A/N : Joyeuses Pâques si vous célébrez ça, et sinon, joyeuse journée pendant laquelle le monde nous encourage à manger du chocolat !

(et désolée du retard)

Résumé du chapitre précédent :

Soirée d'anniversaire de Draco. Harry et Andromeda arrive, font sensation, offrent leurs cadeaux au birthday boy (broches des Black et livre de Potion de Severus). Théo et Blaise taquinent Draco sur sa relation à Harry. Après une première danse, Harry fuit en embarquant Draco pour aller voir Teddy. Ils discutent, mettent plusieurs choses au point, et décident de tenter d'être amis.


Après une dizaine de secondes d'un silence médusé, Draco toussa d'un air gêné et indiqua leurs mains, que le Griffondor avait maintenues liées.

- Oh, désolé, s'excusa Harry en riant.

Draco secoua la tête pour signaler qu'il n'y accordait pas d'importance. En revanche, un sourire nettement plus amusé étira ses lèvres, teinté d'une pointe de malice.

- J'ai hâte de voir comment tu vas expliquer ça à Weasley et Granger.

Harry grimaça, et alla s'asseoir dans le canapé sans accorder la moindre importance au froissement inévitable de son costume. Il passa une main dans ses cheveux en soupirant, tout en essayant d'imaginer la réaction de ses meilleurs amis.

- Ron est déjà énervé contre moi en ce moment, soupira Harry. J'imagine que ça ne changera pas grand-chose.

- Weasley est énervé ? Quelle surprise, ironisa le Serpentard.

Il s'assit à son tour, mais en faisant bien plus attention aux plis des tissus. Harry hésita un instant, mais prit sa décision. Si Draco et lui étaient amis, il pouvait lui expliquer quelques détails sur ce qui se passait entre lui et ses meilleurs amis. Sans aller jusqu'à déballer toute la vie privée de Ron et Hermione, le Griffondor pouvait lui donner les informations majeures.

- Il m'en veut de ne pas essayer de convaincre Hermione de lui donner une chance.

L'héritier Malfoy se remémora quelques articles de la Gazette, et leva les yeux au ciel. Granger pouvait être insupportable dans son genre, mais même elle ne méritait pas de finir avec quelqu'un comme Weasley.

- Loin de moi l'idée de me mêler des affaires sentimentales des Griffondors, commença Draco d'un ton sarcastique, mais je vois mal Granger être séduite par des insultes publiées dans la presse.

- Je sais, soupira Harry. Mais Ron peut être assez obstiné quand il s'y met.

- J'aurais dit stupidement buté, rectifia Draco. Mais j'imagine que je suis censé rester poli envers tes amis, maintenant ?

- J'apprécierais l'effort, répliqua Harry en réfrénant un sourire. Mais comme je ne peux pas garantir que je me comporterai en parfait gentleman en présence de Parkinson, j'imagine qu'on peut trouver un compromis.

- Ça me semble acceptable.

Ils se regardèrent un instant, puis Harry se mit à rire et Draco sut que son propre amusement se lisait sur son visage. Ne pas avoir à verrouiller la moindre de ses émotions en présence de quelqu'un était plus reposant qu'il ne l'aurait cru. Lorsque Draco reprit la parole, ce fut avec une pointe de curiosité.

- Où a disparu Granger, au fait ?

- Mmh ? fit Harry. Oh, elle est en Australie. Elle cherche ses parents, ajouta-t-il en voyant l'air confus de son interlocuteur.

- Elle ne pouvait pas juste leur envoyer un hibou ? demanda le Serpentard avec une perplexité évidente.

Harry hésita pour la première fois. Il s'agissait d'informations qui n'avaient pas encore été révélées au grand public, et il ne savait pas si Hermione accepterait qu'il en parle à quelqu'un d'autre. Draco sembla remarquer son trouble, et fit machine arrière.

- Si c'est indiscret-

- Pas vraiment, le coupa Harry. Je ne sais juste pas si elle serait d'accord pour que j'en parle. Mais je pense... j'imagine que ça ne la dérangerait pas trop. En fait, c'est presque surprenant que Ron ne l'ait pas encore évoqué dans la Gazette.

Le Serpentard se tourna vers son interlocuteur et haussa un sourcil, une indication silencieuse qu'il avait son attention. Harry soupira, et renversa la tête en arrière. Machinalement, il défit le bouton du col de sa chemise pour être plus à l'aise.

- Les parents d'Hermione sont des moldus, rappela Harry. Ça en faisait des cibles faciles pendant la guerre, alors avant mon anniversaire l'été dernier, elle les a...

Le brun inspira à fond, conscient une fois de plus du sacrifice immense que sa meilleure amie avait dû faire. Harry déglutit, et fixa le plafond en achevant son explication.

- Elle a effacé leur mémoire pour qu'ils oublient son existence, et elle les a persuadés que leur rêve était d'aller vivre en Australie.

Draco sut que son visage était exempt de la moindre émotion quand le Griffondor acheva sa phrase. Il se trouva incapable de donner un sens concret aux paroles de Harry. Lorsqu'il y parvint, une émotion qu'il n'avait que rarement éprouvé envers Granger jusque-là se fraya un chemin dans son esprit. Le respect.

Autant pour le sacrifice émotionnel immense auquel elle avait consenti pour protéger sa famille, que pour la prouesse magique que le sort avait dû représenter. La mémoire était une chose délicate, et effacer toute trace de son existence dans celle de ses parents sans endommager leur esprit était un exploit dont peu de sorciers auraient été capables.

- Et maintenant, réalisa Draco à voix haute, elle veut les retrouver pour leur rendre la mémoire.

Harry se contenta de hocher la tête, et Draco poursuivit avec plus d'inquiétude dans la voix qu'il n'aurait aimé en laisser passer.

- Elle sait comment s'y prendre pour ne pas briser leur esprit au passage ?

- Connaissant Hermione, elle a dû écumer la bibliothèque de Poudlard avant de partir, répondit Harry avec un sourire nerveux.

L'héritier Malfoy réfléchir un instant. Il avait lui-même une assez bonne connaissance de la bibliothèque en question, mais n'était pas certain que les sortilèges liés à la mémoire décrits dans les manuels de cours soient suffisants dans un cas aussi extrême.

- Si jamais... commença-t-il en espérant ne pas regretter ce qu'il s'apprêtait à dire.

Le Griffondor tourna son regard vers lui avec un mélange de curiosité et de questionnement. Draco soupira. Il était ami avec Harry depuis dix minutes et il en était déjà à proposer son soutien à Granger. À croire que le héros de Griffondor était entouré d'un Charme qui poussait les gens à l'aider. Il tourna ses yeux vers le mur le plus proche et s'efforça de parler d'un ton détaché.

- Il y a un certain nombre d'ouvrages dans la bibliothèque de ma famille qui ne font pas partie de la collection disponible à Poudlard, déclara-t-il. Dans le lot, il doit y en avoir quelques-uns spécialisés dans les techniques de guérison. Je suppose que je pourrais regarder s'il y en a un qui mentionne des sorts qui affectent la mémoire. Juste au cas où.

Du coin de l'oeil, il trouva le moyen de voir que Harry s'était immobilisé, mâchoire décrochée et expression ahurie. Le spectacle aurait été risible si Draco n'était pas aussi embarrassé à l'idée d'avoir suggéré l'utilisation des archives de sa famille pour aider une Né-Moldue. Il allait devoir s'assurer que son père n'en entendrait pas parler.

- Tu ferais ça pour elle ? s'exclama Harry avec un air abasourdi.

Draco détourna le regard, et se mit à observer le berceau de son petit-cousin pour éviter de croiser les yeux de son ex-rival. Son expression de pure surprise était si honnête que Draco avait du mal à ne pas se sentir gêné. Le Serpentard s'assura de conserver un air impassible avant de répondre, tout en restant aussi honnête qu'il pouvait se le permettre.

- Je ferais ça pour toi, précisa-t-il.

- Draco ?

Le sorcier blond finit par se tourner vers son interlocuteur, et le semblant de maîtrise de lui-même qu'il avait parvenu à maintenir jusque-là vola en éclat.

Harry s'était rapproché de lui. Vraiment rapproché. Au point que Draco puisse remarquer les détails de sa cicatrice cachée sous ses mèches brunes, ou les petites taches dorées perdues au milieu du vert de ses prunelles. Les yeux uniques du Griffondor avaient accroché les siens, et débordaient de reconnaissance sincère. Une émotion que Draco n'avait jamais vue dirigée vers lui, encore moins aussi vibrante d'intensité. Les mains de Harry s'étaient refermées autour de celle qu'il avait laissée sur le canapé, et il eut l'impression d'être soudainement enveloppé par la chaleur qui émanait du Griffondor.

Draco sentit sa respiration s'interrompre et ses battements de coeur s'affoler.

Heureusement pour lui, Harry ne sembla pas remarquer son trouble.

- Merci.

Le Prince de Glace se trouva à cours de mots pendant un instant, avant que les années de réflexes lui permettent de trouver une réponse adéquate.

- Je t'en prie.

L'expression d'Harry se mua en un sourire chaleureux, encore une fois débordant de sincérité. Il ne s'éloigna pas, et l'air entre se chargea d'une légère tension que ni l'un ni l'autre ne savait comment aborder.

Un bruit résonna dans la pièce avec l'effet un coup de tonnerre sur les deux sorciers, qui s'écartèrent immédiatement l'un de l'autre en essayant de calmer leur rythme cardiaque.

- Dame Narcissa demande quand Maîtres Harry et Draco reviendront dans la salle de réception, annonça Kreattur.

- Dis-lui que nous descendons, répondit Draco.

Gérer la demande de sa mère et l'apparition inattendue d'un elfe de maison était nettement plus simple que réfléchir à ce qui venait de se passer entre Harry et lui.

Draco consacra toutes ses capacités de réflexion au déroulement du reste de la soirée pendant qu'il se levait, répertoriant un par un les invités qui se trouvaient dans la salle et ceux qu'il devait prendre le temps de saluer. Il vérifia les plis impeccables de sa tenue en tournant le dos à Harry, autant pour le laisser se préparer de son côté que pour regagner le contrôle de ses émotions.

Le retour vers la salle se fit dans un silence complet.

Lorsqu'ils revinrent, ils furent accueillis par Lucius et Narcissa avant que quiconque d'autre ait la possibilité de remarquer leur présence.

- C'était à croire qu'on ne vous reverrait plus, leur reprocha gentiment Narcissa.

Draco resta tendu. Sa mère avait un éclat amusé dans les yeux, ce qui signifiait qu'elle ne leur en voulait pas vraiment d'avoir fui. En revanche, son père fronçait les sourcils et son visage était plus fermé que d'habitude.

- Harry s'inquiétait pour son filleul, mère, expliqua Draco avec un sourire poli. Je n'allais pas le laisser seul dans le manoir.

- Nous avons des elfes de maison pour ce genre de tâches, intervint Lucius.

Son ton poli mais froid alerta Draco. Son père paraissait contrarié, et la seule personne sur qui il pouvait passer sa contrariété à l'heure actuelle était Harry. Draco sentit sa mâchoire se crisper et jeta un coup d'oeil vers le Griffondor, qui semblait étrangement calme. Harry afficha même un sourire poli avant de répondre en regardant son père droit dans les yeux.

- Mes excuses pour avoir retenu votre fils aussi longtemps, Lord Malfoy, déclara le Griffondor. Il a tenu à se comporter en hôte exemplaire en restant avec moi pendant que je m'occupais de Teddy.

- Il me semblait qu'un elfe avait accompagné ma belle-soeur pour s'occuper des besoins de son petit-fils, insista Lucius.

- C'est le cas, répliqua Harry sans ciller.

- Dans ce cas, pourquoi vous être déplacé ? contra l'aristocrate.

- Parce que la guerre est finie depuis à peine un mois et que j'ai perdu suffisamment d'être chers pour que même une armée d'elfes de maison ne suffise pas à me rassurer quand mon filleul se retrouve sans Andromeda ou moi pour veiller sur lui, répondit le Griffondor sans marquer la moindre pause.

Sa voix avait été nettement moins contrôlée et une flamme protectrice brûlait dans ses yeux. Draco se sentit impressionné. Peu de personnes osaient parler à son père sur ce ton, même après sa condamnation.

Lucius haussa partiellement un sourcil devant la réponse flamboyante, puis sembla jauger son interlocuteur pendant un instant avant de prendre sa décision.

- Je suppose que votre inquiétude est compréhensible, murmura-t-il. Sachez toutefois que votre filleul est en sécurité dans ma demeure, ajouta-t-il plus haut.

Harry se contenta de hocher la tête sans un mot, mais son expression s'adoucit.

- Bien, intervint Narcissa. Profitez du reste de la soirée, tous les deux. Draco, je crois que tes amis t'attendent près des petit-fours au saumon.

Sachant reconnaître une porte de sortie quand il en voyait une, l'héritier Malfoy hocha la tête et entraîna Harry vers la partie désignée du buffet. Ses parents se dirigèrent vers un groupe de cinquantenaires grisonnants, probablement des partenaires commerciaux ou des membres influents du Ministère.

Lorsque les deux sorciers arrivèrent dans la partie la plus reculée du buffet, ils tombèrent sur Blaise et Théodore. Les deux Serpentards étaient très occupés à se cacher derrière une colonne en tentant de conserver un air nonchalant.

- Tiens tiens, regardez qui daigne réapparaître, lança Blaise en reconnaissant les deux sorciers.

- Potter, salua Nott sans bouger.

Draco soupira et se retint de lever les yeux au ciel. Les présentations étaient superflues après six ans passés dans la même école, mais sur le principe, il ne pouvait pas décemment les ignorer.

- Harry, fit-il en ignorant les regards surpris des Serpentards, Zabini et Nott. En théorie, ce sont les deux invités les plus supportables de cette soirée.

Harry hocha la tête, clairement sur ses gardes en attendant de voir l'attitude des deux sorciers. Blaise siffla, surpris par un détail, puis regarda le Griffondor avec une expression curieuse et amusée.

- Potter, il y a moyen de négocier pour savoir ce que tu as comme info sur Dray pour qu'il t'appelle par ton prénom ?

- Dray ? répéta Harry en se tournant vers Draco.

Cette fois-ci, le sorcier blond leva les yeux au ciel pour de bon.

- Ignore-le.

- J'ai pris l'habitude pour le forcer à m'appeler par mon prénom de temps en temps et ça commence à donner des résultats, expliqua le sorcier d'origine italienne avec un air machiavélique.

- Principalement quand Draco veut faire comprendre à Pansy qu'elle devrait arrêter avec les surnoms ridicules qu'elle lui donne, précisa Théodore avec un sourire en coin.

Harry se mit à rire en voyant l'expression indignée de Blaise face à l'intervention de son ami et l'attitude dédaigneuse de Draco. L'atmosphère se détendit entre les quatre sorciers, qui relâchèrent tous leur méfiance instinctive. Théodore décroisa les bras, Blaise sourit un peu plus largement, et les épaules de Draco s'abaissèrent. Quand le Griffondor retrouva son calme, il adressa un sourire complice à l'italien.

- Désolé, ce genre d'information est classé confidentiel.

- Dans le sens secret de guerre ou dans le sens seuls les Griffondors auront l'information ? releva Théodore.

- Nott, les Griffondors sont incapables de garder un secret plus de deux minutes, fit Draco.

Il n'eut pas le temps de regretter la réplique légèrement déplacée qu'Harry faisait une grimace en passant sa main dans les cheveux.

- J'aimerais vraiment pouvoir contredire ça, fit-il avec une étincelle embarrassée dans le regard, mais Lavande Brown est à Griffondor, donc...

- Donc je dois en déduire que Draco a fait quelque chose d'atroce pendant la guerre et qu'il achète ton silence en t'appelant par ton prénom, résuma Blaise.

Il hocha la tête quelques fois d'un air concentré et soupçonneux, puis se mit à rire.

- On dirait une prédiction de Trelawney ! s'esclaffa-t-il. Sérieusement Potter, c'est quoi ton truc ?

- Vous devriez poser la question directement au concerné. Pas vrai Draco ? suggéra-t-il avec un sourire innocent.

Le Prince de Glace haussa un sourcil, et ignora l'air choqué de ses deux camarades de maison lorsque le Griffondor l'appela par son prénom. Un sourire ironique se dessina sur ses lèvres, et il répondit de façon nonchalante.

- Je pense qu'ils seraient plus intéressés par l'identité d'un certain Griffondor qui les a jetés en pâture à une horde de débutantes.

Simultanément, Harry grommela quelque chose à propos de trahison fourbe, Théodore écarquilla les yeux et Blaise eut une expression ahurie.

- Apparemment, poursuivit Draco d'un air étudié, le Sauveur du Monde Sorcier n'apprécie pas qu'on se moque de lui pendant qu'il se débat au milieu d'une foule d'admirateurs.

- Potter ? C'est toi qui nous a envoyé la horde de froufrous ? fit Blaise en demandant une confirmation.

Harry haussa les épaules, mais laissa un petit sourire revanchard étirer son visage en guise de réponse.

- Sans vouloir être vexant, avança Théodore, je pensais que les Griffondors avaient un sens de la justice plus équitable. Se venger de seulement deux personnes sur trois, c'est assez injuste.

- J'avais besoin de Draco pour m'échapper, répliqua Harry en souriant. Je trouverai un moyen de le lui faire regretter plus tard, ajouta-t-il avec une lueur dangereuse dans le regard.

- Et avec ce genre de raisonnement, le Choixpeau t'a envoyé à Griffondor ? s'amusa Blaise.

- Quand je pense que les Serpentards se plaignent des préjugés qu'on a sur eux, répliqua Harry en levant les yeux au ciel. Il n'y a pas que des imbéciles à Griffondor.

- Disons plutôt qu'Harry est l'exception qui confirme la règle, trancha Draco avec un sourire arrogant.

- Dixit celui qui a fini derrière Hermione à tous les examens de Poudlard, contra le Golden Boy.

- Granger n'avait pas les entraînements de Quidditch en plus de ses révisions, répliqua le Serpentard. C'est la seule raison pour laquelle elle est parvenue à maintenir une avance somme toute négligeable.

- Oh évidemment, ironisa Harry, dans ce cas j'imagine que le fait qu'elle ait tout à apprendre du monde sorcier alors que tu es né dedans est complètement négligeable aussi ?

Blaise siffla de nouveau, impressionné par l'échange des deux vedettes de son année. Le plus étrange était sans doute de les voir échanger ce genre de répliques sans sentir d'animosité derrière. Ils avaient plus l'air d'être en train de jouer que de s'énerver. Blaise lança un coup d'oeil à Théodore, qui avait l'air aussi étonné que lui par le revirement de relation entre les deux leaders de leur génération. Théo haussa discrètement les épaules en secouant la tête, n'ayant aucune idée de ce qui avait bien pu se passer pour provoquer un tel changement.

En même temps qu'il écoutait distraitement Draco établir la liste détaillée de toutes les matières où il avait surpassé ou égalé la meilleure amie du Golden Boy de Griffondor, Blaise fronça les sourcils. Voir les deux rivaux légendaires de Poudlard interagir de la sorte était proche de l'inconcevable, mais il s'en dégageait une étrange impression de normalité. Comme s'ils avaient toujours été comme ça. Son intuition lui soufflait que le rapprochement entre ces deux-là était loin d'être fini.

- De toute façon, fit Blaise en revenant dans la conversation, il reste encore l'année qui vient, pas vrai ? J'ai entendu dire que McGonagall allait créer une huitième année à titre exceptionnel.

Son intervention mit fin à la joute verbale qui s'était instaurée entre Draco et Harry, et le Griffondor commença à expliquer ce qui s'était dit pendant la réunion des professeurs. Les trois Serpentards complétèrent avec ce qu'ils avaient comme informations par les contacts politiques de leurs familles. Au final, ils se retrouvèrent à discuter des cours, des options et des enseignants de l'école.

Lorsque Kreattur arriva pour prévenir Harry qu'Andromeda et Teddy allaient repartir, celui-ci eut l'air surpris.

- Déjà ?

- Il est pratiquement onze heures, fit remarquer Théodore.

Le Griffondor eut l'air encore plus étonné, puis soupira et sourit.

- Il vaut mieux que j'y aille.

- Potter, l'interpella Blaise avant qu'il s'éloigne.

Harry s'arrêta, et regarda le Serpentard d'un air étonné.

- C'était intéressant de discuter avec toi.

À côté de lui, Théodore hocha la tête dans une approbation silencieuse, mais son expression faciale était détendue.

- À refaire à l'occasion, alors, répondit Harry.

- Il vaudrait mieux, déclara Blaise en souriant d'un air machiavélique. Je veux toujours savoir comment tu as obtenu de Dray qu'il t'appelle par ton prénom.

Harry se contenta de rire, et leur fit un signe de la main. Son regard s'arrêta sur Draco, et son sourire s'élargit pour véhiculer un plus ample mélange d'émotions positives.

- Encore joyeux anniversaire, Draco.

- Encore merci d'être venu, Harry.

Une compréhension mutuelle passa entre eux, et Harry leur tourna le dos pour rejoindre Andromeda.

Blaise regarda son meilleur ami, qui observait le Golden Boy de Griffondor rejoindre l'aînée des soeurs Black. Draco ne lâcha pas le sorcier brun des yeux, et Blaise écarquilla soudainement les siens en réalisant ce qui se passait.

- Dray.

- Qu'est-ce qu'il y a, Zabini ? demanda le blond sans détourner le regard.

- Tu as un crush sur Potter.

Cette phrase lui valut de se retrouver sous le feu de deux prunelles dont la couleur avait viré au gris orage. À côté de Blaise, Théodore recula d'un pas.

- J'ai dû mal entendre, énonça distinctement l'héritier Malfoy.

- Tu as très bien entendu, Dray, répondit l'italien sans s'émouvoir. Je n'en reviens pas de ne pas l'avoir vu plus tôt, ajouta-t-il avec un sourire hilare.

- Je n'ai pas un crush sur Harry, réfuta le blond avec une grimace.

- Franchement, continua Blaise en ignorant son intervention, je ne sais même pas pourquoi ça me surprend. Il y a toujours eu un truc entre vous.

- Zabini, menaça Draco.

- Il faut admettre qu'il est très agréable à regarder, poursuivit-il comme s'il se parlait à lui-même. Étonnamment capable de suivre une discussion politique aussi, même si elle est juste liée à Poudlard.

Derrière lui, Théodore ne put s'empêcher de faire un petit hochement de tête pour marquer son accord sans trop se mettre en avant. Draco était en train de passer très légèrement au rose au niveau des joues, ce qui ne lui arrivait que lorsqu'il était furieux... ou extrêmement embarrassé. Au vu du regard qu'il lançait à Blaise, la première option était plus plausible.

- Zabini, déclara Draco avec des éclairs dans les yeux, je pense que tu devrais te taire.

- Oh ? Et pourquoi ça ?

- Parce qu'il me semble que ta mère n'est toujours pas au courant de ce qui s'est passé en quatrième année pendant le bal de Noël.

Blaise pâlit tout à coup, ce qui créa un étrange contraste sur sa peau ébène.

- On a passé un accord là-dessus !

- Et je suis certain de pouvoir trouver un ou deux défauts dans cet accord si jamais je décide d'en chercher.

L'italien le fusilla du regard pendant une seconde, puis soupira de façon dramatique et jeta l'éponge.

- Très bien. Mais quand tu reviendras vers moi pour des conseils, le prévint-il, je me délecterai d'un je te l'avais bien dit.

Draco ne daigna pas répondre, et allait se reconcentrer sur la salle quand cinq ou six sorcières en robes à volants envahirent son champ de vision en gloussant.

- Draco, je peux avoir une danse ?

- Monsieur Malfoy, puisque vous êtes libre...

- Je peux être votre partenaire pour la prochaine valse ?

L'héritier Malfoy se composa aussitôt une expression impassible, et ses yeux parcoururent le reste de la salle à la recherche de la seule personne qui avait pu les envoyer au bon endroit. Son regard se posa finalement sur Harry et Andromeda, qui avait Teddy dans les bras. Ils étaient en train de saluer ses parents, et même à cette distance, Draco put voir Harry le désigner d'un geste de main. Lucius et Narcissa tournèrent la tête pour regarder dans sa direction.

Pendant une fraction de seconde, Draco aurait pu jurer voir un semblant de sourire satisfait apparaître sur le visage de son père, mais ce fut tellement fugace qu'il ne pouvait pas en être certain.

En revanche, le clin d'oeil complice de Harry ne lui échappa pas, et il dut retenir un regard noir. Le Sauveur du Monde Sorcier avait une façon de mettre ses menaces à exécution qui ne lui plaisait pas du tout.

-o-oOo-o-

Le lendemain, Harry eut une matinée étonnamment tranquille. Il aurait juré que son apparition de la veille lui aurait déjà valu plusieurs Beuglantes, au moins de la part de Molly et Ron. La Gazette du Sorcier lui avait également consacré sa première page, pour la troisième fois de la semaine. Sa présence à la réception en l'honneur des dix-huit ans de l'héritier Malfoy avait fait grand bruit dans l'aristocratie britannique et européenne. D'après la presse, l'évènement signifiait qu'il s'apprêtait à prendre sa place dans cette sphère sociale.

Ce ne fut qu'après le déjeuner qu'il reçut une visite.

- Neville ? fit Harry en ouvrant la porte.

- Salut Harry. Je peux te parler une minute ? soupira le Griffondor.

- Évidemment. Entre.

Quelques instants plus tard, ils étaient tous les deux assis à la table de la cuisine, Neville s'y sentant plus à l'aise qu'au salon. Il s'agita pendant un moment, puis finit par prendre sa tête dans ses mains en signe de défaite.

- Je laisse tomber, grommela-t-il, il n'y a pas moyen de dire ça diplomatiquement.

- Alors vas-y franchement, sourit Harry.

Neville se redressa, s'éclaircit la gorge, et regarda son ami droit dans les yeux en tentant de prendre un air neutre.

- Ma grand-mère te fait dire que choisir le bal des Malfoy comme première apparition publique est la décision la plus stupide que tu aies jamais prise.

- Rien que ça ? fit Harry d'un air amusé.

- Elle a ajouté que la moindre des choses pour réparer l'affront serait que tu viennes à mes dix-huit ans.

- Sans problème, répondit le Golden Boy en haussant les épaules. Je ne savais pas que tu voulais en faire une réception officielle.

- Moi non plus, répliqua Neville avec un rire gêné.

Harry le rejoignit dans son rire, et ils se détendirent tous les deux. Neville posa sa veste sur le dossier de sa chaise, et soupira d'un air soulagé.

- Plus sérieusement, reprit-il. C'était comment comme soirée ?

- Étonnamment supportable, répondit Harry. En dehors du moment où la moitié de la salle m'est tombée dessus pour me convaincre de choisir une fiancée.

Neville écarquilla les yeux.

- Tu as réussi à éviter ça ?

- J'ai fui avec Draco en utilisant l'argument Teddy, avoua Harry. Et en revenant, on est resté cachés derrière une colone pour discuter avec Nott et Zabini.

- Ça me paraît déjà plus crédible, admit Neville en souriant. Tu n'as pas eu trop envie de les écharper ?

- Pas vraiment, non. J'ai l'impression qu'ils sont plus détendus maintenant que la guerre est finie, expliqua Harry en réfléchissant. Et Draco est resté à côté de moi, donc ça a dû aider.

Le sorcier aux yeux bleus hocha la tête, une approbation silencieuse de la logique du raisonnement.

- Au fait, tu appelles Malfoy par son prénom maintenant ? remarqua-t-il.

- On a décidé d'être amis, lâcha le Golden Boy avec franchise.

Neville cligna deux ou trois fois des yeux, puis enregistra les mots. Un long sifflement lui échappa, et il s'inclina contre le dossier, une main sur le menton.

- Alors ça, je ne l'avais pas vu venir, admit-il.

- Ça pose un problème ? demanda Harry sans animosité.

Le Griffondor leva les deux mains devant lui avec un sourire en signe de paix.

- Je vois mal ce que j'aurais à y redire, fit Neville d'un air amusé. Ça me surprend, mais tant que c'est ce que tu veux et qu'il se comporte bien avec toi, c'est bon pour moi.

- Merci Neville, sourit Harry en se détendant.

- Pas de quoi. Tu en as parlé à Ron et Hermione ?

- Pas encore, mais j'ai prévu d'appeler Hermione ce soir.

- Et Ron ?

Harry grimaça et Neville comprit le sentiment. Le sorcier roux n'était pas connu pour sa tolérance à l'égard des Serpentards en général et de Malfoy en particulier. Sa réaction n'allait probablement pas être belle à voir.

- Tu voudras du renfort quand il débarquera ? proposa Neville.

- C'est tentant, répondit Harry en se passant une main dans les cheveux. Il va probablement venir aujourd'hui en exigeant des explications à propos de la une de la Gazette.

Neville s'amusa à imaginer quelques-unes des réactions possibles de leurs divers amis à la nouvelle amitié d'Harry, et partagea plus amusantes au Griffondor, pour leur hilarité à tous deux.