Base : Sherlock, série de la BBC.
Rating :
K
Spoilers :
Saison 1

Note : Voici le troisième petit prompt. Bravo à Alyelia pour avoir deviné le thème de cet arc : les cinq sens. C'était pas bien compliqué quand même ^^

En revanche, seule orainoco a trouvé ma (et même « mes ») référence(s) à une autre obsession du moment. Il s'agissait de la série Doctor Who !

Bonne lecture !


SILENCE

- Où allez-vous ?

- Dehors ! Je vais prendre l'air !

- Oh, je suis désolée… Vous vous êtes disputés ?... Il fait frisquet dehors. Il aurait dû mieux se couvrir.

- Regardez ça, Mme Hudson. Le silence. Le calme. La sérénité. N'est-ce pas détestable ?

- Soyez patient, Sherlock. Ça viendra. Un joli meurtre. Comme vous les aimez.

- Le plus tôt sera le mieux.

Elle tente de le rassurer, mais il n'écoute déjà plus, seulement concentré sur la silhouette qui s'éloigne d'un pas vif dans les rues du Londres nocturne. Il l'a vexé, il le sait, mais lui aussi a été blessé. Ce n'est pas l'opinion des autres qui le dérange, ça n'a jamais été le cas. Non, l'opinion de John, elle seule a de l'importance. Et que John ne comprenne pas que le système solaire ne lui est d'aucune utilité au quotidien, c'est vexant.

Il a cru que l'ancien médecin de l'armée britannique le comprenait, savait comment il fonctionne, comment son cerveau enregistrait ou non les données qui lui sont soumises. Mais non, John semble concentré depuis quelques semaines sur un tout autre sujet que Sherlock lui-même. Ça aussi, c'est blessant.

Parce qu'avec ces enquêtes creuses, voire inexistantes, qui constituent son quotidien ces derniers jours, lui a eu tout le temps de se concentrer uniquement sur son colocataire. Il l'a étudié, observé il a disséqué sa manière de vivre, sa façon de pensée si basique, ses habitudes. Il a repéré sa marque de café préférée, l'odeur de son gel douche et les chaussures qu'il met plutôt au travail que sur une scène de crime.

Et quand John croit que Sherlock boude, le visage tourné vers le dossier du canapé, les jambes repliées contre sa poitrine tant le poids de l'ennui et de l'inaction lui pèse, Sherlock écoute. Il enregistre les bruits de John : du bruit de sa clé dans la serrure au léger sifflement qu'il émet quand il s'endort dans son fauteuil, de ses pas dans l'escalier aux grincements de son sommier quand il ne parvient pas à s'endormir, des bruits de vaisselle quand il prépare son petit déjeuner à son chantonnement quand il prend sa douche.

Sherlock écoute les bruits qui témoignent de la présence de John entre les murs de leur appartement. Il a appris à les différencier, à distinguer quand John est fatigué parce que son pas se fait plus traînant, ou quand John est en colère et que son pas est plus lourd dans l'escalier. Les placards claquent plus sèchement quand il n'y a plus de café et il ne chantonne pas quand le ballon d'eau chaude est vide.

Mais depuis trois jours, l'appartement est exagérément silencieux, si bien que les oreilles de Sherlock sifflent. Des fois, il se demande si c'est parce que John parle de lui dans son dos. Est-ce qu'il parle de lui à Sarah ? Lui confie-t-il les choses basiques et secondaires que Sherlock ne prend pas la peine de savoir ?

Quand il est honnête avec lui-même, Sherlock se rend compte qu'à chaque fois que John part chez Sarah, ce n'est pas tant le silence de l'appartement qui le dérange. Non, ce qui l'agace presque autant que l'inactivité et le manque d'enquêtes, c'est justement le fait que John dorme chez Sarah depuis trois jours.

Parce que quand John dort chez Sarah, Sherlock est à nouveau seul.

Et parce que depuis que John est là, Sherlock n'aime plus être seul.

FIN

L'auteur accepte les commentaires avec plaisir !