Comme tout vient à point à qui sait attendre (longtemps, je sais, mais parfois la vraie vie prend le pas sur tout le reste), voici un nouveau chapitre ^^

Chapitre 5 : Les voies du cœur

Central City, mai 1926

« Apportez ce dossier au service des contingents continentaux… », ordonna Riza.

Havoc, qui se tenait debout devant elle, hocha la tête avec respect et sortit de la pièce. Riza ouvrit alors un autre dossier dans lequel elle se plongea, non sans avoir regardé rapidement l'horloge fixée au mur en face d'elle. Cette journée, décidément, ne passait pas vite.

Chacun de ses subordonnés travaillait scrupuleusement et attentivement, mais ça n'avait pas toujours été le cas. En janvier dernier, quand la nouvelle de sa relation avec Mustang s'était répandue, ils l'observaient souvent à la dérobée, ce qui l'avait prodigieusement énervée. Il avait fallu qu'elle rentrât dans une saine colère pour leur rappeler que cela était de l'ordre de sa vie privée et ne les regardait en rien pour qu'ils cessent d'ainsi l'observer comme une bête curieuse.

Elle ramena une mèche de ses cheveux blonds qui s'était échappée de son chignon strict derrière ses oreilles et ses yeux mordorés se posèrent à nouveau sur les feuilles couvertes de tableaux. Son nouveau bonheur ne l'empêchait pas d'être tout aussi stricte et efficace qu'avant et elle séparait nettement sa vie personnelle de sa vie professionnelle. Elle partait du principe que cela ne regardait qu'elle et Mustang et non pas tout le quartier général et personne n'aurait osé l'affronter directement. Pourtant, vivre cette relation à distance était difficile, même s'ils échangeaient de nombreuses lettres et qu'ils s'appelaient une fois par semaine il lui manquait beaucoup. Elle se maudissait parfois, se disait qu'elle était trop sentimentale mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Nul homme n'avait jamais provoqué cela chez elle et la force de ses sentiments la désarmait parfois. Pourtant, elle se posait toujours autant de questions…

Quartier général, West City

Mustang s'étira et bailla un bon coup. Que ces rapports étaient donc assommants ! Malheureusement pour lui, cela faisait partie de son travail que de les lire et de les viser. Son regard tomba sur le portrait de Riza posé sur son bureau et sa bonne humeur revint rapidement. Son regard croisa celui d'Ida, sa secrétaire, qui lui rendit son sourire. Elle avait été la seule à se montrer discrète avec lui lorsque la nouvelle de sa relation avec Riza Hawkeye avait été connue au quartier général. Il avait dû, comme sa dulcinée, affronter les regards curieux et entendus de ses subordonnés mais il y avait mis rapidement bon ordre. Contrairement à Riza, il ne se posait aucune question, il ne savait pas pourquoi il savait qu'elle était la femme de sa vie mais il le savait, voilà tout.

Il tourna la page du rapport qu'il lisait et remit un peu de cœur à l'ouvrage en pensant qu'il appellerait Riza le soir même. Voilà qui allait suffire à lui donner de la force jusqu'au soir et il poursuivit sa lecture…

Central City, 12 juin 1926

Riza, vêtue d'une robe mi-longue bleue à bretelles, marchait dans le centre ville en tenait Black Hayate en laisse. Le chien, bien dressé, ne tirait aucunement sur sa laisse et marchait fièrement. Elle était allée faire des courses, comme à chaque fois lors de son jour de congé, et s'apprêtait à regagner ses quartiers quand une voix connue l'interpella :

« Riza ? Riza Hawkeye ? »

Elle se retourna et reconnut sa collègue et amie Rebecca Catalina. Elles avaient fait leurs classes et servi ensemble au début de leur carrière et, depuis, elle ne l'avait vue que de loin en loin.

« Ca alors, si je m'attendais ! », s'écria Rebecca.

Riza, surprise elle aussi, répondit :

« Je ne savais pas que tu étais à Central à présent… »

Rebecca secoua la tête.

« Non, je sers dans le nord, je suis ici en permission… »

Et elle ajouta :

« Allez viens, je t'offre un verre…si tu as le temps, bien sûr !»

Riza hésita un instant mais finit par accepter. Elles gagnèrent un bar bien fréquenté et commandèrent. Après un échange de banalités, Rebecca finit par poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Alors, il paraît qu'enfin tu as franchi le pas avec le beau colonel Mustang ? »

Riza, qui s'attendait à la question connaissant le penchant cancanier de son amie, répondit évasivement :

« Je vois que les nouvelles vont vite, mais c'est le cas, oui… »

Rebecca connaissait bien Riza et savait qu'elle n'en dirait guère plus sur le sujet. Elle caressa un moment Black Hayate et finit par dire :

« Ca ne doit pas être facile pour vous, vu la distance… »

Riza secoue la tête.

« Non, mais nous l'avons choisi en toute connaissance de cause… »

Rebecca remarqua que, malgré les mêmes dehors stricts et raides, Riza semblait rayonner de l'intérieur. Pourtant, malgré cela, elle pouvait sentir son hésitation et ses questionnements, bien légitimes car la réputation de coureur de jupons de Mustang n'était malheureusement plus à faire.

Le serveur leur apporta ce qu'elles avaient commandé et Rebecca but une gorgée de son soda avant d'expliquer qu'elle se trouvait en poste à North City depuis quelques temps déjà et qu'elle avait bien l'intention d'y rester puisqu'elle y avait trouvé l'âme sœur. Ce n'était pas un militaire, c'était un jeune commerçant de la ville qu'elle avait rencontré par hasard et, comme elle le précisa à Riza avec un certain humour « ça avait fait des étincelles ».

« Si ça se trouve, je me marierai avant toi… », fit-elle avec un clin d'œil.

Riza le reconnut avec sa froide logique habituelle.

« Ca, je te crois sans peine … », dit-elle seulement sans la moindre émotion dans ses yeux mordorés.

Rebecca hocha seulement la tête. Elle savait d'expérience qu'entre hommes et femmes rien n'était jamais simple et elle espéra vivement qu'enfin Riza, qui avait eu jusque-là une vie assez difficile et dénuée de tout intérêt sentimental à l'exception de Mustang, pourrait trouver l'équilibre qu'elle méritait…

Cité de l'Ouest, 18 septembre 1926

En l'absence de Mustang, retenu chez le général pour la traditionnelle tea party des officiers supérieurs, ses subalternes étaient réunis dans leur bureau commun.

« Mais oui, comme je vous dis ! », expliquait Mélina Herzed, « je l'ai vu sortir d'une bijouterie voilà moins d'une semaine avec un petit écrin dans la main, je vous dis qu'il va la demander en mariage ! »

Roger Barnett eut un geste vague.

« Ca ne veut rien dire, selon moi…d'accord, il la connait depuis très longtemps mais on ne demande pas quelqu'un en mariage au bout de quelques mois seulement de relation sentimentale, sans compter le fait qu'elle vit à Central… »

Joseph Romedy croisa ses jambes devant lui et remonta ses lunettes.

« Je suis de l'avis de Mélina : il va la demander en mariage, c'est sûr…vous n'avez pas remarqué à quel point il a changé ? »

Tous les autres le regardèrent d'un air bovin mais il expliqua :

« Il est plus sûr de lui, mais ce n'est pas cette sûreté de lui-même qui frisait la suffisance, c'est autre chose, il est mûr pour le mariage et ce ne sont pas des contingences de temps et de distance qui l'arrêteront à présent qu'il a compris pas mal de choses… »

Malgré ses lunettes à double foyer, le lieutenant était un fin connaisseur de la nature humaine et surtout un observateur de premier ordre. Certains signes ne trompaient pas, Mustang s'apprêtait à franchir le pas. Restait à voir si sa dulcinée le ferait aussi.

Le lieutenant Barnett dit alors avec un regard entendu :

« On lance les paris ! Dix contre un qu'il ne la demandera pas en mariage ! »

Arpad Neves, qui n'avait rien dit jusque-là, s'écria alors :

« Tenu ! »

Mais toute cette bonne humeur fut interrompue par l'entrée de Mustang. Il se laissa tomber sur sa chaise sans dire un mot, ce qui n'étonna personne vu que chacun savait qu'il détestait participer aux tea parties. Chacun de ses subordonnés plongea immédiatement dans son dossier en cours et nul n'osa broncher jusqu'à ce qu'il dise un mot et que la dynamique du service reprenne son cours…

Ses subordonnés avaient vu juste, Roy comptait demander Riza en mariage. Bien sûr, il savait bien que ça serait difficile avec la distance et le reste, mais il était parfaitement sûr de lui et au clair avec la force de ses sentiments. Jamais il n'avait été si sûr de quoi que ce soit, jamais il n'avait aimé aucune autre femme comme il aimait Riza. Quelquefois, il se demandait pourquoi il lui avait fallu tant de temps pour s'apercevoir que c'était elle et aucune autre mais l'évidence était présente et s'était imposée à lui de façon très brutale.

Ce soir-là, assis dans son fauteuil, une tasse de café à la main, son regard tomba sur le petit écrin qu'il avait posé à la tête de son lit. Un sourire fendit lentement ses traits alors qu'il se remémorait le petit objet si chargé de symbole qu'il contenait. Il avait choisi la bague très simple, un simple jonc en or blanc surmonté d'une petite pierre, car il savait que Riza détestait tout ce qui était clinquant. Mais ce qui comptait n'était pas l'apparence de l'objet mais sa signification, celui de l'engagement de toute son existence dans le mariage. Une telle chose l'aurait fait fuir à toutes jambes voici peu mais, désormais, imaginer son avenir aux côtés de la même femme ne lui faisait plus peur.

Il eut un léger sourire, posa sa tasse de café sur la table près de lui et laissa son unique œil sombre errer sur l'ameublement sommaire de ses quartiers. Voici plusieurs jours qu'il imaginait les mots qu'il lui dirait lors de son prochain appel téléphonique et il pensait être arrivé à un compromis correct mais, à chaque fois qu'il y repensait, cela ne lui allait plus. Finalement, il avait décidé de se laisser porter par l'inspiration de l'instant et avait convenu en plein accord avec lui-même que c'était le mieux…

Quelques jours plus tard, 1er octobre 1926

Riza attendait dans la cabine téléphonique que Roy l'appelât. Elle se rendait toujours dans le même centre téléphonique car ils préféraient ne pas passer par les lignes de l'armée pour leurs échanges privés. Enfin, le téléphone sonna et l'opératrice dit son nom. Elle prit le combiné et manqua un battement de cœur quand elle entendit la voix aimée. Ils parlèrent un moment de tout et de rien puis elle sentit le ton de sa voix s'aggraver. Il eut une pause puis se lança :

« Riza…est-ce que tu veux m'épouser ? »

Elle crut qu'elle avait mal entendu. Est-ce qu'il venait bien de lui proposer le mariage ? Il perçut son moment de flottement et insista :

« Tu as bien entendu, je viens de te proposer d'être ma femme pour le restant de nos jours…j'ai été long à comprendre mais je sais maintenant que je suis prêt à m'engager… »

Malheureusement pour lui, même si elle s'était sentie très émue au départ, le rationalisme de Riza reprit vite le dessus.

« Ca ne pourrait jamais marcher, Roy, vu la situation…comment peux-tu être en être certain si vite et, surtout, comment puis-je être assurée de toi, de ta fidélité ? Non, ce n'est pas une bonne idée… », lui répondit-elle d'une voix redoutablement calme.

Il encaissa le camouflet reçu de plein fouet mais dut reconnaître qu'il était justifié. Elle l'avait vu tant de fois passer de femme en femme qu'elle ne pouvait pas croire qu'il pût lui être fidèle, et pourtant c'était le cas, nulle autre femme ne comptait plus à ses yeux en dehors d'elle.

« Très bien, je n'en parlerai plus… », fit-il seulement, bien décidé à revenir à la charge quand il la sentirait prête.

Une lueur brilla dans son unique œil d'obsidienne, la lueur qui ornait autrefois le regard du fringant alchimiste d'Etat qu'il avait été. Il acceptait le défi qui lui semblait à sa mesure et, s'il devait se battre pour son bonheur futur, il le ferait sans hésiter…

A SUIVRE