10/04/23 NDA : Bonsoir, je souhaite une bonne année à ceux qui me lisent, un peu tardivement je le reconnais. Mais je n'avais rien promis, pour une fois.
J'espère que ce chapitre vous plaira et je vous souhaite une bonne lecture.
7 – Why don't you do right
« Pourquoi… ? » Demanda tout bas agnèle, au Juste, lorsqu'elle fut assise à sa place.
« Parce que j'en avais envie ? » Il lui sourit alors, avec cette amabilité qui lui était propre. « Et que vous en aviez besoin… »
La princesse fronça très légèrement ses sourcils blonds, avant de lever les yeux vers lui, croisant les orbes bruns avec les siennes.
« Comment pouvez-vous savoir de quoi j'ai besoin ? »
Cette fois, il grimaça. Il ne pouvait pas lui dire qu'il était rentré dans ses appartements sans son accord, qu'il l'avait vu en proie à la fièvre et le délire. Qu'il avait vu ses blessures, et qu'il savait à quel point elle souffrait d'être ici. Il avait bien repéré le manège du faune. On cherchait à savoir ce qu'ils se disaient…
Et même si ça venait de sa cadette, il n'aimait pas ça. Il n'était pas qu'un vulgaire sujet de ce royaume, il était roi, que diable ! Alors, il se pencha sur la princesse et murmura à son oreille :
« Parce que vous trembliez…Et que je refusais que cet imbécile s'en rende compte. »
Le frisson que sa voix, basse, fit naître en glissant contre son oreille lui retourna les entrailles. Cette voix. Sa voix. C'était… Elle se souvenait… Durant leur danse, Edward lui avait parlé ainsi, et cette sensation, elle l'avait adorée. Mais là. Là… C'était le roi qu'elle devait épouser, son fiancé. Pas l'homme qu'elle aimait. Et pourtant… Pourtant, sa voix et la sienne étaient proches, très proches.
Trop.
Edmund recula son visage du sien, et salua de la tête les autres invités qui défilaient, souriant, toujours avec parcimonie. Agnèle fit de même. En essayant de garder les battements de son cœur au plus bas.
Au bout d'une heure, qui lui parut durer des jours, les invités cessèrent d'affluer en salle du trône pour se présenter. Et les festivités purent enfin commencer. D'abord, la musique, puis, Le Roi Peter se leva, et proposa à une duchesse parmi la foule de danser avec lui. Les gloussements de cette dernière étaient audibles du trône.
Le roi son père prit la main de sa mère, et tous deux rejoignirent le premier couple à danser au milieu des convives. Susan fut la suivante, accompagnée d'un homme inconnu mais qui était clairement dangereux vu son accoutrement. Puis, une main se tendit vers elle, gantée et ornée de bijoux. Relevant la tête, Agnèle put contempler le visage elfique qui lui faisait face.
Une figure très pâle, blonde, aux yeux en amende d'une teinte saphir, et les traits princiers incroyablement fins. L'être était magnifique. Vêtu d'une longue robe de tissus fin aux reflets semblables à ceux des ailes de libellules sous une tunique fendue de couleur grise à col montant. Elle était brodée de ravissant fil d'argent formant des courbes. Pour tenir ce col, une broche d'or blanc ornée d'une pierre de lune parfaite. Pierre, que l'on retrouvait sur ses quelques bagues qu'il avait glissé à ses longs et fins doigts.
« Princesse, m'accorderiez-vous votre première danse… ? » La voix était comme du velours. Hésitante, Agnèle n'osait pas faire un geste, mais son futur fiancé l'enjoignît de dire oui. Comme s'il savait qu'il ne craignait rien, pas même des ragots.
La princesse, quant à elle, ignorait tout de l'elfe qui venait de la demander pour danser. Mais comme il ne semblait y avoir aucun danger, et qu'il était plus qu'humble, malgré l'étrange couronne feuillue qu'il avait sur la tête, Agnèle se décida à accepter.
Ce n'est qu'une fois sur la piste de danse, que tout changea. Il croisa son regard une fois de plus, mais cette fois, les prunelles saphir pétillaient de malice. Tandis que l'elfe l'emmenait tourbillonner au milieu des convives, la guidant dans un mélange de quadrille et de valse, la princesse archelandaise sentait son cœur palpiter. Pourquoi ? Parce que l'elfe savait… Et qu'il savait qu'elle l'avait compris.
« Ainsi, vous êtes ici… » Le sourire qu'il lui offrit, bien qu'aimable, était aussi empreint d'amusement.
« J'ignore de quoi vous voulez parler… » Répondit Agnèle, gênée.
« Nous vous cherchons depuis longtemps, mon peuple et moi-même. »
« Pourquoi me chercheriez-vous ? » C'était idiot de feinter l'ignorance, mais elle ne pouvait se permettre de faire autrement. C'était un secret bien gardé.
« Mon enfant, j'ai connu votre aïeule. »
« Je vous demande pardon ? » Ce ne pouvait être possible, si ? Les elfes vivaient des siècles, elle le savait, mais…
Le seigneur elfe la rapprocha de lui, et la poitrine voilée de bleue fut collée au torse puissant. Son souffle s'accéléra. Elle avait l'impression d'être piégée dans cette poigne qu'elle savait dangereuse. Elle le sentait. Chaque geste de l'être était mesuré, il contrôlait le moindre battement de ses cils. Et il la tenait entre ses mains. Allait-il dévoiler son secret ? Il ne pouvait pas. Elle devait garder cet atout. Seules les nymphes y étaient autorisées… C'était leur nature proche de la sienne qui…
« La jolie princesse Lorelei, dont tous se réjouissait… » Ce fut comme si le ciel lui était tombé sur la tête. Le nom de la première. Il ne pouvait pas… Il ne pouvait décemment pas connaître cette femme, si ? Agnèle releva ses yeux émeraude terrifiés vers les siens. « Vous ne craigniez rien, avec moi. Princesse. Le même sang coule dans nos veines. »
L'elfe blond l'écarta de ses bras pour la faire tourner sur elle-même, avant de la ramener à lui, cette fois, dos contre son torse. Et bien qu'il soit infiniment plus grand qu'elle, il pencha sa tête contre sa nuque pour murmurer quelques paroles.
« Je sais comment votre légende dépeint votre aïeule, mais je peux vous assurer qu'elle n'avait rien d'une simple nymphe, bien qu'elle les affectionnât tendrement. »
« Qui êtes-vous… ? » Finit par demander l'archelandaise en tremblant. Elle pouvait sentir son sourire grandir à mesure qu'il parlait.
« Ainsi, vous m'avez accordé une danse sans le savoir. Vous êtes aussi naïve qu'elle. » Il se pencha encore plus, et son souffle frôla l'oreille de la princesse, faisant naître des frissons d'angoisse. « Mon nom est Lothar, et je suis roi des elfes de Narnia. »
Un autre roi ! Encore un qui jouait avec ses nerfs. Pourquoi faisaient-ils tous, ça ? Ne pouvaient-ils pas juste la laisser tranquille dans son coin ? Il la relâcha de plus belle, pour la faire tourner, avant de la ramener à lui, de face, apposant sa paume gantée contre la sienne, pour ensuite former un arc de cercle dans leur pas.
« Lorelei était ma cadette. Elle s'est enfuit lorsque notre père a choisi de la marier à un seigneur elfe qui lui déplaisait fortement. Bien que je sache pertinemment où elle s'était réfugiée, je l'ai laissé faire. Ma sœur aimait la liberté, elle aimait galoper dans les vergers, s'ébrouer dans les champs de fleurs et se baigner dans la rivière. C'est en Archenland qu'elle a trouvé l'amour. Et j'ai veillé sur elle de loin. »
Désormais incapable de répondre, Agnèle écoutait cette histoire avec attention. Toujours inquiète qu'il ne dévoile sa nature aux Rois de ce pays, ce qu'il disait correspondait fortement à ce qu'on avait dit sur son aïeule. Et sa façon d'en parler, ses mots, étaient pleins de douceur et de nostalgie. Était-ce possible que cet elfe blond soit réellement le frère de celle qui avait donné à sa lignée un pouvoir incroyable ?
« Bien sûr, j'ai été surpris lorsqu'elle a disparue soudainement, et nous avons longtemps douté de la lignée royale. Mais… Nous vous avons vu dans la forêt. Vous êtes sa digne héritière. J'en ai conclu que le gêne n'apparaissait pas toujours, et que les membres qui l'ont possédé se sont bien gardé de le dévoiler. » Il l'éloigna, avant de la rapprocher de nouveau, leurs mains jointes entre eux.
« Je ne sais quoi vous dire… » Ne rien admettre était en tout cas, son leitmotiv, même s'il affirmait qu'on l'avait vu.
« Ne dites rien. Mais sachez cependant que vous êtes la seule héritière au trône elfique. Et que, si jamais vous en avez besoin, notre peuple sera prêt à vous aider, quelque soit la nature de vos ennuis. Vous êtes la princesse d'Archenland, et vous allez épouser le roi de Narnia. Mais dans votre sang coule celui des elfes de la Lande, et c'est cette lignée millénaire qui prime sur les autres. »
Relâchant enfin ses mains, il vint cependant agripper son menton, qu'il releva, avant de venir déposer sur son front un baiser chaste. Mais ce baiser fut suffisant pour soulever une foule d'interrogation à son sujet. Jamais le roi des elfes n'avait offert un tel geste à qui que ce soit en ces lieux, pas même aux reines de Narnia.
oOoOoOo
Agnèle était retournée s'asseoir d'un pas vif, après cette danse. Prenant le trône de son fiancé comme refuge, malgré les regards outrés de certains convives féminins, et du roi Peter. C'est en voyant le grand brun au teint pâle approcher, qu'elle recommença à angoisser.
Mais, au lieu de la repousser, ou pire, lui demander de danser, il lui tendit une coupe d'argent. Le parfum des fruits narniens lui assaillit les narines, et la faim tirailla son ventre. Aussi, elle se saisit de la coupe offerte avant d'y tremper les lèvres.
« Merci… » Murmura-t-elle timidement.
« Je vous en prie. Une telle danse a dû vous épuiser. »
« Vous n'imaginez pas à quel point… » Le fils d'Adam posa ses yeux noisette sur elle avant d'étirer un léger sourire amusé.
« À vrai dire, si. Vous paraissiez sur le point de vous enfuir, puis de hurler. Le roi Lothar vous a-t-il fait mauvaise impression ? »
« Non ! » Agnèle rougit, prenant conscience qu'elle allait se vendre toute seule. « Enfin… C'est que… J'étais seulement épuisée, et il était plus que talentueux. Je ne voulais pas lui faire honte… »
Edmund se posa de nouveau sur l'accoudoir de gauche, dardant sa future épouse du regard. Il y avait quelque chose chez elle qui le dérangeait. Ce parfum fleurit, pourtant là pour masquer le sang, lui rappelait un autre, qu'il n'avait pas humé depuis longtemps.
« Je pense que vous ne lui avait pas du tout fait honte. Plutôt le contraire, même… » Avoua finalement le roi.
« Le contraire… ? »
« Oui. Vous avez reçu sa bénédiction. Aucune de mes sœurs n'y a eu droit, et pourtant, elles ont de nombreuse fois dansée avec lui depuis notre couronnement. » Les couleurs qui avaient envahies le visage d'Agnèle disparurent, la laissant livide. « Princesse, tout va bien ? » Et il posa sa main sur le poignet nu de la jeune femme.
« Très bien. Lâchez-moi. » Le retour de sa froideur le laissa perplexe. Elle secoua son bras, comme s'il venait de la souiller par son contact, avant de se relever et s'éloigner le plus possible du trône qu'ils avaient partagé.
Se dirigeant vers une alcôve drapée de tentures colorées, elle s'y cacha, se recroquevillant derrière les tissus, genoux repliés sous sa longue robe. Agnèle se contenta de fermer les yeux et de réguler sa respiration pour se détendre. Elle garda son verre tout contre elle. Bien qu'elle finisse par le vider de son contenu, et se sentir un peu ailleurs.
Aslan qu'elle détestait cette situation. Un mariage de convenance, avec un homme aussi insupportable, loin de son amour. Un futur beau-frère prétentieux et égoïste, à la limite du violent. Et maintenant venait s'ajouter un elfe, un roi, encore - parce que visiblement les rois avaient une dent contre elle - qui savait très bien de qui elle descendait et ce que ça lui conférait comme pouvoir.
Détruire tous les livres qui parlaient de la légende n'était pas suffisant.
Agnèle aurait dû s'en douter. Les narniens étaient perfides, preuve avec la guerre contre leur pays. Ils avaient démantelé leur armée en deux temps trois mouvements. Le Roi Peter était hargneux, le roi Edmund sournois, la Reine Susan vicieuse et la reine Lucy dangereuse.
Quelques minutes plus tard, elle déambulait parmi les convives, ayant abandonné la coupe vide dans sa précédente cachette. Les invités la fixaient avec curiosité, ou jalousie pour certaines. Mais surtout, surtout, la honte submergeait les figures parentales de la princesse, en la voyant se comporter comme une ivrogne notoire.
Cherchant un moyen de reprendre le contrôle de cette petite écervelée qui faisait désormais honte à la royauté, ce fut Peter qui se chargea de l'inviter à danser. Il était persuadé qu'elle allait déclencher un esclandre, mais, la présence d'un autre homme, ayant tendu sa main vers elle, suivit de près, par son propre fiancé, la fit hésiter. Trois mains tendues, trois enfers possibles.
Avec Edmund, elle avait assez donné. Il se permettait de se rapprocher, de la défendre, comme s'ils étaient soudainement devenus amis. Et pire encore, il lui parlait du roi des elfes et cherchait à savoir ce qui avait été dit. Elle en était sûre ! Elle dédaigna la main offerte.
L'inconnu pouvait lui offrir une échappatoire, mais, le risque avec les inconnus, c'est qu'ils abusent de leurs statuts, et vu son propre état, elle ne serait pas capable de se défendre si jamais les mains glissaient un peu trop. Nouveau dédain.
Ne restait que le grand roi Peter. Celui à cause de qui elle était bloquée dans ce château de malheur. Avec un peu de chance, cette danse serait la première et la dernière, et il ne voudrait plus l'approcher par la suite. Oui. Voilà. Il suffirait qu'elle lui marche sur les pieds, et plante ses ongles dans sa paume.
Et elle eut raison, car après cette danse, le roi ne cessa de se masser les mains et grimacer. C'était à ses risques et périls. Mais il se posa la question de plus belle. Cette princesse ne pouvait-elle pas se comporter convenablement, pour une fois ?
