Chapitre V/

Quelques jours plus tard, Jin se rendit à l'aéroport de Los Angeles pour y chercher Yamapi qui arrivait tard dans la nuit. Chez lui il avait déjà tout prévu : un matelas à côté de son lit, un dîner tout prêt pour que son meilleur ami n'ait plus qu'à se poser tranquillement en arrivant.

Planté devant les portes automatiques qui s'ouvraient au fur et à mesure que les voyageurs sortaient, il guettait fébrilement chaque visage tant il était impatient de le revoir.

Enfin, il l'aperçut un gros pull noué autour de la taille et un trolley de taille moyenne roulant derrière lui. Il avait de grosses cernes, signe qu'il n'avait pas réussi à dormir durant le voyage et qu'il avait vu les heures défiler. Mais un grand sourire apparut sur son visage lorsqu'il aperçut Jin, une seconde avant que celui-ci ne lui saute dans les bras.

- Piiiiiii ! Tu peux pas savoir à quel point je suis content que tu sois là ! J'ai plein de choses à te raconter et je nous ai concocté un programme d'enfer pour demain !

- Tu as pensé à me laisser quelque chose comme douze heures pour que je puisse dormir ?

- Le voyage a été long ?

- Mon vieux m'en parle pas ! C'est pas pour rien que j'ai horreur de l'avion. Mais j'ai quand même enduré ça pour venir voir mon crétin préféré ! acheva-t-il en passant un bras autour du cou de Jin.

- Le crétin te remercie de ce sacrifice ! répliqua Jin sur le même ton en s'emparant de la petite valise de son ami pour le débarrasser.

Puis les deux garçons se dirigèrent vers la sortie de l'aéroport en discutant à bâtons rompus en japonais.

- Alors les Grammy Awards c'est pour quand ? demanda Yamapi.

Jin se mit à rire :

- Bientôt bientôt ! Il faut y aller petit à petit. Pour l'instant, ma tournée marche bien, c'est déjà magnifique.

- Je veux absolument te voir sur scène ! C'est quand ton prochain concert ?

- Après-demain. Et je t'y aurais traîné de gré ou de force de toute façon !

Ils s'installèrent dans la voiture et rentrèrent chez Jin. Ce dernier brûlait d'envie de demander à Yamapi des nouvelles du Japon mais il préféra attendre que son ami soit douché et installé dans le salon qui servait aussi de chambre.

Allongé sur son lit, Jin regardait son ami manger en souriant, sur la table basse au milieu de la pièce. Il n'aimait pas vivre tout seul et c'était vraiment agréable de l'avoir avec lui comme au Japon où ils étaient toujours fourrés l'un chez l'autre autant que leur permettaient leurs emplois du temps.

- Pi…tu as vu les autres récemment ?

Pi n'eut pas besoin que Jin lui explique ce qu'il entendait par « les autres ». Il acquiesça et répondit :

- J'en croise toujours au moins un. Et j'ai observé Kame pour toi. J'étais curieux de voir comment il prenait ton départ et j'étais sûr que ça te tracasserait aussi.

- Je lui ai parlé sur msn l'autre soir. Mais il a été super froid avec moi.

- Pas étonnant…ça le gonfle vraiment que tu sois parti.

- Pourquoi ?

- Il ne m'a rien dit à moi parce qu'il se doutait bien que je te le répèterai. Mais Koki m'a expliqué que Kame te trouve égoïste. Tu sais, pour lui être dans un groupe, c'est se dévouer à tous, faire de son mieux pour le bien collectif patin-couffin…Il croit que t'en à rien à foutre de Kat-Tun et que tu ne penses qu'à toi.

C'était dit sans diplomatie parce que Jin demandait toujours à ce qu'on soit franc avec lui. Mais tout de même, les paroles de Yamapi lui firent un choc.

- Soit j'abandonne toutes mes envies pour me consacrer au groupe, soit je passe pour un sale égoïste, marmonna-t-il. Pourquoi il faut toujours que ce soit compliqué ?

- Tu sais, faire ce qu'on a envie implique souvent de fâcher des gens.

- Et les autres ? Ils me font la gueule aussi ?

- Moins que Kame. Ueda et Koki comprennent ton point de vue. Apparemment, ils se doutaient plus ou moins que tu finirais par repartir vu l'enthousiasme que tu as manifesté pour Los Angeles. Junno s'inquiète surtout de la mauvaise ambiance. Il dit que ce n'est plus pareil sans toi et tu sais comme il est sensible aux atmosphères sous ses airs de tête à vent.

- C'est vrai. Et quand il se met à faire l'idiot c'est souvent pour dissiper une mauvaise ambiance. Il n'est même pas soulagé que je ne sois plus là pour lui rabattre le caquet ?

Yamapi eut un léger rire :

- Apparemment il aimait ça ! J'ai toujours su qu'il était maso !

- Et Nakamaru ?

- Discret comme d'habitude. Je ne lui ai pas trop parlé. Je pense qu'il gère la situation avec pragmatisme. Mais bon, tu n'es pas parti comme un voleur. Tu avais prévenu tout le monde de tes intentions alors tant pis pour eux. Tu regrettes d'être venu ?

- Jamais de la vie ! Je m'amuse comme jamais ici.

- Hé bien c'est l'essentiel. Du reste, tu finiras bien par revenir. Mais après, je te conseille de rester tranquille. Il y a pas mal de fans qui t'en veulent un peu d'être parti.

Au mot de « revenir », Jin sentit son cœur se serrer. Revenir pour quoi ? Pour des camarades qui ne l'accueilleraient sans doute pas avec des cris de joie ? Pour un groupe qui l'ennuyait de plus en plus alors qu'ici il avait l'impression d'être lui-même à 100 % ?

Il fut à deux doigts de dire à Yamapi qu'il n'avait plus envie de revenir mais au dernier moment, les mots se bloquèrent dans sa gorge. Il avait peur de sa réaction.

J'ai pas envie de lui en parler ce soir. J'attendrai qu'il soit reposé et surtout qu'il ait vu le spectacle.

Il préféra donc changer de sujet :

- Je me suis fait un nouveau pote ici et tu ne devineras jamais qui.

- Dis-moi.

- Yoshiki.

Yamapi leva les sourcils sans comprendre :

- Yoshiki comment ?

- Yoshiki Hayashi, le leader de X-Japan.

Yamapi se figea, les yeux écarquillés :

- Tu te fous de moi là ?

- Non je te jure. Joey travaille pour lui alors on a fini par se rencontrer dans une soirée.

- Putain..., lâcha son ami avec une pointe d'envie. Et alors il est comment le Grand Manitou ?

- Génial ! On pourrait penser qu'il a la grosse tête ou qu'il est très froid et très inaccessible. Mais c'est pas ça du tout, il est super gentil, brillant, talentueux, fascinant...Je me comporte avec lui comme avec n'importe qui d'autre parce que j'ai pas envie de jouer le fan impressionné. Je ne suis même pas un fan d'ailleurs ! Mais je te jure que devant lui, je me sens petit. Ce mec dégage quelque chose que je n'ai senti chez personne d'autre !

Yamapi sourit de toutes ses dents, croisa les bras sur la table et lança :

- Mais c'est de l'amour ou je ne m'y connais pas !

Jin lui répondit par un coussin dans la figure qui atterrit ensuite dans l'assiette de Yamapi :

- T'es con !

- Hééééé ! Toi-même ! Y'a de la sauce sur ton coussin maintenant !

- Pas grave, la housse peut s'enlever.

Jin prit le coussin, dézippa la housse et partit la mettre dans la machine à laver qu'il y avait dans un coin de sa salle de bain.

Ce petit moment seul lui permit de se rendre compte du choc étrange qu'il avait reçu lorsque Yamapi lui avait balancé cette blague à deux balles. Il n'en pensait pas un seul mot, c'était juste pour l'embêter. Il n'aurait pas dû réagir comme ça, il aurait dû éclater de rire et rentrer dans le jeu.

N'importe quoi moi ! Qu'est-ce que ça peut bien faire ?

Ayant décrété que la chose ne valait pas une longue réflexion, il retourna dans le salon. Son ami avait fini de manger et débarrassait.

- Bon sinon, t'es vraiment ami avec Yoshiki et tu l'as juste rencontré comme ça ?

- On est amis…enfin je crois. On s'est vus plusieurs fois et demain, on va au bowling avec Toshi et Sugizo. Ils sont dans son groupe eux aussi.

En fait, Yoshiki l'invitait souvent à toutes sortes de choses. Jin en était heureux mais aussi gêné parfois parce qu'il avait l'impression de ne pas avoir tout à fait sa place au milieu d'autres membres de X-Japan.

- Viens avec moi ! Parfois je me demande si je ne gêne pas un peu. Je serai plus détendu si tu es là.

- Et moi, tu crois pas que je vais gêner non ? Ils ne me connaissent pas.

- C'est pas grave, j'ai déjà parlé de toi à Yoshiki. Il sait très bien que tu devais venir et il m'a même dit de t'emmener avec moi. Il est pas prise de tête tu sais ? Avec lui c'est « plus on est de fous, plus on rit ». Même s'il ne rit pas beaucoup..., ajouta-t-il avec une petite moue.

- Ah bon pourquoi ?

- Je sais pas, il est comme ça. C'est pas le genre de mec expansif qui fait le con et qui rit toutes les cinq minutes. Mais j'ai l'impression qu'il aime bien être entouré de gens qui le font. Bref tout ça pour dire que tu viens avec moi !

- Bon d'accord ! De toute façon, je ne vois pas ce que je ferai tout seul ici.

Il s'étira de tout son long avec un baillement à en avaler une mouche :

- Faut vraiment que je dorme, j'en peux plus.

- Ok on va dormir, on fera la fête plus tard.

Ils se couchèrent et, à peine cinq minutes après, Jin entendit Yamapi ronfler. Il ferma les yeux en souriant à la pensée de la bonne journée qui les attendait le lendemain.

Yoshiki était déjà sur place avec Sugizo et Toshi lorsque les deux amis arrivèrent au bowling. Ce dernier les accueillit avec un sourire :

- Salut Jin ! Je suppose que c'est Yamapi ?

- Tout juste ! Pi, je crois que c'est pas la peine que je te présente Yoshiki, Sugizo et Toshi, ils sont trop connus !

Pi ne répondit que par un hochement de tête, complètement stupéfait de voir les trois musiciens en chair et en os, réunis à un endroit aussi insolite qu'une piste de bowling.

Ils allèrent prendre les chaussures de jeu et choisirent leurs boules. Le tableau en haut de la piste affichait cinq lignes de scores encore vierges. Yoshiki devait commencer mais Toshi s'inquiétait :

- Yoshiki, dans l'état où sont tes poignets, jouer au bowling n'est vraiment pas l'idée du siècle !

- Oh c'est bon, protesta Yoshiki. J'ai mes brassards et j'ai pris la boule la plus légère.

Il souleva celle-ci avec une seule main aussi facilement que si elle avait été en plastique :

- C'est une boule pour débutant, elle pèse trois fois rien !

- Bon d'accord vas-y mais à la moindre douleur, tu arrêtes !

Yoshiki fit une espèce de grimace qui signifiait « Oui Papa ! » et qui fit pouffer de rire Sugizo et Jin qui avait tout entendu. Il vint poser sa boule sur le ratio-elle était d'un affreux vert fluo- et regarda Yoshiki lancer la sienne d'un geste d'expert mais il était manifeste qu'il était gêné par sa légèreté.

Lorsque celui-ci eut fini son tour, il s'assit à côté de Jin qui lui demanda :

- Tu as mal aux poignets aussi ? Mais t'es blessé de partout alors !

- Hé oui que veux-tu ? Quand on est un vieil homme hein… !

- T'es pas vieux arrête ! protesta Jin qui était réellement désolé que Yoshiki se soit abîmé de partout à cause de la batterie.

Chaque fois que Yoshiki devait jouer, Jin ne pouvait pas s'empêcher de l'observer attentivement de crainte qu'il ne se fasse mal. C'est sûr que ce genre de jeu n'était pas très bon pour des poignets déjà souffrants ! Mais la partie se poursuivit sans incident et fut ponctuée de pas mal d'éclats de rire. Jin et Sugizo étaient apparemment des habitués des pistes et Sugizo prit rapidement la tête du classement. Il avait un joli lancé, très précis qui fut récompensé de six strikes ! Yoshiki se défendait, Yamapi et Toshi fermaient le tableau en bons débutants qu'ils étaient. Le pauvre Toshi semblait avoir du mal à viser correctement !

Si Jin ne disait rien et s'empêchait même de sourire par respect pour le chanteur, Yoshiki ne se privait pas de remarques :

- Toshi, tu veux qu'on mette les barrières de chaque côté ? demanda-t-il en riant lorsque la boule de son chanteur se retrouva une fois de plus dans la rigole.

Ce dernier ne lui répondit que par un regard noir avant de se rasseoir à sa place. Yoshiki se mit à rire et se tourna vers Jin pour lui murmurer « Il est mauvais perdant ».

Jin répondit par un signe de tête assez neutre n'osant pas approuver ou démentir. Toshi était celui avec lequel il discutait le moins dans le trio des trois rockeurs. C'était étrange d'ailleurs parce qu'il continuait à regarder des vidéos sur X-Japan sur Internet et Toshi donnait toujours l'impression d'être un type bien, souriant, bavard et très gentil. Mais quand il le voyait en vrai, ce dernier se montrait très distant et assez renfermé. Il avait appris qu'il connaissait Yoshiki depuis la maternelle. Ils étaient très proches ce qui n'avait rien d'étonnant quand on a vécu tant de choses en commun. Yoshiki lui avait aussi rapidement expliqué que Toshi avait eu de très gros problèmes récemment et qu'il était là pour se reposer et faire le point. Mais pour Jin, ce n'était pas la seule raison de son attitude distante il sentait que Toshi ne l'aimait pas beaucoup. Il en était désolé et gêné aussi lorsque Toshi était là. Lui, il aimait beaucoup Yoshiki alors il aurait voulu être apprécié de quelqu'un d'aussi important pour ce dernier.

Ils jouèrent trois lignes et Yoshiki qui avait pris des goûts de luxe depuis qu'il était célèbre commanda une bouteille de champagne qu'on lui apporta déjà à moitié débouchée. Il voulut la déboucher complètement mais un cri étouffé lui échappa lorsqu'il essaya de tirer sur le bouchon.

- Yoshiki fais gaffe à ton poignet ! s'écria Jin en lui retirant la bouteille des mains.

Toshi se leva, prit Yoshiki par les épaules et l'obligea à s'asseoir :

- Bon maintenant, tu arrêtes de faire l'idiot, dit-il calmement. On est presque à la fin de la ligne, on finira la sienne à ta place.

Yoshiki ne protesta pas et retira son brassard droit pour se masser le poignet, le visage crispé en une expression qui fit pitié à Jin.

- Tu as mal ?

- J'en ai tellement marre…gronda Yoshiki, le poing soudain serré comme s'il allait taper dans quelque chose. Jin crut qu'il allait le faire d'ailleurs et attrapa son avant-bras pour le reposer sur le siège.

- Ca finira par aller mieux si tu arrêtes d'être une tête de mule. Tu n'aurais pas dû jouer aujourd'hui.

- Mais je ne peux rien faire ! répliqua Yoshiki d'une voix basse comme s'il ne voulait pas que les autres entendent. Je ne peux pas porter des trucs, je ne peux pas faire d'efforts, même pour ouvrir une putain de bouteille j'ai besoin d'aide !

- Et la batterie ?

- La batterie…si j'avais écouté les médecins, j'aurais arrêté depuis longtemps. Mais je préfère crever plutôt.

Jin pensa qu'il aurait peut-être fait pareil à sa place, aussi n'osa-t-il pas prononcer des paroles raisonnables que Yoshiki avait déjà dû entendre cent fois. De quel droit l'aurait-il conseillé d'ailleurs ?

D'un commun accord, Toshi et Sugizo décidèrent de ne pas se lancer dans une quatrième partie et de partir avec Yoshiki. Puisque Jin et Yamapi n'avaient pas du tout envie de rentrer, ils décidèrent de rester là et d'appeler Dune en renfort sachant qu'elle n'était pas de garde pour la nuit.

Les trois rockeurs rendirent boules et chaussures et Yoshiki prit Jin à part pour lui dire :

- On n'a même pas entamé la bouteille de champagne alors je vous la laisse, tu n'auras qu'à la boire avec tes amis. Et je voulais te dire aussi : pour ton anniversaire le 04 juillet, ça tombe vraiment mal. Je serai à Paris avec Toshi pour une convention. Ca vient de se décider et nous ne pouvons pas faire marche arrière.

- Tu restes là-bas longtemps ?

- Non deux jours seulement ensuite je reviens ici.

- Ce n'est pas grave alors parce que j'aurais eu du mal à faire une fête le jour-même de toute façon. Je pense que tu seras revenu à temps mais je ne sais pas encore ce que je vais faire.

- Si tu cherches un endroit, tu peux toujours faire une fête chez moi. J'ai une maison dix fois trop grande pour moi avec piscine. Ca ne me dérangerait pas pour peu que tes amis ne mettent pas trop le souk.

- Ca me gêne un peu, répondit Jin, confus. C'est chez toi et puis…Toshi habite cette maison lui aussi…J'ai pas envie de débarquer et de faire du bruit alors qu'il n'a pas forcément envie de se taper tout ça. Il doit déjà me supporter souvent alors je vais pas abuser.

- Pourquoi tu dis « te supporter » ? Je ne vois pas pourquoi ça le dérangerait !

Jin ne voulait surtout pas faire part à Yoshiki de ce qu'il pensait concernant Toshi parce que, de un : il n'avait aucune preuve, de deux : il ne voulait faire aucune histoire.

- Laisse tomber Yoshiki écoute : j'ai encore le temps et ce sera sûrement un truc hyper simple. Pour l'instant, pense plutôt à te soigner au lieu d'être trop gentil.

Yoshiki sourit en levant les sourcils :

- Oh ? Je suis trop gentil ? J'ai souvent entendu « casse-pied », « brillant », « colérique », « déraisonnable » et même « timide » parfois. Mais « trop gentil », on ne me le dit pas souvent !

- Hé bien moi je le dis ! répliqua Jin. Ajoute ça à ta petite liste !

- Yoshiki ? On y va ? appela Sugizo qui attendait plus loin avec Toshi.

Le batteur parut sur le point de dire quelque chose mais il se ravisa et se contenta d'ajouter à mi-voix :

- On se revoit bientôt. A plus Jin.

- Oui, prends soin de toi.

Une fois Yoshiki parti, Jin se rendit compte qu'il ne s'était pas occupé de Yamapi autant qu'il l'aurait fallu. Son ami ne semblait pas s'en être aperçu mais il eut la très nette impression qu'il s'était plus tourné vers Yoshiki que vers lui. Aussi revint-il sur la piste avec l'envie de se faire pardonner quand bien même Yamapi ne serait pas fâché.

Quinze minutes plus tard, Dune arriva et fit la connaissance de Yamapi qu'elle n'avait jamais vu. Les jeunes entamèrent une joyeuse partie de bowling et firent un sort à la bouteille de champagne. Jin se rendit très vite compte que Dune discutait beaucoup avec son ami et corrigeait gentiment ses fautes d'anglais d'une façon qui ne trompait pas : elle était en train de lui faire du gringue ! La jeune femme n'était pas du genre à hésiter cent-sept ans, elle s'arrangea pour glisser à l'oreille de Jin pendant que Pi jouait (les yeux indiscrètement fixés sur son postérieur) :

- Il a une petite amie ton pote ?

- Non et je t'ai vue venir toi ! Il te plaît ?

- Il est trop mignon ! Par contre, il paraît un peu…coincé.

Jin se retint d'éclater de rire :

- Il n'est pas très à l'aise avec les filles. Il faut le connaître mieux pour qu'il se décoince.

- Mais je ne demande pas mieux et ça ne me dérange pas de faire le premier pas !

- Tu sais qu'il n'est là que pour un mois !

- C'est pas grave, on peut bien passer des moments ensemble sans vouloir que ça tourne aux fiançailles !

Ca c'était bien Dune ! C'était le genre de fille qui aimait papillonner sans se prendre la tête n'étant jamais tombée sérieusement amoureuse. Jin se disait aussi que, puisqu'elle avait côtoyé la mort de près à Haïti, c'était une façon comme une autre de croquer la vie à pleines dents.

Ils ne purent rien dire de plus parce que Yamapi revint s'asseoir mais Jin imagina ce que ça pourrait donner. Yamapi était plutôt habitué aux filles timides et rougissantes, celles se laissent séduire (sûrement le fait qu'il sortait souvent avec des fans…) Dune était plutôt du genre à prendre les devants et elle était tout sauf timide ! Qui sait ? Un peu de changement plairait peut-être à Pi ?

L'après-midi se termina après que Dune ait magistralement écrasé les garçons. Quand ils se séparèrent, Jin projetait déjà toutes sortes de plans pour mettre à nouveau Pi et Dune en présence.

Les garçons partirent se promener dans la ville pour faire du shopping et Jin ne résista pas au plaisir de mettre son ami au courant de sa bonne fortune :

- Tu sais que t'as un ticket avec Dune ?

- A quoi tu vois ça ?

- Elle me l'a dit ! Qu'est-ce que tu penses d'elle ?

Yamapi hésita :

- Je sais pas…elle est jolie, sympa…Mais on ne s'est pas vus assez pour que j'imagine quoi que ce soit.

- Hé ben vous n'avez plus qu'à faire plus ample connaissance et on verra bien ! se réjouit Jin.

- Ouais...mais les Occidentales me foutent la trouille. Elles sont très…très sûres d'elles et difficiles à suivre.

- La recette ne change pas pour autant. Sois-toi-même, sois gentil et attentif et si tu as envie de tenter quelque chose vas-y tout simplement puisque tu sais qu'elle est intéressée. Elle est super sympa, on ne s'ennuie jamais avec elle ! En plus, elle sait que tu n'es pas là pour longtemps et elle n'essaiera pas de jouer les femmes éplorées, ce n'est pas son genre.

- Avoue que t'aimerais ça hein ? Ragoteur comme tu es !

- J'avoue que ça me plairait bien de vous voir ensemble !

- On verra bien ce qui se passera.

Sur ce statut quo, Jin montra à Yamapi les meilleures boutiques de mode de Los Angeles jusqu'à l'heure de fermeture des magasins. Après quoi, Yamapi déclara qu'il avait envie de rentrer parce qu'il souffrait du décalage horaire.

Plusieurs jours passèrent et vint un matin de début juillet où Jin, toujours infatigable, sortit chez lui de bonne heure pour faire un peu de jogging. Il s'y était mis pour rattraper les quelques excès alimentaires qu'il avait fait depuis qu'il était dans la ville. S'il revenait au Japon avec le même petit ventre que la dernière fois, il allait encore se faire disputer !

Il avait laissé Yamapi chez lui, ce dernier ayant grogné sous sa couette qu'« il fallait être complètement cinglé pour aller faire du sport dès le réveil. »

Il se rendit sur le front de mer où une très longue piste était aménagée au bord de la plage pour les joggers. Mais ce matin, ce n'était pas très agréable parce qu'un vent venu de la mer soufflait avec force et donnait à Jin l'impression d'avancer plus lentement.

Il eut la surprise d'apercevoir devant lui, la silhouette d'un promeneur qu'il identifia aussitôt. Pour une fois, il n'était pas en noir mais en jean délavé et un T-shirt blanc. De dos, il avait l'air d'un adolescent.

Il le rattrapa et surgit dans son dos en criant « Bouh » ! Yoshiki eut un sursaut prouvant qu'il avait la tête complètement ailleurs :

- Jin ! Bon sang, tu as de la chance que je ne sois pas cardiaque ! Tu m'as couru après pour être essoufflé comme ça ?

- Je courais déjà depuis un moment, je faisais du jogging ! Désolé pour la peur mais c'était trop tentant ! répondit le jeune homme, les joues toutes rouges et la mine réjouie. Je te croyais déjà à Paris !

- Je pars dès ce soir, dit Yoshiki qui affichait maintenant un doux sourire. J'ai l'habitude de venir ici tôt le matin. J'aime regarder la mer surtout quand il y a beaucoup de vagues.

Après une pause, il ajouta :

- Je pense que je peux te souhaiter un joyeux anniversaire avec un peu d'avance.

- Merci ! Je vais sûrement organiser une soirée sur la plage le week-end prochain, tu as le temps de revenir. On sera une vingtaine de personnes parce que j'ai invité tous mes danseurs. J'espère que le vent arrêtera de souffler d'ici-là.

- Je viendrai. En attendant, suis-moi, j'ai quelque chose pour toi.

Jin ne s'attendait pas à ça et le suivit avec curiosité jusqu'au parking où s'était garé Yoshiki. Il était venu avec sa voiture noire, la plus discrète. Il ouvrit le coffre et, sous les yeux ébahis de Jin, il en sortit une housse de guitare :

- Je pensais que ça te plairait mais je n'ai pas eu le temps de faire un paquet-cadeau. C'est une électrique mais tu m'as dit que tu avais le matériel qu'il fallait chez toi.

- Yoshiki…balbutia Jin en prenant l'objet. Fallait pas, je…

- Regarde-la d'abord pour voir si elle te plaît.

Jin ouvrit la housse et ses yeux s'arrondirent de stupéfaction en découvrant une magnifique Gibson Lee Paul reluisante, un des modèles les plus chers de la catégorie.

- Tu es fou…je t'ai dit que je jouais comme un pied ! Les guitares comme ça, c'est pour les professionnels !

- Il y a longtemps, un ami très cher s'est vu offrir la même guitare par sa grand-mère quand il n'avait que quinze ans et qu'il ne savait pas jouer. Il s'est mis alors à travailler d'arrache-pied et il est devenu un formidable guitariste. Je pense qu'on fait encore plus d'effort quand on a du bon matériel. Tu n'es pas si mauvais, tu pourrais très bien parvenir à la hauteur de cette guitare.

Jin leva la tête vers Yoshiki, surpris la mélancolie de sa voix. Quelque chose lui disait que ce guitariste devait être hide. Le fait que Yoshiki fasse un parallèle avec lui l'émut considérablement même s'il n'avait pas le moindre espoir de parvenir un jour au niveau d'un grand guitariste de rock. Il referma la housse et se redressa en la tenant contre sa jambe :

- T'es trop gentil vraiment…je ne sais pas comment te remercier.

Yoshiki posa sa main gauche sur l'épaule du jeune homme :

- C'est un cadeau d'anniversaire, tu n'as rien à me rendre.

Et la même main partit soudain dans la crinière ébouriffée de Jin. Le geste ne dura que deux secondes comme s'il n'était pas vraiment contrôlé. Mais Jin cessa de respirer durant ses deux secondes parce qu'il sentit que c'était autre chose qu'un geste paternel. C'était terriblement dérangeant…et troublant. Il n'osait plus regarder Yoshiki et il s'affola lorsqu'il le sentit se pencher…plus près qu'il ne l'avait jamais été.

Il réagit par réflexe il s'éloigna d'un pas, juste assez pour que la situation soit moins glissante et un sourire se plaqua automatiquement sur son visage pour parer toute gêne :

- Merci Yoshiki, ça me touche énormément. Je vais essayer de m'améliorer pour ne pas faire honte à cette guitare.

Il se sentait si mal tout d'un coup…il ne savait plus comment agir et il n'osait toujours pas regarder le visage de Yoshiki. D'un côté, il avait envie de fuir et de l'autre, il avait envie de faire quelque chose pour rattraper sa réaction qu'il savait avoir été vexante.

- Je vais rentrer, j'ai assez couru pour aujourd'hui. Tu m'appelles à ton retour de France hein ?

Il avait peur que Yoshiki ne l'appelle plus jamais.

- Je le ferai ne t'en fais pas.

Du coin de l'œil, il vit Yoshiki rentrer dans sa voiture et ne put supporter de le laisser partir sans regarder quelle expression il avait. Il le regarda enfin franchement et vit qu'il souriait avec la même douceur que précédemment. Il réussit à lui sourire- sincèrement- et à lui dire au revoir.

Il mit sa nouvelle guitare sur son dos et s'éloigna en entendant derrière lui la voiture de Yoshiki qui partait dans l'autre sens. Il était sonné et dans sa tête, une seule question se posait sans arrêt : qu'est-ce qui se passait ?