CHAPITRE 15 :
Yann se tenait derrière les portes de l'ascenseur, attendant que ce dernier arrive à l'étage indiqué. Il essayait désespérément de reprendre contenance et un visage un peu plus enjoué que celui qu'il avait depuis son réveil, triste et perdu.
Ce dernier mois n'avait pas été facile pour lui. Il avait souffert horriblement, mais sa douleur s'était atténuée la semaine où Kévin avait été à ses côtés. Il avait tout fait. Tenu l'appartement propre, fait les courses, la cuisine, mais surtout s'était occupé de lui avec tout l'amour qu'il était possible de donner à quelqu'un. Il lui avait fait ses pansements, l'avait lavé quand il ne pouvait risquer de mouiller ses bandages en prenant une douche ou un bain, l'avait aidé à s'habiller de façon à ce que le frottement des vêtements contre ses blessures ne le fasse pas trop souffrir. Il lui avait apporté tous ses repas au lit puisqu'il avait été indiqué à Yann de bouger le moins possible durant les 8 premiers jours.
Et même si devenir dépendant de quelqu'un n'était pas dans ses habitudes, il avait pris sur lui et sur sa colère grandissante face à son mari qui se transformait plus en infirmière et bonne à tout faire qu'autre chose, et s'était surpris à aimer et apprécier toutes les attentions dont Kévin avait fait preuve. Il l'avait traité non pas comme un infirme, mais comme son égal, veillant tout de même à son confort et lui avait porté, tous les jours, une attention différente à son égard. Par une rose dans son plateau le matin jusqu'à un dîner romantique, en passant par la réalisation de son plat préféré, de petits mots parsemés ci et là quand il était obligé de sortir… Yann n'avait manqué absolument de rien et avait été traité comme un prince. Ses râlements de la première journée avaient laissé place à un sourire de confort, de plénitude et d'amour chaque minute des journées restantes. Il s'était senti quelque peu coupable devant l'activité incessante de Kévin, qui n'avait pas arrêté de la semaine, puisqu'il n'était pas là pour l'aider. Mais il s'était fait pardonné à chaque fois qu'ils étaient tous les deux, de la meilleure façon qui soit. Malgré ses brûlures, ils avaient réussi à trouver de bons compromis afin que l'expression de leur désir et de leur amour ne soit pas trop douloureuse pour lui.
Mais Kévin avait dû reprendre, contraint et forcé. Yann avait su pertinemment que son époux ne pourrait pas rester à ses côtés durant tout son mois d'arrêt, mais il avait été contrit.
Avec Kévin, il n'avait pas vu les journées passées. Son départ l'avait laissé seul, à se morfondre, tournant comme un lion en cage, devenant claustrophobe. Il avait pu se lever et marcher, mais devant l'interdiction formelle de sortir de chez lui avant la fin de son arrêt, il s'était retrouvé coincé à l'appartement, ne sachant que faire, ruminant, désespérant. Sa colère avait alors pris le dessus, et bien qu'il ait tenté de se maîtriser, son combat n'avait pas fait rage longtemps. Il s'était alors laisser aller à déverser toutes ses frustrations sur Kévin, son Kévin, son amour, qui faisait le maximum pour lui faciliter la vie. Il voyait bien que le travail l'épuisait, que lorsqu'il rentrait, soir après soir, son visage portait les stigmates de la fatigue, mais il ne pouvait se contrôler. Et n'importe quelle excuse, aussi petite soit-elle, était un prétexte à extérioriser son irritation. Et comme toujours, Kévin n'avait jamais haussé le ton, il avait bien tenté de discuter avec lui une fois ou deux, mais devant son tempérament, il avait laissé tomber, et ne lui avait plus répondu. Jamais. Jusqu'à hier soir, où le ton était monté. Et voir Kévin lui tenir tête, Yann n'en n'avait pas l'habitude. Il était resté abasourdi un moment, avant que les paroles de son époux ne le frappent de plein fouet. Il avait été odieux, ignoble, et il regrettait amèrement, plus que cette ultime dispute, son comportement des trois dernières semaines.
Il était parti se coucher, seul, et plus encore que la solitude qui lui avait pesé, l'absence de son mari, du corps et de la chaleur de son amant à ses côtés lui avait été quasiment insupportable. Il était resté une bonne partie de la nuit éveillé, tournant et retournant dans sa têtes des mots d'excuses corrects et des attentions qui lui permettraient de se faire pardonner. Du moins l'espérait-il.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, le tirant de ses pensées, et adoptant son air qui se voulait, du moins le désirait-il, professionnel, il se dirigea d'un pas assuré et décidé vers son bureau, saluant prestement quelques gardiens de la paix en faction.
Il soupira bruyamment devant la pile de dossiers qui s'étaient amoncelés durant son absence. Marc avait pris en charge l'intérim, mais n'étant pas si sûr de lui, il revenait à Yann de donner son accord avant qu'une quelconque affaire soit entérinée. De plus, il devait revoir les plannings de ses gars, Antoine étant arrêté pour encore deux mois, suite à ses diverses blessures.
Marc : Yann ! Content de ton retour parmi nous !
Il n'avait même entendu les coups frappés à la porte. Marc vint s'asseoir devant lui.
Marc : Je suis vraiment content de te revoir, si tu savais !
Yann : Tu dis ça dans le sens littéral du terme ou parce que ton calvaire est terminé ?
Disant cela, Yann désigna les dossiers jonchant son bureau. Un sourire apparu sur les lèvres de son collègue.
Marc : Franchement Yann, tu sais que je t'adore et que je suis réellement content que tu reviennes. Mais cette merde, là, je sais pas comment tu fais pour la gérer. Ça a été un vrai cauchemar. Je ne t'envie pas.
Yann : Je vois, tu voudrais mon salaire mais sans les inconvénients qui l'accompagnent, c'est ça ?
Marc : Tu sais quoi ? Je te tire mon chapeau ainsi qu'à Antoine, parce que c'est sûr qu'il se débrouille mieux que moi quand t'es pas là.
Yann se mit à rire.
Yann : Je te le fais pas dire. T'as eu de ses nouvelles ?
Marc : Tous les jours, enfin comme toi je suppose.
Yann : Oui, je l'ai appelé régulièrement. Ça va mieux apparemment, mais je crois qu'il commence à en avoir marre.
Marc : J'en connais un autre pour qui ça n'a pas dû être une partie de plaisir non plus.
Yann : T'imagines même pas ! Bon tu me fais un rapide topo de ce que j'ai loupé ?
Et en écoutant Marc lui raconter les derniers évènements, Yann sourit à nouveau. C'est sûr. Son travail lui avait manqué.
Il franchit le seuil de son appartement, délassé pour la première fois en un mois par une fatigue bénéfique à son corps et à son moral. Et d'une humeur plus légère que jamais.
Sa gorge se serra lorsqu'il ne vit aucune lumière. Il était passé par la DPJ pour chercher Kévin, mais l'ADS lui avait confirmé son départ une heure plus tôt. Il devrait donc être rentré. Yann jeta un rapide coup d'œil dans le salon. Personne. Ca y'était, sa bonne humeur détalait à grande enjambée. Son cœur s'accéléra et une inquiétude grandissante le submergea. Il ne pouvait pas être parti. Ce n'était pas le genre de son mari. Certes il avait été odieux avec lui ; il s'en voulait vraiment et s'était promis de faire tout son possible pour se faire pardonner. Mais s'il n'était pas là, comment ferait-il ?
Il se précipita à l'étage en criant son prénom, hésitant une seconde à franchir la porte de leur chambre, de peur de découvrir les affaires de son mari absentes. Il se ressaisit, rien ne servait de paniquer. Du moins, pas encore. Il pénétra dans la chambre, bercée par la pénombre. Rien. Personne, il n'était pas là.
Il alluma la lumière et se jeta presque sur l'armoire, hurlant encore le prénom de son mari, avant d'essayer de se calmer. Ses vêtements étaient encore là, Dieu soit loué. Il sursauta lorsqu'il entendit une porte s'ouvrir, et Kévin, avec pour seul vêtement une serviette nouée négligemment autour de la taille, sortir, un air étonné sur le visage.
Kévin : Qu'est-ce qui te prend ? Tu veux ameuter tout le quartier ou quoi ?
Yann se laissa aller à soupirer de soulagement, avant de se redresser et de s'avancer pour n'être plus qu'à quelques centimètres de Kévin. Il porta sa main au visage de son époux avant de lui caresser tendrement la joue.
Yann : Je suis désolé, mais j'ai eu si peur…
Kévin : Peur ? Mais peur de quoi ?
Yann : J'ai cru… Enfin j'ai pensé que…
Kévin : Que quoi ? Que j'étais parti ?
Yann acquiesça d'un petit signe de tête.
Kévin : T'es vraiment trop con. Jusqu'à preuve du contraire, quand y'a des emmerdes, ce n'est jamais moi qui me suis défilé le premier.
Yann eu un pincement au cœur. A croire que les cicatrices de la première partie de leur relation étaient dures à se refermer. Mais après tout, il l'avait mérité.
Yann : Je suis… DESOLE. Vraiment, Kévin. T'as raison, je suis trop con. Je… T'as tout fait pour moi, et moi je me suis comporté en véritable gougeât avec toi. Je m'en veux, si tu savais comme je m'en veux ! Pardonne-moi, Kévin, s'il te plaît. Je t'aime, tout ce que je t'ai dit, je le pensais, chaque mot, chaque phrase, à chaque minute de chaque seconde de la journée je les pense. Tu es tout pour moi, tout ce qui compte, tout ce que je veux. Je veux être avec toi, je veux être à toi.
Kévin recula de quelques pas avant de le fixer mais sa réponse le déstabilisa.
Kévin : Ok.
Puis il passa en côté de lui. Yann lui attrapa le bras et l'obligea à se retourner.
Yann : Quoi, c'est tout ? Un « Ok » et c'est tout ? C'est tout l'effet que ça te fait ?
Kévin : Que veux-tu que je te dise, Yann. Tu sais que je t'aime. Comme un dingue. Mais j'ai vraiment eu mal, alors laisse-moi un peu de temps, s'il te plaît.
Yann relâcha son étreinte, et Kévin lui tourna une nouvelle fois le dos, avant de sortir un boxer du placard. Mais le corps de son mari, ses courbes qui lui avaient tant manqué la nuit passée, ses muscles qui le rendaient fou, cet être qui avait fait de lui son esclave… Yann sentit l'excitation monter d'un coup, surtout lorsque la serviette de son mari glissa au sol dans un mouvement presque sensuel, dévoilant ses fesses auxquelles Yann ne savait résister.
Ne pouvant se retenir davantage, il alla se coller contre le dos puissant de Kévin, qui sursauta, avant de se retourner brusquement.
Kévin : Mais qu'est-ce que tu f…
Les lèvres de Yann ne laissèrent pas d'autres sons sortir de cette magnifique bouche qu'il entreprit de redécouvrir dans un baiser ardent, sa langue forçant la barrière imposée par son amant. Elle alla à la rencontre de son double, si douce, si chaude, et entama avec elle un balai renversant. Il resserra son bras autour de la taille de Kévin, tandis que son deuxième l'étreignit fortement au niveau du dos, commençant des caresses remplies de désespoir, reflétant le manque dont il était prisonnier, exprimant son désarroi, glissant ses doigts le long de la colonne vertébrale frissonnante, s'arrêtant dans le creux de ses reins, massant cet endroit qui lui était si cher, avant de s'échapper de ce baiser enivrant et de jeter littéralement Kévin sur le lit.
Il ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits, qu'il lui enserra les deux mains au-dessus de sa tête, à califourchon sur ce bassin qui le faisait rêver. Lui, dominant, Kévin, tentant désespérément de se libérer. Et devant son regard qu'il savait rempli d'un éclat que seul Kévin pouvait lui procurer, ce dernier frissonna et tenta une dernière fois de se dégager de l'étreinte de son mari, tentant de reprendre le contrôle de ses bras. Sans effet.
Kévin : Arrête, Yann !
Yann : Je t'aime
Kévin : Lâche-moi, tu me fais mal.
Yann : Je t'aime ! Et je te le répèterais jusqu'à ce que cela rentre dans ta petite tête.
Kévin : T'es fou ?
Yann : Ouais. De toi, ouais !
Et sur ces mots, comme une délivrance, Yann avança sa bouche délicatement avant de reprendre les lèvres de son époux entre les siennes, sa langue cherchant avec avidité le contact érotique de sa moitié, et trouvée, elles entamèrent la redécouverte de l'autre, se mordillant dans la passion, se suçotant dans l'ivresse, se retrouvant dans l'amour. Alors Yann libéra enfin les bras de Kévin, pour que les siens puissent encore et toujours redécouvrir ce corps se mouvant sous lui avec langueur et envie, transporté par l'excitation et le désir. Lui aussi se mit à bouger, faisant entrer en contact tantôt ses fesses tantôt son membre dressé avec celui, tout aussi dur, de son amant. Et sans jamais quitter cette bouche, ce puits de bonheur infondé, il entama de ses mains le long chemin de cette douce torture qu'il aimait tant, effleurant ce cou robuste, touchant avec désir ce torse si développé, capturant de ses doigts les deux tétons rougeâtres et durs de plaisir, câlinant les côtes, passant de l'une à l'autre comme une vague esseulée, joignant ses mains sur ce ventre plat et tendre, tournant ses doigts autour de son nombril, massant ce bas-ventre si doux, avant que ses mains ne rencontrent non seulement le gland épanoui de son mari, qui gémit, mais aussi sa propre envie.
Il se défit à regret de ce baiser, et mené par son corps enflammé, il se dévêtît aussi rapidement qu'il le pu, avant de reprendre sa position sur les cuisses de son mari, transi par ses sensations. Leurs virilités entrèrent une fois de plus en contact, et Yann se mit à se mouvoir au rythme des sons d'abandon de son époux. Doucement, puis de plus en plus vite, le bassin de Kévin se mit alors en mouvement, et cet ébat passionné, ses sensations intenses leur rendirent le souffle court et saccadé, leur effort de ne pas s'abandonner, de faire durer cet instant, transcrit par la sueur de leur deux corps.
Leurs regards se rencontrèrent, et sans un mot, juste par cet éclat qu'ils connaissaient si bien l'un comme l'autre, sans plus d'autres pensées, ils se laissèrent alors aller à cette passion refoulée, et Yann le pénétra brusquement, cambrant ses reins en osmose avec ceux de Kévin, qui enserra sa taille de ses jambes.
Il marqua une pose, leurs regards brûlants se noyèrent comme en transe. Et de cette transe Yann commença alors à se mouvoir, doucement, ne s'enfonçant pas totalement, ne ressortant pas pleinement non plus, simplement pour faire durer cette osmose parfaite qui était la leur, qu'ils ressentaient tous deux, dans laquelle ils aimaient, à cet instant, se perdre. Mais l'étincelle devint plus brillante, plus éclatante, et comme dans la pensée de l'autre, ils se mirent tous les deux à bouger leurs corps au rythme de leurs respirations, adaptant leur étreinte à l'autre, et les va-et-vient de Yann devinrent plus intenses, plus fervents, plus rapides, plus demandeurs, plus gourmands, moins patients. Le corps de Kévin ondulant en-dessous du sien, leurs corps se mélangeant et se rencontrant à chaque coup de reins, les deux mains de son amant sur son torse qu'il prit entre les siennes, leurs doigts s'entrecroisant, leurs sueurs se mêlant comme l'impression de ne faire plus qu'une, comme eux ne faisaient qu'un. Et dans cette torpeur excitante, ils se laissèrent aller, dans un cri commun de leurs prénoms respectifs, à l'extase qu'ils avaient combattu mais à laquelle ils s'étaient rendus.
Et dans leur étreinte reposante, leur corps tremblants encore de leur ébat passionné, ils se blottirent l'un contre l'autre, Kévin nichant son cou contre le torse de Yann.
Kévin : La prochaine fois que tu me refais ça, tu t'en prends une !
Yann : Moi aussi, je t'aime, connard !
Et enfin, seulement enfin, Yann se sentit libérer de sa culpabilité, et regardant la tête enfouie de son mari, il sût qu'une fois de plus, il lui avait pardonné.
