Chapitre 4 : « O temps, suspends ton vol… » (Lamartine)
Dans un sursaut de volonté, Riza ouvrit sa porte et entra dans ses quartiers alors qu'il s'éloignait pour regagner les siens. Elle resta debout derrière la porte, tentant de retrouver ses esprits et, lentement, un léger sourire fendit son visage. C'était loin du premier baiser romantique dans le soleil couchant qu'elle avait rêvé dans ses rêves d'adolescente, mais c'était arrivé. Heureusement, elle n'était pas femme à s'emballer et, le cœur encore tout de même battant, ôta sa robe pour un pyjama de flanelle. Elle se démaquilla d'un geste automatique et s'assit sur son lit.
« Tu te rends compte, Hayate ? », dit-elle à son chien, « il m'a embrassée et fait le grand jeu de séduction, comme à son habitude. Où ça va nous mener ? »
Une partie d'elle-même était presque euphorique, mais l'autre lui disait de se méfier. Elle le connaissait trop bien, lui le beau parleur, mais elle l'aimait envers et contre tout. Mais comment mettre sur pied quelque chose de sérieux alors que tant de kilomètres les séparaient, sans parler du reste ? Elle n'avait pas envie d'y réfléchir maintenant, il était l'heure de dormir mais elle eut peine à trouver le sommeil. Pourtant, elle y parvint et la matinée était fort avancée lorsqu'elle s'éveilla. Black Hayate était assis à côté du lit et jappa quand elle ouvrit les yeux.
« Je sais, tu as faim… », Marmonna-t-elle.
Elle se frotta les yeux et se leva pour nourrir le chien. Une douche acheva de la réveiller tout à fait. Lorsqu'elle sortit en peignoir, elle ramassa sa robe pour la mettre au linge sale et sentit nettement l'odeur masculine de Mustang demeurée dessus, mélange d'eau de toilette, d'after shave et d'effluves masculins. Cela la ramena aux souvenirs de la veille et lui arracha un sourire. Elle en revêtit une autre, plus simple, avec un haut à manches longues et un collant. Elle brossa ses cheveux mais renonça au maquillage, tant pis, il dirait ce qu'il voudrait. Une fois une bonne tasse de café avalé, elle était suffisamment alerte et entreprit de se détendre avec un bon livre, Black Hayate couché à ses pieds…
Mustang, lui, s'était réveillé après avoir fait un rêve plus que suggestif. Il s'assit dans son lit et resta quelques secondes ainsi pour reprendre ses esprits. Non, définitivement, Riza n'était pas ce genre de fille, pas du tout, et ce n'était pas à l'ordre du jour. Il passa la main dans ses cheveux broussailleux et alla prendre une douche presque fraîche pour se réveiller. Passant une serviette autour de sa taille, il se rasa et disciplina ses cheveux avant de mettre un pantalon noir et une chemise blanche. Il s'observa un moment dans le miroir, arrangea son col et, repassant dans la pièce principale, entreprit de faire une tasse de café avec la vieille cafetière qui lui avait été mise à disposition. Une fois la cafetière vaincue et le café dans sa tasse, il le but tranquillement avant d'enfiler son manteau et de sortir de la pièce. Les couloirs étaient vides et, quelques minutes après, il frappait à la porte de Riza. Dès qu'elle lui eut répondu, il entra et la trouva debout devant son lit. Il vint à elle, déposa un baiser sur ses lèvres et lui demanda :
« Tu as bien dormi ? »
Elle acquiesça avec un sourire qu'il sentit un peu forcé. Il proposa alors :
« Si nous sortions marcher un peu ? On pourrait prendre Hayate avec nous… »
Elle chercha la laisse du chien, la lui attacha et enfila son manteau et ses gants.
« Je suis prête… », Dit-elle.
Il prit sa main dans la sienne et tous deux sortirent du quartier général. Une nouvelle couche de neige recouvrait les trottoirs et les bottines de Riza glissaient de temps en temps dessus, mais elle sentait sa main la retenir. Black Hayate marchait tranquillement à côté d'eux sans tendre sa laisse, chien modèle. A les voir extérieurement, on aurait cru un couple marié promenant son chien, rien de plus normal. Lui se sentait absolument serein, comme il l'avait rarement été, et elle se laissait gagner par cette quiétude en déambulant avec lui dans les rues de Central.
Il lui offrit des marrons grillés, et ils les mangèrent assis dans un square. C'est là qu'elle lui posa la question qui lui importait.
« Quel avenir vois-tu pour nous ? Ca ne sera pas facile… »
Il posa le cornet de papier journal entre ses genoux et répondit :
« J'en suis parfaitement conscient mais je suis prêt à tenter de n'être qu'un amoureux fantôme qui n'empiètera que peu sur ta vie et qui t'appellera quand il le pourra depuis l'autre bout du pays. Ma décision est prise, mais, comme je te l'ai dit, je respecterai la tienne… »
Riza leva les yeux sur lui, resta silencieuse un moment et dit :
« Nous en avons déjà parlé, Roy, et tu sais quel est mon sentiment à ce sujet. Ce n'est pas que je n'aie pas confiance, mais comment pourrais-je être sûre de toi alors que tu vivras si loin ? Et comment construire une relation ainsi ? »
Il fallait bien reconnaître qu'elle posait là des questions essentielles où il reconnaissait tout son sens pratique.
« Je sais, oui, je sais que je n'ai rien fait pour que tu aies confiance en moi et que je me suis comporté comme un imbécile, mais je suis prêt à tenter l'aventure parce que c'est avec toi que je veux être… »
Le regard doré de Riza plongea dans le sien, et elle y lut toute sa résolution. Il se pencha, l'embrassa longuement et, lorsqu'ils se séparèrent, échangèrent un long regard. Dans ces moments intimes, ils ne voyaient qu'eux-mêmes, ne sentaient qu'eux-mêmes et ce fut Black Hayate, en jappant, qui les tira de ce moment béni. Mustang le regarda en souriant :
« Ah, tu veux jouer, Hayate ? »
Il saisit un bâton par terre, le secoua pour le débarrasser de la neige et le lança. Le chien, ravi, se lança à sa poursuite sous le regard amusé des deux protagonistes. Mustang rit doucement et dit :
« Je n'aime toujours pas son nom, mais il est de plus en plus attachant… »
Black Hayate arriva en courant et s'assit devant lui, le bâton dans sa gueule. Il le lui reprit et le lança à nouveau. Derrière lui, Riza regardait son chien courir, et il tendit sa main gantée vers elle. Elle le sentait profondément heureux de ce moment de simple connivence autour du chien, et elle devait bien s'avouer que la vision de son visage de profil faisait battre son cœur plus vite. Refusant de lui montrer son trouble, elle prit sa main et le regarda, presque amusée, lancer inlassablement le bâton au chien qui finit par déclarer forfait, épuisé. Il s'assit près de sa maîtresse en tirant la langue. Roy se tourna alors vers Riza :
« Viens, rentrons au chaud, le chien a besoin de boire et il recommence à neiger… »
En effet, le ciel de coton recommençait à livrer son fardeau et le jour bas s'assombrissait encore. Ils durent hâter le pas et arrivèrent au quartier général couverts de neige. Le chien s'ébroua et ils secouèrent leurs manteaux dans le hall principal. Mustang sourit dans la semi obscurité.
« Puis-je t'offrir une tasse de café ? »
Ses cheveux étaient ébouriffés et son unique œil brillait. Elle l'accompagna jusqu'à ses quartiers et enleva son manteau alors qu'il mettait la petite cafetière à chauffer sur le gaz. Il revint avec le café fumant, lui tendit la tasse avec un sourire :
« J'espère que tu l'aimes encore noir et sans sucre… »
Riza acquiesça et trempa ses lèvres dans le liquide sombre. Il versa de l'eau dans un bol, qu'il posa à terre pour le chien, et vint s'asseoir près d'elle. Ils ne dirent rien, se contentant de la simple présence de l'autre, de ces moments rares qui resteraient des souvenirs précieux quand ils seraient séparés.
Mustang ne quittait pas Riza du regard. Près d'elle, il ressentait une sérénité incommensurable, et il aurait tout donné pour que ce simple moment de paix dure toujours.
Mais Riza était trop pragmatique pour être totalement dans le moment présent même si, là, elle y parvenait plutôt bien. Comment pouvait-elle être si sûre qu'il était l'homme de sa vie et douter à ce point de lui ? C'était son côté réaliste, sans aucun doute, et elle aurait aimé être un peu plus illusoire, parfois, surtout dans des moments de complicité pareils.
Sa voix rompit ce moment.
« Tu as l'air pâle, Riza, tu devrais rentrer te reposer… »
C'était vrai, elle se sentait fatiguée mais sa présence le lui avait fait quelque peu oublier. Il posa sa tasse, se leva et dit avec un geste de la main de gentleman :
« Je vous raccompagne, Hayate et toi… »
Il reprit sa main dans la sienne et l'accompagna jusqu'à sa porte, où il l'embrassa longuement avant de lâcher sa main. Riza entra chez elle, rangea la laisse du chien d'un geste automatique et soupira. Que devait-elle faire ? Où cela allait-il les conduire ? Elle toujours si sûre d'elle se posait des questions. Pourtant, cette complicité qu'ils avaient ensemble, cette sérénité que cela lui apportait, cela était bien réel, ainsi que les sentiments qui les liaient, mais est-ce que ça suffisait pour fonder un couple là-dessus, une relation à distance qui plus est ?
Ces questions la tourmentaient encore lorsque, après avoir pris sa douche, elle s'allongea dans son lit. Elle resta longtemps allongée, les yeux ouverts dans le noir, cherchant des réponses…
Quelques jours plus tard, la veille du Nouvel An, ils avaient réservé dans un autre restaurant et marchaient sur les trottoirs à demi verglacés, la main dans la main. La ville était vivement éclairée et se disposait à passer en l'an 1926 dans les règles avec force éclairages de fête et feux d'artifices. Vu que cette fois Mustang avait réussi à réserver dans un restaurant de standing, il arborait un costume soigné, et Riza, pour l'occasion, avait revêtu une robe de crêpe bleu foncé ornée de dentelles au décolleté et à l'ourlet, très élégante.
Sur le même trottoir, Havoc, un bouquet de fleurs à la main, pensait à la soirée qu'il allait passer avec sa petite amie du moment quand son regard fut attiré par le couple qui arrivait en face. Vu la façon dont Mustang tenait la main de Riza et la regardait, il n'y avait plus aucune équivoque, à présent. Le lieutenant ne put s'empêcher d'arborer un sourire en coin qui disparut quand Mustang l'interpella :
« Bonsoir, lieutenant, j'espère que vous allez bien… »
Ils se serrèrent la main et Mustang garda la main de Riza, qu'il sentait mal à l'aise, dans la sienne. Havoc répondit :
« Oui je vais bien, merci. Je crois que je dois vous féliciter, ça s'impose… »
Mustang sourit, tout à fait à l'aise avec l'idée, et Riza tenta elle aussi d'en faire autant pour ne pas paraître bégueule.
« Merci lieutenant, c'est très gentil de votre part. Je suppose que vous êtes pris pour la soirée ? », continua-t-il.
Havoc sourit :
« Oui, ma petite amie m'attend, je vous la présenterai quand vous reviendrez… »
Mustang hocha la tête :
« C'est une très bonne idée, merci… »
Il sourit à Riza pour la mettre à l'aise. Cela ne le dérangeait absolument pas qu'on sût leur relation, même s'il s'agissait de ses subordonnés à elle, parce qu'il la savait parfaitement capable de faire la part des choses et de séparer sans problème vie privée et vie professionnelle. Il connaissait Havoc depuis de nombreuses années maintenant et il l'appréciait.
Havoc reprit :
« Ethel m'attend à présent, j'espère que nous nous reverrons avant que vous ne partiez… »
Les deux hommes échangèrent une poignée de main, et Havoc fit un respectueux baisemain à sa supérieure avant de reprendre son chemin. Roy tourna alors la tête vers Riza :
« Tu penses que j'ai fait une erreur ? Cela te pose un problème qu'ils sachent notre relation ? »
Elle leva le regard sur lui :
« Je préfère ça à ce qu'ils se posent des questions, en fait, comme ils le font depuis l'opération derrière mon dos… »
Il savait qu'elle n'avouerait jamais le fait qu'elle était mal à l'aise, aussi reprit-il sa marche vers le restaurant. Au bout de quelques minutes, l'établissement plutôt huppé fut en vue, éclairé de toutes parts. Un serveur stylé les accueillit et les guida jusqu'à une table dans la grande salle où résonnaient les accents de morceaux de piano joués en sourdine par un pianiste discrètement installé dans un coin.
Un menu du Nouvel An avait été mis en place pour l'occasion, et, après l'avoir examiné sur la carte, ils le choisirent. Mustang commanda du vin pour accompagner les plats, plus un apéritif. Une fois ceci fait, il reporta de nouveau son attention sur Riza. Il la regardait de son unique œil comme s'il ne devait plus jamais la revoir, pour graver en lui cette image d'une Riza suprêmement féminine. C'était une autre facette d'elle-même, tout aussi intéressante que celle qu'elle affichait ordinairement, et il l'aimait autant que celle qu'il connaissait le mieux d'elle, le tireur d'élite efficace au visage neutre.
Elle finit par lui dire :
« Qu'est-ce qu'il y a ? Il y a quelque chose qui ne va pas ? »
Il sourit et fit un geste de dénégation.
« Aucunement, mais je veux pouvoir emmener avec moi quand je repartirai demain cette vision sublime que tu m'offres ce soir… »
C'était en effet leur dernière soirée avant qu'il ne reparte pour son affectation dans l'Ouest et qu'ils ne commencent à connaître les affres d'une relation longue distance, et tous deux étaient résolus à en profiter au maximum. Il vit avec un certain plaisir son teint ordinairement pâle légèrement rosir sous le compliment, réchauffant sa carnation et l'illuminant de l'intérieur. Ses yeux brillaient légèrement, donnant des reflets particuliers à son regard doré. Alors qu'on leur déposait des petites verrines remplies de mousses de différentes couleurs, présentées comme mises en bouche, il reprit :
« Je sais ce qui te soucie, je connais cette ombre au fond de ton regard et je sais aussi que rien que ce que je pourrai dire ne pourra l'enlever tant que je n'aurai pas réussi à prouver par des actes que je peux t'être fidèle. Je te connais assez pour savoir cela, aussi j'attendrai le temps qu'il faudra et je ferai ce qu'il faut… »
Il tenait toujours sa main, mais elle ne tressaillit pas, maîtresse d'elle-même. Elle ne laissait rien voir de son maelström intérieur, mais un homme expérimenté comme Mustang avait remarqué l'écarquillement caractéristique de sa pupille, signe que son corps réagissait.
« Je ne sais pas, finit-elle par dire, je ne sais que penser exactement. Est-ce que nous avons raison de vouloir tenter une relation alors que nous sommes à des centaines de kilomètres l'un de l'autre ? Cela ne relève pas des sentiments, mais de la logistique et de la plus élémentaire logique… »
Cela amusa quelque peu Mustang de l'entendre parler aussi calmement et posément de quelque chose d'aussi peu logique que les sentiments qui les liaient mais il n'en montra rien. A la suite des verrines, lorsqu'on leur apporta des assiettes artistement ouvragées mais avec assez peu de nourriture dessus, il fit une grimace et s'excusa :
« Je savais ce restaurant particulier mais à ce point…je pensais qu'au moins ils remplissaient les assiettes… »
Cette remarque soigneusement étudiée fit sourire Riza qui se détendit un peu et en oublia la séparation prochaine ainsi que ses interrogations. Elle pour sa part appréciait cette cuisine particulière et légère, même si l'ambiance du restaurant lui paraissait un peu trop snob pour ses goûts simples. Mais elle savait que cela importait à Roy et ne disait rien. Il tenait à marquer comme il se devait l'événement et elle aurait eu mauvaise grâce de l'en dissuader ou de lui demander de choisir un restaurant plus simple. Il lui fallait bien admettre que n'importe quel endroit, pour peu qu'il y fût avec elle, devenait tout de suite un endroit particulier à ses yeux, que ce fût ce restaurant luxueux ou la plus simple masure. C'était quelque chose qu'elle ne pouvait pas expliquer rationnellement, c'était peut-être d'ailleurs pour ça que cela lui posait tant de soucis. Cependant, malgré son peu d'expérience, il lui fallait bien reconnaître que le tendre sentiment que lui inspirait Mustang depuis des années n'avait rien du tout de rationnel. Il était illogique, ambitieux, coureur de jupons, parfois de mauvaise foi mais surtout capable d'une générosité sans pareille pour ceux qu'il aimait, et c'était tout cet ensemble de choses qui l'avait séduite voici de longues années maintenant.
« Un sou pour tes pensées… », dit alors Mustang malicieusement.
Cette expression fit légèrement sourire Riza et elle lui répondit :
« Tu devrais pourtant savoir depuis le temps qu'il en faut beaucoup pour que je dise ce à quoi je pense… »
Il sourit, caressant doucement sa main qu'il avait reprise.
« Voyons voir…tu penses que je suis le plus beau, le plus intelligent et le plus superbe homme de toute la Terre… »
Voilà qu'il jouait au mégalomane, comme d'habitude, mais cette fois elle savait qu'il plaisantait et sourit. Le directeur du restaurant vint alors informer qu'il était presque minuit et tous les clients se levèrent pour le décompte qui se finit par un retentissant « bonne année ! ». Les bouteilles de champagne furent débouchées et le liquide coula à flots dans les coupes de cristal, que les serveurs diligents allèrent apporter aux clients pour un toast général à la nouvelle année. L'on installa même un bouquet de gui au fond de la salle, et le regard sombre de Mustang fut traversé d'une étincelle. Il emmena Riza en dessous et dit d'un air malicieux :
« Tu connais la tradition, il me semble, non ? »
Elle hocha seulement la tête, consciente à l'extrême de ses bras autour d'elle, et répondit immédiatement à son baiser. La proximité physique faisait battre son cœur extrêmement rapidement et elle sentait son sang frapper à ses tempes en un tempo endiablé. Il était le seul homme à provoquer cela chez elle, cet embrasement à la fois du cœur et du corps, mais elle possédait un énorme contrôle sur elle-même, ce qui faisait que bien souvent il ne soupçonnait pas vraiment l'ampleur de l'effet qu'il avait sur elle, même s'il percevait certains signes.
Il la relâcha à regret, se demandant comment il allait pouvoir vivre sans elle. Aucune femme ne lui avait jamais procuré cette sensation de manque, lui avait presque toujours été du genre à passer de femme en femme sans qu'aucune d'elle ne lui manquât plus que cela, aussi bien au niveau du corps que de l'esprit. Elles étaient comme de jolis jouets qu'il trouvait agréable à son bras avant de mettre fin à la relation si elles ne lui convenaient plus. Jamais ses sentiments n'avaient atteint la profondeur que ce qu'ils atteignaient actuellement, avec cette sérénité qu'il ne ressentait réellement que lorsque Riza était près de lui. Il avait enfin grandi, en quelque sorte, mais mieux valait tard que jamais.
Il la ramena à leur table, vers laquelle le serveur vint pour leur proposer le dessert, un magnifique assortiment d'une dizaine d'entremets et de gâteaux de toutes sortes. Si Riza ne prit qu'un petit godet de crème brûlée, Roy fit honneur à l'assortiment et se régala. Il était gourmand de nature et la tentation était vraiment trop grande. Ce délice manifeste fit sourire Riza en coin, le côté parfois enfantin de Mustang provoquait souvent cette réaction chez elle. Il finit son dernier morceau de gâteau, but une gorgée de champagne et demanda :
« Souhaites-tu du thé ? Du café ? De la tisane ? »
Mais Riza n'avait envie de rien de tout cela, elle profitait simplement du plaisir rare d'être avec lui. Elle secoua seulement la tête et, inquiet de son mutisme, il questionna :
« Tu vas bien ? »
Elle hocha seulement la tête, puis le rassura :
« Mais oui, ne t'inquiète pas…je t'ai déjà dit ce que mon médecin avait constaté, et tout va très bien… »
Il rit doucement et redevint sérieux :
« Pas à moi, tu peux peut-être tromper les autres mais je sais quand tu es fatiguée… »
Il regarda l'heure à sa montre d'alchimiste d'état et déclara :
« Il va être temps de rentrer… »
Avant qu'elle ne puisse prendre son sac pour payer sa part, il posa un gros billet sur la table et fit un signe au serveur. Puis, tendant son bras, il attendit qu'elle le prenne et sortit. Il ne neigeait plus mais le froid était vif et ils devaient faire attention pour ne pas déraper sur des plaques de verglas. Elle finit par lui dire :
« Je pouvais payer ma part, tu sais… »
Il répliqua d'une voix ferme :
« Pas question, seul un homme qui ne sait pas vivre pourrait laisser une femme payer un repas, surtout la femme qu'il aime… »
Cet aveu habilement placé dans une phrase déstabilisa quelque peu Riza, qui ne dit plus rien. Il resta silencieux lui aussi un moment puis déclara :
« Je pense que tu ne me crois pas… »
Il y avait un peu de cela, mais elle ne pouvait décemment croire qu'il en fût déjà là, selon son éthique personnelle il fallait plus de temps que cela pour avouer ce genre de choses, c'était sérieux. Elle lui répondit honnêtement :
« J'ai besoin de temps… »
Toujours son pragmatisme. Ils marchèrent un moment sans parler et, prenant sa main, il la conduisit dans le petit jardin où ils s'étaient embrassés la première fois. Il s'arrêta et ne dit rien, scrutant le visage pâle de Riza sur lequel se reflétait un rayon de lune.
« Je persiste et signe, je veux tenter l'aventure parce que c'est avec toi que je veux être et aucune autre… »
Et il ajouta :
« Et s'il faut que je me batte avec ma hiérarchie pour obtenir une mutation, la tienne ou la mienne, je le ferai sans hésiter ! »
Elle le savait coutumier des déclarations grandiloquentes de ce genre-là, c'était d'ailleurs un de ses secrets de séduction, mais son regard sombre ne vacillait pas, visiblement il ne plaisantait pas.
« Ne dis pas de bêtises, lui rétorqua-t-elle, tu ne vas pas mettre ta carrière en danger une fois de plus, ça n'en vaut pas la peine…ou tu n'as pas appris ta leçon… »
Oh si, il ne l'avait que trop bien apprise, et il était bien résolu à ne pas laisser passer cette chance d'être heureux avec la femme qu'il voulait. Il connaissait les risques, il avait déjà failli la perdre une fois, pas question qu'il continue à faire n'importe quoi !
Il l'attira contre lui et lui dit :
« J'attendrai le temps qu'il faudra… »
Puis il l'embrassa longuement alors que les nuages s'écartaient pour laisser la lumière de la lune se déverser en flots argentés sur la ville endormie, comme pour saluer l'année qui commençait…
A SUIVRE
