Re-bonjour !

J'ai beaucoup apprécié vos reviews, d'ailleurs j'y ai répondu par MP lorsque c'était possible. Si j'ai oublié quelqu'un, n'hésitez pas à me le signaler. Pour les autres vous trouverez mes réponses-commentaires-remerciements à la fin du chapitre !^^

J'espère qu'il vous plaira et compensera un peu l'attente qui l'a précédé… Mille pardons

Disclamer : Les personnages appartiennent toujours à Eoin Colfer (merci !)

Rater : K+ toujours xD

Paring : Je me suis rendue compte que j'avais écrit n'importe quoi --' Ça m'apprendra à me baser sur les fics des autres pour tous ces machins techniques… u_u" Bon alors évidemment, je voulais dire que ma fic se déroule après le tome 6. De toute manière en-dehors des jumeaux et de ce qui concerne la mère d'Artemis (pour ceux qui ne l'ont pas lu, ça concerne la fin du tome) je n'y fais pas allusion. Le paring, euh… Aucun. Parce qu'Artemis n'aime personne autant que lui-même xD Alors bien sûr, si j'avais l'esprit tordu, je vous ferai un truc bizarre genre Artemis/Artemis, mais comme ce n'est pas le cas et qu'il faudrait déjà déterminer le nom de ce genre de lien… *sort*

Résumé : Artemis Fowl II est sur le point de fêter ses quinze ans, lorsqu'il reçoit un appel désespéré de Foaly : Holly a été contaminée par un virus inconnu du Peuple des Fées, un virus qui peut aussi bien toucher les humains. Problème : aucun remède n'existe. Du moins… pas encore. Le petit génie irlandais est donc appelé à voyager dans le futur afin de ramener cet antidote. Nouveau problème : Dix ans plus tard, c'est à une multinationale du nom de Fowl Industries qu'il appartient. Et cette entreprise est dirigée par l'héritier irlandais le plus intelligent au monde. Un héritier qui a tiré un trait sur son amitié avec le Peuple des Fées il y a des années de cela, car il les tient pour responsables d'une tragédie survenue dans sa famille. Autant dire que pour l'Artemis adolescent, rencontrer son aîné ne va pas être simple. Car sans l'influence positive de sa mère et de Holly, Artemis Fowl II est retombé dans son milieu naturel… Je vous le donne en mille ?

Note : Cette fois, tout se passe dans le futur ! Bonne lecture =)

* * *

Chapitre 2

DIX ANS PLUS TARD

FOWL INDUSTRIES, DUBLIN, IRLANDE. DIX ANS PLUS TARD.

Une femme remontait les couloirs de Fowl Industries à pas précipités, ses talons claquant sur le carrelage impeccable. En croisant quelques collègues, elle leur sourit poliment, mais aucun d'eux ne répondit. La femme s'appelait Barbra McCay, elle était Irlandaise et âgée de vingt-sept ans. Mais ce n'était pas tant son âge ni son apparence – soignée – qui lui valait l'indifférence de ses collègues (pour les plus polis). La jeune femme retint un soupir. Il était inutile de se morfondre car, dans quelques minutes, elle serait de retour dans son bureau.

Avant cela, elle s'accorda un café. Posant provisoirement la pile de dossiers qu'elle tenait en main sur une table près de la machine, elle inséra un Euro et patienta jusqu'à ce que le petit gobelet en plastique soit plein à ras-bord. Puis elle récupéra ses papiers et regagna son bureau. Ses amies s'étonnaient souvent de savoir que la machine à café de son entreprise fût si archaïque. Mais elles ignoraient que le patron était des plus… parcimonieux avec son argent. Selon lui, les rares employés à ne pas squatter le café d'en face pouvaient bien se contenter d'un café à un euro dans un gobelet en plastique produit à la chaine. Même si ce café était la seule chose qui permettait à certains d'entre eux – dont Barbra – de finir leur journée dans un état psychologique plus ou moins stable. Evidemment, ni Barbra ni ses collègues travaillant au plus près du patron ne se seraient osés à énoncer cette vérité au principal intéressé. Il n'empêchait que la jeune femme se sentait de plus en plus seule, à la machine à café. La plupart des employés préféraient passer le moins de temps possible dans les environs. Et puis, il fallait aussi avouer qu'elle était la seule à s'y rendre aussi souvent. Parce que la seule à devoir le supporter aussi souvent. Lui.

Barbra but d'une traite son café, cul sec comme on dit, et entra dans son bureau. Elle jeta le gobelet vide dans la poubelle remplie d'autres de ses congénères, puis posa immédiatement la pile de dossiers près d'elle afin de les examiner une quatrième fois (la première c'avait été en les recevant, la deuxième avant de se rendre à la photocopieuse, et la troisième après les avoir photocopié) ; ensuite seulement elle les apporterait au patron. D'ailleurs, quand on parlait du loup… Il y avait deux portes dans le bureau de Barbra, l'une donnant sur le couloir, l'autre sur le bureau du grand chef. Ce fut la deuxième qui s'ouvrit, et la jeune femme se redressa instantanément dans son siège – bien que son dos lui lançât des appels à l'aide. Un sourire poli et surentraîné étira ses lèvres lorsqu'elle leva les yeux vers… lui. Evidemment, elle attendit qu'il parle avant de se manifester. Règle numéro un de la parfaite secrétaire.

– Mademoiselle McCay, j'avais demandé à parler à Wable dans l'après-midi déjà, est-ce si compliqué pour vous de saisir votre combiné, d'entrer le numéro de son bureau – numéro qui, je vous le rappelle, est enregistré dans la mémoire de votre téléphone – est-ce donc si compliqué de taper sur une touche de votre combiné et de me transmettre cet appel ?

Le sourire maxi-white de la secrétaire ne bougea pas d'un millimètre. Café, pensa-t-elle. Café.

– Non monsieur Fowl. J'ai déjà appelé, monsieur Fowl, mais monsieur Wable était en dérangement toute la journée et…

– Personne n'est en dérangement, mademoiselle McCay, pas pour moi. Rappelez-le et dites-lui bien qui veut lui parler. Vous verrez. Je m'étonne d'ailleurs que vous n'ayez pas encore compris cela, après cinq ans de service.

Elle, elle se demandait plutôt comment elle avait fait pour survivre tout ce temps-là.

– Oui monsieur. Bien monsieur, ce sera fait monsieur.

Il était important de répéter le « monsieur ». Pour Barbra, c'était plus un moyen de se rappeler son rôle et de ne pas s'effondrer en larmes comme toutes celles qui l'avaient précédée, plutôt qu'une marque de politesse.

– Bien. Vous avez une minute.

– Oui monsieur.

Il claqua la porte sans lui adresser le moindre regard. D'ailleurs, il n'avait même pas daigné entrer dans la pièce pour lui parler. Comme à son habitude, le patron passait la tête par l'entrebâillement de la porte de son bureau, donnait ses ordres et retournait à ses occupations. Mais tout cela convenait parfaitement à Barbra, qui n'avait que trop souvent regretté avoir croisé son regard. Deux yeux bleus et froids comme de la glace. Des yeux qui, au contraire de leur homonyme, ne reflétaient rien.

*

MANOIR FOWL, IRLANDE.

– Je t'en prie, Juliet !

– Un peu de patience !

Domovoï Butler prit une longue inspiration, avant de cogner contre le battant de la porte tout en expirant :

– Julieeeeeeeeeeet !

– Un peu de patience ! répéta la voix de sa sœur, qui lui parvenait depuis l'autre côté du panneau de bois.

L'ex-garde du corps poussa un soupir bruyant et un peu rauque. Tout ce suspense commençait à lui user les nerfs. D'ailleurs Artemis disait souvent que… Une idée lumineuse lui apparut soudain. Artemis ! Telle était la clef. Il allait agir comme Artemis. De manière intelligente et détournée. Fort de cette conclusion, Domovoï se racla la gorge et reprit, sur un ton différent :

– Juliet, tu sais pourtant que j'ai le cœur fragile… Me faire attendre ainsi… ce n'est pas bon pour mes nerfs.

Sa voix avait prit un ton doucereux qui, en d'autres circonstances, l'aurait dégoûté. Mais les choses étant ce qu'elles étaient, il était prêt à tout. Cet après-midi-là, sa sœur cadette était rentrée en trombe au manoir et, avant qu'il ait pu l'interroger sur sa présence, elle s'était enfermée à l'étage, dans sa chambre. Domovoï s'était un peu inquiété. Depuis qu'il n'exerçait plus comme garde du corps, il se sentait inutile et avait l'impression de ne plus rien contrôler, un sentiment qu'il exécrait. Sa sœur avait alors eu la bonté de lui donner un indice sur les raisons du mystère : Elle avait quelque chose à faire pour Artemis. Voilà qui était loin – très loin même – de rassurer notre majordome.

– Juliet…, répéta-t-il sur ce même ton un peu trop gentillet.

La jeune femme éclata de rire, et il sentit le rouge lui monter aux joues.

– Ne sois pas idiot, Dom ! Tu es un très mauvais comédien. Pire qu'Artemis !

La comparaison n'était pas des plus flatteuses.

– Juliet ! reprit l'intéressé en cognant contre la porte, abandonnant toute amabilité. Sors d'ici avant que je ne me fâche !

Nouvel éclat de rire… avant que la porte ne s'ouvre. Cela tombait au bon moment, car Butler était sur le point de lui sauter dessus. Dans son esprit de garde du corps, anciennement membre du top trois des hommes les plus forts de la planète et élève surentraîné de Mme Ko, il visualisait tout à fait le genre de traitements qu'il pouvait faire subir au pauvre panneau de bois. Mais lorsque sa sœur apparut dans l'encadrement, il se figea, les poings serrés.

­– JULIET !

Cette fois-ci, ce n'était pas la colère mais l'ébahissement qui le faisait hurler.

– QUE FAIS-TU DANS CET ACCOUTREMENT ?

Domovoï s'était toujours montré protecteur envers sa petite sœur, et le fait de la voir habillée comme une femme – maquillée et parée de ses plus beaux atouts, s'entend – lui laissait toujours imaginer ce que les hommes sur son passage pouvaient penser. Même si Juliet était à présent proche de la trentaine et qu'elle était, pour la sixième année consécutive, championne de catch international toutes catégories confondues… Mais Butler se fichait pas mal de son âge ou de ses titres – aussi prestigieux soient-ils – car il savait que le monde était empli d'hommes très mal intentionnés, et surtout qu'il était incapable de la protéger, ce qui le rendait malade. Tout cela, bien sûr, parce que monsieur Artemis Fowl deuxième du nom l'avait relégué du rang de garde-du-corps au statut de simple majordome, tout juste bon à lui apporter son petit-déjeuner au lit. D'ailleurs, le seul homme qu'il acceptait de voir approcher sa sœur était bien Artemis, et il était inutile de se demander pourquoi. De toute manière Domovoï refusait de se lancer dans une réflexion sur les relations qu'Artemis pouvait entretenir avec les femmes, car il aurait d'abord fallut qu'il se convainque que l'adage préféré de son protégé, à savoir tuer tout ce qui bougeait, ne s'appliquait pas à la gent féminine. Un exercice des plus ardus, étant donné que cette dernière représentait tout de même la moitié de la population mondiale.

Finalement, Butler réussit à reprendre son calme. Il haussa même les sourcils, une attitude qu'aurait probablement eut son jeune maître dans pareille situation.

– À présent j'exige des explications, marmonna-t-il devant le sourire radieux de Juliet. Je croyais que tu avais quelque chose d'important à faire pour A… ton principal.

Il ne s'étranglait plus sur le mot, à présent. Il était habitué.

– C'est le cas, s'exclama la jeune femme en faisant un tour sur elle-même, les mains sur les hanches. Alors, qu'en penses-tu ?

– Je vais essayer de ne pas dire tout haut ce à quoi je pense quand je songe à ce qu'Artemis aurait pu te demander… si tant est que l'argent n'ait pas été son seul souci. Juliet…

– D'accord, d'accord, le coupa sa sœur avec un air mi-figue mi-raisin. Je n'en ai peut-être pas l'air, mais je me prépare à assurer mon rôle de garde du corps.

Elle fit quelques pas dans sa chambre et se regarda dans son miroir sous tous les angles. Comme elle n'enchaînait pas, Domovoï la relança :

– Depuis quand ton rôle consiste-t-il à défiler sur les podiums ?

– Sérieusement Dom, imagines-tu ne serait-ce qu'une seconde Artemis à un défilé de mode ? Non, nous nous rendons à un bal.

– Je n'imagine Artemis ni à un défilé, ni à un bal, marmonna le majordome sur un ton agacé.

– C'est un bal masqué, précisa Juliet comme si cela avait une importance capitale.

– Encore moins à un bal masqué.

– Dom !

– Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ?

– Tu penses bien que si Artemis se rend à un bal, masqué de surcroît, ce n'est pas par plaisir. Il s'agit d'un rendez-vous d'affaire.

– Son client doit être très extravagant, commenta Butler en songeant qu'il était soulagé qu'une telle rencontre ne se soit pas déroulé du temps où il officiait encore comme garde du corps.

Une foule de gens masqués… dieu seul savait toutes les menaces que cela représentait ! S'il n'avait pas conscience des capacités de sa sœur, il aurait probablement eu un infarctus rien qu'en imaginant toutes les mesures qu'elle devait prendre. Juliet afficha une moue perplexe.

– Hum… un peu, murmura-t-elle en réajustant les bretelles de sa longue robe rouge.

Elle lui allait à merveille car, non contente de faire ressortir sa chevelure blonde, elle mettait en valeur ses yeux verts. En souriant à l'intention de son frère, elle accrocha son anneau de jade en haut de sa queue de cheval. Si l'occasion se présentait, elle l'aurait à portée de main en un clin d'œil. Mais elle ne voulait pas qu'il soit trop voyant. La discrétion était importante chez un garde du corps. Surtout chez celui d'Artemis Fowl, songea-t-elle. Et elle n'avait pas envie que sa notoriété en tant que Princesse de Jade refasse surface au milieu de dangers potentiels.

– De qui s'agit-il ? questionna Butler sur le ton de la conversation.

Juliet sourit. Ils savaient tous deux qu'elle n'en parlerait pas. C'est d'ailleurs ce qu'elle lui dit, avant qu'il ne fasse la grimace et n'ajoute :

– Ordre d'Artemis. Je sais.

– N'en t'en fais pas, Dom. Tu as l'air de penser que tu es as-been, mais c'est faux. Artemis compte encore sur toi pour beaucoup de choses…

– Faire couler son bain… Préparer ses repas quand il n'est pas au restaurant avec un client… Ranger ses papiers… Ah non, cela il s'en occupe lui-même… Tondre la pelouse ? Non, c'est vrai que nous avons un jardinier…

– Tu sais très bien ce que je veux dire, Dom. Je parlais de choses moins… substantielles.

– Il ne se confie pas à moi, si c'est ce que tu crois, lâcha le majordome sur un ton plus rude qu'il ne l'avait voulu.

Il se détourna pour cacher son embarras et demanda :

– Quand a-t-il lieu, ce fameux bal ?

– Demain soir, sourit Juliet.

Elle se rapprocha de son frère et lui prit la main.

– Je ne sais pas si ça peux te consoler… mais tu restes mon modèle, Dom. Comme garde du corps, on n'a jamais fait mieux.

– Si, toi, sourit l'Eurasien. Et tu as intérêt à le prouver demain soir.

Il prit sa sœur dans ses bras et songea une nouvelle fois à l'effet qu'elle risquerait de provoquer en arrivant au bal. Au bras d'Artemis. Cette pensée le réconforta. Non, il n'avait pas de souci à se faire pour elle. Même s'il en serait inconscient, Artemis ferait fuir les prétendants de manière radicale. Comme quoi… Juliet avait elle aussi un garde du corps personnel.

*

AÉROPORT DE DUBLIN, IRLANDE.

– Tâchez de ne pas avoir l'air d'un tueur à gages de la mafia, Butler, marmonna Artemis.

– Tâchez de ne pas avoir l'air d'un adolescent psychopathe, rétorqua l'intéressé.

– Je vous demande pardon ?

Le garde du corps leva les yeux au ciel devant l'air courroucé de son principal.

– Comportez-vous le plus normalement possible, Artemis, et je ferai de même. Le temps que nous passions ces détecteurs de métaux…

– Depuis quand les détecteurs de métaux se trouvent-ils avant le terminal ? En règle générale, ils ne sont que…

– Oubliez les règles générales, Artemis. Passez devant, je vous rejoins.

– Butler ? Que… ?

Artemis avait étudié toutes les informations que le Peuple lui avait fournies. Fidèle à son esprit de génie, il avait préparé le terrain, envisagé des dizaines de cas possibles suivant les situations qui se présenteraient à eux. Mais cela ne l'empêchait pas d'être nerveux. Aussi, quand il vit Butler s'éloigner, il ne comprit pas tout de suite qu'il cherchait à se débarrasser des armes qu'il portait sur lui. Mais après tout, les détecteurs de métaux de l'aéroport n'avaient pas été l'objet principal de l'étude de son brillant cerveau. Ni l'arrivée dans un avion britannique, en plein ciel. Fort heureusement, son accent irlandais – sur lequel il avait insisté en s'adressant aux hôtesses – ainsi que plusieurs sièges libres au fond de l'oiseau de métal leur avait permis, à Butler et à lui, de passer à peu près incognito. Même s'il n'avait cessé de grommeler contre le confort lamentable de la classe économique, et le talent tout aussi pitoyable du sorcier Qwan.

Quelques minutes plus tard, Butler revint près de lui. Artemis, qui détestait perdre le contrôle d'une situation, lui demanda immédiatement ce qu'il avait fait de son matériel.

– Je l'ai glissé entre les affaires d'un groupe d'hommes d'affaire, déclara le garde du corps sur un ton impavide.

– Voilà pourquoi je ne voyage que par jet privé, commenta Artemis en lui jetant un regard exaspéré.

– Venez, dépêchons-nous. Nous avons encore la frontière à passer.

Artemis soupira. Fort heureusement, il était devenu expert en falsification de passeports, auquel cas son identité et celle de Butler auraient pu poser problème. La chance semblait même de leur côté, car au moment où ils présentaient tous deux leurs papiers à deux policiers différents, un cri retentit dans leur dos. Le signe que les armes de Butler avaient été découvertes. À peine Artemis et son garde du corps eurent-ils mis les pieds dans le terminal, que la sécurité leur ordonnait d'évacuer les lieux.

– Eh bien, comme entrée en scène on fait mieux, commenta l'Eurasien en poussant discrètement son principal devant lui afin de le protéger de la foule de voyageurs qui couraient en tous sens.

– Bienvenue au pays, déclara le jeune Irlandais.

Il se permit un sourire de vampire, apparemment certain d'avoir fait une bonne plaisanterie.

*

Leur plan était le suivant : Ils devaient se rendre dans le seul endroit qu'ils étaient sûrs de trouver inchangé, ou presque. Le Manoir des Fowl. Artemis retint un grommellement et s'assit sur la banquette arrière et miteuse de ce qui leur servait de moyen de transport. Après la classe économique, le taxi ! Voilà qui promettait. Alors que Butler s'intéressait très sérieusement aux différences que l'automobile présentait avec celles qu'ils connaissaient dix ans plus tôt, l'adolescent au teint pâle préférait se concentrer sur ses objectifs. Premièrement, ne pas salir son costume Armani, dont il doutait que la coupe soit encore à la mode. Deuxièmement donc, trouver quelque chose de plus convenable à enfiler et, troisièmement, juger de la situation au manoir le plus précisément possible, le tout sans se faire repérer. Butler lui avait confié ses doutes quand à la façon de pénétrer sur la propriété. « D'après la description qu'en a fait Foaly, j'imagine que votre double du futur doit se montrer maniaque, voire légèrement paranoïaque. Il aura probablement amélioré le système de surveillance au cours des années.

– Je n'en doute pas », avait convenu Artemis. « Nous aviserons sur place. » Cette remarque avait surpris le garde du corps, qui savait que son protégé aimait plus que tout planifier les choses à l'avance. Il avait donc supposé que le petit génie avait un plan derrière la tête, et il n'avait pas tort.

Lorsque le taxi s'arrêta près du terminal des Fées de Tara, l'Eurasien s'empressa de régler la note – heureusement la monnaie était restée la même – avant de rejoindre son principal.

– Ne devions-nous pas retrouver le Peuple dans une semaine ? Auriez-vous l'intention de les contacter de suite ? s'étonna-t-il.

Connaissant Artemis, il avait imaginé que son plan n'inclurait les forces armées des fées qu'en dernier recours. Il sut que ses suppositions étaient fondées lorsque l'adolescent lui adressa un bref sourire.

– Qu'avez-vous en tête, Artemis ?

– Rien que de très prévisible, répondit l'Irlandais en comptant quatorze pas depuis une immense pierre ancrée dans le sol.

Il savait que les environs étaient sacrés pour les Fées, et qu'elles n'avaient pu y toucher en dix ans – sauf pour y planter un gland. De même que les humains. D'ailleurs les documents de Foaly mentionnaient que Fowl Industries avait racheté le terrain entourant le terminal sur plusieurs kilomètres quelques années plus tôt. Plus tard. Enfin, vous avez saisi. Il était donc impossible que quelqu'un l'ait creusé, en-dehors d'Artemis qui avait ordonné aux FAR d'y placer une capsule temporelle. Butler s'arrêta à quelques pas derrière le garçon et le considéra d'un œil presque neuf. Artemis était-il en train de creuser le sol à mains nues ? Mais l'objet ne devait pas être enterré très profond car l'Irlandais l'en sortit au moment où il le rejoignait.

– Qu'est-ce que c'est ?

– Une capsule temporelle, vieux frère.

– Celle que vous aviez enterrée dans le jardin était moins… petite, fit remarquer l'Eurasien.

– Certes. Mais vous aviez une pelle pour le faire, alors. Aujourd'hui…

Il soupira :

– Imaginez que nous ayons été séparés durant le voyage temporel ?

Butler s'apprêtait à le rassurer sur ce point, mais le petit génie enchaîna :

– Je n'aurais pas apprécié de creuser la terre seul, à mains nues et sans une pelle.

Le garde du corps ravala ses mots, mais Artemis sembla les deviner et lui adressa un regard compatissant, suivit d'une tape sur l'épaule – un geste qu'il ne s'était que rarement permis.

– Allons, vieux frère… si cela peut vous rassurer, j'étais sûr à 95% que notre arrivée se déroulerait sans encombres. L'avion mis à part, bien sûr, ajouta-t-il songeur.

Butler leva les yeux au ciel, ce qui fit office de réponse. Ils se tournèrent ensuite vers la capsule. Elle tenait facilement dans la paume d'Artemis, et elle aurait probablement disparu dans l'étau qui servait de main à l'Eurasien.

– Bien, à présent direction le manoir. Il devrait être moins difficile de supporter l'habitacle et le conducteur du taxi, à présent.

L'adolescent se permit un bref sourire. Pour l'instant, tout se déroulait comme prévu. Dans les grandes lignes, disons.

– Le taxi ? répéta lentement Butler.

Le sourire d'Artemis se figea.

*

Quelques heures plus tard, Butler et lui se tenaient enfin devant l'enceinte du manoir. S'il n'avait pas été soudainement absorbé par la plaquette de métal qui annonçait « Manoir Fowl » en grosses lettres dorées, le jeune Irandais aurait probablement continué à se plaindre contre la majordome et garde du corps qui avait renvoyé le taxi trop tôt, contre son téléphone portable qui était apparemment trop ancien pour capter un seul réseau valable et contre les taxis en général, trop lents, trop vieux et trop sales. Mais surtout trop lents. Impressionné par le silence de son principal, Butler osa à peine murmurer :

– Artemis ?

– La plaque, Butler, dit-il en réponse à sa question muette. Regardez.

Butler plissa les yeux.

– Je ne vois rien d'anormal… Oh !

– Oui, Butler. Oh, comme vous dites, grinça l'adolescent.

Il n'y avait pas que la calligraphie qui ait changé. Les mots n'étaient pas les mêmes. Jadis, il y avait eu un "des" entre les mots "manoir" et "Fowl". De plus, la devise de la famille soulignait le nom du domaine. Aurum potestas est. L'or, c'est le pouvoir. Une devise que le père d'Artemis, Artemis Senior, avait pourtant laissée de côté après son accident, en redéfinissant ses priorités. Apparemment, son héritier avait décidé de revenir aux sources.

– Je ne suis pas sûr de comprendre cette différence, avança Butler, mal à l'aise.

Après tout, ce n'était qu'un mot. Mais pas seulement. Artemis resta silencieux quelques instants, avant de murmurer :

– Je pense qu'elle signifie beaucoup. Pourquoi "Manoir Fowl" et plus "Manoir des Fowl", à votre avis ?

Le garde du corps resta silencieux un long moment. Par souci d'économie ? Non, c'était stupide. La plaque était en or, tout de même. Une sombre pensée s'imposa alors à lui, telle une révélation. Trop effrayé par ce qu'elle signifiait, il voulut la chasser, mais sans succès. Ce nom désignait la demeure et les gens qu'elle renfermait… Se pouvait-il qu'il n'y ait plus "des" Fowl dans le manoir, mais un seul ?

– Butler, murmura Artemis, pensez-vous que je sois le dernier des Fowl ?

*

– Mademoiselle, un appel pour vous.

– J'arrive. Beau, reste ici s'il te plaît, j'ai besoin de ton avis.

Un adolescent blond passa la tête par l'embrasure de la porte.

– Je soutiens que c'est une très mauvaise idée, dit-il sur le ton du maintes-fois répété.

Sa sœur ne l'écouta pas et se faufila à l'extérieur.

– Dis moi celle que tu préfères, Bobo. Et souviens-toi : Je veux un avis concis, juste et sincère.

Le jeune homme soupira mais obéit, tandis que son aînée descendait les marches d'un pas léger pour attraper le combiné.

– Minerva Paradizo, j'écoute ?

Un bref silence se fit à l'autre bout de la ligne, suivit d'un :

– Artemis Fowl à l'appareil.

Minerva sourit à part elle, satisfaite que le génie irlandais ne puisse pas deviner son expression.

– Tiens donc, reprit-elle sur le ton hautain qu'elle lui réservait, j'aurais dû m'en douter. Tant de cérémonies de votre part…

– Et j'aurais dû me douter que tu mettrais autant de temps à répondre. Tant d'archaïsme de ta part…

– Archaïsme ? Les combinés sans fil ont moins de classe, voilà tout, argua la jeune femme sur un ton suffisant.

– Evidemment, murmura la voix basse de son interlocuteur. La classe et toi…

– Depuis quand nous tutoyons-nous, monsieur Fowl ?

Cette fois-ci, la froideur de sa voix n'avait plus rien de feint. Elle compta les secondes qui passèrent – deux à dire vrai – certaine qu'elle aurait pu entendre tourner les rouages de l'esprit de l'héritier irlandais.

– Depuis que tu nuis à mes affaires.

Minerva sourit, voyant là une très bonne occasion de déstabiliser le génie :

– Oh, et depuis quand une femme est-elle en mesure de se mettre en travers de la route du grand – elle insista bien sur l'adjectif – Artemis Fowl ?

Comme elle s'y attendait, il ne répondit pas. À ce petit jeu, elle était la plus forte à présent. C'était lassant, et elle regrettait presque l'époque où il avait eu plus de répondant. Mais apparemment, monsieur Fowl ne perdait plus son temps à jouer à cela avec elle.

– Je ne me répèterai pas Minerva, je ne veux plus te voir entre mes pattes Cesse ton petit jeu ou je me verrais forcé d'intervenir, murmura-t-il d'une traite.

– Tu ne me fais pas peur, Fowl.

– Je suis sérieux.

– Moi aussi.

Il raccrocha. Minerva resta quelques instants interdite, avant d'éclater de rire. Beau apparut dans l'escalier.

– Tout va bien ?

La jeune femme hocha la tête et reposa le combiné. Lui, alors ! Il se prétendait bien au-dessus de tout cela, lassé par son manège, mais il ne manquait pas une occasion de se venger, même si la vengeance était petite. Lui raccrocher au nez ! Elle dut retenir un nouvel éclat de rire, aux sonorités plus sadiques cette fois-ci. Comme elle regrettait qu'il ne sache pas ce qu'elle s'apprêtait à faire…

– Alors Bobo, ton avis ?

– La bleue, répondit son frère. Elle mettra tes yeux en valeur.

– Merci, sourit Minerva en plaquant le tissu contre elle afin de se regarder dans le miroir de sa chambre. Demain soir, je sors m'amuser.

Le jeune homme soupira :

– Jouer à ton jeu préféré, compléta-t-il. "Devancer Artemis Fowl", ou quelque chose comme ça… ?

Minerva sourit en constatant que son frère ne s'était pas trompé sur la robe. Ses yeux semblaient plus bleus qu'auparavant… à moins qu'il ne s'agisse de l'éclat espiègle qui y brillait ?

– Veux-tu être de la partie ? demanda-t-elle.

S'il était entré dans une colère sourde lorsqu'elle l'avait devancé sur sa précédente affaire, quelle serait la réaction d'Artemis lorsqu'il la verrait débarquer au bal au bras de son frère, et repartir à celui de son client, Emerick Wable ? Le jeune homme se contentait peut-être de vengeances simples et futiles, mais pour Minerva le mot avait une toute autre ampleur.

Son meilleur ennemi se rendrait au bal, et assister à sa réaction serait une satisfaction personnelle. Il ne pourrait rien faire en public. Pour un peu, Minerva se serait reproché que l'idée de cette soirée ne vînt pas d'elle.

Il y avait cependant autre chose que l'héritier Fowl ignorait. Qu'il serait doublement présent ce soir-là.

* * *

Hum… Bon d'accord, j'avoue… l'apparition d'Artemis-du-futur n'en était pas vraiment une xD *se fait lyncher* Je me rattraperai au prochain, ne vous inquiétez pas !

J'aime bien délirer dans mes fics mais je tiens à garder l'esprit de la série, donc je me retiens toujours d'insérer des commentaires personnels et je me venge en abusant sur l'ironie. Si vous trouvez que j'exagère n'hésitez pas à me le dire, je me calmerai… (si, si). En revanche j'ai failli craquer sur les titres des chapitres, mais je me suis dit que vous n'aimeriez pas un « On s'était dit rendez-vous dans dix ans » pour le deuxième et un « Au bal masqué ohé ohé » pour le troisième… xD Ce qui m'amène à parler du prochain chapitre !

Dans celui-ci il n'y avait pas beaucoup d'action, je m'en suis servie pour planter le décor du futur. Mais le prochain sera différent, et j'espère qu'il vous plaira^^ Vous l'avez compris, il parlera du bal. Evidemment tout en me concentrant sur l'action du récit, je n'oublierai pas de mentionner tout ce qui fait référence au fait que, OMG, Artemis sera doublement présent à un bal *appelle le Livre des records* x]

Les reviews, ça fait beaucoup plaisir.

Merci à tous (euh… toutes xD) pour vos reviews ! =3 Je suis contente que le début de ma fic vous plaise, et je prends en compte toutes vos remarques pour la suite^^

nagrume : Merci^^ Je compte bien donner une fin à ma fic, d'ailleurs j'ai quelques idées, mais surtout les grandes lignes. Je sais que je n'ai pas un rythme de postage très régulier u_u" mais je n'abandonne jamais une histoire en court de route, même si ça peut prendre (beaucoup) de temps

aurélili38 : On dirait bien qu'on a le même prénom xD Merci^^

ootoo : AH ! La grippe A ! *court se planquer* xD J'y avais pas pensé, mais en fait c'est logique (non je rigole, pas drôle). Je n'ai pas encore réfléchi très sérieusement à ce virus (en-dehors de son effet à long terme, à savoir la mort) mais j'en parlerai prochainement ne vous inquiétez pas (et n'oubliez pas de vous laver les mains ! =D)

Hum, concernant le reste… Mdr *imagine Artemis en rappeur* Je vois tout à fait ce que tu veux dire ^^' Personnellement je n'ai rien contre ce genre de fics, mais je préfère nettement celles qui conservent un minimum l'univers de l'auteur, donc… je suis désolée pour les adeptes, mais je n'enverrai pas Holly chez le chirurgien plast… élastique. Déjà, il faudrait qu'elle survive (moua ha) XD

Bon voilà, donc en résumé je m'excuse d'avance si la suite peut prendre du temps, mais je suis souvent en retard de ce côté-là donc je ne peux pas vous garantir un rythme régulier. Malgré tout abandonner définitivement une fic ne me viendrait même pas à l'esprit, donc rassurez-vous il y aura bien une fin. Quand je l'aurais trouvée xD

Quant au tome 6, comme me l'ont fait remarquer nagrume et ootoo… effectivement, c'est très inspiré de tout ça. Quand j'ai lu le tome j'ai été un peu déçue du face-à-face Artemis/Artemis, et je me suis dit que le faire voyager dans le futur aurait pu être pas mal aussi… et donc me voilà xD

Bon, je vais m'arrêter là pour les commentaires, sinon ils vont finir par être plus longs que le chapitre… u_u"

Encore merci pour vos reviews et à bientôt ! \o/