CHAPITRE 17 :
15 jours. 15 longs jours que Yann se comportait bizarrement, ne se séparant jamais de lui sauf au commissariat, regardant partout, tout et tout le monde, comme une bête sur le qui-vive prête à bondir. Surveillant le moindre de ses faits et gestes, ne le lâchant pas du regard plus d'une minute où qu'ils soient, passant toutes les heures à son bureau pour vérifier qu'il s'y trouvait. Et malgré ce comportement, 15 jours qu'ils n'avaient pas laisser leurs corps aller au plaisir de la chair. Et cela agaçait Kévin. Son comportement, ses coups de gueule inopinés, les hurlements de son prénom lorsqu'il disparaissait de la vue de son mari plus de 2 minutes lorsqu'ils étaient tous les deux, y compris chez eux. Ses regards en coin qu'il essayait de dissimuler, et que Kévin faisait semblant de ne pas voir. Le contact de la main de Yann sur lui à chaque instant de solitude entre eux, sans pour autant chercher plus ample rapprochement. Il se sentait oppressé par son mari, étouffé par cette présence tant chérie habituellement, écartelé par ce caractère à fleur de peau. Plus d'une fois, il avait essayé de lui parler, de lui faire dire ce qui n'allait pas. Il sentait son mari à deux doigts de la crise de nerfs, et cela n'était pas pour le rassurer. Mais devant l'entêtement de son époux à se murer dans le silence, il s'était surpris, pour la première fois depuis qu'ils étaient ensemble, à désespérer. Il n'arrivait pas à lui faire avouer ce qui le tourmentait, et se sentait lui-même au bord du gouffre, à ne plus savoir quoi faire. Cette situation devenait invivable, et il commençait à avoir peur pour leur couple. Eux qui avaient toujours réussi, à force de persévérance, de persuasion, parfois de cris à surmonter les épreuves, cette fois rien ne semblait pouvoir désamorcer la situation. Si Yann se montrait à la fois si proche et si distant, Kévin se sentait totalement perdu, à la dérive, se raccrochant à son époux comme à une bouée qui commençait à se percer.
Mais le trop plein venait d'être atteint. Tandis qu'il s'apprêtait à partir en intervention avec Laura, Christophe et Duval, son mari débarqua comme un fou dans le hall alors qu'ils étaient sur le point de sortir, et cria son prénom d'une telle voix que tous les regards des personnes présentes se braquèrent sur eux, médusés.
Yann : Tu restes là !
Kévin : Quoi ? Mais t'es pas bien !
Il tenta de s'avancer vers Duval, mais Yann attrapa son avant-bras dans une poigne de fer qui lui arracha un petit gémissement de douleur.
Kévin : Mais qu'est-ce qui te prend ! Lâche-moi !
Yann : Tu restes là ! Point final.
Kévin : Arrête, tu me fais mal. Yann !
Devant le regard hagard de ce dernier, Duval s'approcha, sentant que les choses allaient dégénérer.
Duval : Yann… Lâche-le, s'il te plaît.
Le vert émeraude et le bleu océan ne s'étaient pas quittés depuis l'apparition du Capitaine, et devant l'état second de son mari, Kévin, pour la première fois, eut une sensation de … peur. Peur devant ce regard d'habitude embrasé mais si froid à ce moment, sûr et fier jour après jour, mais perdu et douloureux à cet instant, le dévisageant comme jamais, le brûlant et le décomposant à la fois par sa présence et son absence.
Duval s'avança un peu plus près et posa doucement sa main sur celle de Yann. Mais la réaction ne fut pas celle escomptée. Il eût un mouvement de recul, entraînant avec lui Kévin dans une force presque insoupçonnée, qui arracha un cri de douleur au Lieutenant.
Yann : Il. Ne. Sort. Pas. D'Ici.
Son étreinte, déjà si douloureuse, s'accentua encore un peu plus, ce qui fit grimacer Kévin.
Laura : YANN !
Mais même la voix perçante de son amie n'eût aucun effet sur son mari. Il la vit s'avancer vers lui et stopper aux côtés d'Etienne.
Laura : Tu lui fais mal. Yann !
Mais comme en transe, Yann n'écoutait pas, ne lâchait pas, seule la sécurité de son mari avait cours à ses yeux, et son cœur s'emballait de le savoir sur le point de partir.
Duval : Ecoute, je ne sais pas quel est ton problème en ce moment, Yann, mais il va vraiment falloir que tu te calmes, et que tu laisses les autres faire leur boulot. Alors maintenant s'il te plaît tu le lâches, qu'on puisse aller travailler.
Kévin tenta de nouveau de dégager son bras, mais rien à faire. Et utiliser la force contre son mari… non, jamais. Yann s'écarta encore un peu plus du groupe, entraînant son mari avec lui, lorsqu'une voix tonitruante résonna dans le hall du commissariat.
Mercier : BERTHIER ! C'est quoi ce bordel ?
Il vit Yann détourner les yeux des siens quelques secondes avant de reporter son regard sur lui. Kévin tourna la tête et aperçu la Commissaire, accompagnée de Franchard, Alex, Marc et Antoine, qui avait repris deux jours auparavant. Et lui qui d'habitude aurait été gêné par tant d'attention, était pour une fois heureux de l'intervention extérieure. Il regarda à nouveau son mari.
Kévin : Tu pourrais arrêter de te donner en spectacle ?
Mais Yann ne réagissait toujours pas. Il vit du coin de l'œil Alex s'avancer vers eux.
Alex : Je ne sais pas ce qui t'arrive, mais pourrais-tu, s'il te plaît, lâcher mon pote ?
Le ton ainsi que la tournure utilisés par Alex le firent presque rire. Ce n'était pas dans l'habitude de son ami d'être aussi poli et aussi calme. Une nouvelle grimace étira ses lèvres lorsque Yann voulu reculer.
Alex : Ok. Alors Yann, crois-moi, mais je ne suis pas du tout désolé pour ce que je vais faire.
Cela eu enfin l'effet escompté sur le Capitaine qui releva la tête.
Yann : Faire quoi ?
Et avant que quelqu'un ait pu réagir, une droite magistrale vint s'abattre sur la mâchoire de Yann et le fit tomber à terre, sonné, lâchant par la même occasion l'emprise qu'il avait sur Kévin. Ce dernier se recula en se tenant le bras, puis regarda, les yeux exorbités, Alex, qui secouait sa main, avant qu'un grand sourire n'étire ses lèvres.
Alex : Wouhou ! MORENO champion du monde !
Antoine et Marc se précipitèrent vers Yann, encore abasourdi, tandis qu'Alex faisait ce qui ressemblait de très loin à une espèce de danse de la victoire.
Mercier : Moreno, ça suffit oui ?
Alex s'arrêta instantanément, avant de se rapprocher de Kévin.
Alex : Ça va ?
Kévin secoua la tête, reportant son regard sur son mari qui se remettait debout avec l'aide de ses collègues.
Alex : Je vais pas te dire que je suis désolé, hein, parce que j'avais vraiment envie de lui en foutre une depuis le temps.
Franchard : Moreno !
Alex : Ben quoi ? Vous allez pas me dire que ça vous a pas démangé ces deux dernières semaines, non ?
Il secoua la tête et baissa la voix.
Alex : 'tain c'est plus police nationale mais faux-cul national, ici.
Il releva les yeux vers Kévin, avec un peu d'appréhension.
Alex : Tu m'en veux pas trop ?
Kévin éclata de rire.
Kévin : Ce n'est pas mon genre de faire ça, mais effectivement, je dois dire que ça fait du bien, même si je n'aurai jamais pu le faire.
Un sourire éclatant se dessina sur le visage d'Alex qui releva la tête en direction de la Commissaire.
Kévin : Mais comment…
Alex : Ah ben pour une fois que Christophe est utile à quelque chose…
Il vit Christophe s'avancer vers eux.
Christophe : Je ne savais pas quoi faire alors…
Alex : … alors il a appelé Mercier. J'étais dans son bureau avec Franchard, elle m'a prévenu, on a commencé à descendre et on est tombé sur Marc et Antoine, qui s'inquiétaient d'avoir vu Yann partir comme un fou.
Mercier regarda chacun tour à tour, avant de prendre une profonde inspiration et s'adressa à Marc et Antoine.
Mercier : Pelliati, Emerson, vous remontez avec Berthier, vous le calmez, j'arrive. Capitaine, vous avez intérêt à avoir une bonne excuse. Laporte, votre bras, ça va ?
Kévin acquiesça de la tête.
Mercier : Ok. Vous partez avec Duval comme prévu. Moreno, vous remontez avec nous.
Chacun se dispersa presque instantanément devant le ton autoritaire de la commissaire, qui secoua la tête d'un air dépité.
Mercier : Mon Dieu, et dire que j'en ai encore pour 10 ans !
Kévin était loin de se sentir bien. D'une, le regard de ses deux collègues et de son supérieur à travers le rétroviseur le mettaient mal à l'aise, les questions que leurs yeux posaient mais que leurs lèvres s'interdisaient d'exprimer ; de deux la réaction de son mari qui avait ostensiblement dû jouer sur son diabète, puisqu'il sentait les tremblements annonciateurs d'une nouvelle hypoglycémie pointés leur nez. Il engouffra sa main dans la poche de son blouson pour en ressortir une barre de céréale, qu'il commença à grignoter.
Laura : Ça c'est fort !
Ca y était. C'était parti. Il avait senti la colère de Laura dès les premières réactions de Yann à son encontre, et s'était demandé combien de temps son amie pourrait se contenir. Pas assez longtemps pour lui.
Kévin : Quoi ?
Laura : Ton mari t'agresse et toi, tout ce que tu trouves à faire, c'est de manger ?
Kévin : il ne m'a pas agressé, Laura.
Laura : Ben tu appelles ça comment alors ? La violence conjugale, ça te dit quelque chose ?
Kévin : QUOI ?
Duval : Maurier, du calme. Mais c'est vrai qu'il n'y a pas été de main morte, là. C'est quoi le problème, Laporte ?
Kévin regarda tour à tour Laura, assise à ses côtés, et la tête de Duval, qui conduisait. Seul Christophe restait silencieux.
Kévin : Mais qu'est-ce qui vous prend ? Vous vous rendez compte de quoi vous êtes en train de l'accuser ?
Duval : On ne l'accuse de rien, Kévin, mais…
Kévin : …Mais rien du tout, il ne me ferait jamais de mal.
Laura : Ah oui ? Et tu appelles ça comment ?
En disant cela, elle lui saisit le bras, ce qui lui arracha un petit cri, avant de remonter vivement la manche de son blouson pour laisser apparaître des traces violacées et noirâtres sur le bras légèrement enflé. Elle stoppa instantanément son geste.
Laura : Merde.
Christophe se retourna pour regarder ce qui avait provoqué la réaction de Laura.
Christophe : Ce n'est pas joli joli. T'es sûr qu'il n'est pas cassé ?
Kévin retira son bras de l'emprise de Laura avant de le caler contre son torse.
Kévin : Cassé ? Tu délires, je ne pourrais pas le bouger sinon. Arrêtez avec ça ! Je sais qu'il a eu une réaction pas très… habituelle, mais il est bizarre depuis deux semaines.
Laura : Depuis deux semaines seulement ?
Kévin lui lança un regard noir mais elle continua.
Laura : Kévin, tu sais que j'ai fait de gros efforts envers ton mari, mais là il a dépassé les bornes.
Kévin : Arrête ça tout de suite, je te préviens.
Laura : Regarde ce qu'il t'a fait !
Kévin : LAURA ! Je te l'ai déjà dit, ce n'est pas lui. Il n'est pas comme ça, y'a juste un truc… quelque chose qui ne va pas.
Duval : Il ne t'a rien dit ?
Kévin : Impossible de lui faire desserrer la mâchoire. Dès que j'ai voulu aborder le sujet, il s'est braqué à chaque fois. Il se comporte bizarrement, je veux dire… Il regarde partout, comme s'il avait peur d'être suivi ou je ne sais quoi, même à l'appart, il faut qu'il inspecte les moindres recoins avant de se détendre, et encore c'est un bien grand mot.
Duval : Une affaire qui le tracasse ? Il a reçu des menaces ?
Kévin secoua la tête et la reposa sur le dossier avant de fermer les yeux.
Kévin : J'en sais rien, mais ça m'inquiète.
Laura : Moi ce qui m'inquiète, c'est qu'il puisse péter un câble comme il vient de le faire. La prochaine fois ça sera quoi ? Hein ?
Kévin : Laura, je te considère comme une amie, mais si tu continues dans cette voie là, crois-moi, mon choix va être vite fait.
Laura : Donne-moi une bonne raison de ne pas me méfier alors !
Elle se renfrogna encore un peu plus sur son siège, croisa les bras et tourna la tête vers la vitre.
Marc et Antoine avaient fait asseoir Yann dans son bureau et le regardaient avec inquiétude. Les bras sur les genoux, la tête entre les mains, les soubresauts de son dos témoins de sanglots silencieux, il n'avait rien à voir avec Le Yann Berthier auquel ils étaient habitués. Mercier, suivit de Franchard et d'Alex, entra à ce moment-là et stoppa net devant l'attitude du capitaine. Le mot étonnement n'était pas assez fort pour décrire ce qu'elle ressentait. Elle souffla un grand coup pour se calmer puis s'approcha de Yann doucement, avant d'apposer la main sur son dos tremblant. Mais aucune réaction ne se fit sentir. Elle s'accroupit alors devant lui, puis posa ses mains sur les avant-bras du capitaine, espérant lui faire relever la tête.
Mercier : Capitaine ? Regardez-moi
Yann secoua la tête, et referma un peu plus ses mains sur ses joues.
Mercier : Berthier… Berthier il faut vraiment m'expliquer, là.
Mais de nouveau, aucune réaction ne se fit connaître. Nicole releva la tête vers les personnes présentes dans le bureau, le regard contrit.
Antoine : Il est comme ça depuis qu'on est remonté…
Marc :… alors qu'il a été exécrable toute la matinée.
Franchard : Et on fait quoi, alors ?
Alex : Un psy ?
Mercier : MORENO !
Alex : Ben quoi ? Visiblement ça tourne pas rond chez lui.
Franchard : Moreno, ta gueule !
Mercier : Il s'est passé quelque chose de particulier ce matin ?
Marc : Mis à part son humeur massacrante vous voulez dire ?
Mercier : Des problèmes dans son couple ?
Marc : J'en sais rien.
Alex : On dirait OSS 117 depuis deux semaines.
Mercier : Moreno… c'est pas possible.
Franchard : Un commentaire constructif, peut-être ?
Alex : Ben quoi, non mais c'est vrai, Commandant, même vous Commissaire, vous l'avez bien vu comme moi. A se méfier de tout et de tout le monde. En plus il surveille Kévin comme un petit chien. Vous allez pas me dire que c'est normal comme comportement, si ?
Antoine : Ah ! Il a reçu un truc tout à l'heure, une enveloppe. Il est parti dans son bureau, et c'est juste après qu'il est parti comme un fou et qu'on l'a retrouvé en bas.
Mercier se retourna vers Yann, qui n'avait pas bougé.
Mercier : Berthier… Yann, qu'est-ce qui se passe ? Si vous ne nous dites rien, on ne peut rien faire. Vous savez bien que vous pouvez nous faire confiance.
Pour toute réponse, elle reçue un grommèlement inintelligible.
Mercier : Quoi ?
Yann : Je ne peux pas.
Alex : Là, c'est sûr, on avance !
Mercier et Franchard levèrent les yeux au ciel.
Mercier : Cette lettre que vous avez reçue, elle est où ?
Yann secoua la tête, ce qui fit soupirer Mercier.
Alex : Bon, c'est simple, soit tu continues à te morfondre et te comporter comme un connard et je te jure que je porte plainte pour Kévin pour violence conjugale et coups et blessures, et crois-moi ça me ferait bien chier parce que je sais que ce n'est pas du tout ton genre, soit tu nous expliques, parce que tu dois avoir une sacrée bonne raison d'avoir fait ce que t'as fait tout à l'heure. Du moins je l'espère, parce que si ce n'est pas le cas, je te jure que je t'en refous une ! Et j'appelle l'asile par-dessus le marché !
La tirade d'Alex eut l'effet escompté, et Yann releva la tête, les yeux rougis, les lèvres tremblantes.
Yann : Je voulais pas…
Mercier : Pas quoi ?
Yann : M'en prendre à lui, lui faire du mal, j'avais…
Les mots se bloquèrent lorsque le contenu de l'enveloppe lui revint à l'esprit. Sa peur refit surface et le happa d'une traite. Il avait été tétanisé, il l'était toujours, il avait voulu retrouver son mari et le garder auprès de lui, l'empêcher de sortir, mais les mots s'étaient bloqués. Au lieu de lui expliquer, il l'avait pris à partie, lui avait fait mal, alors que son seul but était de le protéger.
Mercier : On n'avance pas, là. Trouvez-moi cette enveloppe.
Alex s'empressa de se mettre à l'œuvre, tout comme Antoine et Marc, alors que Franchard resta dans l'embrasure de la porte, regardant avec émoi Yann perdre pieds.
La soi-disant affaire de deal de coke pour laquelle Duval, Christophe, Laura et Kévin avaient été appelés s'avérait être bidon. Ils s'étaient rendus sur les lieux, mais personne ne s'y trouvait. Aucun dealeur, aucun acheteur, encore moins de témoin. Ils avaient fouillé les lieux, mais rien, aucun indice ou une quelconque trace qui pouvait leur indiquer quoique ce soit. Ils avaient dû se rendre à l'évidence, cette histoire était montée de toute pièce. Ils s'apprêtaient à sortir de l'entrepôt lorsque, subitement, un bruit se fit entendre, et avant que l'un d'entre eux n'ait eu le temps de réagir, une fumée épaisse les entoura et ils tombèrent au sol, inanimés, inconscients du danger dans lequel ils avaient foncé tête baissée.
Alex : I AM THE KING …
Franchard: De la connerie ça c'est sûr ! Fais voir.
Alex tandis l'enveloppe qu'il venait de trouver, et Louis s'en saisit sans attendre, tandis que les yeux de Yann se noyaient encore un peu plus dans la perdition et les larmes. Mercier se releva et rejoignit le Commandant qui sorti le contenu.
Franchard : Nom de Dieu !
Alex, Marc et Antoine, qui s'étaient tous trois rapprochés, écarquillèrent les yeux, sans savoir quoi dire.
Mercier : C'est quoi ce bordel. Berthier !
Yann : C'est pas la seule.
Franchard : Quoi ? T'en as eu d'autres comme ça ?
Yann : Oui. Enfin, pas aussi… mais oui. Dans le tiroir du bas, dans l'armoire.
Antoine se précipita pour récupérer les autres enveloppes, minutieusement rangées. Il en sorti les photos qu'elles contenaient, et les fit passer les unes après les autres à ses collègues et supérieurs.
Des photos de Yann et de Kévin, dans tous les endroits, aussi bien chez eux qu'à la sortie du commissariat, en soirée, au restaurant ou dans un bar, plusieurs photos, plusieurs par jour, durant les quinze derniers jours. Mais celle qui avait fait éclater Yann avait été la dernière reçue. Dessus, Kévin. Et en côté, une croix, un cercueil et du sang, avec une inscription : « BIENTOT »
Mercier le regarda, atterrée.
Mercier : Pourquoi ne pas nous en avoir parlé avant, on vous aurait protégé !
Yann la regarda, puis d'un coup, les mots sortirent sans que lui-même s'en rende compte. Il leur expliqua tout, du coup de téléphone aux photos reçues, du lien avec l'enquête sur Makarov, ses menaces vis-à-vis de lui-même et de Kévin s'il disait quoique ce soit, ses propres recherches infructueuses…
Ils étaient tous abasourdis, décontenancés. Mercier reprit ses esprits la première.
Mercier : Ok. On met une protection rapprochée en place. Franchard, appelez Duval, dites-lui de revenir immédiatement et de garder un œil sur Laporte. Berthier, vous êtes placés sous la protection des lieutenants Moreno, Sidibé, Pelliati et Emerson. Moreno, vous me ramenez Belloumi et Sidibé. On va mettre une unité en place. Berthier… Yann regardez-moi !
Yann leva les yeux vers elle.
Mercier : Personne ne menace un flic ou sa famille, c'est compris ?
Yann hocha la tête.
Mercier : Bien. Ne vous inquiétez pas, Makarov, j'en fais mon affaire. Il a été trop loin cette fois.
Et avant que quelqu'un n'ait eu le temps de faire un mouvement dans la pièce, le portable de Yann sonna. Un sourire étira enfin ses lèvres lorsqu'il vit le nom de son interlocuteur s'afficher : Kévin.
Il soupira de soulagement et décrocha.
Yann : Je suis désolé…
Makarov se mit à rire.
Makarov : Je voudrais bien vous dire que moi aussi, mais ce serait mentir. J'ai quelqu'un ici qui voudrait vous parler.
Le cœur de Yann se mit à tambouriner, et sa peur mélangée à sa colère vint lui cogner les tempes.
Kévin : Yann ?
Yann : Mon dieu… Kévin !
