Chapitre 5

Une fin de journée habituelle pour l'infirmière Joëlle. Quelques Pokémon à remettre sur pieds, mais rien de grave. De quoi s'occuper pour la soirée. Contrairement à ses cousines, l'infirmière d'Acajou ne connaissait que rarement le surmenage, ce qui commençait à l'agacer. C'est vrai, à rester derrière un comptoir toute le temps on commence à regretter la grande ville. Elle se leva, s'étira et pris la direction de la machine à café. Ce n'est pas parce qu'un jour est ennuyeux qu'on n'en sort pas fatiguée.

Alors qu'elle se dirigeait vers le fond du centre, la porte vitrée s'ouvrit derrière elle, et se referma. Elle se pressa pour accueillir le nouveau venu.

Un jeune garçon se tenait là. Il sortit ses pokéballs de son sac, et les posa sur le comptoir.

-Bonjour jeune homme !

Il leva sur elle un regard fatigué, lointain, et la salua vaguement. Les lunettes, les vêtements verts, la coupe de cheveux…

« C'est toi Conway ? »

Surpris, il parut s'éveiller un peu : « Heu, oui, c'est moi… »

-Mais où est-ce que t'étais ?

-C'est-à-dire ? demanda Conway, de plus en plus étonné.

-Ca veut dire qu'en trois semaines, tu n'est passé ni par le centre d'Ebenelle, ni celui de Rosalia… Ne me mens surtout pas, j'ai vérifié !

-Vous me surveillez ? demanda le dresseur, hargneux.

Pour qui il se prenait celui là ? « Allons, ce n'est qu'un gamin », se rappela Joëlle.

-Il t'es arrivé quelque chose ? lui demanda-t-elle, plus doucement. Tu as eu des ennuis ?

-Non. Aucun, pas de soucis.

-Mais qu'est-ce que tu fais depuis trois semaines ?

-Rien, répéta le « gamin ».

« Et bah, il est butté, celui là », pensa la douce infirmière.

-Bon, allez, passe moi tes Pokémon.

Conway posa son sac à dos sur la table, y mit la main, et commença à sortir précautionneusement des petites tortues; cinq petits Caratroc.

-Qu'est-ce que c'est que tout ca ? Ca fait combien de temps que tu les trimballe ainsi, les pauvres ?

Le garçon redressa la tête, une lueur de défi dans les yeux:

« Le sac est plein de coton, ils sont trop jeunes pour aller dans une pokéball. De toute façon.

-Quand sont-ils nés ? demanda la jeune femme.

-Il y a une semaine. Ma Caratroc avait fait son nid dans la forêt, je pouvais pas la laisser…

Au moins, le petit avait l'air soigneux. Et les bébés en pleine santé.

-Il va falloir que tu utilises le système de stockage dés que je les aurais examiné. Ton professeur référent saura mieux s'en occuper, et je te rappelle que tu ne peux voyager qu'avec six pokéballs.

-Je répète: ils sont trop petits pour les pokéballs. Ensuite, je n'ai AUCUN professeur référent. Je vais les laisser dans une colonie, avec leur mère et d'autres Caratroc. Ca sera beaucoup mieux pour eux, je pense.

-Pas de professeur référent ? Voila qui m'étonnerait beaucoup ! dit Joëlle, sarcastique. Et de toute façon, les colonies de Caratroc sont près d'Irisia; un bout de chemin avec cinq petits !

-C'est faisable. dit le jeune homme, plus gentiment. Je saurais m'en occuper… vous voyez bien !

-Ca va te couter bonbon, tu sais… Il leur faut de la nourriture spécifique, beaucoup de soins…

Les épaules de Conway s'affaissèrent.

-Oui, je sais… Vous pourriez me faire une liste de tout ce qu'il me faut, que j'aille l'acheter ?

Conciliante, Joêlle lui fournit la liste. Le dresseur lui confia donc ses Pokémon, qu'il devait reprendre au lendemain, et se dirigea vers la sortie.

« Au fait, Conway ! Le professeur Chen voulait te parler. Il m'a dit que c'était important. »

Important pour qui ? Certainement pas pour lui. « J'ai quand même autre chose à faire, et je vois pas trop ce qui pourrait m'arriver de bon avec ce chercheur. »

-D'accord, merci.

Le jeune homme se retrouva dehors.

Le jour commençait déjà à décliner. Peu de monde à Acajou, comme d'habitude. Il était environs 5 heures de l'après midi, et Conway regrettait à présent d'être arriver si tard en ville, lui qui avait eu tant de mal à s'extirper de sa forêt. Même s'il avait dressé un semblant de plan dans sa tête, la marche à suivre lui paraissait toujours aussi hasardeuse, et la suite de son voyage s'annonçait mal.

A la boutique, il acheta ce dont avaient besoin ses Pokémon : potions, antidotes… Le strict nécessaire, car il allait s'arranger pour éviter les combats jusqu'à Irisia.

Effectivement, les affaires pour les petits Pokémons étaient chers. Très chers. En ressortant, Conway était à sec. Il avait vraiment besoin d'argent, il allait falloir qu'il se trouve un boulot temporaire. Mais là, c'était impossible: il fallait de toute urgence qu'il emmène les Caratroc à Irisia, car il ne pourrait rester indéfiniment avec une portée sur les bras. C'était incompatible avec ses activités de dresseurs, et vu qu'il ne pouvait avoir que six Pokémons…

Il retourna au Centre.

« Te revoilà ! Tu sais, je n'ai pas terminé de m'occuper de tes amis…

-Heu…Vous ne sauriez pas où je peux trouver un endroit où passer la nuit ?

L'infirmière ouvrit de grands yeux:

-Tu n'as pas vu l'hôtel, juste en face ?

Conway rougit et baissa la tête, embarrassé.

-Il est un peu cher pour moi…

Un peu confuse, Joëlle lui répondit:

-Oh, pas de soucis, il y a toujours une chambre ou deux au centre, pour les dresseurs dans ton cas…

La chambre était propre. On aurait un peu dit un lit d'hôpital, mais ca serait parfait; pendant un moment, Conway s'était demandé où il pourrait bien dormir.

Ca lui faisait vraiment bizarre d'être seul. Ses Pokémon lui manquait, surtout Roigada en ce moment. Il était inquiet, un peu perdu, il fallait bien l'admettre. Plus d'argent, une longue route…

Le jeune homme se déshabilla, et mit longtemps à s'endormir.


« Voici tes Pokémon ! dit l'infirmière Joëlle, toute joyeuse, en remettant à Conway ses pokéballs.

Le jeune homme la remercia, et s'apprêta à partir.

-Attend une minute ! Tu as appelé le professeur Chen ?

-Heu non, pas encore.

-Alors fais le vite, je te laisse te servir de téléphone.

-Merci, une autre fois, répondit il, glacial. Au revoir.

-Mais il m'a expressément dit que c'était important, dit l'infirmière.

-Important mais pas pressé. Au revoir.

-Attend, j'ai une dernière formalité pour tes Pokémon-nouveau nés.

L'infirmière Joëlle fouilla dans un tiroir, quand une sonnerie de téléphone retentit.

-Oh, excuse moi, dit elle est se pressant vers un coin du centre, j'en ai pour une minute.

Conway s'assit, en attendant que la conversation se termine.

« Oh ! Professeur Chen ! »

Pendant une minute, le garçon envisagea de partir en courant. Mais il aurait fallu sauter par-dessus le comptoir, attraper ses pokéballs, ses petites tortues, mettre le tout dans son sac, puis ressauter et s'enfuir… Conway examina sérieusement la possibilité physique d'un tel plan, quand il entendit la voix féminine dire:

- Mais oui, il est là. Je vous le passe.

Avait il le choix ? Ciel, donnez moi un plan diabolique pour y réchapper…


Depuis son laboratoire, le professeur Chen vit s'avancer lentement le jeune garçon, les sourcil froncées,

« Bonjour, Conway. Je suis le professeur Chen, et je suis chercheur à Kanto, comme tu le sais surement. Je suis très content de te rencontrer. »

Il entendit une voix froide comme glace répondre:

-Enchanté, professeur.

Après un court silence, Chen reprit:

« Dis moi, tu as mis le temps pour réapparaitre ! »

Conway avait les yeux un peu dans le vague, l'air lointain et pas vraiment concerné par ce qu'il se passait ici. Préoccupé, quoi. Mais malgré cette fatigue anxieuse et évidente, l'impolitesse déguisée en politesse exquise, c'est le genre de ton qui énervait le professeur. Il lança d'un ton sévère:

-Pourtant ca fait deux semaines que tu as eut mon message. Je sais que ton Caratroc avait besoin de tes soins, mais tu aurais quand même pu prendre le temps de venir un après midi à Acajou !

-J'étais vraiment occupé. Je le suis toujours, d'ailleurs. Professeur.

-Dis le franchement si je t'ennuie.

-Je n'oserai pas, professeur.

Et maintenant, il arborait un petit sourire poli et mielleux. Si il n'avait pas eut l'impression qu'on se payait directement sa tête, Chen aurait laissé tomber immédiatement la question. Au lieu de ca, il décida que le jeune homme avait besoin d'apprendre le respect:

-Avec l'affaire des fausses pokémontres, il y a deux ans, tu devrais peut être faire profil bas, non ?

-Je ne vois pas en quoi cette affaire vous regarde. Mais c'est d'accord, je ferais profil bas devant le directeur de la compagnie.

Son sourire s'agrandit, et il ajouta même un scandaleux: « C'est promis, professeur. »

Bon, d'accord, le professeur Chen n'avait jamais entendu parler de cette affaire, avant de s'être intéressé de près par ce garçon. Mais il n'aimait pas qu'on le prenne de haut, surtout un môme de 14 ans.

Le professeur Chen ne perdait pas souvent son sang froid. C'est grâce à cette qualité qu'il ne termina pas le dialogue en hurlant:

-Avoir un casier judiciaire à ton âge prouve tout bêtement que tu n'étais pas apte à te prendre entièrement en main ! Donc pas la peine me regarder de haut, jeune homme !

-Qui regarde qui de haut, professeur ? Que je sache, c'est pas pour m'engueuler que vous me harcelez depuis trois semaines. Pourrait on en venir aux faits, professeur Chen ?

-Je t'appelle pour te dire ce qu'il me plait, je te signale ! Je suis ton ainé, j'œuvre pour le bonheur de tout les Pokémon, alors en tant que dresseur débutant, tu me doit un minimum de considération, si ce n'est de respect ! Surtout qu'à mon sens, si tu ne t'étais pas braqué comme le sois disant rebelle que tu crois être, ta vie en serait simplifiée, et de loin !

La véhémence de la tirade contraint Conway à garder le silence.

Reprenant un peu son calme, le professeur parla plus doucement:

-J'ai besoin de toi, de ton témoignage et de tes impressions de dresseur pour une thèse que je prépare. Tu ne voudrais pas m'aider sur ce coup là ? Viens à Bourg Palette, s'il te plait, demanda-t-il fermement.

-Ca va vraiment pas être possible.

Le ton était sans appel. Chen se sentit d'un coup extrêmement découragé.

-C'est pas très intelligent ni curieux de ta part. Je pensais que tu étais le genre de type qui s'intéressait au monde qui t'entoure, aux Pokémon… Apparemment, je me suis trompé. Bonne journée, Conway.

En poussant un gros soupire, Chen raccrocha.


L'écran redevint noir. Conway avait envie de pleurer. De rage. De honte, devant le regard de l'infirmière.

Un fois dehors, il prit la direction de Rosalia.

J'ai pas à m'écraser devant des types comme lui, malgré toute leur influence.

L'air était lourd, et il sentait de temps en temps une goutte tomber sur ses mains.

En plus, si il avait pas eu un service à me demander, je crois pas qu'il se serait aperçu de mon existence avant longtemps.

Une pointe de curiosité le traversa, et il se demanda malgré lui en quoi il aurait put être utile au professeur.

Qu'il cherche à me contacter pendant plusieurs semaines, ca devait être important… C'est pas très intelligent de ma part, quand même. J'aurais au moins pu voir de quoi il en retournait… Mais sans accepter !

Sans bruit, Roigada sortit de sa pokéball et vint se placer aux côté de son dresseur.

« Ca fait pas un peu longtemps que tu es en colère ? »

« Je suis pas en colère. Je ne veux pas de leur aide, ni de leur autorité. J'ai le droit, non ? »

« Tu es en colère. »

-Si je les avais écouter, tu ne serais pas là, avec moi ! s'exclama Conway à voix haute.

Une vague de tendresse et de complicité lui parvint. Mais:

« Je crois que tu aurais quand même pu discuter avec eux ».

« Si je ne m'étais pas battu pour tout, pour sortir de ce trou à rat d'orphelinat dés que j'ai pu, j'aurais un boulot minable, une vie que je n'aurais pas choisi… »

Il pleuvait définitivement. Mais une plus douce, chaude. Qui faisait du bien.

« T'es pas un peu seul ? »

Simon, le caïd de l'autre jour. Aurore, qui n'était pas là. C'est vrai qu'il aurait bien aimé voyager avec quelqu'un, de temps en temps…

« C'est pas que de ta faute. Mais être en colère pour rien, c'est pas très bon. »

-Bah je fais quoi alors ?

Le deux silhouettes s'étaient arrêtées.

« Ca serait bien de commencer… »

« Par le professeur Chen ? Il voudra pas m'ouvrir son labo, après le coup d'aujourd'hui… »

Conway sourit. Il était calmé, tout à coup. Toute l'angoisse qui l'habitait depuis plusieurs semaines l'avaient quittée.

« Je crois que si. Il avait l'air d'être quelqu'un de gentil. »

Et puis, si il se réconciliait avec le professeur Orme, il pourrait utiliser le système de stockage… Il y avait plein d'avantages à être un dresseur « régulier ».

« Comme ca, j'aurais plus besoin de faire n'importe quoi pour avoir de l'argent. »

Comme le coup des fausses montres, il y a deux ans. Des imitations, il les avait vendu au prix des vrais, en les faisant passer pour les originales… personne n'avait rien découvert pendant deux mois, jusqu'à ce qu'un des fabricants ne tombe dessus… Lui, par contre, il avait vu la différence..

« On aurait du régler tout ca il y a longtemps, lui dit Roigada.

-Alors ne perdons pas de temps.

Les deux silhouettes firent demi tour sous la pluie.


Fin d'une première partie !