Bonsoir, voici un nouveau chapitre ! merci à ma béta lectrice, Merikhemet :D, je te dédicace ce chapitre !
Les thébains - chapitre 5
Le prêtre se retourna
- Il est temps. Les dieux vont désigner les couples si couple il y a. Ceux qui n'ont pas été désignés devront retourner avec les apprentis et revenir à la prochaine célébration. S'ils le souhaitent, ils peuvent y renoncer et devenir gardien.
Wufei se dit qu'il retournerait bien vite chez les apprentis. Sans doute qu'il repartirait de ce lieu dans quelques années, après avoir appris tout ce qu'il pouvait. Car enfin jamais il ne pourrait être désigné, et personne ne pourrait lui convenir et encore moins un homme ! Aussi fut-il grandement surpris quand il entendit son nom.
- Fils du dragon avances toi car les dieux t'ont désigné.
Ce n'est pas possible, ce n'est pas possible se répétait Wufei alors qu'il avançait vers eux. Son coeur se serra, sa gorge devint sèche. Il n'était pas au bout de ses surprises.
Il s'avança devant le prêtre qui se retourna et se pencha sur la vasque en murmurant une litanie de mots étranges. Il se retourna de nouveau vers lui et le regarda en fronçant les sourcils. Wufei se demandait ce qu'il se passait encore, peut-être les dieux de ce pays s'étaient aperçus qu'ils s'étaient trompés ! Il n'y croyait pas, non ! Être uni avec un homme cela n'avait pas de sens, un étranger, un inconnu. Plus d'une fois, il s'était posé la question de sa présence en ces murs, il avait tout abandonné derrière lui pour atteindre la connaissance, est-ce pour finir ici ? N'était-il plus temps de mettre un terme à cela ? Il voyait des bribes de sa vie alors qu'il devait se concentrer sur ces quelques instants et prendre une décision ! Et pourtant, une force obscure le poussait à rester là, les lèvres closes. N'était-ce que de la curiosité ? Non, cette impérieux désir de savoir était bien au délà. Il vit, comme au ralenti, le vieil homme ouvrir la bouche et prononcer un nom qu'il comprit à peine et qui lui était inconnu.
- Zech.
Si le silence pouvait frissonner, Wufei jurerais qu'il l'avait ressenti jusqu'au plus profond de lui. Il suivit le regard des autres qui ne s'était pas porté sur les apprentis mais sur les guerriers divins ! Le dénommé Zech s'avança alors. Ce n'était pas juste un guerrier... Grand, beau, magnifique, viril, tout cela et plus encore... Des cheveux d'or longs, des yeux d'un bleu pur, des traits... Son visage impassible n'était trahi que par ses yeux, ils reflétaient la surprise, la confusion et... la déception ? Wufei fut touché en plein coeur. Loin de l'image d'homme efféminé, c'est le guerrier fier qui venait à ses côtés sans même un regard.
- Zech, les dieux t'ont donné une deuxième âme ? Il était dit que ta mission n'était pas terminée ici bas. Fils du dragon prend la main de Zech prince de Thèbes car il est ton âme. Guerrier sacré relève toi, tes deux parties sont réunies, guerrier Wufei-Zech tu viens de naître, réjouis toi, viens rejoindre tes frères ! Chantons pour accueillir notre nouveau fils, thébains ! Chantons !
Les guerriers se mirent à chanter de leurs voix fortes les hymnes guerriers et de joie.
La main de Zech était dure et forte, sans aucune hésitation. Il avait peur de trembler, de montrer son trouble. Il ne pensait en cet instant qu'à cela. Ne pas trembler. Plus tard viendraient les questions, les conséquences, plus tard.
Il le sentit bouger et le suivit dans son mouvement. Ils levèrent le bras par lequel ils tenaient l'autre / ils se tenaient vers le prêtre. Un autre religieux s'approcha tenant une lanière de cuir incrustée d'or. Il en entoura d'abord le poignet de Zech puis après avoir laissé une certaine longueur de lien, il l'attacha au poignet de Wufet.
Zech s'inclina et se retourna vers Wufei le fixant intensément. Wufei lui rendit son regard en essayant de ne trahir aucun sentiment. Il n'arriva pas plus à lire les sentiments de son vis à vis. Ils rejoignirent les autres alors que le prêtre annonça que d'autres guerriers allaient naître aujourd'hui. Le lien lui procurait d'étranges sensations, comme si il était animé d'une vie propre. Il le sentait à peine et pourtant il s'insinuait en lui, manifestant sa présence à chaque instant.
Il regarda son "âme", Zech. Le nom même roulait étrangement sur sa langue, saurait-il même le prononcer correctement ? Son profil ne trahissait rien, son corps rigide dans sa posture. Il devait lever la tête car il était très grand, très fort aussi. Il détourna son attention vers les prêtres qui continuèrent leurs rites. Il n'avait plus la notion du temps, étaient ce des heures, des jours qui s'écoulaient depuis le début de la cérémonie ?
Le prête appela à nouveau un apprenti.
- Quatre prince d'Égypte, vient.
Quatre s'avança. impassible.
- Prince des terres originelles tu es venu ici et tu sais déjà qui est ton âme !
Quatre tressaillit.
- Viens Trowa, fils des druides, viens le rejoindre car telle est la destiné du guerrier Trowa-Quatre !
Le rituel semblable à celui qui avait uni Zech et Wufei eu lieu. Mais ce dernier vit dans leurs yeux la joie et le bonheur. Ils étaient proches déjà.
Le prêtre continua à unir d'autres guerriers puis il appela Duo.
- Prince Scythe vient.
Duo tremblait. Il n'avait pas vraiment réalisé jusqu'à ce moment les implications de son engagement. Il entendit alors le nom de celui qui lui était destiné.
- Heero Yui du Nord vient.
Le cérémoniel se déroula une fois encore.
Les deux intéressés ne pouvaient y croire. Ils étaient si dissemblables, si différents l'un de l'autre. Quel ironie avait présidé à leur destinée ?
Le nombre des jeunes guerriers formé ce jour là ne pouvait présager que des guerres futures viendraient décimées leurs rangs. Ils étaient depuis les origines un bataillon composés de 150 « guerriers ». Avant d'intégrer le bataillon les nouveaux couples avaient encore plusieurs mois de préparation. Puis les plus méritants remplaceraient ceux tombés au combat.
Après la cérémonie, ils furent conduits dans de nouveaux dortoirs. Ils étaient composés de cellules individuelles avec un confort sommaire. Aucune ouverture n'était fermée par une porte ou une pièce de tissu et dans certaines, des couples étaient étendus, indifférents aux regards qu'ils pouvaient provoquer…
L'atmosphère était à la fois sereine et sensuelle. L'odeur des hommes se mélangeait aux effluves des lampes à huiles où des onguents étaient ajoutés. Les fenêtres n'étaient que des percées en haut des murs. Elles donnaient une lumière douce et mystérieuse, nimbant d'un voile irréel cette partie de la Cadmée.
Ils eurent leurs chambres respectives.
Ils avaient trois jours de repos avant de reprendre les entraînement. Le lien de cuir qu'ils portaient ne devraient être rompu que quelques mois plus tard.
Au fond du dortoir des salles d'eau et de massages leurs étaient réservées. Un réfectoire où des buffets de nourriture étaient renouvelés régulièrement était également à leur disposition.
Ces trois premiers jours furent plus éprouvants qu'ils ne le pensaient, et en fait de « repos » ils en vinrent à regretter les longues séances de gymnastique.
Hormis Quatre et Trowa qui étaient à leur bonheur, passant le plus clair de leur temps au lit à murmurer et à se caresser dans trop de pudeur, les autres se retrouvaient dans une situation autant étrange qu'humiliante. Ainsi liés, ils devaient partager tous les instants sans aucune forme d'intimité.
- Heero, ne marche pas si vite !
- Hmm.
Duo commençait, ou du moins recommençait à se poser des questions sur ce lien qui le maintenait à un mur… Un mur qui marche, mange, dors, mais un mur quand même…
- Heero, relèves toi, tu dors sur ma natte…
- Hmmm.
- Que fais-tu, lâches là !
- Tais toi ! Je veux dormir. Et comme ça je t'empêcherais de me donner des coups pendant que tu dors !
- Mais !
- Pas de mais ou je te la coupe !
- Tu n'as pas le droit !
- (Moment de réflexion intense pour Heero) Si j'ai le droit, car si nous ne faisons qu'un, c'est ma natte aussi !
- Tu es un grand malade ! Je préfère encore que tu te taises que de débiter des conneries !
- C'est logique
- La logique, la logique ! Une invention infernale de ces grecs de malheur, je n'ai aucune logique, aucune limite !
Heero le trouva beau et sauvage. Il tira et l'attira à lui. Il colla ses lèvres aux siennes et fut surpris d'y trouver du plaisir et un moyen de le faire taire. Heero connaissait les plaisirs du corps, la nuit au creux des couches en fourrure, avec un homme ou une femme. Ce guerrier au sang chaud et à la peau ambrée le réchaufferait.
- Qu'est-ce tu fais?
- Tu es ignorant de ces plaisirs ?
- Non je…
Le prince recula, un peu rouge…
- Tu es pur ?
- Non, j'ai été initié quand je suis devenu un guerrier mais nous n'avons pas le droit avant d'avoir reçu une compagne. Et toi ?
- Nous dormons tous ensembles pour nous tenir chaud et partageons nos chaleurs avec ceux qui le désirent…
- Mais vous n'avez pas de compagnes…
-
Nous pouvons êtres plus exclusifs, mais ne nous sommes pas liés les
autres aux autres. Viens, ne suis-je pas ton compagnon désormais ?
Viens partager ma chaleur.
- Heero, je n'ai jamais fait cela
avec un homme.
- Laisses moi te montrer.
- C'est trop tôt…
Heero fut d'une tendresse surprenante. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu d'étreintes mais il sut se contrôler comme cela était l'usage avec les juvéniles dans son clan.
- J'attendrais alors. Mais j'aimerais que tu me laisses te toucher, te prendre dans mes bras la nuit.
- Tu aimes cela, les caresses ?
- Oui, tu as l'air surpris.
- Disons que ce n'est pas un côté de ta personnalité que l'on voit.
- En tant que guerrier cela ne regarde personne hormis mes proches.
Sur ces dernières paroles, épuisés par ces évènements, ils s'endormirent. Duo se sentit enlacé par dernière, le bras d'heero autour de sa taille. La respiration d'Heero dans son cou le chatouillait un peu. Heero s'endormit le premier. Duo eut un peu plus de mal. Ces sensations nouvelles étaient étranges mais pas désagréables. Il se sentait protégé alors même qu'il n'en avait jamais ressenti le besoin. Il savait que les guerriers veillaient sur leurs compagnons même pendant le combat. Il ressentit du réconfort dans les bras de celui qu'il n'aurait jamais imaginé pouvoir lui en donner. Il le ressentit de manière aigue ce soir là, dans cette étrangère, entouré d'inconnus ou presque.
Pour Wufei et Zech il en fut tout autrement. Wufei vivait cette situation comme une humiliation permanente. Le soir cela était pire encore.
- Je trouve ces coutumes répugnantes. Obliger deux hommes à coucher ensemble !
- Ce n'est pas une obligation.
- Mais…
- Tu n'es pas obligé, et je ne te forcerais pas.
Wufei se tut, se sentant idiot de s'emporter comme un enfant capricieux alors que Zech restait calme et noble.
- Pardonnes-moi, mais c'est si contraire à mon éducation.
- Je le comprends. Tu sais même pour moi c'est difficile à comprendre.
- Mais tu as déjà eu un compagnon ?
- Oui et bien plus cela.
Le visage de Zech se fit lointain, de la souffrance passa dans ses yeux.
- Tu es à présent ma moitié, tu as le droit de savoir mon passé. Milliardo, mon ancienne âme était mon frère jumeau. Nous sommes nés dans la famille royale de Thèbes. C'était un bon présage et nos parents étaient heureux d'avoir été honorés ainsi par les dieux. Nous avons été naturellement élevés dans l'optique d'intégrer le bataillon sacré. Dès notre plus jeune âge nous avons reçu une instruction militaire et celle des maîtres de rhétorique. Quand nous sommes devenus hommes, nous avons intégré le temple et les dieux nous ont désignés comme guerrier. Nous étions si proches, notre ambition était l'honneur de notre famille. Nous étions dévoués entièrement à notre formation de soldat. Milliardo était si lumineux, si fougueux. J'étais le plus prudent de nous deux. Et puis ce fut les premiers combats, l'ivresse de la bataille est la plus puissante des drogues. Nous nous croyions invincibles face à ces hordes de barbares. Mais ils sont si nombreux, ils surgissent des confins du monde sans cesse. Durant la dernière bataille, nous n'avons pas pu vaincre contre leur nombre, nous n'avons survécu que grâce à l'intervention des spartiates. J'ai essayé de toutes mes forces de le protéger mais ils m'ont blessé à la tête et je suis tombé dans l'inconscience. Je ne sais rien de ce qui s'est passé par la suite. Je me suis réveillé il y a deux mois. Milliardo avait été mis au tombeau quelques jours avant.
- Je suis désolé. Que deviennent les guerriers qui sont seuls, je n'en ai jamais rencontré ?
Wufei s'en voulut immédiatement de poser cette question. Sa curiosité était bien mal placée, il n'était d'aucun réconfort.
- C'est rare. La plupart se sacrifie dans la bataille. Ceux qui y survivent, malheureusement, deviennent des gardiens.
- Ces hommes qui portent les masques de cuir ?
- Ils masquent ainsi la mutilation de leur être.
- Mais…
- Tu te demandes sans doute pourquoi je ne suis pas un gardien. L'oracle en a décidé autrement mais je ne pensais pas que je serai à nouveau uni.
- Pardonnes moi, j'aurais du être plus prudent et ne pas porter un jugement aussi rapidement.
- Ta noblesse te fait honneur Fils du dragon. Reposes toi maintenant car l'entraînement sera dur.
- N'est-il pas humiliant de reprendre l'apprentissage pour un guerrier confirmé comme toi ?
- Non car je dois réapprendre avec toi, nous devons acquérir une harmonie qui nous fera nous battre comme un seul homme, un homme parfait.
Zech s'était étendu. Son profil se détachait dans la lumière de la lampe à huile. Wufei le regardait. Il le sentait plonger dans ses souvenirs. Il était un homme d'honneur et noble. Wufei osait à peine s'avouer à quel point il était impressionné par son compagnon aux cheveux d'or.
Les deux autres jours furent remplis par les problèmes du quotidien : comment faire sa natte avec une main ? Utilisez Heero. Comment expliquer dans une langue étrangère, à un prince, que la nature a ses besoins, et que les besoins naturels… Comment assister aux dits besoins naturels du prince… Manger, regarder un certain natté ingurgiter des montagnes de nourriture… Quatre et Trowa avaient l'air de faire cela de manière toute naturelle ce qui en était presque insultant pour leurs collègues. Ils semblaient en lune de miel. Wufei ne supportant plus cette atteinte à la bienséance, rouge de confusion, leur fit comprendre que certaines règles devaient être observées. Notamment il était totalement répugnant de caresser son compagnon dans l'eau commune du bain ! Il en fut quitte pour deux paires d'yeux parfaitement synchrones et également courroucés, matinées d'une pointe d'ironie. Les deux amants se firent toutefois plus discrets.
L'union n'empêchaient pas chacun de nouer des amitiés plus ou moins fortes entre les différents guerriers qui appartenaient tous à une même unité. Les nouvelles recrues étaient unanimement impressionnées par la distinction et les capacités des guerriers.
L'entraînement commença enfin mais ils devaient conserver leurs liens.
