CHAPITRE 6 :

Alex senti l'air frais sur sa joue endolorie, entendit des bruits vagues et éloignés. Sa conscience reprit le dessus quand il se rappela ce qui s'était passé. Les coups de feu, la perte de contrôle de la voiture, l'odeur, le souffle de l'explosion, sa tête contre le bitume. Et visiblement le bitume avait gagné cette manche. Il ouvrit les yeux en toussant, puis se redressa avec du mal dans une position semi assise en se tenant les côtes, se positionnant face à la voiture qui était toujours en feu. Il ne devait pas être resté inconscient très longtemps. Il toussa de nouveau, la fumée dense de la voiture lui irritant la gorge. Il entendit tousser de l'autre côté de la route, et réalisa qu'il manquait quelqu'un dans son champ de vision. Il tourna la tête pour voir Kévin émerger doucement.

Alex : KEVINNN ?

Il se força à se relever, bien que son corps lui fasse sentir son mécontentement. Toujours la main sur les côtes, il se dirigea au plus vite vers son collègue qui relevait la tête ; avant de s'accroupir auprès de lui et de lui poser une main dans le dos.

Alex : Hé, ça va mon pote ?

Kévin toussa avant de se tourner sur le côté et de regarder la voiture en flammes. Il secoua la tête.

Alex : Quoi ?

Kévin : On est mal barré !

Alex : Tu veux dire qu'on est mort, oui ! Elle va nous faire la peau, la Mercier !

Kévin se redressa un peu plus.

Kévin : Passe-moi mon portable

Alex : Hein ?

Kévin : Faut appeler les pompiers là ! Et prévenir Mercier. Tu peux le faire si tu veux

Alex écarquilla les yeux.

Alex : Je t'aime bien mon pote, mais pas à ce point-là. Je tiens à la vie, moi.

Kévin se mit à rire doucement.

Kévin : Alex !

Alex : Quoi ?

Kévin : Mon portable !

Alex commença à tâter ses poches avant de se souvenir qu'il avait jeté son téléphone et celui de Kévin dans la voiture pour trouver la clef.

Alex : Merde. Ils sont restés dedans.

Devant l'incompréhension de Kévin, il fit un signe du menton vers la voiture.

Kévin : Ah ! Génial ! Vraiment génial !

Alex aida Kévin à se mettre debout puis le regarda.

Kévin : Quoi ?

Alex : T'as une tronche d'enfer.

Kévin avait pleins d'écorchures sur le front et les joues et un bleu commençait à se former au niveau de son œil gauche. Mais Alex n'était pas mieux, recouvert lui aussi d'une substance noirâtre, il avait des ecchymoses un peu partout.

Kévin : On fait vraiment la paire.

Ils commencèrent à partir lentement, passant devant la voiture toujours en train de se consumer.

Alex : On fait quoi maintenant ?

Kévin : On trouve un téléphone, on prévient les pompiers.

Alex : Et pour Mercier ?

Kévin : Je préfère me faire engueuler qu'une fois, pas toi ?

Alex : On va se faire tèje !

Kévin : Hum… Y'a de grandes chances, oui !

S'éloignant encore un peu des débris, Alex s'arrêta avant de se diriger sur la droite.

Kévin : Tu fais quoi ?

Alex : Attends, attends !

Il revint avec un objet entre les mains, sous le regard dubitatif de Kévin.

Kévin : Tu veux aggraver notre cas où t'es vraiment suicidaire ?

Alex leva les yeux au ciel avant de reprendre le chemin qui les conduiraient à l'échafaud.

Lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, ils essayèrent de se faire le petit possible. Mais c'était sans compter sur Mercier, qui les attendait de pieds fermes, et ils se sentirent comme deux gamins pris en flagrant délit devant les regards curieux et moqueurs de toute la DPJ, qui avait sans aucun doute été prévenue du carnage. Planquant un peu plus l'objet sous veste, Alex se tassa à son maximum tandis que Kévin devint rouge cramoisi.

Mercier : Vous deux ! Dans mon bureau ! Tout de suite !

Ils se décidèrent à sortir de l'ascenseur, mais Franchard se posta devant eux en hurlant.

Franchard : Je sais pas ce que vous avez dans le cul, tous les deux, mais va vraiment falloir arrêtez vos conneries … Vous avez vu vos tronches ?

Ils se regardèrent l'un et l'autre. Les vêtements déchirés par endroit, des têtes à faire peur, mais pas autant que ce qui les attendait. Franchard tourna les talons et ils soufflèrent un bon coup, s'avançant d'un pas lent vers le bureau de la Commissaire. Kévin toqua à regret, Alex derrière lui. Il se demanda si son envie de vomir, qui l'avait pris un peu plus tôt, n'était pas renforcée par ce qui allait suivre.

La voix colérique de Mercier se fit entendre, mais c'est au moment où ils franchirent la porte et qu'ils virent ses yeux, qu'ils regrettèrent de ne pas être restés dans la voiture avant que celle-ci n'explose. Ils avancèrent prudemment et se figèrent à une bonne distance de sécurité du bureau. Mercier les regardait, assise à son bureau, les yeux pétillants. Mais de quoi, ils ne savaient pas trop.

Elle prit la parole d'une voix grave qui leur donna l'envie immédiate de se faire aspirer par le sol. Malheureusement, les tremblements de terre ne s'effectuaient pas à la demande, ce qu'ils regrettaient amèrement à cet instant. Mercier se leva et d'un pas lent et se mit devant eux.

Mercier : Si je récapitule, en une DEMI-JOURNEE, vous avez laissé quelqu'un se faire agresser, quelqu'un à qui, par la même occasion, vous n'apportez aucun secours et dont vous ne prenez pas la déposition. Vous avez enquêté derrière mon dos sur une VICTIME…

Alex : C'est pas une victime…

Devant le regard noir de Mercier, Alex baissa de nouveau la tête.

Mercier :… une VICTIME que vous avez suivie délibérément, sans m'en avertir. Vous avez créé une fusillade qui aurait pu couter la vie à un civil…

Alex : Hé c'est même pas nous qui avons commencé sur ce coup là !

De nouveau, il baissa la tête lorsque Mercier se planta devant lui.

Mercier : … et vous avez laissé une voiture de fonction brûler, sans même prévenir vos collègues…

Alex : On a appelé les pompiers quand même…

Mercier : MOREN O !

Alex : Je… J'me tais !

Mercier : Ce sont les collègues de la 15eme division qui nous ont prévenu après avoir identifié ce qu'il restait de la plaque d'immatriculation de la voiture. Et vous n'avez même pas passé un coup de fil ici !

Kévin se décida à lever la tête et à intervenir.

Kévin : Les portables étaient dans la voiture…

Il baissa les yeux de nouveau en voyant la Commissaire qui commençait à bouillir. Cette dernière se prit la tête dans les mains avant de retourner s'asseoir et de poser les coudes sur son bureau en secouant la tête.

Mercier : Vous êtes deux imbéciles irresponsables ! Mais qui vous a dit OUI le jour de votre concours, pour rentrer dans la Police, hein ? Il aurait mieux fait de s'étouffer avec sa langue celui-là ! Vous êtes des flics, pas des clowns ! Ça implique des responsabilités, non seulement vis-à-vis de vos collègues mais aussi au niveau des civils. Vous n'êtes plus à l'école, là. Si vous faites des bourdes, on ne peut pas les rattraper ! Vous avez eu de la chance que personne, y compris vous, ne soit blessé. Vous vous rendez bien compte que vous auriez pu y laisser votre peau ? REGARDEZ-MOI QUAND JE VOUS PARLE !

Ils relevèrent la tête à l'unisson.

Mercier : Vous savez ce que je devrais faire là, toute de suite ? Vous virer sur le champ.

Elle souffla un grand coup avant de reprendre une voix calme.

Mercier : Vous allez me faire un rapport sur ce qui s'est passé, et vous allez rentrer chez vous ! Je ne veux plus vous voir pendant une semaine.

Alex/ Kévin : Quoi ?

Mercier : Vous m'avez bien entendu ! J'ai besoin d'air, là ! J'ai assez vu vos têtes comme ça.

Kévin : On est suspendu ?

Mercier : Je m'arrangerai pour vous mettre en arrêt maladie. Et vu vos têtes, ça ne fera pas de mal ! Aller, filez !

Alex : Mais Mada…

Mercier : J'ai dit STOP Moreno ! Ça suffit ! Avec vos conneries, là, si on n'a pas tout perdu, on aura de la chance !

Alex s'avança lentement vers le bureau puis y déposa l'objet qui était resté camouflé sous sa veste.

Alex : On n'a pas tout perdu, on vous a ramené ça.

Regardant la plaque d'immatriculation à moitié carbonisé qu'Alex avait mise sur son bureau, Mercier secoua la tête avant qu'Alex n'ait pu dire quoique ce soit d'autre, et secoua la main frénétiquement.

Mercier : Vous voulez que j'en fasse quoi, Moreno ? Que je l'encadre ? C'est moi qui vais finir par vous encadrer si vous ne foutez pas le camp tout de suite ! Aller. Filez avant que je ne change d'avis !

Les deux lieutenants se précipitèrent alors vers la sortie, et prirent une profonde inspiration une fois la porte fermée.

Alex : Ca s'est plutôt bien passé !

Kévin : Alex !

Alex : Wesh ! ?

Kévin : Sérieux, pour une fois dans ta vie, s'il te plaît, ferme-la !

Alex tourna les talons et s'en alla dans le bureau, non sans avoir jeté un regard noir aux curieux dont la tête dépassait un peu trop des embrasures, tandis que Kévin alla, une fois de plus, s'enfermer dans les toilettes.

Antoine frappa à la porte, mais n'entendant aucune réponse, il se permit d'entrer. Il referma la porte avant de poser son regard sur Yann. Le Capitaine n'avait pas l'air plus détendu que tout à l'heure, le reste de l'après-midi s'annonçait donc difficile. Il s'assit et attendit, mais sans réaction de son supérieur, il soupira un grand coup avant de se lancer.

Antoine : Yann, je sais que t'es pas dans ton assiette et les gars et moi n'aimons pas te voir comme ça. Je sais que t'es du genre fonceur habituellement, mais ça ne te ressemble pas pour autant de coller une droite à un suspect, surtout quand il est désarmé.

Il soupira un grand coup.

Antoine : Yann…

Yann : Quoi ? C'est bon, je ne l'ai pas envoyé à l'hosto entre quatre planches à ce que je sache.

Antoine : A ce rythme-là, c'est pourtant bien ce qui va finir par arriver! Yann, il faut te ressaisir. C'est toujours toi qui nous dis de laisser nos problèmes personnels aux vestiaires. Que si on ne fait pas la part des choses, ça pourrait affecter notre boulot ! Et c'est pourtant ce qui t'arrives !

Yann : Tu veux que je te dise quoi, hein ? Que j'ai une journée de merde ? Et alors, ça arrive à tout le monde, non ?

Antoine : Tout le monde ne défonce pas un mec juste pour passer ses nerfs !

Yann : T'as pas autre chose à foutre que de me fliquer ?

Antoine se leva d'un bond avant de se diriger vers la porte.

Antoine : Tu veux que je te dise…

Yann : NON !

Antoine : Très bien ! Adopte cette attitude de gamin égocentrique si ça te chante, mais t'es pas tout seul. T'as des mecs sous ta responsabilité. Si tu te plantes, c'est l'équipe que t'emmène avec toi. Alors t'en as peut-être rien à foutre, mais je tiens à mon job, moi. Et si t'étais un peu moins con, t'irais voir Kévin et tu lui parlerais au lieu de te morfondre dans ton coin. Putain, ravale ta fierté cinq minutes, ça va pas te tuer nom de Dieu !

Yann : Hé ! C'est lui qui fou la merde et c'est moi que t'engueules ?

Antoine : Ouais, parce qu'entre un p'tit basque et le connard orgueilleux que t'es aujourd'hui, je choisis le p'tit basque. Je t'aime beaucoup, Yann, tu le sais. Mais là, tu m'emmerdes !

Sans plus de parole, Antoine parti en claquant la porte, laissant un Yann muet, les yeux écarquillés par la surprise.

Antoine, son second, un ami aussi, toujours calme, à essayer de relativiser, de toujours trouver le bon côté des choses, un mec si posé qu'il ne réagissait même pas aux pires injures, qui ne s'énervait jamais, une espèce de baba-cool à la zen attitude parfois énervante, ce mec-là, cet Antoine, venait de le traiter d'emmerdeur. Parmi d'autres mots d'un langage tout aussi insultant !

Yann laissa tomber sa tête en arrière, contemplant le plafond. Il avait sans doute dépassé les bornes. Très certainement, même, à la vue des propos d'Antoine. Mais cette situation le rendait dingue. Une semaine que son mari s'était transformé en zombie, ne lui adressant que quelques mots, toujours en train de dormir lorsque Yann rentrait du travail, ou trop fatigué pour faire quoi que ce soit pendant ses brefs moments d'éveil. Oui, Kévin avait l'air fatigué, amaigri, surmené, mais était-ce vraiment LA raison ? De nouveau, Yann ne put s'empêcher de penser à l'éventualité d'un amant caché. Il ne savait plus quoi penser.

Il regarda son portable pour la 7eme fois en moins de 45 minutes, mais aucun appel, aucun message, rien. Kévin l'évitait-il ?

Yann souffla un bon coup et essaya une nouvelle fois de se détendre. Il fallait qu'il parle à Kévin ce soir, sans faute, quitte à lui mettre une paire de claque si celui-ci s'endormait. Il fallait que les choses soient mises au clair. Et il fallait qu'il aille s'excuser auprès d'Antoine.

Kévin entra dans l'appartement qu'il partageait avec Yann depuis plusieurs mois. Il avait fait son rapport tant bien que mal et était parti peu après Alex.

Yann ! Il n'avait même pas été le voir pour s'excuser. Il était un mari pitoyable en ce moment. Ses propos du matin avaient été durs. Il ne s'était pas compris lui-même, mais la fatigue et son mal-être du moment étaient si denses qu'il n'arrivait plus à exprimer de pensées cohérentes. Il avait tenu à son mari des propos qui ne lui ressemblaient pas et s'en voulait. D'un autre côté, sa journée avait été tellement mouvementée, si l'on pouvait parler de journée puisqu'il n'était que 16h, qu'il n'avait pas eu ne serait-ce que la pensée de lui envoyer un message pour s'excuser. Il s'avachit dans le canapé en soupirant avant de se relever pour aller remplir un verre d'eau qu'il but d'une traite.

Il était à bout, son corps le faisant souffrir des chocs qu'il avait reçus lors de l'explosion de la voiture. Et sa soif qui ne passait toujours pas. Il ferma les yeux, sentant sa tête tournée, avant de poser son regard sur une photo de Yann trônant sur le bar. Le voir ainsi, souriant, décontracté, lui fit un pincement au cœur en se remémorant la dispute du matin même. Il hésita un moment. N'ayant plus de portable, il ne pouvait pas l'appeler, et leur téléphone avait rendu l'âme quelques jours plutôt. Devait-il repasser au commissariat ? Mauvaise idée. Si Mercier l'apercevait, il ne donnait pas cher de son boulot. Elle avait été clémente, mais il doutait que cela se reproduise une nouvelle fois.

Après tout, il était officiellement en arrêt maladie pour une semaine. Une semaine qu'il mettrait à profit pour s'occuper de son mari et se faire pardonner. Et il comptait bien commencer dès ce soir. Il se décida à préparer un dîner aux bougies pour l'homme qu'il avait blessé et qui représentait sa vie. Il ouvrit le meuble de salon, et en sorti des bougies à ne savoir qu'en faire. Une ambiance intime, un bon bain, un dîner romantique, un massage et puis…

Il sourit à sa pensée. Oh oui ! Il allait tout faire pour se faire pardonner. Il monta à l'étage afin d'y déposer des bougies dans la salle de bain et dans leur chambre, puis redescendit en posant une bougie sur chacune des marches. Yann n'était pas fleur bleue pour deux sous, et il avait été d'autant plus surprit de sa réaction la première fois qu'il avait fait une soirée semblable. Son mari n'avait pu dire un mot, ses paroles bloquées par l'émotion qu'il avait ressentie alors. Il avait enlacé Kévin de toutes ses forces et l'avait embrassé avec fougue, tendresse et passion. Inutile de préciser que le diner avait été oublié au profit d'activités plus… physiques. Et qui n'étaient en aucun cas en rapport à une fourchette portée à la bouche.

Il commença ensuite à dresser la table, avant de s'attaquer au dîner. Mais avant de pouvoir faire quoique ce soit, il courut vers l'évier avant de vomir une nouvelle fois. Il transpirait mais avait froid en même temps. Ses oreilles bourdonnaient… et cette impression de flou gigantesque autour de lui…

Il entreprit de nettoyer les dégâts et de se rafraîchir, avant d'aller s'étendre sur le canapé. Il ne se sentait pas bien et une petite sieste de 20 minutes ne lui ferait pas de mal s'il voulait exécuter sa soirée selon son idée. Yann n'arrivant que vers 19h30, il avait largement le temps. Il ferma les yeux…

Yann arriva devant leur appartement et se refreina de taper la porte de toute ses forces. Ça avait été une journée épouvantable. Depuis sa dispute avec Kévin, il avait eu beau essayé de se relaxer, il sentait toujours au fond de lui cette colère qu'il traînait depuis leur dispute. Il avait malmené ses gars toute la journée, avait failli retourner Paris pour retrouver un journaliste et lui montrer de manière physique ce qu'il pensait de ses méthodes de travail. Puis il avait passé ses nerfs sur cette foutue cassette, avant de s'en prendre à un dealeur et de lui casser le nez. Mais ce seul coup de poing n'avait pas réussi à le calmer. Pour preuve, il s'en était pris à Antoine, alors que celui-ci essayait simplement de l'aider. Et il n'avait même pas pu s'excuser, ce dernier étant déjà parti lorsque Yann s'était décidé à rentrer.

Et Kévin qui n'était même pas venu le voir, ne lui avait même pas envoyé un message. Son mari n'avait absolument rien fait pour essayer d'arranger les choses. Et il avait du mal à admettre que son Kévin, pourtant si gentil et plein d'attentions d'habitude, n'ait pas tenté quelque chose. S'en fichait-il à ce point ? Il avait été mis au courant de ce qui lui était arrivé plus tôt dans la journée, mais devant l'assurance de la Commissaire sur l'état de son compagnon, il s'était remis au travail. Il ne s'était pas senti prêt à aller l'affronter. Il était tout de même parti une heure plutôt que d'habitude, désireux malgré tout d'avoir de ses nouvelles. Il avait tenté de le joindre sur son téléphone, mais aucune tonalité ne s'était fait entendre. Il s'était remis au travail, mais à 18h00, il avait décidé de rentrer rejoindre son mari.

Il soupira une nouvelle fois, récitant à toute vitesse son nouveau mantra qu'il essayait d'adopter depuis quelques minutes: Garder son calme, garder son calme, garder son calme.

S'énerver ne servirait à rien.

Il pénétra dans l'appartement et son regard fut aussitôt attiré par la table dressée avec goût, avant de se poser sur les diverses bougies éteintes et éparpillées sur la table et dans la cuisine. Un petit sourire naquit sur les lèvres de Yann. Son mari avait donc décidé de s'excuser en personne autour d'une soirée romantique. Ils ne le faisaient que très rarement, mais ce qu'il pouvait aimer ça. Il se souvint de la première fois ou Kévin lui avait réservé cet accueil. Lorsqu'il était rentré, il avait fait face à un Kévin gêné et rempli de doutes. Mais l'émotion l'avait emporté lorsqu'il avait vu ce que son amant avait préparé, et il lui avait littéralement sauté dessus, avant que le désir ne les emporte dans leur chambre. Certes, le dîner n'avait pas été consommé, mais quelque chose de beaucoup plus fort avait été partagé. Il posa les yeux sur les victuailles étalées sur le plan de travail et leva un sourcil curieux. Kévin ne devait pas être à l'heure dans son timing. Il se dirigea vers le salon, mais ses yeux furent une nouvelle fois happés par les bougies disposées dans l'escalier. Son homme avait dû se donner bien du mal et faire les choses en grand, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Mais en parlant de lui, où était-il donc ?

Aucun son provenant de la douche. Aucun bruit nulle part. A y réfléchir, c'était beaucoup trop silencieux. Il fronça les sourcils avant de regagner le salon et déposa sa veste sur une chaise. Ses lèvres dessinèrent un nouveau sourire lorsqu'il vit son petit ange endormi sur le canapé. Il lui avait tellement manqué durant cette semaine !

Il alla s'accroupir à côté de lui avant de lui caresser le dos et lui déposa un baiser sur son épaule. Il écarta son visage pour regarder l'état du profil qui se présentait à lui. Des égratignures sur toute la joue droite, un bleu près du menton. Il avait eu de la chance. Beaucoup de chance. Devant l'immobilité de Kévin, il entreprit de déposer un nouveau baiser sur son bras. Malgré les épaisseurs qui le recouvraient, Yann savait son mari sensible à son contact, et ne serait-ce qu'un frôlement le faisait émerger. Enfin… d'habitude.

Il lui tapota l'épaule dans le but de le réveiller le plus doucement possible.

Yann : Kévin… Kévin je suis rentré…

Mais ce dernier ne bougea pas, toujours dos à lui. Yann senti son agacement remonter une fois de plus. A quoi s'attendait-il ? Il avait eu l'impression de vivre aux côtés d'un fantôme toute la semaine, mais il avait repris espoir en voyant les préparatifs commencés. Et il se sentait à bout. Vive le mariage.

Il se décida à secouer Kévin énergiquement.

Yann : Aller debout ! Je suis là ! Faut qu'on parle !

Aucun mouvement. Il se sentit bouillonner.

Yann : KEVIN ! JE SAIS TRES BIEN QUE TU NE DORS PAS ! ARRETE DE FAIRE SEMBLANT ET COMPORTE TOI COMME UN ADULTE, BORDEL !

Il fit basculer Kévin sur le dos et lui saisit une main. Ce qu'il vit et ce qu'il sentit le fit tourner pâle et son cœur manqua un battement. Malgré son œil violacé et ses multiples contusions, Kévin était blanc. Il était raide. Aucune respiration. Les yeux mis clos, révulsés. Les lèvres bleues! Et il était froid… Si froid !

Yann, resserrant son étreinte sur la main de Kévin, réalisa alors que son mari ne dormait pas. Il était… mort.

Tbc…