Chapitre XVII/
Après cette soirée, Jin eut l'impression que le temps s'était mis à filer deux fois plus vite comme si, par sadisme, il voulait précipiter le moment où Yoshik devrait partir en tournée.
Le premier concert devrait se dérouler à Los Angeles. Sugizo, Pata et Heath arrivèrent les uns après les autres pour les balances et Jin eut enfin l'occasion de rencontrer le groupe au complet dans le studio de Yoshiki.
Sugizo n'était pas venu seul : Luna l'accompagnait, littéralement surexcitée à l'idée de rencontrer son idole. Mais quand Jin parut devant elle, elle piqua un fard énorme et fut incapable de lui dire bonjour. Elle ressemblait bien aux préados de sa génération : deux couettes, un portable recouvert d'une housse colorée dans sa poche, des baskets customisées, un sweat et une jupe Hello Kitty passée sur un legging gris. Il y avait un air de famille certain chez le père et la fille et ce dernier, qui la regardait d'un air amusé, rajouta une couche à son embarras :
- Hé bien Luna où sont passés tous ces mots d'amour que tu te promettais de dire à Jin le jour où tu le verrais ?
Luna rougit de plus belle et décocha un regard noir à Sugizo qui se mit à rire et s'éclipsa pour rejoindre les autres.
Jin était plus qu'habitué à ce genre de réaction de la part des fans et pour le dire franchement : ça le gonflait ! Quand verrait-il une fille l'aborder avec décontraction ne serait-ce que pour lui dire simplement « j'adore ce que tu fais » ? Non…son physique les changeait toutes en poissons rouges ! Mais bon, c'était une gamine de treize ans et c'était la fille de Sugizo alors... Il mit tout bonnement un bras autour de ses épaules comme si c'était une petite sœur venue lui rendre visite et il se mit à discuter avec elle. Luna sembla d'abord stupéfaite mais le sourire de Jin étant communicatif, elle se détendit et perdit totalement son attitude de fan pour quelque chose de beaucoup plus naturel. Luna n'attendit pas longtemps pour le bombarder de questions à propos de son départ du groupe. Elle était déçue parce qu'il était son préféré des Kat-Tun et que sans lui ce ne serait plus pareil. Jin lui expliqua qu'il allait faire des choses très intéressantes aux Etats-Unis et, pour qu'elle en ait un avant-goût, il l'invita à venir le voir à son concert solo. Naturellement, la petite figure de Luna s'illumina de bonheur. Aussi longtemps que Jin fut là, elle ne le lâcha pas mais elle était très bavarde et comme Jin l'était aussi, ils n'arrêtèrent plus et ne virent pas passer les heures.
De l'autre côté de la vitre, dans la salle de répétition insonorisée, les cinq musiciens travaillaient d'arrache-pied. Jin se dit que c'était un étrange paradoxe que cette gamine qui avait une star du rock comme père ne manifeste aucun intérêt pour ce qu'il faisait alors qu'elle admirait un membre de boys band qui était loin d'avoir autant de talent !
- Tu vas rester tout le temps de la tournée américaine ? demanda-t-il.
- Oh non ! répondit Luna. Je vais rentrer au Japon dans quinze jours, j'ai l'habitude de prendre l'avion toute seule. Ca m'intéresse pas de suivre mon père dans la tournée !
- C'est vrai ? s'étonna Jin. Mais ça doit être génial d'en avoir un comme lui non ? Et tu dois connaître plein de gens supers !
Luna eut l'air gêné :
- Ben mon père est ami avec plein de stars...mais je m'en fiche en fait. Au collège, ça me saoule de parler de lui parce que les filles le trouvent beau. Je sais pas si tu imagines ce que ça fait d'entendre une copine te dire « Ton père est trop sexy, présente-le moi » ! finit-elle avec une petite grimace. Je trouve ça un peu dégoûtant…Et puis c'est toujours comme ça alors j'en ai marre.
Jin était gêné parce qu'il avait le sentiment d'avoir entendu quelque chose d'assez privé qui le mettrait mal à l'aise vis-à-vis de Sugizo. Il aurait été sûrement peiné d'entendre sa fille parler comme ça. Il choisit de répondre par une phrase de compassion prudente et, même si sa curiosité lui donnait envie d'en savoir plus, il préféra aiguillonner Luna sur un autre sujet
Les membres de X décidèrent d'interrompre la séance et sortirent de la salle de musique. Luna lança à Sugizo :
- Papa, je pourrai aller faire du roller au bord de la plage ce soir ?
- Oh quelle bonne idée, je vais venir avec toi ! On le faisait souvent il y a quelques années tu te souviens ?
Jin vit apparaître sur le visage de Luna une expression qui signifiait clairement qu'elle n'avait plus ni l'âge ni l'envie de faire du roller avec son père.
- Tu sais, je peux y aller toute seule, hasarda-t-elle.
- Oh que non ! répondit Sugizo en écarquillant les yeux. Los Angeles est une ville plus dangereuse que Tokyo la nuit, pas question que tu restes seule !
Jin proposa alors :
- Je peux l'accompagner si vous voulez ?
Luna lui adressa un sourire surpris mais radieux et Sugizo fit une petite moue pensive en simulant le père autoritaire :
- Ca se pourrait…mais pas de boîtes ni de bars parce qu'elle est trop jeune, tu ne la dragues pas parce que c'est ma fille et tu me la ramènes saine et sauve avant minuit !
Pour Jin, il n'avait de toute manière jamais été questions de ces trois clauses et il prit un visage aussi sérieux que pour une demande en mariage en se redressant bien droit pour répondre :
- C'est promis monsieur, je prendrai soin d'elle !
Sugizo éclata de rire mais ne manqua pas de prendre le numéro de portable de Jin « juste au cas où.»
Yoshiki ne disait pas grand-chose et, depuis qu'il était sorti de la salle de répétition, il se massait les épaules d'un air souffrant. Jin, qui s'apprêtait à partir avec Luna, s'approcha de lui et souffla :
- Vous en avez pour longtemps ?
- Je n'en sais rien. Avec nous, mieux vaut ne jamais donner d'heure !
Yoshiki jeta un œil à Luna puis il sourit en disant :
- Tu fais du baby-sitting maintenant ?
- Oh pour une fois ! Elle est fan alors je peux bien faire ça puisque je sais que ça lui fait plaisir.
- Oui tu as raison...
Yoshiki fit un pas en avant et soudain, il s'effondra et fut retenu juste à temps par Jin.
- Hé Yoshiki ! Ca va pas ?
Le batteur était toujours conscient et Jin se hâta de l'asseoir. Toshi, Pata, Heath, Sugizo et Luna se regroupèrent vite autour d'eux. Yoshiki semblait déjà aller mieux mais il était pâle.
- Ca va, ça va ! Je suis juste fatigué en ce moment parce que je joue beaucoup.
- Tu y vas trop fort avec ta batterie, reprocha Jin. Tu joues toujours comme si t'étais au Tokyo Dome ! Tu ne pourrais pas y aller plus doucement quand il ne s'agit que d'une répétition ?
Yoshiki croisa son regard et lui sourit d'un air amusé :
- Je suis incorrigible !
- Ben faut croire…, soupira Jin.
- Je confirme ! intervint Toshi en posant une main sur la tête de son ami. Mais si tu commences à t'évanouir comme ça, nous allons te mettre au repos que tu le veuilles ou non. Tu sais bien que ton état de santé est primordial pour la réussite de cette tournée.
- Tu me mets pas la pression du tout là...
Comme Yoshiki avait l'air d'aller mieux, Jin quitta le studio avec une Luna absolument ravie d'avoir son idole à elle toute seule et, en plus, dans une ville où elle n'aurait pas la concurrence des autres fans.
Ils se rendirent sur la « place to be » de Los Angeles, une large avenue qui bordait la plage de Malibu. Tous les m'as-tu-vu du coin venaient se pavaner là mais il y avait surtout une belle piste aménagée pour les rollers et les vélos.
Luna avait ses rollers mais pas Jin qui dut se contenter de marcher à côté d'elle avec une cigarette au bec.
- Tu as de la chance de t'appeler Luna, c'est vraiment un joli nom, dit-il à la fillette. Ton père t'a appelée comme ça à cause de son groupe ?
- Ouais, répondit-elle quelque peu boudeuse. Il aimait tellement son groupe qu'il m'a carrément donné son nom.
- Et…tu lui en veux ?
- Pas vraiment…c'est juste qu'on ne passe pas inaperçue avec un prénom pareil. Enfin…je ferai bien de me réjouir pour lui puisqu'il va retrouver son groupe.
- Pourquoi ? Il n'y était plus ?
- Ils se sont séparés il y a dix ans. Mais il y a quelques jours, Luna Sea a annoncé qu'il reprenait du service.
Jin n'avait jamais rien écouté de Luna Sea et se promit d'y jeter une oreille à l'occasion.
Après un moment, Luna prit Jin par le bras en faisant mine d'avoir besoin d'un appui. Le jeune homme sourit en imaginant ce que ça devait être pour une fan d'avoir droit à ce genre de moment.
- Je te drague pas..., dit soudain Luna. Je sais bien que je suis trop jeune pour toi. Je voudrais juste rester un peu comme ça.
- Il n'y a pas de problèmes…
Le temps passa très vite. La nuit tomba et Jin emmena Luna dîner au Planet Hollywood avant de la ramener à son père.
Les cinq musiciens s'étaient réunis chez Yoshiki. et ils avaient fini de manger lorsque Jin et Luna revinrent.
Toshi et Yoshiki discutaient sur la terrasse, Sugizo, Heath et Pata étaient dans le salon en train de regarder la télé. Pata s'était d'ailleurs endormi, plié en deux dans un gros fauteuil en cuir noir.
Sugizo récupéra sa fille et lui fit raconter sa soirée. A l'arrivée de Jin, Toshi rentra à l'intérieur et lança :
- Le café doit être prêt ! Jin, tu me donnes un coup de main ?
Jin acquiesça et le suivit dans la cuisine mais il se rendit vite compte que Toshi l'avait attiré là pour lui parler. Et le préambule le surprit beaucoup lorsque le chanteur se tourna vers lui, appuyé contre l'évier :
- Je ne m'étais jamais excusé pour l'attitude que j'ai eue envers toi ces derniers mois. Alors je le fais ce soir.
Jin protesta en rougissant de gêne :
- Mais enfin, ce n'est pas la peine ! Vous aviez le droit de ne pas m'apprécier et je…
- Non parce que je le faisais pour de mauvaises raisons, répliqua Toshi en baissant légèrement la tête. Yoshiki a les yeux qui brillent quand il parle de toi. Les seuls moments où je le vois comme ça, c'est après un concert en général. Alors je voulais te dire merci : tu lui as fait beaucoup de bien. Tu étais ce dont il avait besoin. Aussi proche que je sois de lui, je n'aurais pas pu lui donner ce que tu lui as donné.
Jin ne put rater la note un peu triste qui perça dans la voix de Toshi à la fin de sa réponse. Puisqu'on en était aux confidences, il se sentit moins timide pour demander :
- Vous l'aimez ?
Toshi releva la tête, un peu surpris et très hésitant :
- Comment ça ?
- J'ai cru le deviner..., avança prudemment Jin. Je me demandais si vous étiez amoureux de lui.
Toshi hocha la tête en souriant :
- Oui je l'aime. Depuis longtemps.
- Il le sait ?
- Non…si tu n'étais pas arrivé dans sa vie, j'aurais sûrement fini par le lui dire. Mais j'ai compris que jamais je ne pourrai risquer encore une fois notre amitié. J'ai tellement peur de le perdre que je préfère encore que nous restions comme nous sommes. C'est quand j'ai compris ça que j'ai cessé de te voir comme une menace.
- Vous savez... j'ai peur que notre relation ait du mal à résister à ce qui nous attend dans les prochains mois. On va avoir beaucoup de mal à se voir et je crains pour lui au sujet de cette tournée américaine. Sa santé n'est pas au mieux et il n'est pas du genre à s'économiser.
Toshi émit un léger rire :
- C'est toi qui es jeune et c'est toi qui t'inquiète pour lui ! Ne t'en fais pas, je sais de quoi il est capable. Il réussit toujours tout du moment qu'il l'a décidé et son idée fixe est que cette tournée soit un succès. Il fera attention à lui. Pour la suite de votre relation, c'est sûr que ça va être difficile. Essaie quand même et ne part pas avec l'idée que vous allez finir par vous séparer sinon c'est sûr que ça arrivera.
Jin ne savait plus trop comment discuter de la chose avec un homme qui venait d'avouer qu'il aimait Yoshiki. Maintenant que c'était dit, il se sentait un peu jaloux et inquiet à l'idée que Yoshiki passe bientôt davantage de temps avec Toshi qu'avec lui. Il préféra remercier le chanteur de lui faire confiance sans oser prolonger davantage la conversation. Toshi devait beaucoup souffrir mais il était sûrement l'homme le plus mal placé du monde pour lui prodiguer un quelconque réconfort.
Il aida Toshi à préparer le café et sortit de la cuisine avec quatre tasses habilement passées entre ses doigts pour le porter aux musiciens restés dans le salon. Mais juste au moment où il sortit, il s'aperçut que Yoshiki était là et son cœur rata un battement. Yoshiki ne fit que lui sourire mais Jin pensa immédiatement qu'il avait peut-être entendu sa conversation avec Toshi. Il n'osa rien dire, trop hésitant sur l'attitude à avoir à propos de cette situation. Il baissa le nez et alla porter les tasses de café comme si de rien n'était. Sauf que Yoshiki ne le suivit pas et entra dans la cuisine.
Toshi était en train de finir les deux dernières tasses de café. Il vit entrer Yoshiki. Et au bout de plusieurs secondes, le batteur lâcha :
- J'ai tout entendu Toshi. Tout ce que tu as dit à Jin.
Toshi fut tellement surpris qu'il renversa par terre une bonne partie du café brûlant qu'il était en train de verser dans la deuxième tasse. Yoshiki se précipita :
- Fais attention, c'est très chaud et ça tâche !
Mais les dégâts ne concernaient que les chaussures de Toshi. A l'approche de Yoshiki, celui-ci avait fait un brusque mouvement en arrière et avait tourné le dos à Yoshiki, occupé à éponger le café. Le batteur leva les yeux vers son ami :
- Je suis désolé, je ne voulais pas te faire peur. J'ai été tellement stupéfait d'apprendre que tu…
- Ca suffit Yoshiki ! coupa Toshi d'une voix sèche. Je refuse qu'on parle de ça. Tu n'aurais pas dû entendre cette conversation car j'avais décidé que tu ne saurais jamais rien.
- Ne te fâche pas, souffla Yoshiki d'un ton inquiet. Mais je ne peux tout de même pas faire comme si de rien n'était.
- Si ! répondit Toshi sans se retourner. C'est exactement ce que tu devrais faire si tu tiens à me faciliter la vie. Tu vas effacer de ta mémoire ce que tu viens d'entendre et tu vas te comporter avec moi exactement comme si tu n'avais rien entendu.
Comme mû par une idée subite, il fit volte-face et croisa le regard de Yoshiki qui était toujours accroupi par terre.
- Et tu vas me changer ce regard qui me dit déjà que tu as pitié de moi ! Je ne veux pas voir ça, je ne veux pas de paroles de consolation ! Je ne veux pas…que tu sois différent.
Yoshiki baissa la tête et se releva lentement. Il aurait eu un millier de choses à dire à Toshi mais il comprit que ce dernier finirait par se mettre en colère ou par craquer s'il ne faisait pas ce qu'il lui demandait :
- Y'a pas à dire : qu'est-ce que j'ai pu faire de conneries envers toi…Je me demande comment t'as pas fini par me détester.
- Je ne pourrais jamais, je te l'ai déjà dit.
- J'aurais dû comprendre le jour où tu m'as fait cette crise à propos de Jin.
- Ca…t'as pas été très clairvoyant, asséna Toshi à mi-voix. Ni ce jour-là, ni durant les nombreuses années qu'on a passées ensemble. Il faut croire que je suis très doué pour cacher mes sentiments. Mais peu importe à présent.
- Je ne veux pas que tu souffres…
- Trop tard mais je te le répète : si tu veux m'aider, reste comme d'habitude. Ce que nous partageons, c'est ce que j'ai de plus précieux au monde. Ne m'enlève pas ça. Ne change pas avec moi.
Yoshiki se sentait affreusement mal et se faisait tous les reproches possibles et imaginables. Mais c'était vrai qu'il ne pouvait pas changer la situation. Le visage de Toshi était figé dans une expression assez déterminée. D'ailleurs, Yoshiki trouvait qu'il s'était endurci depuis cette désastreuse aventure avec Masaya. Toshi se blindait pour essayer de se protéger contre d'autres attaques et l'orgueil était une protection comme les autres. Par respect pour lui, il ravala ses excuses et toutes les autres paroles qui n'auraient servi qu'à lui faire mal. Mais il s'autorisa quand même un élan pour le serrer dans ses bras. Toshi ne le repoussa pas et serra sa taille en soufflant « Merci ».
- Je ne sais pas si c'est toi ou si c'est moi qui devrais le dire, dit Yoshiki en prenant sa tête entre ses mains. Je te jure que je ne changerai pas. Rien ne sera gâché.
Toshi ferma brièvement les yeux et acquiesça. Yoshiki effleura ses cheveux de ses lèvres avant de se détacher doucement de lui. Il prit les tasses de café et alla les porter lui-même au salon, pensant qu'il valait mieux en rester là pour le moment vu l'état extrêmement tendu de Toshi.
Heath et Pata étaient censés dormir sur place. Par commodité pour Luna, Sugizo avait préféré prendre une chambre à l'hôtel. Comme il était très tard et que sa fille était fatiguée, il décida de partir. Toshi les rejoignit juste à ce moment-là avec le même sourire placide qui lui était coutumier et rien sur son visage n'aurait pu faire deviner ce qui s'était passé dans la cuisine.
Luna réclama Jin pour lui dire au revoir mais ce dernier était introuvable.
- Ne t'en fais pas, tu le reverras très vite, promit Yoshiki. Je te l'envoie demain car il a promis de t'inviter à son concert.
La fillette était un peu déçue mais, rassurée à la perspective de revoir Jin, elle suivit son père à l'extérieur après avoir dit bonne nuit aux quatre musiciens.
Pata, Toshi et Heath avaient chacun leur chambre et leurs affaires donc Yoshiki les laissa devant la télé pour essayer de savoir où avait bien pu passer son amant.
Il finit par trouver le jeune homme à l'étage, dans sa chambre, couché en chien de fusil sur son lit-enfin leur lit depuis quelques temps. Il s'assit près de lui et l'embrassa sur la tempe en lui demandant s'il était fatigué.
- J'suis cassé, répondit Jin d'une petite voix. Mais il y a autre chose qui m'inquiète.
Il lança un regard tellement appuyé à son amant que celui comprit sans peine.
-Oui j'ai entendu, dit-il calmement. Et je suis allé parler à Toshi.
- Et ? demanda Jin qui sentit son cœur se serrer.
- Et rien. Je lui ai seulement dit que rien ne changerait jamais entre nous.
Mais Jin faisait une mine tellement morose que Yoshiki lui caressa les cheveux en souriant.
- Tu croyais quoi ? Tu avais peur qu'il se passe quelque chose ?
- Oui...
- Jin...je connais Toshi depuis quarante ans. On a été intimes à pas mal de niveaux. On a pleuré ensemble, on a rit ensemble, on a dormi ensemble, on s'est même douché ensemble ! Et malgré tout ça, je ne suis jamais tombé amoureux de lui. Alors ce n'est pas maintenant, à mon âge, que ça va changer.
- Je crois que je suis jaloux de votre proximité…
Yoshiki s'accroupit sur le sol pour être à la hauteur du visage de Jin et répondit :
- Il est une partie de ma vie. Mais il n'est pas toi. Alors ne sois pas jaloux ou tu vas me faire un ulcère quand on sera chacun de notre côté !
Jin tendit le bras vers lui en murmurant « Viens ». Yoshiki ne se fit pas prier. Il monta sur le lit et s'allongea en prenant Jin dans ses bras. Le jeune homme glissa une main sous la chemin de Yoshiki pour sentir sa peau.
- J'ai pas envie de te perdre, marmonna-t-il.
- Tu crois que notre relation ne va pas tenir l'absence n'est-ce pas ? J'ai bien réfléchi et c'est ridicule. Tout ne dépend que de nous. Tu as peur que je te trompe ?
Yoshiki sourit :
- Je pourrais te jurer de ne pas le faire mais ça ne suffirait pas. Alors tu es obligé de me faire confiance. Et si c'était toi qui me trompais ?
- Je ferais jamais ça ! protesta Jin avec une telle véhémence que Yoshiki éclata de rire.
- Hé bien tu vois ? Ca ne s'annonce pas si mal ! Moi aussi j'avais peur avant mais je crois qu'on ferait mieux de partir gagnants. La tournée ne va pas durer très longtemps et ensuite, on trouvera bien du temps pour se rejoindre quel que soit l'endroit. Aie confiance et concentre-toi sur ton travail. Tu sais l'importance que va avoir cette tournée pour ton avenir.
- Oui…répondit Jin en le serrant plus fort. Tu peux rester là ou tu dois t'occuper des autres ?
- Ils peuvent se passer de moi pour la suite, ils connaissent bien la maison et ils ont l'habitude de dormir ici quand ils viennent à Los Angeles. Tu devrais aller te changer avant de dormir.
- J'suis trop bien installé... répondit Jin dans un large bâillement. On verra ça demain…
- Je suis coincé alors ?
- Ouais !
S'ensuivit un long échange de baisers tantôt profonds, tantôt très doux. Jin avait les doigts de Yoshiki qui lui massaient doucement la tête tandis que le contact de ses lèvres lui donnait la sensation de flotter dans la stratosphère. Petit à petit, il glissa dans la somnolence et tout son corps se relâcha entre les bras de son amant.
Yoshiki, comme d'habitude, ne réussit pas à s'endormir tout de suite alors il passa un moment les yeux fermés à respirer l'odeur de Jin. Il avait un sourire aux lèvres parce qu'il était parfaitement confiant. L'avenir s'annonçait passionnant entre cette tournée qu'il attendait depuis vingt ans et cette relation qui durerait- il en était sûr- encore longtemps.
