4 – Simon tenait compagnie à Joy dans le salon lorsque Pierce arriva, contrairement à son habitude Simon se montra circonspect.
En fait depuis leur première rencontre quelque chose le gênait en cet homme, quoi ? Il ne saurait répondre mais le sentiment était là diffus.
- « Joy, je te laisse avec notre invité, Largo doit être arrivé, je vais l'aider. »
- « d'accord.»
- « ne tardez pas, on vous attend. »
Simon ne répondit rien et partit en direction de la piste d'atterrissage où l'hélico s'apprêtait à décoller à nouveau.
- « bien que voulez vous à Largo? »
- « mais rien, nous sommes voisins alors j'ai voulu faire connaissance. »
- « vous mentez Milord. Votre bague vous trahit. »
- « comment connaissez-vous cette bague ? »
- « je la porte gravée dans ma chair, et je garde celle offerte par Lady Danielle à Nério. »
- « alors c'est vrai. »
- « oui. »
- « et Natalia ? »
- « aussi. C'est votre nièce…... mais je vous préviens si vous tentez quoi que ce soit….»
- « écoutez je veux seulement les connaître, je ne tenterai rien. Je veux juste qu'on devienne amis. Je veux le connaître, vous ne pouvez pas m'en empêcher. »
- « mon devoir est de le protéger, pendant plus de deux ans vous vous êtes acharnés sur lui. Vous avez été à deux doigts de le briser et vous voudriez que je vous bénisse.»
- « non mais que vous compreniez… je l'ignorais, Nicky a caché cette histoire au conseil. J'ai découvert ces documents par hasard il y a quelques semaines de cela. »
- « je vous accorde une chance, mais une seule, tentez de lui nuire et même la commission ne retrouvera pas votre trace…. Attention les voilà. »
En effet par la porte Joy vit arriver le petit groupe, Largo avançait en prenant appui sur sa béquille et sur l'épaule de Natalia qui avait décidé d'être son infirmière.
Pourtant la mine réjouie de Largo se ternit quelque peu à la vue du visiteur et du bouquet de fleurs prés de la jeune femme.
La mine contrariée de Joy elle, céda place à un sourire empli de tendresse pour le nouvel arrivant.
- « bienvenu chez toi Largo. »
- « merci Joy. Ça va toi ? »
- « oui, merci. Viens je veux te présenter quelqu'un. »
- « ah….
- « fais pas ta mauvaise tête Largo, il est sympa tu verras. Largo je te présente Pierce Van Diep…. Pierce je te présente Largo Winch….. Largo, Pierce est un vague parent à moi, ils possèdent un château en Irlande qui donne sur un loch, c'est super surtout en été. »
- « vraiment….. En tout cas bienvenu parmi nous…..
- « je me souviens, le château de Rambouillet en France. Voilà pourquoi son nom me disait quelque chose. Il en fait partie. »
Tout en parlant Simon était venu se placer tout près de Largo et avait sorti son arme.
- « Simon, baisse ton arme. »
.
- « Joy est ce que tu t'entends. »
- « oui, je m'entends mais Pierce ne fera rien, il se taira.»
- « comment ça ? »
- « Nério connaissait sa mère, c'est pour ça qu'après le départ de ta mère Largo, il a laissé cette maison à la famille de Pierce et a gardé celle là pour toi. Il n'y a pas de garantie, mais il est le moindre mal.»
- « écoutez moi, ma famille fait partie de la commission mais pas moi, mon métier est la banque pas plus. »
- « je ne lui fais pas confiance.»
- « écoute Simon, c'est valable pour vous deux aussi. Si un jour cela tourne vraiment mal avec la guilde, il est le seul en qui vous pourrez avoir confiance, personne d'autre.»
- « comment ? Comment veux tu que j'oublie. Je suis perdu. »
Doucement Joy s'éloigna de Largo et se dirigea vers Simon à petit pas, chaque pas lui tirait une grimace de douleur mais elle avançait tout de même. Le Suisse était cher à son cœur elle n'aimait pas le voir ainsi.
- « Simon écoute moi, je préférerai me couper un bras que de risquer vos vies. Mais cet homme ne fera jamais rien qui puisse nuire à Largo. »
- « c'était des amies de longues dates et elles nous ont trahis, alors pourquoi est ce qu'un étranger nous épargnerait ?»
- « je sais qui il est et où le frapper s'il nous arrivait quelque chose à cause de lui. Même Nério lui faisait confiance puisqu'il lui a laissé la grande maison.»
- « Joy, c'est pour toi. Je ferai des efforts pour toi. »
- « merci tu es le meilleur. »
- « je sais, au fait Alicia arrive demain alors vous êtes sympa et vous évitez de m'embarrasser en vous disputant comme vous le faites…. Pierce qu'est ce que tu attends si tu ne t'y mets pas le barbecue ne va pas se faire seul. »
Simon entraîna Pierce et Kerenski qui était demeuré silencieux durant tout l'échange. La pièce se vida bientôt seul Joy et Largo demeurèrent.
- « tu lui fais confiance ? »
- « oui, il ne te trahira pas. »
- « alors je lui fais confiance. Dis Joy pendant ton délire tu as dit des choses et…. Je…je voudrais que tu me répondes.»
- « je le ferai, je te le promets. »
- « pas de mensonges. »
- « aucun. Tu m'aides à marcher. »
- « l'aveugle guidant le paraplégique. »
En souriant les deux jeunes gens prirent le chemin emprunté par Joy quelques heures auparavant. La jeune femme poussa la porte et alluma la lumière.
- « je peux savoir pourquoi tu m'as amené ici. »
- « je te voulais pour moi seule afin de te montrer ça. »
En disant cela Joy pointa du doigt le tableau accroché au mur, le tableau de dimension respectable hypnotisa Largo, aussi vite que le lui permettait son handicap il s'approcha du portrait.
- « c'est ….. C'est moi ? »
- « oui, en compagnie de Nério. »
- « mais je ne me souviens pas. »
- « je voulais te la montrer et te donner cette canne.»
- « merci Joy, tu fais tellement pour moi. Je n'ai pas toujours su te prouver mon affection et mon attachement mais je veux que tu le saches je… je….t'
- « shuuuuuuuuuut…. Ne te force pas, un jour tu pourras le dire sans peine. »
- « je peux rester un moment seul. »
- « bien sûr. Je te laisse je vais rejoindre les autres. Mais avant je dois te remettre autre chose. »
Lentement Joy se dirigea vers le tableau suspendu au dessus de la cheminée, après quelques tâtonnements la jeune garde du corps trouva ce qu'elle cherchait, un mécanisme qui ouvrit un coffre caché dans la cheminée, avec mille précaution Joy s'agenouilla et en extrait une bague.
La bague était en fait une chevalière dont le motif rappela à Largo celui de la bague de leur visiteur et lorsqu'il reproduisit le motif sous ses doigts reconnut celui qui marquait Joy.
- « mais comment ? »
- « il a appartenu à ta mère qui l'avait offert à Nério après leur mariage, à présent c'est à toi qu'il revient. Mais je te déconseille de le montrer. »
- « tu en sais beaucoup sur moi et mon passé. »
- « oui. »
- « alors pourquoi ne pas m'en avoir parlé.»
- « tu descends d'une famille ancienne, son histoire est partiellement liée à celle de la guilde. Lorsque Nério t'a soustrait à eux, ton grand père maternel a fait une chose incroyable, il a effacé toute trace de toi, si bien que tu n'avais pratiquement plus aucune existence réelle aucun document ne parlait de toi. Lorsque Nério s'est enfin senti en sécurité il t'a adopté sous le nom de Largo Winzclav et t'a laissé à la garde du père Maurice. »
- « dis moi Joy quel genre d'homme était mon père. »
- « c'était quelqu'un de merveilleux, je lui dois beaucoup, il m'a aidée pendant la grossesse, il m'a tenu la main. C'est un être extrêmement complexe, difficile à cerner. Il croyait aux notions du bien et du mal mais pour lui la fin justifiait les moyens. »
- « tu viens, allons rejoindre les autres. »
- « je croyais que tu voulais te retrouver seul. »
- « non si je reste seul je me ferai dévorer par mes démons, or pendant notre emprisonnement je me suis promis une chose. Ne plus laisser les doutes empoisonner mes rapports avec vous. Vous avez été les seuls à ne pas me trahir et à tenter de me protéger de moi-même même si ce n'était pas chose facile tous les jours. »
L'assemblée était quelque peu tendue à l'arrivée de Joy et Largo mais grâce aux efforts déployés par Joy et la vitalité des deux fillettes l'atmosphère s'allégea tout au long de la soirée, Simon perdit de sa rigidité et redevint l'homme plaisant que Joy connaissait.
Pierce connaissait Largo et son Intel au travers des rapports adressés par leurs espions mais là entourés de ses hommes il découvrait une autre facette, ces gens là vivaient traqués au quotidien pourtant ils s'entêtaient à se comporter comme si leur vie était des plus routinières, même les deux fillettes possédaient des réflexes.
Il parla de son enfance, Pierce se surprit à se livrer lui qui depuis des années ne se confiait plus, parla et vida son sac comme le voulait l'expression, il parla des raisons qui l'avaient poussé à s'éloigner un peu de la commission.
Il avait lu les textes à l'origine de la guilde, il savait qu'au départ elle était avant tout un ordre marchand avant de changer à coup d'intrigue et d'assassinat.
Ce n'était pas tout la guilde visait au départ à soustraire les marchands de la mainmise de certains, par le passé les caravane qui commerçaient avec les lointaines contrées étaient aussi le moyens de faire connaître les avancées de la science et les diffuser.
Or certains seigneurs craignaient pour leur pouvoir, ce pouvoir quasi divin que leur accordait leur naissance.
La guilde avait changé sous l'impulsion de son maître du moment, il n'intégra plus des marchands seulement mais aussi des penseurs des philosophes afin d'étendre cette protection.
Le pouvoir malheureusement obscurcissait les esprits les plus clairvoyants et les visées de la guilde changèrent.
Les fillettes partirent se coucher sous la surveillance de leur frère aîné, les adultes demeurèrent dans le jardin à discuter, en fait Pierce était celui qui parla le plus, il les fit rire en leur parlant de ses bêtises d'enfants puis ce fut au tour de Largo de parler de son enfance.
Simon y alla de son anecdote mais aucun des deux agents ne parla leur souvenir de cette période de leur vie se limitait aux camps d'entraînements.
- « heureusement que demain c'est samedi. »
- « ouais, heureusement. Ecoutez les gars, c'est la première fois qu'Alicia passera tout un week-end avec nous alors soyez sympa. »
- « ne t'inquiète pas Simon, je ne lui dirai pas que passes ton temps à essayer de deviner quel genre de lingerie je porte.»
- « Joy t'es pas drôle là. »
- « elle a raison on devrait peut être lui parler de ses petit travers.»
- « c'est vrai Largo, c'est un membre important du conseil on lui doit la vérité. »
- « vérité, eh mais quel vérité….. Kerenski aide moi ils vont me casser la baraque. »
- « Simon, c'est vrai quoi tu es bizarre je t'ai à plusieurs reprise en train de fixer avec insistance le buste de notre chère Joy ou une autre partie de son anatomie. »
- « bande de faux frères… Pierce mon ami dis je trouverai pas chez toi une petite chambre pour moi et mon Alicia.»
Trop paniqué par les paroles de ses amis Simon n'avait pas noté la lueur de gaieté qui brillait dans les yeux de ses amis ni les efforts que faisait Largo afin de ne pas éclater de rire. Finalement n'y tenant plus Largo se laissa aller et éclata de rire suivi par Joy et Kerenski qui laissa affleurer un sourire.
Pourtant l'apparition de Charles Arden mit un terme à cette hilarité salvatrice qui finissait de cimenter les liens d'amitié entre Largo Winch et Pierce Van Diep.
- « Joy, je voix que tu es parfaitement remise.»
- « ta sollicitude me va droit au cœur.»
- « tes grands-parents sont là ils souhaiteraient te voir, ta mère aussi.»
- « il est tard, nous en parlerons demain.»
- « non, tout de suite.»
- « elle a dit demain Charles. »
- « ne vous mêlez pas de ça Kerenski. Je m'adresse à ma fille.»
- « elle est ma femme. »
- « ex femme. »
- « cela ne change rien, je veille sur elle depuis que vous avez cessé de vous préoccuper d'elle. J'ai plus de droit sur elle que vous n'en aurez jamais.»
- « vous rêvez, je suis celui qui l'a faite, j'ai fait d'elle un soldat d'élite, quelqu'un qui peut vivre seul, elle n'a besoin de personne. Joy nous devons parler.»
Tout en parlant Charles avançait en direction du petit groupe, en retrait Pierce observait quelque peu choqué ce vif échange, il avait été élevé en tant que fils de dignitaire, il connaissait la solitude qui accompagnait ce rang, mais il avait été entouré de sa famille et d'amis. Or Joy Arden semblait avoir été élevé d'une façon bien plus dure. Sa solitude lui avait été imposée, alors que celle de Pierce était venue par la crainte qu'inspiraient sa famille et son rang.
Bientôt Charles fut à quelques pas du petit groupe. Dédaignant les trois hommes de l'Intel il tendit un bras pour s'emparer de celui de Joy et l'entraîner à sa suite lorsque la main de Simon se tendit.
- « lâchez la. Elle a dit demain. Nous vous attendrons demain. »
- « vous n'en aurez pas le courage Monsieur Ovronnaz. »
- « ne me testez pas, vous le regretteriez.»
Simon gardait Charles en joue, mais celui-ci ne relâchait toujours pas le bras de Joy, la tension monta d'un cran encore lorsque Simon enleva le cran de sûreté.
Puis un petit bruit sec brisa le silence, c'était Largo qui venait d'abattre sa canne sur le poignet de Charles Arden.
- « Joy n'est pas seule, nous sommes là. A présent nous sommes sa famille. Si vous l'attaquez, vous nous attaquez et nous n'hésiterons pas à riposter. Ne commettez pas l'erreur de nous sous-estimer. »
- « elle détient les réponses à certaines énigmes. »
- « demain, papa. Je te répondrai demain. »
Charles se retira et se fondit dans le noir à nouveau tandis que Joy se laissait glisser à nouveau sur son fauteuil.
Sur cette fausse note, la soirée prit fin, Pierce traversa le jardin et partit en direction de sa demeure tandis que les membres de l'Intel rejoignaient la demeure.
Charles Arden possédait une maison dans les environs, à une dizaine de kilomètres de la résidence de Winch, sa belle famille s'était déplacée ainsi que Adriana.
- « alors Charles où est elle ? »
- « elle ne m'accompagne pas. Winch et les autres ne laissent personne l'approcher. »
- « elle doit venir, j'attends des réponses. Parce que toute cette histoire n'est pas claire. »
- « nous irons la voir demain. »
- « et puis quoi encore, je suis sa mère c'est à elle de venir. »
- « tu ne l'es pas, la génétique n'est pas tout. Quand t'es tu occupée d'elle ? »
- « parce que tu crois que tu as été un père pour elle. Tu n'as vu en elle qu'un bon petit soldat.»
- « sans doute. »
Charles ne dit rien, avec le passage des années, ses sentiments pour sa fille avaient grandi et gagné en force mais à quoi cela aurait il servi. Il avait passé sa vie en mission et puis son amour pour son pays et son sens du devoir prenait le pas sur le reste.
- « il est trop tard pour changer cet état de chose. »
Le fantôme, cette légende vivante n'était plus à présent qu'un vieil homme marqué par la traîtrise de son fils et par l'indifférence de sa fille, sa préférée.
Après la libération des otages il s'était rendu à Washington afin de remettre son rapport et s'informer pour les agents infiltrés dans les familles mafieuses.
Rien n'avait filtré à l'exception d'une vague rumeur de couloir que personne ne pouvait confirmer. Tout ce que Charles avait pu apprendre c'était la rupture de tout contact entre certaines agences gouvernementales et leurs agents infiltrés.
Et aucune des recherches n'avait abouti, les hôpitaux les morgues tous ces organes avaient été visités et la police n'avait pas repêché de cadavres. Un silence total.
La nuit s'écoula et le jour prit sa place, à neuf heure précise Charles Arden et son épouse, Lord et Lady Malverne frappaient à la porte de la demeure de Largo. Un garde vérifia leur identité à l'entrée avant de les laisser passer, sur le seuil de la demeure un maître d'hôtel guettait leur arrivée afin de les guider vers la bibliothèque où les attendait Joy.
