CHAPITRE 16 :
3 mois. 3 longs mois que tout le commissariat tournait en rond sur cette enquête interminable. De nouveaux éléments avaient surgi, éclaircissant l'affaire. La drogue provenait d'un échange qui avait mal tourné entre de nouveaux acheteurs et Makarov. Makarov, qu'ils avaient réussi à identifier comme le Monsieur Bartolli du cambriolage. Ses hommes avaient recherché la came désespérément, mettant à sac les appartements de leurs « voleurs » mais en vain. « Voleurs », qui eux-mêmes victimes, avaient été mis en inculpation, racontant cet échange dans lequel ils avaient doublé cet homme, ses représailles, ses lettres de menaces. Et Polcheysteïr qui avait eu la brillante idée de saccager lui-même son propre appartement, espérant, par l'intervention des flics, pouvoir retrouver plus facilement ce qui lui appartenait, ayant des contacts au sein même de la police. Il avait tout calculé, demandant les accès aux dossiers concernant l'enquête, malheureusement ses contacts avaient été démasqués, le laissant seul, sans ressources… enfin presque.
Il leur avait échappé, ils l'avaient eu entre les mains, Kévin et Alex avaient été l'interroger, il leur avait fait face, brillamment, sûr de lui, et malgré les doutes de Kévin, la fusillade qui s'en était suivie, il avait réussi à leur filer entre les doigts. La surveillance à son domicile n'avait abouti à rien, et lorsque le commissariat l'avait enfin démasqué, une trentaine de policiers s'était rendue à son domicile, mais il n'était plus là. Disparu, comme évaporé. Aucune trace, aucun indice. Ils étaient de retour au point mort. Ce qui était à l'origine de l'ambiance plus que tendue qui régnait au commissariat. Nicole Mercier était dans tous ses états, et plus les jours avançaient, plus elle se montrait irascible, tendue, à bout de patience et de nerfs. Yann, qui était le responsable de l'enquête concernant le service de la B.A.C., faisait les frais de sa mauvaise humeur tous les jours. Mais, comme tous les jours depuis 3 mois, il allait trouver le réconfort dans les bras de son mari.
Depuis leur dispute, il s'était montré plus attentionné, plus patient, et dès que sa colère pointait le bout de son nez, le stand de tir devenait son nouveau défouloir. Il avait eu peur de perdre Kévin ce soir-là, et prenait, depuis, un soin tout particulier à lui épargner ses sautes d'humeur et son tempérament parfois sanguin, ce qui étonnait son mari, peu habitué à le voir aussi calme durant une période aussi longue, mais qui n'était pas fait pour lui déplaire. Et dès que Yann le voyait sourire, il savait qu'il avait fait le bon choix. Car le sourire de son mari était sacré, et la peur de perdre cette joie qu'il voyait s'afficher sur son visage depuis trois mois lui devenait insupportable. Alors il se maîtrisait, car pour un sourire de son époux, il était prêt à tout.
C'est pendant une accalmie de cris de la part de la commissaire qu'il décida d'aller faire un détour par le bureau de son amant, qu'il surprit en plein fou-rire avec Alex, Laura et Christophe. Ils s'interrompirent en le voyant arriver.
Yann : je dérange ?
Kévin tourna la tête et un nouveau sourire radieux vint illuminer son visage.
Kévin : Jamais !
Yann : T'as un peu de temps là ? Je peux vous l'enlever le temps de la pause déjeuner ?
Alex : Du moment que tu le ramènes à l'heure, cette fois !
Kévin : Alex….
Devant le sourire de son ami, Kévin ricana. Il n'en manquait vraiment pas une. Il se leva, prit sa veste avant de rejoindre Yann.
Alex : Et ne faites rien que je ne ferais pas, hein ?
Laura se mit à rire de bon cœur devant la tête gênée de Christophe, qui rougit lorsque Yann lui adressa un regard malicieux, avant de fixer Alex.
Yann : On sera très sage, c'est promis papa !
Kévin se sentit subitement rougir et frappa légèrement le coude de son mari.
Kévin : Yann, s'il te plaît !
Yann : Ben quoi mon cœur ? Faut pas te sentir gêner, c'est naturel après tout.
Un large sourire étendit ses lèvres devant le visage déconfit et cramoisi de Kévin, qui prit ses jambes à son cou devant le fou-rire de ses collègues. Yann se frappa mentalement avant de partir à sa suite. Il le rattrapa de justesse dans l'ascenseur avant que les portes ne se ferment.
Yann : Kévin, excuse-moi. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise.
Kévin : C'est sûr, c'est réussi.
Yann : Kévin… Kévin regarde moi
Il l'obligea à relever la tête en passant une main sous son menton.
Yann : Excuse-moi.
Kévin : Mouais…
Yann : Kévin, franchement, nous sommes mariés, nous vivons ensemble, tu crois franchement que tes collègues pensent que nous faisons chambre à part et que nous sommes toujours au stade des baisers ? Que t'es encore vierge ?
Kévin : YANN !
Ce dernier se mit à rire et Kévin secoua la tête.
Yann : Quoi ?
Kévin : J'ai pas franchement envie de penser à ce que MES collègues peuvent imaginer de notre vie de couple.
Yann : Mon cœur, il n'y a rien de mal à se dire qu'on s'aime, ni à se le prouver d'ailleurs. C'est toi qui m'a appris ça, tu ne vas pas faire marche arrière.
Kévin : Je ne suis pas gêné de te démontrer mon affection, ni en privé, ni devant mes collègues lorsque l'on s'embrasse, mais évoquer notre vie sexuelle avec eux, c'est différent.
Yann : Je ne le referais plus, c'est promis.
Il lui déposa un chaste baiser sur les lèvres pour quémander son pardon. Il sut qu'il l'avait lorsqu'il entendit le petit gémissement sortant de la bouche de son mari.
Yann : Je suis pardonné alors ?
Kévin : Mouais, faut voir !
Yann : Faut voir ? Je vois ! Et qu'est-ce que Monsieur a derrière la tête ?
Kévin : Je sais pas, disons que parler de notre vie sexuelle m'a donné certaines idées…
Yann : Vraiment …. Je croyais que c'était moi l'obsédé dans notre couple.
Kévin : J'apprends du maître, faut croire.
Yann : Maître ? J'adore…
Sans plus attendre, il enfouit sa tête dans le cou de Kévin et commença à le suçoter en douceur mais avec avidité, lui démontrant à quel point il serait heureux de se plier à son idée. Ses mains descendirent directement au niveau de l'entre-jambe de son mari, qu'elles commencèrent à caresser avec frénésie, mais Kévin se recula
Kévin : Mais qu'est-ce que tu fais ?
Yann le regarda, l'œil pétillant, le sourire carnassier.
Yann : J'accède à l'éducation de mon élève, pourquoi ?
Kévin : Pas ici, Yann !
Yann : Et pourquoi pas ?
Kévin : T'imagines que les portes s'ouvrent et qu'on nous trouve à moitié défroqué, bandant comme des lapins, prêt à sauter l'un sur l'autre…
Yann : J'aime bien l'idée moi
Kévin : Imagine qu'on se fasse surprendre par… je sais pas moi… tes collègues… ou Franchard… Ou tiens, Mercier !
Yann : Tu crois qu'elle nous arrêterait pour attentat à la pudeur ?
Dans un petit rire et devant le visage rougit de son amant, il reprit de ses lèvres l'assaut de ce cou si tentant. Mais Kévin le repoussa une nouvelle fois, juste au moment où les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, sur une Commissaire visiblement toujours aux abois. Ce qui eût pour effet de rendre Kévin aussi rouge qu'une tomate.
Mercier : Vous allez où, là ?
Yann : Manger, Commissaire. C'est encore autoriser par la loi, ou je dois demander l'autorisation ?
Mercier : Je vous veux tous les deux revenus pour 13h tapante. Pas une minute de plus ! C'est bien clair ?
Yann : Très clair, Commissaire.
Kévin réussi à articuler un « Oui madame » très fluet, avant de s'éclipser à la suite de Yann, en train de s'esclaffer à gorge déployée.
Kévin : Tu vois maintenant pourquoi je t'ai demandé d'arrêter.
Yann : T'aurais vu ta tête ! Mais j'aurai bien aimé voir la sienne si elle nous avait surpris sur le point de…
Kévin : Yann !
Il se retourna vers son mari et lui prit le visage entre ses mains.
Yann : Tu sais que t'es super excitant quand t'es tout gêné comme ça ? Un vrai petit écolier le jour de sa rentrée.
Kévin leva les yeux au ciel.
Kévin : Mon mari est un obsédé fini !
Yann : Et tu sais quoi ? Ton mari assume ! Et le maître aimerait reprendre l'éducation de son élève là où il l'a laissé.
Il entraîna Kévin à sa suite, bien décidé à lui montrer ses talents d'enseignant dans l'obsession dont il faisait preuve et dans laquelle il excellait si bien.
L'après-midi avait été long, pénible, ponctué par les sautes d'humeur de la Commissaire, et chacun en avait pris pour son grade. Personne ne lui en voulait vraiment, mais pour l'heure, chacun avait son propre mal de crâne avec lequel débattre de l'ingénieuse idée qu'il avait eu à rentrer dans la police.
C'est un Yann épuisé et un Kévin à bout qui entrèrent dans l'appartement, avant d'aller se blottir l'un contre l'autre sur le canapé.
Kévin : Je ne savais pas qu'elle pouvait hurler aussi fort !
Yann : Crois-moi quand je te dis que moi non plus. Je dois être sourd de l'oreille gauche avec l'engueulade qu'elle m'a servie !
Kévin : Mon pauvre amour !
Kévin se mit à califourchon sur les jambes de Yann et commença à embrasser sa joue, ses mains entamant une danse sensuelle sur son torse.
Yann : Hummmm… Je crois que si j'ai le droit à ce traitement chaque soir, je vais me faire engueuler plus souvent.
Kévin : Je crois qu'il est temps que l'élève mette en pratique les leçons qu'il a apprises aujourd'hui, non ?
Yann : C'est tout à mon honneur alors !
Kévin se saisit des lèvres de son mari, et dans leur plénitude, ils fermèrent les yeux, savourant cet instant magique de la redécouverte de leurs deux langues qu'ils ne se lassaient jamais de rechercher. Mais le téléphone de Yann les interrompit.
Yann se dégagea à regret mais Kévin reprit son assaut sur ses lèvres.
Kévin : Ne …. réponds… pas….
Yann se recula à nouveau.
Yann : C'est peut-être important !
Il fit basculer un Kévin boudeur sur le canapé avant de se saisir de son portable.
Yann : Allô ?
Mais il n'entendit rien d'autre que le silence.
Yann : Allô ? Y'a quelqu'un ?
Un grésillement se fit entendre, puis une respiration sourde…
Yann : Ecoutez, j'ai pas le temps pour ce genre de conneries, alors si vous ne me…
Voix : Monsieur Berthier ?
Yann se figea au son de la voix profonde, emplie de froideur et de malice malsaine.
Voix : Ou devrais-je dire Capitaine Berthier ?
Yann sentit un frisson glacial lui parcourir la colonne vertébrale, ses poils se redressèrent.
Yann : Comment… Qui vous a donné ce numéro…. Qui …
Voix : Vous savez très bien qui je suis, Capitaine. Vous savez aussi ce que je veux. Rendez-moi ce qui m'appartient, et je vous laisserai tranquille.
Yann se mit à rire d'un rire jaune et serré.
Yann : Et qu'est-ce qui vous fais croire que je pourrais donner accès à votre « requête » ?
Voix : Vous le ferez Capitaine, ou il se peut que vous soyez victime d'un fâcheux accident.
Yann : Et vous croyez réellement que vous me faites peur ?
Voix : Je vois. Comment va votre mari Capitaine. Vous savez, Le Lieutenant Laporte ?
La gorge de Yann se serra. Lui qui s'était éloigné quelque peu de Kévin depuis le début de l'appel, se dirigea sur la terrasse avant de fermer la baie vitrée.
Yann : Ecoute moi bien connard, tu touches à un seul de ses cheveux et je te jure que…
Voix : La balle est dans votre camp, Capitaine. Et vous me verrez navré de mettre fin à notre relation « amicale » si vous ne changez pas de ton et que vous prévenez ne serait-ce que l'un de vos collègues de cet appel. Dans ce cas, il se pourrait qu'un évènement tragique vienne bouleverser subitement votre vie. Il serait bien dommage qu'un aussi beau spécimen soit éradiqué de cette belle planète, qu'en pensez-vous ? Il a l'air si triste, seul, sur ce canapé…
Yann, paniqué, releva aussitôt la tête vers Kévin, toujours sur le sofa, avant de regarder partout aux alentours.
Voix : Je vous vois, Capitaine, je vous vois tous les deux.
Yann : Ne l'approche pas, je te jure que tu vas le regretter. Je te jure que…
Voix : Des promesses, encore et toujours des promesses. Réfléchissez bien Capitaine, c'est soit ça, soit le veuvage !
Puis son interlocuteur raccrocha brusquement, laissant un Yann décontenancé, déconcerté, mais surtout terrifié.
