-1Chapitre 4
Duo avait du mal à se plier aux règles rigides de la Cadmée. Les vastes plaines lui manquaient, chevaucher pendant des heures, libre, lui manquait, sa famille lui manquait. Les cours étaient ennuyeux, ces grecs étaient des bavards, ils avaient l'art de couper les cheveux en quatre, de répondre à des questions que personnes ne se posaient. Leur arme était toutefois diabolique car elle s'insinuait dans la tête et brouillait tout.
La nourriture était meilleure que celle des nomades, plus de légumes, plus de fruits et même des gâteaux. Il avait aussi découvert le goût du vin même s'ils n'avaient pas le droit de s'enivrer. Durant un seul jour, ils en avaient le droit, lors de la fête de Dionysos, le dieu du vin.
Les cours théoriques avaient lieu le matin. Un rapide déjeuner, copieux toutefois, précédait une après midi consacrée aux exercices physiques, gymnastique, équilibre, lutte. Il se doutait que les vieux qui parcouraient inlassablement les balcons en donnant des ordres aux gardiens, les sélectionnaient en permanence.
Il fallait faire attention pendant les exercices, un accident était vite arrivé d'autant que certains n'hésitaient pas à utiliser tous les moyens pour procéder à leur propre sélection. Son allure gracile avait fait de Duo une cible de choix. Il était sur ses gardes en permanence, mais il était arrivé à un point où il devait trouver des alliés pour survivre. Mais toute la difficulté était là. Les plus costauds s'étaient déjà en grande partie regroupés. Il restait quelques guerriers de son gabarit mais ils n'avaient pas l'air commodes. Il y avait un celte et un égyptien toujours ensemble et formant un duo à la force déconcertante. Le petit blond était particulièrement retord. L'autre était inquiétant, les mots tombaient de sa bouche au compte goûte, ses yeux n'exprimait rien. Il l'avait vu massacrer un type qui le faisait deux fois, à l'abris des regards indiscrets, parce qu'il avait tenté de caresser son copain dans les bassins communs. Le type n'était plus là les jours suivants. Le blond savait qu'il savait. Duo savait qu'il devait tenir sa langue. Il pouvait tenter toutefois de s'en faire des alliés ? Les deux autres étaient pires. L'homme du nord, un homme silencieux, au yeux étranges, dur comme la pierre, de la même couleur que les lacs de montagne, aussi froids et mystérieux. Lui aussi, plusieurs s'y étaient cassé les dents, et autre chose. Il ne faisait pas dans la dentelle. Il cognait sans sembler ressentir les coups qu'on lui rendait. Peu de subtilité dans sa manière de faire, juste de la force, de la brutalité. Il tabassait sans relâche, sans état d'âme. Sa subtilité il l'a gardait pour les cours théoriques. Il apprenait comme une brute mais Duo devinait qu'il comprenait mieux que d'autres. Il était aussi facile à approcher qu'un ours... Enfin, il y avait l'asiatique, aussi sympathique qu'un taon en colère. Il pratiquait un art étrange mais beau et efficace. Son combat ressemblait à une danse. Il était aussi un érudit mais tatillon et pas facile. les professeurs de théorie ne le portaient pas dans leurs coeurs. Il était prompt à la contradiction, à la critique. Il se vantait d'être un savant, ce qui pour les Grecs était incompatible avec son âge et son manque de modestie. Il parlait souvent d'hommes illustres chez son peuple : Confucius, Bouddha… Il parlait de temps très anciens, de dieux créateurs, des temples du pays entre les deux fleuves… Les savants connaissent ces noms mais réfutaient ces façon de penser. Quatre faisait valoir que son peuple était le premier…Les maîtres de rhétoriques donnaient raison à l'Egyptien, les plus érudits d'entre faisant le déplacement chez les prêtres de Memphis, d'Alexandrie et de Thèbes pour y compléter leur formation. Ils témoignaient du respect vis-à-vis du blond ce qui était exceptionnel.
La Cadmée était un étonnant mélange de raffinement avec ses salles claires et spacieuses. Tout y était méticuleusement ordonné, régulé. Et pourtant c'est la brutalité qui dominait, chacun sous le regard permanent de ses adversaires potentiels, à la merci d'un coup bas, d'une trahison.
Il se rapprocha des deux "amis". Il fut surpris de la rapidité avec laquelle il fut intégré dans leur groupe. Il discuta avec Quatre qui eu un sourire amusé à ses réflexions. Quatre avait compris bien des choses et l'un de ses problèmes majeurs était de ne pas se séparer de Trowa. Ils avaient peu de temps à eux, impossible de s'isoler plus de quelques instants. Le but était la formation du couple de guerriers mais ils ne pouvaient les former volontairement. Il fallait dissimuler leurs liens. Duo lui en offrait l'opportunité, noyés dans un groupe, ils pourraient mieux se retrouver sans trop attirer l'attention. il lui restait un coup de maître à jouer, un plan pour leur adjoindre deux recrues de choix. Heero yui du Nord, aussi impassible qu'un rocher et ce prétentieux d'asiatique. Non, Quatre ne les aimait pas, mais il avait besoin d'eux. Trowa lui avait donné son accord. Il le suivait sans problème sans ses décisions. Leur étrange osmose se prolongeait au-delà des rêves; se tissait un peu plus.
Heero Yui s'était fait rapidement distinguer par un des mentors, un sadique. Bien que ce dernier resta, comme les autres mentors, sur les balcons qui surplombaient les salles, ne se mêlant jamais à eux, il hurlait des ordres aux gardiens pour qu'ils placent volontairement Heero dans une situation difficile. Quatre y vit rapidement son intérêt. Il fit part d'un stratagème à Duo qui n'en perçu pas tous les aspects.
Quelques jours plus tard, les conditions furent réunies. Le mentor avaient demandé qu'Heero soit confronté à deux des apprentis les plus brutaux. Malgré sa force, il pouvait tenir tête aux deux, mais des « amis » des deux allaient sans doute se joindre à la partie. Duo attendit que la situation critique pour intervenir en attirant l'attention des alliés. Il en fut quitte pour quelques coups. Très discrètement Trowa s'était occuper d'une des brutes, on pouvait facilement croire à un accident dans cette salle où les combats étaient incessants. Trowa avait touché un point qui l'envoya dans l'inconscience. Wufei qui connaissant ce type d'approche le reconnu pour ce que c'était. Lui aussi savait observer. Il jaugeait ses « partenaires ». Le petit blond était digne de Sun zu. Le rouge (Trowa) ressemblait à un être maléfique qui hante les nuits. Il était dangereux. Leur alliance était digne du Yin et du Yang, si parfaite. Ce fou de Scythe n'était pas l'idiot que tout le monde croyait. Il était si imprévisible que ça en devenait une arme à part entière. Enfin Heero, la brute. L'ours. Dangereux, insondable, solitaire.
Wufei acheva un des adversaires de Duo avec un coup dans la nuque. Le natté avait vu mais ne le montra pas. Il avait compris qu'en touchant d'une certaine manière les corps, les coups n'avaient pas le même impact. Trowa savait aussi ce genre de chose. Il apprendrait. Mais lui avait l'agilité d'éviter les coups pour les rendre après. Sa technique ne plaisait pas aux mentors mais il s'en fichait. Ils étaient les seigneurs des plaines, du vent, de l'horizon.
Heero se rallia au groupe sans un mot mais par ses actes, il donnait son approbation.
Les mois passèrent. Un jour on les appela et furent conduits dans une salle d'eux inconnue. On leur demande de se laver. Puis ils furent massés et rasés. Ils devaient se détendre pendant plusieurs heures. Ils avaient compris la cérémonie du « choix » devait se dérouler.
Les cinq furent conduits avec d'autres apprentis dans une salle de marbre dans le centre de laquelle se trouvait une vasque de marbre noir, reposant sur deux lions. La pièce baignait dans une pénombre mystérieuse, seulement éclairée par quelques touches dessinant des arabesques sur les colonnes immaculés. Le silence régnait quand soudain les portes de bronzes s'ouvrirent. Ils entrèrent deux par deux et se placèrent le long des murs. Ils étaient impassibles, superbes alors qu'ils n'étaient vêtus que de leur tunique. Des prêtres aux cheveux blancs entrèrent et se mirent en cercle autour de la vasque. Ils commencèrent à chanter dans une langue inconnue. De veloutes de fumées commencèrent à tourbillonner et à s'élever dans les airs.
Un d'entre eux se retourna vers les apprentis.
- Aujourd'hui des âmes seront réunies, des guerriers sacrés viendront à la vie. Lorsque vous serez appelés, venez prés de la vasque et prosterner vous.
Il se retourna et repris ses chants.
Soudain les guerriers participèrent au chant d'une voix forte et puissante. Des frissons parcouraient le dos de chacun. Une ambiance étrange et envoûtante envahissait les lieux. La chaleur monta un peu plus.
Puis se fut la danse des guerriers divins en l'honneur de leurs dieux et des guerriers tombés aux combats, leurs illustres prédécesseurs, leurs compagnons. C'était si beau, gracieux et viril.
Après un temps que personne ne pu mesurer. Les chants et les danses s'arrêtèrent. La salle semblait plonger hors du temps. Le soir ou le jour nul ne savait.
Le prêtre se retourna vers eux à nouveau.
- Il est temps.
