CHAPITRE 2
« Ouverture non programmée de la porte, » déclara Chuck en s'adressant au major Baxter. « C'est le code d'identification de Teyla, » ajouta-t-il pour recevoir l'approbation du major.
« Baissez le bouclier, » ordonna Charlie à qui incombaient momentanément les décisions en l'absence de ses supérieurs.
Sitôt le bouclier baissé, un Jumper s'engouffra par l'iris tandis que s'ouvrit le plafond qui donnait l'accès au hangar. Une fois le vaisseau dans le hangar, un second le suivit et le vortex se ferma dans flouch caractéristique.
« Mission « Sapin de Noël » accomplie ! » grésilla la voix du colonel Sheppard dans l'oreillette de Charlie.
« Après avoir visité trois planètes différentes, il était temps colonel, » le taquina Baxter.
« Fallait venir si tu pensais pouvoir mieux faire, Bax ! » rétorqua de nouveau John légèrement vexé.
« Pendant que certains s'amusent et partent à la cueillette aux sapins, il faut bien que des gens responsables se soucient de la sécurité de la cité, Monsieur ! » répliqua la jeune femme narquoise.
« C'est ça ouais ! » s'exclama John dans son dos tandis qu'il la rejoignait. « Lâcheuse ! » persifla-t-il.
« Si vous cessiez vos gamineries et que vous nous montriez votre trouvaille, John ? » les interrompit le docteur Weir alors que la jeune militaire s'apprêtait à répliquer à nouveau.
« Il est tout simplement PAR-FAIT ! » s'écria le docteur Beckett qui, les ayant rejoints en courant à l'annonce de leur arrivée, put assister au passage du sapin – ou tout du moins quelque chose d'approchant – porté sans aucun mal par Ronon malgré sa taille et un poids probablement important. Derrière lui trottinait un McKay bougon :
« Pff, il faut toujours que vous vous fassiez remarquer ! » lança-t-il à Ronon d'une voix suraigüe qui trahissait sa contrariété. « J'aurais pu faire pareil, mais mon dos est un peu douloureux, » les informa-t-il d'un air supérieur en désignant le Satédien. « Je crois que je me suis déplacé quelque chose. Et puis on est tellement mal assis dans ces Jumpers. Je crois qu'il faudrait vraiment… »
« RODNEY ! » s'exclamèrent en cœur John, Liz et Charlie en levant les yeux au ciel.
« Oui bon ça va, » bougonna-t-il. « Si on me cherche, je serais à l'infirmerie. Là bas au moins on se souci de… » continua-t-il de râler en s'éloignant.
« Je le mets où ? » interrogea le Pégasien, l'énorme pseudo-sapin toujours en équilibre sur son épaule.
« Au mess ! » répondit le Carson avec un enthousiasme tout enfantin.
« Attention ! » s'écria Charlie en tirant brusquement à elle le docteur pour lui éviter d'être assommer par la tête du sapin tandis que Ronon faisait demi-tour.
Ce dernier, alerté par le cri de la Terrienne, se retourna de nouveau, et Beckett ne fut sauvé une fois de plus que par les réflexes du major qui le projeta contre le sol tandis qu'elle s'accroupissait elle-même pour s'éviter à son tour d'être mise KO par le pied de l'arbre.
« Ronon ne bougez plus ! » s'exclama Sheppard.
« Je crois que pour la sécurité de tous, je vais vous accompagner jusqu'au mess avant que vous n'écrabouilliez quelqu'un avec ça ! » proposa Charlie en désignant la nouvelle arme de destruction massive que portait le Satédien. Tandis que ce dernier acquiesçait d'un grognement incompréhensible, la jeune femme conseilla au docteur de rester à une certaine distance devant l'homme et son sapin pour prévenir le personnel d'Atlantis du passage de ce convoi très exceptionnel.
L'extraordinaire équipée se mit donc en route pour le mess. Ne pouvant emprunter les téléporteurs avec un tel chargement, le chemin fut plutôt long et un silence gêné s'installa entre Ronon et Charlie. Celle-ci se reprocha bien vite d'avoir envoyé Carson en avant, songeant que sa présence débonnaire aurait sans doute allégé l'ambiance. Alors que la jeune femme se demandait si elle devait entamer la conversation sur un sujet quelconque qui leur aurait permis d'échanger les banalités d'usage, Ronon la devança :
« Dommage…vous…yez…venue, » marmonna incompréhensiblement l'ex-runner.
« Pardon ? »
« Dommage que vous ne soyez pas venue, » répéta-t-il intelligiblement au grand étonnement de sa compagne.
« Euh… Oui, sans doute, » répondit-elle prise de court par une telle déclaration.
« Ouais. »
Puis ils retombèrent tout deux dans un silence plus pesant encore. Charlie ignorait pourquoi, mais elle désirait encore l'entendre lui parler, et elle se fustigea de ne pas avoir répondu quelque chose de plus pertinent que sa lamentable réponse pour entretenir la conversation. Aussi fit-elle un effort pour relancer le dialogue :
« C'était… intéressant ? » demanda-t-elle avant de se blâmer mentalement : « Mais quelle gourde ! » songea-t-elle. « Intéressant ? T'aurais pu trouver moins stupide à dire Charlie ! »
« Ben, c'était des planètes comme les autres … » répondit le Pégasien perplexe.
« Oh…bien… Etaient-elles habitées ? »
« Non. » Puis ils se tinrent de nouveau côte à côte en silence, jusqu'à se que Ronon reprenne : « Vous n'êtes pas obligée de me faire la conversation si vous n'en avez pas envie. Le silence ça me va aussi. »
« Oh, je… je sais. Mais je… J'en ai envie, » balbutia-t-elle. « Enfin je veux dire … je ne me force pas Ronon ! » se reprit-elle précipitamment, rosissant.
« Mhh, » grogna-t-il peu convaincu.
« C'est juste… » Charlie était de plus en plus mal à l'aise et se reprochait la tournure absurde et confuse que prenait la discussion. Aussi décida-t-elle d'être franche et directe : « Je ne suis pas très douée pour… discuter. Ne pensez pas que je ne vous trouve pas intéressant, au contraire. Enfin, je veux dire, votre conversation ! » se corrigea-t-elle avec empressement. « Vous voyez, je… »
« Major ? »
« Charlie. »
« Si vous voulez, Charlie. »
« Oui ? »
« Arrêtez de parler, » dit-il le plus simplement du monde. « J'ai compris. Si le silence nous convient à tout les deux, inutile de s'encombrer avec une conversation maladroite et inutile. »
Charlie regarda le Satédien, stupéfaite et amusée par une telle déclaration, et reprit sa marche aux côté du Pégasien, un sourire persistant sur les lèvres, dans une atmosphère qui avait enfin perdu sa lourdeur empruntée.
Enfin parvenus à destination, Ronon laissa son chargement à l'équipe chargée de la décoration du sapin, et tout naturellement, sans qu'un mot ne soit même prononcé, ils s'installèrent tout deux à une table, éloignée de l'agitation qui électrisait les Atlantes, pour partager un café. Café que le Satédien accompagna généreusement de plusieurs beignets au chocolat, sous le sourire moqueur de la jeune militaire.
« Quoi ? » demanda-t-il la bouche pleine en constatant que la jeune femme l'observait amusée et attentive.
« Rien… Enfin si ! Vous feriez un tabac dans les foires américaines ! Vous rafleriez les premiers prix des concours de « gros mangeurs » ! » se moqua-t-elle gentiment, abasourdie par la quantité astronomique de nourriture qu'était capable d'avaler le jeune homme.
« C'est quoi ça ? »
« C'est… non, rien laissez tomber. » Et sans qu'elle le vit venir, ni sache pourquoi, elle éclata d'un rire nerveux et interminable, évacuant un peu de la pression qui pesait sur elle depuis plusieurs semaines déjà, s'attirant le regard complètement déboussolé de son compagnon.
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Quand enfin le major vint à bout de son fou rire, auquel Ronon, sans savoir pourquoi, s'était joint timidement, ce dernier avait enfin fini d'engloutir ses beignets et remplissait leurs tasses de café bien chaud. D'un mouvement de la tête, la jeune femme le remercia et en but une longue gorgée avant de retomber dans un mutisme songeur. Le sérieux étant revenu et leurs collègues étant affairés à la décoration du sapin, ne leur prêtant donc pas la moindre attention, Ronon se risqua à poser la question qui le taraudait depuis ce matin. Voyant que sa jeune amie avait été songeuse et taciturne toute la journée, il en avait déduit que, comme lui, elle était encore hantée par le souvenir du massacre sur P5C-2309. Ronon n'était pas homme à se livrer ainsi, mais il avait déjà partagé avec elle ses sentiments sur cette désastreuse mission et son besoin de ne pas se sentir le seul à supporter encore aujourd'hui cette douleur, s'était fait plus fort que son habituel devoir de réserve. Il les voyait tous rire et vivre comme avant, comme si tous étaient passés au dessus, et il ne comprenait pas pourquoi lui, celui que rien ne touche comme le pensaient nombre de ses collègues, était encore à ce point troublé et hanté par ces visions d'horreur qui encore aujourd'hui l'empêchaient de dormir sereinement. Aussi, il se sentait un peu rassuré de voir que Charlie peut-être – du moins il pensait que c'était là la cause de son air déprimé – partageait ce fardeau. Et comme il refusait de voir le docteur Heightmeyer et que pourtant il ressentait le besoin de se livrer, il osa questionner le major :
« Est-ce que vous aussi ça vous hante toujours ? »
Charlie leva des yeux ébahis vers son compagnon de table, puis comprenant immédiatement le sens de sa question les replongea aussitôt dans son café, marmonnant d'une manière typiquement « rononesque » :
« Toujours. » Elle tournait machinalement sa cuillère dans son café, heurtant l'émail de la tasse, produisant un son qui résonnait étrangement dans le brouhaha ambiant. « Les autres ont… enfin ils semblent… » tenta-t-elle de continuer dans un murmure, comme pour elle-même.
« Ils semblent avoir surmonté ça, » acheva Ronon à sa place.
« Oui, » souffla-t-elle la gorge nouée.
Ronon, percevant le désarroi dans lequel sa question l'avait plongé, saisit la main qui faisait tourner sans cesse la cuillère dans la tasse, lui retira le couvert, et, gardant la petite main blanche dans la sienne si grande et brune en comparaison, la posa sur la table sans la lâcher.
« Vous ne prenez pas de sucre, maj… Charlie, » dit-il avec douceur en accrochant le regard fuyant de la militaire. Elle qu'il avait vu se battre avec acharnement et vaincre des adversaires deux fois plus imposants qu'elle, ce petit bout de femme qu'il avait admiré mener ses hommes d'une main de fer sans jamais faillir elle lui paraissait si vulnérable, si petite en cette instant que le Satédien senti son cœur se gonfler d'une tendresse qu'il n'avait plus éprouvé depuis Mélina, et qu'il pensait à jamais perdue pour lui. A mesure que ce sentiment tendre et protecteur montait en lui, il serrait plus encore la main de la jeune femme, prenant garde à cependant ne pas lui faire de mal. Par ce contact, il voulait qu'elle comprenne que plus qu'un collègue, il était un ami. Plus qu'un adversaire d'entrainement, il était une épaule sur laquelle elle pouvait déposer ses craintes et sa douleur. Plus que « Conan le barbare », il pouvait être Ronon, un homme qui la consolerait si elle en ressentait le besoin. Son sentimentalisme étonna le Pégasien lui-même et l'espace d'un instant, surpris par ses propres pensées et son comportement, il desserra son emprise sur la main du major, qui, croyant le contact rompu, la retira et se redressa. Se raclant la gorge pour se donner une contenance, elle se leva en s'excusant de le quitter :
« Nous avons des cadeaux à préparer pour ce soir, » s'expliqua-t-elle d'un air faussement enjoué et mal à l'aise. « Je vais … enfin je dois… On se verra ce soir, » acheva-t'elle brusquement avant de tourner les talons. Mais à peine avait-elle fait quelques mètres qu'elle rebroussa chemin et s'approcha de nouveau de Ronon. Celui-ci cru qu'elle avait changé d'avis et sans bien comprendre tout ce que cela signifiait, souhaitait ardemment qu'elle reste encore un peu avec lui, regrettant la fin prématurée de leur entretien. « Merci, » lâcha-t-elle dans un souffle qui mit fin aux espoirs de l'ex-runner. « Merci d'avoir… partagé ça avec moi Ronon. C'est bon de savoir qu'on n'est pas… seul… » Puis elle repartit, cette fois-ci d'un pas décidé et quitta le mess, laissant Ronon seul avec ses tourments et son espoir déçu.
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De retour à ses quartiers, sitôt la porte fermée, Charlie s'y adossa et se laissa glisser tout contre jusqu'à se trouver assise à même le sol, les jambes repliées étroitement enserrées dans ses bras, le menton sur les genoux.
« Merde ! » grogna-t-elle entre ses dents tandis qu'elle sentait monter en elle une boule d'angoisse. Elle ignorait pour quelle raison elle avait fui ainsi alors que la présence rassurante de Ronon l'avait apaisée et l'avait empêchée pour quelques minutes de songer à ces visions terribles qui la rongeaient. Pourtant, elle avait fui. Quand elle avait senti l'étreinte du jeune homme se desserrer sur sa main, la chaleur moite de sa paume contre la sienne laisser filtrer un air plus frais. Quand la rupture de ce contact avait fait naitre une sourde angoisse dans son ventre. L'angoisse qu'il eût déjà regretté son geste et la tendresse qu'il lui avait apportée. Car de cela elle n'avait pas le moindre doute : elle connaissait suffisamment l'ex-runner maintenant pour savoir qu'une telle démonstration d'affection était exceptionnelle et elle avait ressenti jusque dans ses tripes la tendresse de son geste, de ce regard protecteur posé sur elle, de ce souffle doux et régulier soufflé sur sa peau.
Charlie se releva et se dirigea vers la fenêtre pour admirer la cité vêtue de son blanc manteau. Laissant errer son regard, elle tenta de faire le vide dans sa tête, de chasser les idées noires, futiles ou inutiles, pour laisser de la place à la réflexion qui allait suivre. Car au fond toutes ses pensées précédentes l'amenaient à une seule et vraie question qui avait vu le jour ce matin même, quand enfin isolée dans ce même lieu, elle avait cherché depuis quand les yeux de Ronon déclenchaient en elle des sensations dont aucun autre ne pouvait être la cause. Eprouvait-elle quelque chose pour Ronon ? Quelque chose de plus que ce qu'elle éprouvait pour les autres membres de l'expédition ? Bien sur, la réponse était évidente. Elle savait bien, elle pressentait tout au fond d'elle que ce qu'elle éprouvait pour le Satédien était différent et sans doute plus fort que ce qu'elle éprouvait pour ses autres collègues. Une évidence. Même pour John, qui avant d'être son supérieur était son ami le plus proche ici, celui avec lequel elle partageait le plus de choses, elle ne ressentait rien de la sorte. Rien qui se rapproche de ses… sentiments pour le Pégasien. Aussi, la vraie question, n'était pas ce qu'elle éprouvait de plus ou de moins, mais ce qu'elle éprouvait tout court. L'aimait-elle ? Et surtout depuis quand ?
Deux questions auxquelles Charlie préféra ne pas répondre tout de suite.
« Plus tard, » se dit-elle, « quand cette fichue fête sera passée. »
Aussi, elle secoua la tête comme pour chasser ses réflexions pour qu'elles lui laissent un peu de place pour les questions matérielles. Et quelles questions matérielles ! Le repas de Noël était prévu dans une heure et demie et elle n'avait toujours pas préparé son cadeau. En vérité, elle ne savait même pas à qui il était destiné. Hors, si elle ne connaissait pas le destinataire du présent et qu'en plus de devoir trouver un cadeau, elle devait chercher à travers toute la cité ladite personne, une heure et demie, ce serait bien trop court ! Elle se précipita donc sur son ordinateur pour consulter sa messagerie personnelle et voir quelle personne lui avait été attribuée par le programme aléatoire du docteur Zelenka. Dans sa boîte de réception, quatre messages l'attendaient. Le premier du docteur Sasaki, de nationalité japonaise, qui lui envoyait systématiquement ses comptes rendus de mission pour qu'elle corrige ses fautes de grammaire. Le deuxième était de John et au vu de l'intitulé, Charlie devina aisément qu'il s'agissait de la blague journalière qu'il envoyait à tous. Le troisième était le fameux résultat du tirage, tandis que le quatrième était le relevé des satellites en orbite autour de P5C-2309 qu'elle continuait de surveiller dans l'espoir de voir apparaître quelque survivant. Ignorant, les trois autres, elle cliqua directement sur celui qui lui donnerait le nom de l'heureux destinataire de son cadeau de Noël. Le message s'ouvrit et elle poussa un juron avant de se précipiter hors de ses appartements.
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« SHEPPARD ! » beugla Charlie en entrant dans les appartements du colonel sans même attendre qu'on l'y ait invitée. « A quoi tu joues, nom de Dieu ? »
« Relax, Bax ! » s'exclama John les mains en avant dans un signe pacificateur, tandis qu'il reculait précautionneusement de quelques pas devant la fureur de son amie. « Qu'est-ce qui me vaut le plaisir de ta visite Charlie ? Tiens au fait tu me re-tutoies ? » se moqua-t-il. A tort, réalisa-t-il quand la jeune femme en face de lui devint rouge brique et remonta ses manches dans une attitude plus qu'agressive.
« Oh la ferme, John ! » éructa Charlie pas du tout décidée à plaisanter. « De quoi tu te mêles à la fin ? Je croyais que ça devait être un tirage ALE-A-TOIRE ! » lui reprocha-t-elle avec colère.
« Mais je n'ai rien fait ! » se défendit le colonel sans que le major n'en croît un traitre mot.
« Je peux faire parler Zelenka si tu préfères, » menaça-t-elle, « mais il vaut mieux pour toi que tu avoues maintenant ! » ordonna la jeune militaire à son ami sur un ton qui ne laissait aucune place à la riposte.
« Ecoute Charlie… »
« Ne cherche même pas d'excuse ! C'est pitoyable et puéril ! C'est tellement TOI en fait ! » cracha-t-elle furieuse.
« Laisse-moi le temps de m'expliquer Bax, » supplia-t-il. Le regard noir, la jeune femme consentit tout de même à écouter les justifications de John, néanmoins décidée à ne pas lui pardonner ce qu'elle considérait comme une véritable trahison. Les bras croisés sur la poitrine, le pied battant la mesure de sa colère, elle le fusilla du regard, et le colonel déglutit avant de continuer. « J'ai juste échangé… Enfin après ce matin, j'ai pensé que … Bax ! Je voulais juste filer un petit coup de pouce au destin ! » se justifia-t-il sans parvenir à se départir de ce petit sourire satisfait et narquois qui le caractérisait.
« Le destin ? Quel destin ? T'as juste voulu jouer les entremetteurs ! » râla-t-elle sans décolérer.
« Allez Charlie, je vous ai vus ce matin ! Ne me dis pas que… »
« Tu n'as rien vu du tout ! Tu t'es inventé des histoires là où il n'y avait rien à voir ! » lui reprocha-t-elle. « Cesse de te mêler de ma vie ! Comme si lui et moi… Comment peux-tu imaginer une seule seconde qu'un rustre, un ignare, une brute comme Conan le barbare, puisse m'intéresser une seule seconde ? » hurla-t-elle blessée dans son égo, mais surtout vexée d'avoir été aussi facilement et intimement percée à jour.
« Charlie… » marmonna Sheppard en lui faisant les gros yeux.
« Arrête de prendre cet air si… »
« Charlie ! » cria-t-il pour de bon d'un ton autoritaire. Puis d'un mouvement de tête, qui ne laissa pas à la jeune femme le temps de protester à nouveau, il lui désigna la porte qui s'était ouverte derrière elle.
« Teyla ? » s'étrangla le major en se retournant pour découvrir l'Athosienne derrière elle, un air consterné et déçu sur le visage. « Ronon… » murmura-t-elle en baissant la tête en voyant arriver derrière la Pégasienne l'homme qu'elle venait de tant malmener en paroles.
« Tout va bien Sheppard ? » grogna Ronon sans accorder un seul regard à la Terrienne. « On vous entend hurler depuis le couloir, » expliqua-t-il simplement en jetant un regard à Charlie qui lui brisa instantanément le cœur. Puis il s'éclipsa sans dire un mot après que le colonel lui ait assuré qu'il maitrisait la situation.
Un silence pesant s'abattit sur les trois Atlantes restés dans les quartiers du chef militaire, et Charlie n'en pouvait plus de se culpabiliser. Elle s'en voulait terriblement de ces mots si durs et qui avaient largement dépassés sa pensée, voire même en avait exprimé l'exact opposé. Bien qu'elle ne sache pas exactement ce que le Satédien avait bien pu entendre de son horrible diatribe, elle se sentait horriblement mal et coupable d'avoir osé proférer de telles horreurs, et qu'il eût pu les entendre la bouleversait vraiment.
« Charlie… » dit doucement l'Athosienne en s'approchant d'elle, posant une main étonnamment amicale au vu de la situation.
« Je ne… Je ne voulais pas… Pensais pas ce que… » bafouilla Charlie au bord des larmes, la voix nouée par le remord et la honte.
« Je sais, » reprit la douce voix de Teyla. « Dites-lui. Expliquez-vous, » lui conseilla-t-elle.
« Elle peut essayer, mais faut dire qu'elle n'y a pas été de main morte ! C'était vraiment… » intervint John, apparemment remit de la violence des propos de son amie.
« John, » l'interrompit l'Athosienne. « N'en rajoutez pas, vous en avez assez fait, » lui reprocha-t-elle, lui montrant ainsi qu'elle n'était pas dupe de son petit jeu malsain. Comment elle l'avait su, Dieu seul le savait. Mais ce n'était pas ce qui intéressait Charlie. Celle-ci leva des yeux repentant et embués de larmes vers son amie si compréhensive, et cette dernière reprit : « Allez Charlie. Et ne tardez pas : ce malentendu doit être vite dissipé, » l'encouragea-t-elle en la poussant avec douceur vers la porte. « Quant à vous John… » menaça-t-elle tandis que la porte se refermait sur une Charlie bien décidée à se faire pardonner.
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Ronon avait encore du mal à comprendre ce qui venait de se passer, et plus encore à croire ce qu'il avait entendu. S'il n'avait pas vu de ses propres yeux Charlie dans un tel état de colère, ni reconnu sa voix entre mille, il aurait été persuadé que ces mots assassins n'avaient pas pu être prononcés par elle. Pourtant, il ne pouvait se voiler la face. C'était bien elle, cette femme dont il s'était senti si proche quelques heures auparavant, celle qu'il avait consolée et soutenue, celle avec qui il avait partagé sa faiblesse et sa douleur, cette femme pour qui il s'était senti envahit de tendresse. C'était elle qui l'avait ainsi traité de rustre, d'ignare, de brute… Il ne comprenait pas. Il ne voulait pas comprendre. Il voulait oublier ce terrible moment. Mais pour autant, la douleur elle ne se faisait pas oublier. Une douleur sourde. A l'égo. A l'âme. Au cœur… Une douleur comme il n'en avait pas ressenti depuis… Depuis qu'il avait vu sa femme, Mélina, l'amour de sa vie, disparaitre dans une explosion. Aveuglé par la colère et l'amertume envers cette femme à qui il s'était ouvert, lui l'homme si insensible, Conan le barbare comme le nommait Rodney, et qui l'avait simplement foulé au pied, piétiné, écrasé par ces mots assassins, il sortit par la première porte qui s'offrit à lui et courut à perdre haleine, plus d'une heure durant pour évacuer toute la tension et la colère de son corps. Il ne lui ferait pas le plaisir d'apparaître au repas de Noël brisé comme elle l'avait brisé, ou même ne pas y apparaître du tout. Il était fier et refusait de se laisser abattre. Aussi, quand il en eût assez de courir, il rentra pour se diriger vers la salle d'entraînement. A peine, en eût-il franchit la porte, qu'il sût qu'elle était là : son parfum flottait dans l'air, il l'aurait reconnu entre mille. Ceci l'étonna vivement : depuis quand était-il capable de reconnaitre ce parfum entre tous ? Bien sûr qu'il était un excellent chasseur, mais percevoir la fragrance d'une seule femme parmi la centaine d'autres que comptaient la cité, cela était plutôt incongru.
A cet instant, il fut persuadé qu'elle avait brisé plus de choses en lui qu'il ne pouvait encore s'en rendre compte. On ne connait pas le parfum d'une femme si elle nous est indifférente. On ne reconnait pas sa silhouette avec tant de précision et de certitude si on n'est pas toujours en train de la chercher du regard, que ce soit conscient ou non. On n'identifie pas le son de sa voix dès la première syllabe si l'on n'écoute pas avec attention et dévotion chacun de ses mots. Ronon n'était peut-être pas un expert dans les choses de l'amour, mais il n'était pas non plus un ignare – bien qu'elle eût dit le penser – et il comprit enfin que ses sentiments pour sa collègue s'étaient depuis longtemps déjà - peut-être même depuis le début – mués en un sentiment plus tendre et plus profond. Un sentiment qu'elle lui avait volé en l'insultant comme elle l'avait fait. Charlie eût à peine le temps de se retourner que le Satédien avait déjà rebroussé chemin vers ses quartiers. Dans les couloirs où il marchait d'un pas vif, il entendit à sa poursuite de petits trottinements que l'on modérait difficilement témoignant de l'attitude pressée de son poursuivant mais aussi de son envie de faire bonne figure pour tous ceux qu'ils croisaient. Il entendait le major répondre d'un ton faussement joyeux à tous ceux qui, les croisant, leur souhaitaient un joyeux Noël, quand lui pouvait se contenter d'un grognement sans que personne ne s'en offusque, tandis que l'on attendait d'elle le même enthousiasme et la même gaité que les autres membres de la cité.
Parvenu à ses quartiers, il passa vivement la main devant le détecteur et entra sans se retourner. Mais visiblement Charlie n'avait pas l'intention d'abandonner sa chasse, et accéléra le pas pour s'engouffrer in-extremis derrière Ronon avant que les portes ne se refermèrent, sous le regard ahuri du colonel, et celui confiant de Teyla qui débouchaient dans le couloir.
« Ronon, » lâcha le major essoufflée. « Ecoutez…. Je… Ouf, attendez, je reprends mon souffle… Ouf… Ronon, je… » commença-t-elle d'un ton plein de remords qui pourtant ne parvint pas à attendrir le cœur blessé du Satédien.
« Sortez d'ici. »
« Ronon, s'il vous plait, laissez-moi vous… » insista la jeune femme suppliante.
« Major, sortez d'ici ! » ordonna-t-il durement, en appuyant sur le grade de Charlie, lui faisant ainsi bien comprendre que la complicité qui les avait liés quelques heures plutôt c'était envolée avec le Charlie et les espoirs de Ronon.
Il entendit la jeune femme ravaler un hoquet de surprise – ou était-ce un sanglot ? – s'avancer de quelques pas pour se tenir juste derrière lui, près du lit puis un froissement de vêtements ou de papier peut-être, et les pas bottés de la jeune militaire quittèrent lentement la chambre, semblant hésiter sur le pas de la porte et enfin s'éloignèrent dans le couloir, laissant le Satédien tomber dans le silence et la réflexion mélancolique en même temps que le glissement caractéristique de la porte se refermant sur ses tout derniers espoirs.
Ronon ne savait combien de temps il resta ainsi plongé dans la torpeur, songeant à ce qu'il considérait comme une trahison impardonnable, quand enfin il réalisa que l'heure était bien avancée et qu'il devait s'habiller pour ne pas être trop en retard au repas. Il soupira en regardant le costume posé bien à plat sur son lit : un pari perdu avec Sheppard cet après midi l'obligeait à porter ces vêtements terriens plutôt que ses familières et confortables nippes satédiennes. Néanmoins, beau joueur, et prêt à s'accommoder de tout ce qui pourrait, même momentanément lui changer les idées, il enfila le costume que John – sans le prévenir, sans quoi jamais il n'y aurait consenti – avait fait commander sur mesure pour lui, dans l'espoir qu'il le porte dès que l'occasion lui serait donnée. Sheppard jubilerait à coup sur de le voir ainsi accoutré, mais en se regardant dans le miroir tandis qu'il tentait en vain de discipliner ses dreadlocks, il trouva le rendu pas si mal.
Le bip de la porte lui signala la présence d'un intrus derrière la porte et il inspira un grand coup, s'apprêtant à repousser une fois encore les tentatives d'excuses de Charlie. Mais c'est à Teyla que la porte qui s'ouvrit laissa le passage et Ronon ne fut pas fâché que sa bonne amie vienne jusqu'à lui : ainsi, comme il songeait le faire depuis qu'il avait congédié le major Baxter, il ne pourrait échapper au diner de ce soir. L'Athosienne avec un sourire sincère le complimenta sur sa tenue, puis alors qu'il se préparait à sortir de ses appartements pour rejoindre le mess, elle s'assit sur le lit et d'un geste l'invita à le rejoindre.
« Nous allons être en retard, » lui dit le Pégasien.
« Ce n'est pas si important, » répliqua-t-elle avec un sourire amical. « J'ai à vous parler de quelque chose qui importe bien plus Ronon, » déclara-t-elle en plongeant son regard dans les yeux noirs de son ami. « Ronon, vous et moi savons quelles épreuves douloureuses vous avez déjà eu à traverser. Comme nous tous ici, bien plus même, en raison de votre passé, vous avez été profondément marqué par la guerre contre les Wraiths. » Le jeune homme grogna son approbation et Teyla s'autorisa donc à continuer : « Je pense que depuis tout ce temps où nous combattons côte à côte, nous sommes devenus bien plus que des collègues : nous sommes amis. » Un nouveau grognement approuva sa déclaration et Teyla reprit de plus belle : « Et entre amis, il est d'usage de tout se dire, avec franchise et honnêteté. »
Elle laissa à Ronon le temps d'intégrer ses propos et logiquement de se préparer à entendre un conseil d'ami. Quand elle le senti se détendre et lui accorder toute son attention, elle lâcha : « Vous n'êtes qu'un idiot Ronon. » Le Satédien ouvrit de grands yeux étonnés, trahissant son incompréhension, mais l'Athosienne ne lui laissa pas de répit et enchaîna : « Vous et moi savons qui est le major Baxter. Tout comme nous savons à quel point John peut se montrer exaspérant et pousser les gens dans leurs retranchements. Les mettant parfois au comble de l'énervement. Et qui, sous le coup de la colère et de l'impulsivité, n'a jamais formulé des propos dépassant très largement sa pensée ? »
« Je ne veux pas discuter de ça. Pas maintenant, » refusa le jeune homme.
« Pourtant, vous devez l'entendre, avant que tout les deux vous gâchiez vos chances de mieux vous connaitre, » rétorqua Teyla avec son éternelle douceur.
« J'en connais assez maintenant du major Baxter pour savoir que je ne veux plus avoir à faire à elle ! » s'emporta Ronon.
« C'est faux Ronon, » affirma-t-elle. « Vous savez si peu de choses d'elle. Ecoutez-moi, » l'enjoignit-elle en saisissant le visage de son ami entre ses mains avec une tendresse plus maternelle que fraternelle, « vous méritez le bonheur, surtout après tant de douleurs et de malheurs. Et je ne pense pas me tromper en affirmant que Charlie puisse être celle par qui pourrait passer cette quête du bonheur. Ne lui fermez pas votre porte et surtout pas votre cœur. Ne vous braquez pas comme un enfant blessé. Pensez aussi qu'elle aussi eût put être blessée d'une quelconque manière. Ronon, ne perdez pas l'espoir que vous avez mis en elle, vous y perdriez bien trop. »
Sur cette diatribe enflammée par l'amour fraternel que Teyla portait à son ami et par l'envie qu'il touche enfin sa part et ses droits légitimes au bonheur, le jeune femme le quitta, le laissant là bouleversé et en proie à toutes sortes de réflexions. Mais avant qu'elle n'eût quitté la pièce, Ronon l'interpella :
« Alors pourquoi ? » s'écria-t-il. « Pourquoi avoir dit des choses aussi… »
« Parfois, lorsque l'on se sent prit au piège de ses sentiments, il est bien plus facile de nier et de trouver à l'objet d'amour tous les défauts qui nous feront le déprécier. C'est tellement plus simple de ne pas aimer… »
« Vous pensez qu'elle … »
« Ouvrez les yeux Ronon, » lui conseilla-t-elle en posant un regard équivoque sur le lit juste derrière Ronon. « Ouvrez les yeux. » Puis sur cette ultime recommandation, elle quitta la chambre pour rejoindre le mess, tandis que le Satédien découvrait sur son lit, un paquet qu'il n'avait pas remarqué jusqu'alors.
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« Tu as eu tort d'insister John, je n'ai pas la moindre envie d'y aller, » protesta pour la énième fois Charlie que Sheppard emmenait presque de force, le bras de la jeune femme coinçé sous le sien. John était venu la chercher dans ses quartiers et l'avait trouvée encore vêtue de son uniforme, prétextant d'être de garde pour échapper au dîner. Il lui avait certifiée qu'Elisabeth avait donné à tous l'autorisation de se joindre au dîner et s'était organisée de sorte que les techniciens et les militaires se relaient à leurs postes pour que chacun puisse profiter au moins un peu de cette fête de Noël. Le colonel avait donc forcé le major à s'habiller et l'avait trainée de force hors de sa chambre.
« Tu vas voir Bax, on va bien s'amuser. »
« Ouais super… »
« Ecoute, combien de fois devrais-je te dire que je suis désolé et … » répéta inlassablement le militaire.
« C'est bon, ça va. » John était venu tout repentant implorer les excuses de Charlie et avait tenté de justifier l'attitude fuyante et glaciale du Satédien, tout comme Teyla venait de le faire avec Ronon.
Enfin arrivés au mess – bien que Sheppard eût bien peur que Charlie parvinsse à lui échapper aux abords de la salle d'embarquement – ils se mêlèrent à la foule, dans laquelle Charlie se sentit obligée de prendre un air faussement gai pour répondre au « Joyeux Noël » que chacun lançait enthousiaste. Rejoints par Carson, ils eurent tous deux droit au récit complet de l'épopée que fut l'organisation de cette soirée et furent heureux quand l'arrivée d'Elisabeth - qui devint aussitôt la nouvelle cible malheureuse du babillage incessant du docteur Beckett – leur permit de s'échapper vers le buffet de cocktails.
« Tu peux me lâcher Sheppard, » lui dit le major. « Maintenant que j'y suis, je vais au moins attendre mon heure de garde avant de me sauver. »
Sheppard lui adressa un sourire septique, mais consentit tout de même à lui rendre sa liberté et elle en fut bien aise quand elle le vit prit à partie par le docteur McKay qui se plaignait de la présence d'agrumes dans certains cocktails, du brouhaha incessant, de la musique trop forte et de toutes sortes d'autres choses qui ne trouvèrent pas grâce à ses yeux. John lança un regard éperdu vers son amie, comme un appel à l'aide, auquel Charlie répondit par un sourire narquois de ceux qui disent : « bien fait pour toi ! » Mais à peine avait-elle quitté le colonel qu'elle sentit un regard posé sur elle. En regardant un peu à sa gauche, elle vit Teyla qui, sans se départir de son éternel sourire lumineux, venait à sa rencontre.
« Je suis ravie de vous voir ici, major. Je n'étais pas sûre que John parviendrait à vous convaincre, » lui confia-t-elle.
« Alors c'était un complot ! » s'exclama la jeune militaire d'un ton faussement outré, se laissant peu à peu gagner par l'ambiance festive et joyeuse qui régnait.
« Si l'on veut, » souffla Teyla en coulant un regard significatif par-dessus l'épaule de son interlocutrice. La Terrienne suivit le regard de l'Athosienne qui se posait sur une silhouette haute et massive à plusieurs mètres de leur position. « Ne laissez pas un malentendu briser vos chances… Tout le monde à le droit à sa part de bonheur, » chuchota la voix de la Pégasienne à l'oreille du major. Mais à peine celle-ci eût-elle tourné la tête pour répondre à son amie, que Teyla avait déjà disparu de son champ de vision.
Aussi, elle avala d'un trait son verre, grimaçant en réalisant que, qui qu'il soit, celui qui s'était improvisé barman ne savait pas préparer les Daïquiris, puis inspirant un bon coup, déposa son verre vide sur un coin de table et se tourna pour rejoindre Ronon… que visiblement elle avait aussi perdu de vue. Malgré sa taille imposante et reconnaissable entre mille, elle ne parvenait pas à la retrouver dans la foule et poussa un soupir vaincu, prête à abandonner cette partie perdue d'avance : s'il souhaitait se cacher d'elle, nul doute qu'elle ne parviendrait pas à le retrouver, à moins d'utiliser à son seul profit les détecteurs internes de la cité. Un bruit de verre brisé quelque part derrière elle stoppa net ses réflexions et les jurons de McKay la poussèrent à prendre un peu de distance autant parce qu'elle était coupable d'avoir laissé sur le bord d'une table le verre qu'il venait de jeter au sol dans un mouvement trop brusque, que par sauvegarde pour ses facultés auditives : Rodney avait vraiment une voix qui portait !
« Je devrais peut-être dénoncer l'abruti irresponsable qui a laissé son verre à un endroit aussi dangereux comme le dit si élégamment McKay, mais je ne suis pas assez cruel pour vous livrer à ses mains assassines, » murmura à son oreille une voix grave et chaude qu'elle aurait pu reconnaitre entre toutes. « Peut-être le devrais-je pourtant. Au moins nous serions quittes… » termina Ronon dans un souffle sans que Charlie n'ose se retourner, de peur qu'une fois de plus il disparaisse.
Voyant que la jeune femme ne semblait pas se décider à bouger, le Satédien glissa doucement la main chaude et calleuse dans celle si petite et douce de Charlie et avec toute la délicatesse sont il était capable, il l'entraina vers la sortie du mess, sous le regard attendrit de Teyla et celui satisfait de Sheppard.
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Ronon l'entraina à travers les couloirs sans prononcer un seul mot, mais pas une seule fois Charlie ne se posa la question de savoir où il l'emmenait. Elle était trop heureuse qu'il ait fait le premier pas vers une réconciliation. « Peut-être même, »songea-t-elle pleine d'un espoir fou, « m'a-t-il déjà pardonné… » Quand il l'entraina dans le téléporteur, le major Baxter, senti tout son corps se tendre et s'enflammer à la simple idée d'une telle proximité dans un endroit si étroit. Aussi essaya-t-elle de fixer son attention sur le mur derrière Ronon et non sur la musculature puissante et si désirable de son vis-à-vis. Mais tenter de se concentrer dans ces conditions était peine perdue, et elle ne put empêcher plus avant son regard de s'égarer sur les courbes viriles et appétissantes du Satédien, qui conscient du trouble qu'il provoquait sur sa compagne, sourit malicieusement. Quand les yeux de Charlie qui eurent enfin fini de se perdre sur les courbes gourmandes des lèvres de l'ex-runner, son regard glissa sur la peau dorée de son cou pour découvrir qu'il était tout prêt à lui laisser une seconde chance.
« Merci, » murmura simplement le jeune homme en portant une main au pendentif accroché à son cou.
Il l'avait trouvé. Il le portait. Il l'avait accepté et par la même acceptait les excuses implicites de la jeune militaire. Charlie, avant de quitter la chambre du Satédien, avait laissé sur son lit le cadeau qui lui était destiné par le tirage pas si aléatoire que ça. Plus qu'un cadeau, c'était un symbole. C'était l'aveu de leur faiblesse à tout les deux. La volonté du major de retrouver la complicité et la confiance qui les avaient liés. C'était une amulette qu'une jeune femme sur P5C-2309, la planète du massacre, lui avait obligeamment offerte, avant que tout ne dérape et qu'ils commencent à s'entretuer, lui confiant en même temps que ce talisman protégeait celui qui le portait des cauchemars et sombres rêves qui hantaient les nuits. Par ce présent à l'homme si fier qu'était Ronon, Charlie reconnaissait leur douleur à tous deux et exprimait son envie de la partager avec lui. Et cela, le Pégasien l'avait compris en ouvrant le paquet après que Teyla l'eût quitté. Il avait aussi comprit les remords qu'éprouvait la jeune militaire et comme le lui avait conseillé Teyla, il était bien décidé à ne pas laisser passer sa chance, son bonheur. Enfin, le jeune homme, avec toujours autant de délicatesse et de douceur qu'il en était capable, entraina sa compagne hors du téléporteur, sur le balcon où pour la première fois, ils s'étaient avoués leurs craintes, leurs douleurs, où ils avaient pour la première fois partagé plus que des mots : une présence rassurante, nécessaire, vitale bien qu'ils ne le surent pas alors.
« Joyeux Noël, » lui souhaita-t-il, alors que pour lui ces mots étrangers prenaient un sens neuf et plein de promesses pour un avenir meilleur. Saisissant avec une extrême précaution le poignet frêle de son amie, il y passa un bracelet forgé dans un métal gris que la jeune femme ne connaissait pas, et une fois le bijou en place il ne lâcha pas pour autant la main de sa compagne. Vrillant ses yeux noirs dans les iris verts de la jeune militaire, il s'expliqua sur l'origine de ce présent :
« C'est l'une des seules choses que je suis parvenu à garder de Satéda durant toutes ces années. De Mélina… » Charlie se sentit mal à l'aise de porter à son poignet un bijou ayant appartenu à la seule femme que Ronon ait jamais aimée, mais saisissant le trouble de la jeune femme, ce dernier s'empressa d'ajouter : « J'avais juré de ne plus aimer aucune femme autre que Mélina, et je m'étais promis que je mourrais avec ce bracelet, comme une partie de moi était partie en même temps que Mélina. Mais j'ai failli à ma promesse… » souffla-t-il d'une voix chargée d'émotion sans jamais quitter la Terrienne des yeux, faisant passer dans ce simple contact visuel tellement de tendresse et d'amour – du moins Charlie se prenait-elle à l'espérer – qu'elle se sentit totalement chavirée, bouleversée par ce flot inattendu d'émotions. « Il a fallu qu'une femme vienne d'une autre galaxie pour rendre la vie à cette partie éteinte de moi. Avec toi, je veux laisser les horreurs de Satéda derrière moi. Je ne veux plus pleurer Mélina, mais honorer sa mémoire en étant heureux à nouveau. Je pensais la trahir en aimant une autre, je sais aujourd'hui que c'est faux : elle m'aurait voulu heureux. Et toi Charlie, tu es la personne qui peut me donner cette chance. Je ne sais pas où l'on va comme ça. Je ne sais plus comment on fait. Je… Il y a tellement de choses que j'ai oubliées ! Mais si tu pouvais seulement me les rappeler… Si tu voulais de moi à tes côtés, pour au moins un petit bout du chemin… » Ronon laissa sa phrase en suspend, ne sachant plus que dire de plus et se contenta de poser sur Charlie un regard plein d'amour et de désir. Un désir d'affection. Un désir d'amour. Un désir de protection. Un désir de chair aussi… Rien de tout cela n'échappa à sa compagne, et l'attirant tout contre elle, l'entrainant lentement vers la porte-fenêtre qui donnait sur ses propres quartiers, elle lui chuchota d'une voix non moins gonflée d'amour et de désir :
« J'espère qu'une si longue diatribe de ta part ne me vaudra pas des jours entiers de mutisme, » le taquina-t-elle. « Et pour quelqu'un qui ne sait plus comment faire, tu t'y prends mieux que bien. » Reprenant temporairement le dessus sur son corps affolé, elle reprit : « Merci. Pour ce présent et tout ce qu'il représente. J'ai eu si peur de t'avoir perdu… » murmura-t-elle en enfouissant son visage contre le torse puissant du Satédien.
« Je suis là, » la rassura-t-il caressant ses cheveux avec une douceur qui ne cessait de surprendre la jeune femme. « Je ne te quitterais pas tant que tu ne te lasseras pas de moi… »
Levant un visage éperdu vers l'homme qui désormais était sien, elle s'empara de ses lèvres avec passion pour l'entraîner dans un baiser rempli de promesses sur leur avenir. Un baiser doux et violent à la fois, témoignage vivant des épreuves qu'ils avaient traversé pour enfin se trouver, de la force de leurs sentiments et de la tendresse de leur amour. Puis quand le baiser ne suffit plus à rassasier leurs corps avides l'un de l'autre, Charlie fit coulisser la porte fenêtre contre laquelle ils s'étaient appuyés et continua de tirer Ronon vers elle, reculant petit à petit jusque dans la chambre.
« Quand à ce bout de chemin à faire ensemble… » susurra-t-elle à l'oreille du jeune homme en se collant plus langoureusement encore à son corps puissant, domptant de moins en moins son désir de lui, l'envie de sa peau. « Que dirais-tu de commencer par celui qui mène à mon lit ? »
Charlie n'eût nulle besoin de le répéter, Ronon la souleva de terre pour l'emporter jusqu'au lit, et les deux amants celèrent en promesses muettes, en serments charnels, le bonheur qu'ils se promettaient de chercher ensemble. Et une fois n'est pas coutume, seules les lunes atlantes, amies fidèles, silencieuses et indulgentes, furent les témoins à jamais muets de leur tendresse et leur désir maintes fois prouvés cette nuit là et pour les deux Atlantes, cette année là et nombre de celles qui suivirent, Noël prit un tout autre sens…
FIN.
