pas besoin de vous enflammer ainsi. Notre informateur nous avait aussi parlé de votre tempérament fougueux, et je constate qu'il n'avait pas tort. Laissez-moi vous expliquer ce que nous attendons précisément de vous. Sachez tout d'abord que le ministère, et tout particulièrement le bureau des Aurors que je représente, serait satisfait de votre aide sur un cas très particulier. Si vous ne répondiez pas à notre attente, nous pourrions nous montrer très… gênants pour votre carrière d'archéomage. Ce serait tout de même gâcher un talent, qui me semble prometteur. Si au contraire, vous nous aidez comme nous l'attendons, monsieur le ministre et moi-même nous porterons garant de votre future carrière. Qui sait même, peut-être préfériez-vous continuer dans le cadre de la politique. Enfin, j'insiste sur le fait que vous ne devez pas prendre votre décision à la légère. Prenez votre temps, après cet entretien. Mon bureau vous sera grand ouvert en attente de votre réponse. »
-« Je ne saurai dire pourquoi, mais la description que mon oncle m'avait faite de son supérieur m'avait fait vous imaginer tout autrement, monsieur Scrimgeour. Pardonnez-moi la franchise de mes mots, mais je suis presque déçue de vous découvrir aussi véreux que tous les autres flagorneurs fréquentant ces couloirs. Finalement, vous descendez vous-même de votre piédestal où l'on vous avait si injustement placé. Vous vous montrez soudainement… humain ! Mais comme vous l'avez si justement souligné, je suis un démon. J'entre dans la catégorie des être les plus dangereux, je peux vous rompre la nuque d'une simple pensée, ou bien faire de vous mon pantin. Essayez de me briser, vous n'y arriverez pas ! Vos manières déloyales ne me font pas peur. »
-« Et votre oncle… Que pensez-vous qu'il puisse lui arriver ? Ainsi que votre gentil cousin, votre tante, votre grand-mère… » Susurra dangereusement le ministre. « Je n'aime pas utiliser de tels moyens pour obtenir ce que je considère le plus utile pour l'Etat et le pays. Mais s'il le faut, je n'hésiterai pas ! »
-« Vous faites bien la paire tous les deux… » Grinça-t-elle, fusillant du regard l'étrange duo, passant ses yeux d'ambre cachés derrière ses lunettes teintées du gros au grand et du grand au gros.
-« Calmez-vous ma chère, la colère est mauvaise conseillère. Et surtout écoutez bien ce que Rufus a à vous dire… »
La voix du ministre se fit de plus en plus lointaine, la scène sembla se faire de plus en plus petite sous les yeux de Sigfrid, jusqu'à ce que le halo lumineux du bureau se transforme en un reflet dansant sur une flaque d'eau noire et froide.
Détachant ses yeux de cette réverbération, il découvrit qu'il faisait à nouveau nuit. Et une chose était certaine, il n'était pas au Paradis ni aux Enfers. A moins qu'il ait trouvé le purgatoire des sorciers… Sa peine serait-elle de retracer la vie de son professeur d'archéomagie ?
Il détailla pour la énième fois le changement de décor. Comme sortie de terre, une grande bâtisse se dressait en pleine campagne endormie. Devant, quelques silhouettes noires, encagoulées, masquées, avançaient silencieusement, baguette à la main. A sa droite, un homme au masque argenté, estampillé d'un étrange symbole sur la joue gauche, paraissait diriger l'opération. Ils encerclèrent la maison solitaire, puis, s'assurant qu'aucun sortilège protecteur ne pouvait dénoncer leur présence, ils s'engouffrèrent à l'intérieur, laissant juste une poignée d'entre eux en sentinelles externes.
Il n'en fallut pas plus au jeune allemand pour comprendre à quoi il assistait. La seconde suivant, un cri d'effroi lui glaça le sang.
-« Nooonn ! Bande de sauvages, sortez de chez moi ! » Hurla la voix éraillée au fort accent écossais.
-« Où ? Où se trouve-t-il ? » Lui répondit sèchement un des hommes masqués.
-« Laissez en paix ma grand mère ! Elle ne sait même pas de quoi vous parlez ! » Leur cria une voix féminine.
-« Alors réponds toi ! Où ? » Tonitrua l'un des Mangemorts.
La femme se mit à rire à gorge déployé pour toute réponse à son empressement.
-« Avada Kedavra ! » Lança une autre voix masculine au timbre étouffé par sa capuche et son masque.
-« Nooooooonnnnnnnnn !! Graaanndd mèèèèrrreee !! » S'époumona la femme alors que l'Allemand percevait le bruit mat d'un corps percutant le sol. « Bande de salauds ! Maintenant vous pouvez crevez pour que je vous réponde ! Même sous l'Imperium ! Jamais ! Jamais ! Jaaamm… »
-« Avada Kedavra ! » Prononça à nouveau la même voix.
Sigfrid suivit les assassins par la porte laissée béante et ne put être que le témoin impuissant du double meurtre. Sur le sol pavé du séjour, une vieille dame en chemise de nuit était étendue, les yeux grands ouverts sur la Mort et les bras en croix. A ses côtés, la courageuse jeune femme qui avait refusé de répondre à ses agresseurs gisait comme une marionnette dont on venait de couper les fils.
-« Imbécile ! » S'exclama une voix traînante. « Tu l'as tuée ! Et sans avoir obtenu ce que l'on venait chercher. »
-« La ferme blanc bec ! » Répondit sèchement le meurtrier. « Rien à foutre des remarques d' une jeune recrue qui n'a même pas encore de poils au menton mais les cheveux plus longs que sa fiancée ! »
-« Ce soir c'est moi qui commande, alors vous arrêtez de vous taper sur la gueule tous les deux. Et vous faites comme je le dis, un point c'est tout ! Maintenant, videz-moi la maison ! Faut retrouver ce maudit grimoire. »
-« Qu'est-ce qu'on en a faire du grimoire ? » Demanda le sorcier à la voix traînante.
-« Toi ? Rien ! Mais Lui, il l'exige ce soir entre ses mains ! Alors tout le monde s'y met et plus vite que ça ! » Et sur ces mots, il planta là le jeune Mangemort.
-« Lumos ! » Prononça une des voix.
A la lueur de la baguette, Jäger vit encore mieux l'étendue du malheur. A croire d'ailleurs que la jeune recrue avait des remords, au lieu de chercher, il s'agenouilla auprès des victimes.
-« Par Merlin ! » S'exclama-t-il en soulevant la chevelure de la plus jeune des deux. « Voyez-vous ça… Calista Mohen… Voilà finalement une mort qui sera digne d'elle. Mourir pour un grimoire ! Ironie du sort pour un rat de bibliothèque. » Dit-il, laissant sa voix traîner sur les mots.
-« Quoi ? Tu la connaissais ? » S'étonna une voix derrière lui.
-« Imbécile, toi aussi tu la connaissais Walden… »
A ces mots, Sigfrid recula jusqu'à passer le pas de la porte. Le cœur au bord des lèvres, il sentait les yeux lui piquer. Lui aussi avait reconnu le visage sous les longs cheveux noirs, lui aussi l'avait identifiée. Mais contrairement au jeune mangemort, il sentait un grand vide dans son cœur, dans ses émotions, un trou…
Car il n'y avait aucun doute à avoir, Calista Mohen était morte. Personne ne survivait à un Avada Kedavra. Personne…
Alors, qui était cette femme en Egypte qui se faisait appeler Mohen, Calista Mohen ?
A suivre…
