NDA 10/04/2023 : Voici un nouveau chapitre, et il va conclure l'introduction de cette histoire. Il s'agit d'un grand tournant pour l'héroïne, et j'espère qu'il va vous plaire.

Bonne lecture.


6) Les noces du ciel.

À la lueur rosée du petit matin, Viggo et Ryker sortirent de la tente. Ils avaient passé une partie de la nuit à boire, tout en finalisant les derniers préparatifs pour un voyage de noce digne de ce nom. L'ile de Tarn, bien que plus au sud, avait de beaux paysages, une grande ville, et surtout, des dragons intéressants à capturer. Si Ryker trouvait la princesse trop frêle, il avait accepté cette dernière comme l'épouse à venir de son frère. À défaut d'être une vraie viking, elle serait docile et obéissante. Ce qui était bien aussi.

Viggo avait pourtant affirmé à Ryker qu'Astarte s'impatientait de pouvoir faire couler le sang du furie diurne. Qu'elle était plus courageuse qu'elle en avait l'air. Le guerrier en était absolument certain. Sa future épouse était digne de lui. Il sentait son courage et sa force chaque fois qu'il la contemplait, lui donnant encore plus envie d'elle. Tout devait être parfait pour ce jour.

Aussi, la surprise de constater que tous les conteneurs où il enfermait les dragons étaient vides, que toutes les cages du port était ouverte, et qu'aucun dragon n'était plus dans la cité, lui fit craindre le pire. Les dragonniers étaient-ils venus ? Quand ? Pourquoi personne n'avait sonné l'alerte ?

« Viggo. Regarde là-bas ! » Lui passant sa longue vue, Viggo s'en empara avec vélocité, et posa son œil noir contre la lentille.

Son propre drakkar, chargé en dragons, avec à bord, ce furie. Ce foutu furie diurne. Ils y étaient tous. Qui ? Comment ?

« Chef, chef ! Je n'arrive pas à réveiller les autres, tout le monde dort… On dirait qu'ils sont tous morts ! »

« Et si je venais à ne point trouver le sommeil, ma mie, avez-vous un remède pour m'offrir le repos ? » Avait-il demandé, une semaine plus tôt.

Astarte et lui étaient couchés sur un immense tapis. Lui s'était appuyé contre le bord du fauteuil. La princesse était couchée à même le sol, sur un tapis en poil de yack, sa tête reposant sur ses jambes, tandis qu'il caressait la chevelure soyeuse d'ébène.

« En ce cas, je vous offrirais quelques souffles de poudre de pavot. C'est un excellent somnifère, et il évite les cauchemars, en plus de vous faire vous sentir à l'aise. » Avait-elle répondu, sa voix si douce l'avait fait frémir d'envie. Le désir de la prendre immédiatement sur le sol l'avait tétanisé, et il s'était retenu, pour ne pas traumatiser sa future épouse.

Elle n'était pas une victime après un pillage, elle était celle qu'il allait épouser. Une princesse, digne de lui. Belle à en couper le souffle.

La garce.

« Ryker, on va prendre ton navire. Cette petite teigne ne va pas s'enfuir comme ça le jour de notre mariage. » L'expression de Viggo devint encore plus lugubre. « Je ferais d'elle ma femme. Sinon, elle mourra. »

Ils s'étaient ensuite tous deux préparés, armés jusqu'aux dents, et portant chacun un long manteau bien chaud en cuir et fourrure, pour les protéger de l'eau glacée. Un quart d'heure après avoir donné l'ordre de préparer le drakkar, Viggo et Ryker faisaient feu sur le navire qu'Astarte avait emprunté. Le choc fit voler des planches en éclat, et tanguer affreusement le bateau. La princesse hurla, accrochée à l'un des cordages qu'elle essayait de régler au moment de l'impact.

« Tyr, redresse la voile ! » Hurla-t-elle à son serviteur, qui s'empressa de s'exécuter au mieux.

Tremblante, elle courut sur le pont, et aperçu au loin, le navire de son futur ex-beau-frère foncer droit sur elle. Viggo était à bord, elle le savait. Elle n'avait pas besoin de longue vue pour ça. Elle se savait condamnée.

Une nouvelle secousse la fit basculer en arrière et passer par-dessus la rambarde du pont. S'écrasant contre un tonneau, Astarte étouffa un cri de douleur, tandis que des larmes envahissaient ses yeux. Elle avait froid, elle était trempée jusqu'aux os, n'ayant jamais dû naviguer par elle-même autrefois, elle avait subi la houle à multiple reprise. Elle avait mal, aussi. Et elle avait peur.

Viggo allait la rattraper, elle le savait. Elle n'avait aucune chance de survivre, à présent. Mais elle ne comptait pas là-dessus non plus.

Elle ne pouvait pas relâcher les dragons sur les habitants, aussi barbares soient-ils. Alors elle avait seulement observé, elle s'était contentée de les éloigner. Le bateau était parti avant même les premières lueurs du jour. Et rien ne lui avait fait changer d'avis. Elle ne comptait pas épouser Viggo. Elle préférait mourir en libérant les dragons, plutôt que d'épouser ce monstre.

Car c'était lui, le véritable monstre.

Elle hurla une nouvelle fois, mais pour se donner du courage. Comme les gladiateurs dans l'arène, qui hurlait après les lions. Se relevant avec hargne, elle grimpa sur le pont à nouveau, faisant face au navire qui la talonnait. Là, dans sa robe bleue détrempée, ses fourrures collantes, et ses cheveux emmêlés et plaqués sur ses joues, elle n'avait plus l'air d'une princesse.

Viggo, à l'autre bout se surprit à la trouver incroyablement belle. Et pourtant, dans un sourire…Il bandit son arc et décocha une flèche. Le projectile fila au-dessus de la mer et se ficha à l'emplacement précis où se trouvait Astarte une demi seconde avant. Ejectée par l'eunuque qui l'avait vu grandir, elle vit l'homme noir s'écraser au sol, la flèche traversant son corps et ressortant de l'autre côté de son buste, au niveau du cœur.

« Tyr ! » Mais c'était trop tard, il ne respirait déjà plus. Des larmes se mêlèrent au cortège salé des vagues.

Criant pour elle-même, priant les dieux grecs de l'aider, la princesse d'Egéerie, sœur d'Hero et fille de Bérénice avait désormais une nouvelle idée. Puisqu'elle ne pourrait pas les distancer, elle allait les attendre. Alors, courant sur tout le bateau, elle ouvrit les cages, défit les colliers massifs qui retenaient les dragons au sol. Une à une, elle poussa les portes, hurlant aux bêtes de sortir, poussant les plus petits, recevant de fines gerbes de feux sur les mains, et souffrant le martyr.

D'autres flèches plurent sur le bateau. Ryker et Viggo se rapprochaient. Ils n'avaient qu'une dizaine d'hommes avec eux. Les seuls qu'elle n'avait pas pu approcher pour endormir.

« Poséidon, dieux des mers et des océans, je vous en conjure, soyez à mes côtés ! Que l'eau soit frémissante et la houle abondante, que les offrandes aux seigneurs de mers que j'ai faites toute ma vie vous montre ma dévotion ! » La fin de sa phrase se perdit dans un cri de douleur, alors qu'un boulet de canon percutait le navire et secouait l'embarcation avec violence, expulsant Astarte contre une cage brûlante.

Ses fourrures prirent feu dans une odeur de charogne infame, et elle se roula au sol pour éteindre les flammes, forçant sur le crochet à son cou pour retirer la cape. Sa propre peau chauffa, et elle gémit de douleur en se relevant. Titubante, elle poursuivit son œuvre, fonçant vers les cages qui n'avaient pas été ouvertes, libérant les dragons restants. Deux gronks s'envolèrent, puis des tout petits, verts et bleus. D'autres, plus grands, dont les mâchoires étaient plus effrayantes que les légendes du tartare d'Eris.

Un dragon à deux têtes cracha un gaz à l'odeur de soufre, et la seconde tête fit naître une étincelle. L'explosion souffla Astarte, qui percuta cette fois, la cage du dragon maudit. Ce furie blanc. Les grondements derrière elle lui donnèrent des sueurs froides, et pourtant, elle n'envisagea pas une seule seconde de se rendre.

« Hécate, mère de toutes les créatures animales et de la métamorphose, je vous en prie, aidez-moi à protéger ces êtres issus de vos doigts divins. »

Cherchant parmi les clefs, celle qui correspondait à l'énorme serrure placée sur la cage, elle dû s'y reprendre à plusieurs fois, malgré les grondements de colère de la dragonne, et les secousses du bateau sous les coups de canons. L'eau commençait à recouvrir le pont, signe que la coque était touchée, et que le navire s'apprêtait à sombrer.

Astarte jura, mais fini par ouvrir le cadenas, avant de le virer totalement, le jetant par-dessus bord dans un geste mécanique. Elle tira de ses mains brûlées la porte de la cage pour laisser partir la bête.

« Allez, sort de là, vite ! Va-t-en ! Dépêche…» Les mots moururent dans sa gorge, après qu'une flèche lui ait traversé l'épaule droite. « Dépêche-toi… Dragon… Envole toi… »

Faisant de grands gestes avec sa main valide, elle poussa même la dragonne du bout des doigts. Lui ordonnant encore et toujours de dégager. Et c'est ce qu'elle fit. Voyant l'animal battre majestueusement de ses ailes pour s'élever au-dessus du mat et s'éloigner encore, Astarte soupira de bien-être. C'était le dernier prisonnier de ce bateau. Ne restait plus qu'elle.

Alors elle monta sur le pont, fière et pourtant terrorisée. Elle écarta les bras, malgré la douleur et la flèche qui y était déjà plantée.

« Viens me trouver, Viggo. Viens. Je te ferais couler avec moi s'il le faut. »

De nouveaux boulets percutèrent le navire, la soufflant sous l'impact. À genoux dans l'eau, elle toussa et cracha, ravalant ses larmes et reniflant de mépris pour celui qui aurait dû devenir son époux. Il n'était qu'un barbare, un monstre, un tueur. Il n'avait rien d'un héros. Son frère était un héros, il était le Héros. Mais cet homme, n'avait rien de similaire à son ainé, ou aux héros que Cizéron comptait dans ses livres. Un nouveau tir. Un craquement sinistre dans son dos.

Et Astarte ne vit plus rien.

Viggo et Ryker firent feu encore un moment, désireux de couler le navire et la traitresse, après l'avoir vu si déraisonnable. Oui. Sa future femme était audacieuse. Mais elle n'avait visiblement pas compris qu'il était plus fort qu'elle. Et puisqu'elle avait perdu son admiration pour lui, elle n'avait plus de raison d'exister.

Ce qu'ils virent cependant, tandis que le bateau coulait, les laissèrent sans voix. Car au milieu des eaux agitées, alors que le soleil s'élevait enfin au-dessus des nuages, les éblouissants avec force, un dragon blanc plongea. Ils ne virent alors plus rien, si ce n'est les débris de l'ancien drakkar de Viggo venant frapper contre leur propre embarcation.

« Puisse tes dieux avoir pitié de toi. Astarte, princesse d'Egéerie. Car ce dragon ne pourra pas te sauver. Crois-moi. » Ses yeux noirs brillèrent, s'attendant presque à ce qu'elle le fasse mentir, et remonte à la surface avec la bête qu'elle devait tuer.

Mais aucune des deux ne reparut.

« Rentrons, mon frère. Nous n'avons plus rien à faire ici. La traitresse est morte. » Et tandis que Ryker donnait des ordres à leurs hommes pour faire demi-tour, fouettant les esclaves dans la calle, Viggo attendait.

Fixant encore l'horizon, et les éclats chatoyants du soleil qui se reflétaient sur l'eau. C'était du gâchis. Une si belle créature, si douce… Ils n'étaient pas près de retourner en Grèce, c'était bien dommage. Car les femmes de là-bas étaient bien plus belles et plus agréable à vivre que les femmes vikings d'ici. Dommage que la seule qu'il ait ramené, eut été assez stupide pour le trahir le jour de leurs noces.