CHAPITRE 7 :

Yann resta paralysé une seconde avant que son instinct de flic ne reprenne le dessus. Ne pas paniquer. Respirer à fond. Vérifier les signes vitaux. Son mari ne pouvait pas… Il n'était pas…

Il secoua la tête avec force. Il dirigea une main plus que tremblante vers le cou de Kévin, mais dû s'y reprendre à deux fois avant de pouvoir apaiser son tremblement. Il prit sa main et la posa contre son torse pour tenter d'atténuer la panique et les soubresauts de son corps. Ce n'était pas le moment de se laisser aller.

RESAISIS-TOI ! Sa petite voix le fit presque sursauter. Il reprit une profonde inspiration qu'il mit quelques secondes avant d'évacuer, puis avança de nouveau sa main vers le cou de son mari. Il laissa alors tomber la tête et la boule qui s'était formée dans sa gorge s'intensifia lorsqu'il le senti. Il était là, comme un murmure sous ses doigts, mais il le sentait.

Un pouls ! Pas bien fort, certes, mais présent. Son Kévin était vivant. Il posa alors la tête contre le torse de son mari et ferma les yeux pour s'isoler du monde et se concentrer sur les battements de son cœur. Il sentit alors sa tête se soulever légèrement et se redressa aussitôt. Enivré par la panique intense qui s'était soudainement emparée de lui, il n'avait pas vu son mari respirer, et pourtant, malgré un pouls assez faible et une respiration lente et profonde, il était vivant.

VIVANT ! Ce mot raisonna dans ses oreilles, dans son cœur, dans tout son être comme une victoire. Il se redressa d'un bon avant de mettre en pratique les gestes de premiers secours qui lui revinrent en flèche, et positionna Kévin sur le côté avant de se jeter sur son portable et d'appeler le SAMU. Tout en commençant à expliquer la situation à son interlocuteur, il mit sa veste sur le corps gelé de son amant dans l'espoir de le réchauffer un peu.

Il lâcha son téléphone lorsqu'il eut confirmation que les secours arrivaient, puis se glissa le plus doucement possible derrière Kévin avant de le serrer contre lui, mettant un bras sur le torse de son mari, espérant lui communiquer un peu de sa chaleur. Mais sa gorge se noua plus sévèrement lorsque son compagnon ne montra aucun nouveau signe de conscience.

Il colla son front contre l'arrière de la tête de Kévin, puis enfouie son nez dans ses cheveux pour s'enivrer d'autant plus de l'odeur qu'il connaissait par cœur et qui le rendait dingue, tout en lui caressant le thorax d'une main fébrile. Puis il resserra son étreinte comme pour se rapprocher encore un peu de son homme, comme pour le raccrocher à la vie, le retenir à ses côtés. Pouvoir profiter de chaque jour, de chaque minute avec l'homme qui avait fait basculer sa vie, le serrer dans ses bras et le sentir réagir, l'embrasser et sentir sa langue contre la sienne, cet amour partagé, ce bonheur qui était, et qu'il avait peur de ne pas retrouver.

Lui parler… C'est ce qu'avait dit le médecin…

Yann : Kévin… Je suis là… Ca va aller… On va te remettre sur pieds… Je… Je suis là, je vais prendre soin de toi, alors ne me lâche pas…. Je te l'interdis….

Sa gorge se resserra une fois de plus, et il reprit son souffle une nouvelle fois, pour ne pas se laisser envahir par sa peur qui montait de plus en plus, et de plus en plus vite. Il essaya de se remémorer les instructions qu'on lui avait apprises à l'école de Police sur le comportement à avoir face à la panique.

Il se concentra sur sa respiration, essayant désespérément de ralentir les battements de son cœur, qui battait à tout rompre jusque dans ses oreilles à lui en faire mal. Il détendit son corps, se délassa, s'apaisa.

Yann : Je sais que je ne te le dis pas assez… Mais je tiens à toi Kévin… Alors tu t'accroches ! Je t'…

Il entendit alors des coups à la porte. Les coups libérateurs de sa panique. Il se leva doucement, mais une fois sur ses jambes il se jeta sur la porte. Les minutes qui s'écoulèrent ensuite furent floues.

Tout s'emmêla dans sa tête. Les brancardiers, les questions auxquelles il fût incapable de répondre, la civière, l'ambulance, les sirènes, et puis son attente.

Plus d'une heure qu'il était là, regardant passer les médecins, les infirmiers ; vaquant de la machine à café à une chaise, d'une chaise à la machine à café.

Et plus d'une heure qu'il n'avait pas de nouvelles de son mari. Personne n'était encore venu le voir. Mais c'était quoi ce bordel ?

Il retourna pour la troisième fois à l'accueil dans l'espoir que cette fois-ci, peut-être, du nouveau avait émergé. Mais avant que la question n'ait pu franchir ses lèvres, la secrétaire le devança.

Secrétaire : Ecoutez Monsieur Berthier, je sais que vous êtes inquiet pour votre mari, c'est normal, mais ce n'est pas une raison pour martyriser ce pauvre sol. Ça ne sert à rien de tourner en rond. Dès qu'il y a des nouvelles, je vous le fais savoir. En attendant arrêter de me harceler, ça ne sert à rien.

Yann lança le regard le plus noir dont il se savait capable, mais visiblement cette jeune femme devait avoir l'habitude d'être confrontée à ce genre d'attitude. Elle ne baissa pas la tête, bien au contraire. Elle le fixa de telle manière que Yann ne put que relâcher ses épaules avant de retourner, une énième fois, dans la salle d'attente. Il se prit la tête entre les mains quand il sentit une main sur son épaule, qui le fit se redresser d'un bon. Mais ce n'était que la secrétaire, qui lui parla d'une voix adoucie.

Secrétaire : Je sais que ce n'est pas une situation facile. Vous ne voulez pas rentrer chez vous ? J'ai votre numéro, je vous appelle dès qu'il y a du nouveau.

Mais Yann refusa catégoriquement l'idée de laisser Kévin ici, seul. Et le fit savoir par un signe négativement rageur de la tête. La jeune femme s'accroupit devant lui en lui souriant.

Secrétaire : Je m'en doutais, mais ça valait quand même le coup de demander ! Vous ne devriez pas rester seul. Il n'y a pas quelqu'un que vous puissiez appeler ?

Yann la regarda avant de réaliser qu'il n'avait encore prévenu personne de ce qui s'était passé. Il fouilla dans la poche de sa veste avant de se souvenir qu'il avait laissé son portable chez lui. Etant parti précipitamment à la suite des secours, il avait pris sa veste, mais le reste…

Avant qu'une autre pensée ne lui traverse l'esprit, il entendit son nom être appelé. Il se leva d'un geste, avant de voir un médecin, la cinquantaine bien tassée, une tête un peu bourrue et fatiguée, se diriger vers lui.

Son cœur reprit sa dance et sa tête se mit à tambouriner au rythme de ses battements. Sa gorge se resserra un peu plus aux premiers mots du médecin :

Médecin : Je suis désolé, mais…

Ce fut la dernière chose qu'il entendit avant que ses nerfs ne lâchent, que sa panique et ses émotions remontent en lui si vite qu'il eut mal, et qu'un immense trou noir l'aspire.