Chapitre II
« Est-ce dont là ma place ? Ai-je trouvé l'endroit et les personnes avec lesquelles je dois passer mon éternité ?
Ai-je déjà atteint mon objectif ?
Cela devrait me suffire, être avec ces personnes qui m'ont ouvert les bras sans plus me connaître, qui m'ont montré que dans ce monde, derrière la pauvreté, on pouvait y trouver des sentiments pures…Pourtant, je ne suis pas satisfait.
Egoïste ?
Non. Je le sens, ce vide qui ne peut être comblé par cette vie simple. Ce n'est pas égoïste, ce besoin ne l'est pas.
Il est étrange ce monde…Mais, je crois qu'il me fascine quelque part. C'est pourquoi je devrai partir tôt ou tard, découvrir cette terre, y faire mes propres expériences. Et puis, j'aimerais les voir, ces shinigami dont on me parle tant. »
OoOoOoOoO
Les jours s'écoulaient paisiblement, un peu trop paisiblement. Sur le toit de la maison qu'il retapait, son regard embrassait souvent l'horizon inexploré. La forêt était dangereuse, la ville, tout autant.
Plus le temps passait, plus il s'attachait à cette vie, à sa nouvelle famille. S'il ne se décidait pas bientôt, il finirait par ne plus être capable de les quitter. Déjà, des regrets amers envahissaient son cœur dès qu'il y réfléchissait.
- Ikki !
La voix d'Aoi le tira de sa contemplation. Avec un sourire, il baissa son regard en direction de la jeune femme à la chevelure blonde qui lui faisait de grands signes de la main.
Il la rejoignit d'un bond, sautant du toit et atterrissant habilement sur ses deux pieds. Elle le sermonna, lui arrachant la énième promesse de ne plus recommencer ce genre d'acrobaties dangereuses.
- J'ai quelque chose pour toi, fit-elle ensuite d'un air mystérieux. Viens !
Intrigué, il la suivit à l'intérieur de la petite maison. Là, Yukio et son frère Akio l'attendaient, si le premier affichait un air joyeux, le second semblait bien moins enthousiaste.
Il était évident qu'Akio se montrait plus méfiant à son égard, mettant toujours une certaine distance entre eux.
Ichigo avait respecté son désir, ne le brusquant pas, ne le forçant pas à s'ouvrir à lui. Pourtant, souvent, il sentait son regard posé sur lui, comme s'il cherchait malgré tout à établir un lien avec lui, un lien qu'il ne voulait pas voir s'épanouir.
« C'est pour toi ! lança Yukio en lui présentant un simple morceau de tissu beige.
- Qu'est-ce que… ?
- Le moyen pour toi de sortir sans te faire repérer, lui expliqua Aoi en prenant le tissu et lui enroulant sur la tête.
-Les shinigami ne pourront pas te reconnaître !
- Oh…Merci… »
Ichigo se laissa faire, touché par cette simple intention. Yukio et Akio lui avaient rapporté que plusieurs shinigami recherchaient un homme correspondant à sa description dans les bas-quartiers du Rukongai. Il avait dû se rendre coupable d'un grave crime en aidant Yukio à s'enfuir, en à peine un jour, il avait déjà été repéré comme étant un hors la loi aux yeux de ces shinigami.
« Si Key revient, il ne sera pas content ! s'écria soudain Akio en le pointant du doigt.
- Key ne reviendra pas ! répliqua sèchement Aoi.
- T'en sais rien ! »
Akio s'enfuit en courant, laissant une atmosphère soudain tendue derrière lui.
« Qui est Key ? se risqua à demander Ichigo .
- Notre père…, murmura dans un sanglot le petit Yukio. Il est parti…
- Oh…Je…Je suis désolé…
-Tu n'as pas à l'être. Key a fait son choix en nous quittant. Akio était proche de lui, c'est Key qui le premier a pris soin de lui à son arrivée ici. Alors, quand un jour il nous a abandonné…»
Remarquant les larmes perlant des yeux noisette d'Aoi, il baissa la tête, un peu gêné d'être la cause de cette soudaine tristesse.
Il toucha le turban, réalisant que ce dernier devait appartenir à ce Key.
- Je ne devrai pas…
Aoi l'arrêta dans son geste alors qu'il s'apprêtait à enlever le fin tissu.
- Non. Garde-le. Key ne reviendra pas…
« Je ne peux m'empêcher de me sentir coupable. Une fois les choses calmées, je partirai, les abandonnant brutalement comme Key l'a fait avant moi. Mais je ne peux rester, même si cela fait mal. »
OoOoOoOoO
Ses yeux reflétèrent étonnement et incrédulité avant de devenir aussi froids qu'un hiver glacial. Il était blessé, blessé et furieux.
La façon dont il la toisa lui fit mal. Etait-ce ainsi qu'ils devaient se quitter ? Sans un mot, sans une explication ?
Stoïque, Rukia le laissa quitter précipitamment la pièce. Elle n'avait pas imaginé autres réactions, pourtant, son regard lui avait réellement fait mal.
Le mépris, la colère, dansant dans ses iris, telles de vives flammes incandescentes. Dans ses yeux, elle y avait vu tant de sentiments sombres qu'elle n'espérait pas son pardon.
En croyant faire ce qui était juste, elle blessait son entourage. Elle aurait le temps de méditer sur ses erreurs et ses fautes dans la cage dorée qui l'attendait.
Lorsque la porte se rouvrit, l'espoir inonda son cœur, mais l'homme qui entra, n'avait rien de commun avec Renji. Un habit sobre, écru et beige, taillé sur mesure, aux finitions parfaites, habillait cet homme à la longue chevelure blonde qu'il avait rassemblée en une queue de cheval, ses yeux, d'un vert sombre, la toisaient avec une arrogance digne de cette noblesse dont elle faisait partie, il n'avait rien, définitivement rien en commun avec son ami.
-Mademoiselle Kuchiki.
Rukia leva vers lui des yeux vides et froids.
- Merci de votre invitation, je n'en espérais rien, mais je suis ravi que nous ayons l'opportunité de nous rencontrer.
Silencieuse, elle lui accorda, d'un simple geste, la permission de prendre place en face d'elle.
Il sembla attendre quelques mots de sa part, mais la jeune shinigami, la gorge serrée, ne pouvait que se murer dans ce silence bien trop pesant.
- Votre décision m'a surpris…, commença-t-il guettant la moindre de ses réactions, mon père a dû se montrer convaincant.
Rukia ne laissa pas transparaître sa soudaine nervosité. Elle tenta de rester aussi calme et détachée que possible. Au fond d'elle, elle ne pensait qu'à s'échapper de cette pièce devenue bien trop oppressante.
- Vous êtes bien silencieuse pour une personne que l'on m'a décrite comme n'en faisant qu'à sa tête et complètement ingérable ! se moqua ouvertement Soren Itô.
La jeune femme tressaillit légèrement sous le coup de cette remarque.
« Désolée de vous décevoir, répliqua-t-elle du bout des lèvres.
- Non, j'en suis plutôt rassuré. Cela facilitera bien les choses… »
Un pantin. Un vulgaire pantin. Elle ne serait rien de plus.
« Ichigo, je ne sais si je pourrais tenir ma promesse. Te retrouver me semble bien difficile. Où es-tu ? Pourquoi ne te montres-tu pas ? Mon frère et mon capitaine ont envoyé tellement de shinigami pour te rechercher, en vain, que je sais que seule, je n'y arriverai jamais.»
OoOoOoO
Il regardait les nuages défiler rapidement au-dessus de lui, poussés par un fort vent d'altitude qui sur sa peau, ici bas, n'était pas plus qu'une légère brise printanière. La demi-lune facétieuse semblait apprécier ce jeu de cache-cache, apparaissant plus rayonnante encore après une obscurité passagère, lorsque le voile opaque se dissipait.
Le sommeil le fuyait désespérément, l'obligeant à cette longue insomnie. Ses pensées étaient aussi agitées que les nuages au-dessus de lui, ne voulant s'apaiser.
« Tu ne vas pas partir, hein ? » lui avait demandé Yukio avec ses grands yeux bleus pleins d'espoir.
Un sourire avait dissimulé son mensonge, mais la culpabilité n'en était pas moins douloureuse. Le devait-il ? Partir ? Il était heureux ici, non ? Devait-il risquer de tout perdre ? Mais, pouvait-il ignorer son désir ?
Un hurlement terrifiant le tira de sa réflexion, faisant manquer un battement à son cœur soudain étrangement serré. Le cri désespéré d'un homme s'éleva ensuite à l'orée de la dense forêt, résonnant dans toute la ville, si calme à cette heure-ci.
Une violente décharge parcourut son corps, un flux étrange, une impression irréelle, comme s'il ressentait l'inquiétante présence cachée par la nuit obscure.
Hollow. Elles existaient donc bien ces créatures fantastiques dont lui avait parlé Yukio et elles étaient si proches, si menaçantes.
Paralysé par l'inquiétude et cette inexplicable oppression, il ne put que regarder les ombres des arbres qui s'élevaient au-dessus des toits, espérant ne pas y voir surgir un quelconque monstre.
Un éclair argenté, un mouvement furtif, un froissement presque imperceptible, il le sut, il n'était plus seul. Aux aguets, il regarda tout autour de lui, attendant un quelque chose, un autre signe.
« Par ici ! hurla une voix. »
La silhouette se mut rapidement, mais il eut le temps d'apercevoir la longue lame qu'elle tenait à la main.
Shinigami.
L'excitation prit le pas sur son angoisse. Etait-ce eux ? Etait-ce vraiment eux ?
« Mon inconscience a dû jouer un rôle de ma mort prématurée. Je sais que c'est idiot, je le sais. Mais je dois le voir de mes propres yeux. Je veux les voir à l'action, je veux savoir qui ils sont. »
