QUATORZE FOIS JE T'AIME


Avertissement : Le one shot suivant sera un HarryLyra…pour ceux qui suivent ma fic Lyra Fox, ce sera un univers alternatif - dans le sens où tout ce que vous allez lire ici ne sont PAS des spoilers de ma fic. Pour les autres, aucun problème ! XD

Ah oui, et ce OS ci risque d'être pas mal plus romantique que le précédent (qui ne l'était pas du tout mdr)


Résumé: Harry/OC. Harry quitte Lyra, sa petite amie, au début de l'été... pour des raisons plutôt nébuleuses. Mais pourra-t-il résister à la tentation, lorsqu'il la reverra?

Bonne lecture !


2 février
Caliente

(NDLA : ça veut dire « chaleur » ou l'équivalent…)

Il faisait une chaleur épouvantablement écrasante à Privet Drive, cet été-là. La sécheresse qui régnait l'été précédent n'était rien en comparaison de l'humidité collante qu'il y avait en ce début du mois de juillet.

Dans une chambre au deuxième étage, à la maison du 10, Privet Drive, une jeune fille faisait les cent pas devant le ventilateur de sa sœur, bien braqué devant son visage. Cela faisait maintenant un an que Lyra Fox vivait à Surrey avec sa famille adoptive, mais elle ne s'habituait toujours pas à la rigueur de l'été, qui était beaucoup plus chaud en Grande-Bretagne qu'au Canada. Ses vêtements et ses cheveux lui collaient désagréablement à la peau, comme s'ils y étaient peints. Pour repousser la chaleur au maximum, Lyra avait tout essayé : cheveux remontés, vêtements les plus courts et légers possibles... Le résultat était aussi horrible qu'indécent à ses yeux mais, plongée dans ses pensées, elle avait déjà oublié son confort et son apparence.

À presque dix-sept ans, Lyra Fox était une des filles les plus craintes, où qu'elle aille. Ce titre lui venait sans doute du fait que, non seulement elle était une sorcière, mais elle était aussi dotée de puissants pouvoirs. Cela avait ses avantages : elle pouvait désormais avoir sa propre chambre (que l'an dernier encore, elle partageait avec sa jeune sœur de dix ans) et de surcroît, la paix, puisque personne n'osait la provoquer. Mais comme toute chose, cela comportait aussi son lot de désavantages : pendant seize ans, Lord Voldemort lui-même était convaincu que Lyra était sa fille, ce qui était assez terrifiant. Heureusement, elle détenait maintenant la preuve que son père n'était pas le Seigneur des Ténèbres, mais bien Sirius Black... Les circonstances dans lesquelles Lyra avait rencontré son père biologique pour la première fois étaient plutôt bouleversantes et elle préférait ne plus y penser. D'autant plus que ce certain conflit d'identité avait, entre autre, fortement contribué à sa rupture avec Harry Potter.

Harry Potter. Le nom seul suffisait à faire frissonner Lyra. C'était bien avec lui que ses ennuis avaient commencés. Ce garçon devrait vaincre Voldemort pour survivre, et pour cela, il avait besoin d'alliés. Il y en avait quatre en tout; un pour chaque élément. Le ciel, la terre, le feu et l'eau. Lyra avait été désignée pour être « le feu » et cela tombait plutôt bien parce que, avec cette chaleur, elle n'allait pas tarder à se transformer en incendie.

Lyra soupira en collant son visage à quelques centimètres du ventilateur. Au début, ça ne lui avait pas dérangé d'être l'alliée de Harry, bien au contraire. Seulement, le principal intéressé n'avait pas vu les choses du même angle qu'elle. Harry était d'avis qu'il était impensable qu'une relation avec son alliée puisse marcher. Qu'il était impensable d'aimer la fille de son parrain.

Lyra lâcha un nouveau soupir et se laissa tomber sur son lit. Cela faisait maintenant un an qu'ils se connaissaient. Ils étaient sortis ensemble pendant six mois – qui furent indubitablement le plus beaux de son existence. Puis il y avait eu cette maudite rupture. Lyra se souvenait très bien de ce jour-là. C'était à la gare de Pré-au-Lard, en attendant l'embarquement du train qui ramènerait les étudiants à Londres. Il pleuvait comme c'est pas permis. Lyra se protégeait la tête avec un gros cartable. Puis Harry l'avait prise à part et lui avait expliqué cette histoire stupide d'alliés et de famille…

« J'ai…j'ai eu des moments super avec toi, vraiment, mais…je…ça ne marchera pas, Lyra. Je suis désolé. »

« … »

SHLAC ! Le cartable était tombé par terre. Lyra était trempée de la tête aux pieds, mais ça n'avait aucune espèce d'importance. Elle avait continué de regarder Harry. Fixement.

« Tu…tu comprends ? »

« Non. Non Harry, je ne comprends pas. »

« … »

La pluie avait continué de tomber, et la Terre de tourner. Des gens riaient tout autour. C'était complètement absurde.

« Je suis désolé » avait-il répété tout bas. Est-ce qu'il pleurait ? C'était dur à dire, avec toute cette pluie. Et il était parti. Il l'avait plantée là, bêtement. Jamais, durant les quelques minutes qu'avaient duré l'entretien, il n'avait pu la regarder dans les yeux...

-Mais qu'est-ce que ça peut bien faire que je sois son alliée ? Que Sirius soit mon père et son parrain ? Qu'est-ce que ça change ? s'exclama-t-elle soudain tout haut.

Elle se tut en regardant autour d'elle, comme si elle attendait qu'un meuble quelconque lui réponde ce qu'elle voulait entendre. Au plus profond d'elle-même, elle savait que ça n'avait aucune importance qu'elle soit l'alliée de Harry et que son père biologique soit son parrain. Non, il y avait autre chose, elle en était sûre. Mais quoi ?

Elle en était là dans ses réflexions lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit à la volée. Elle n'eut que le temps d'apercevoir une tête aux bouclettes blondes qui se ruait vers elle, avant le cri ne retentisse.

-MON VENTILATEUR ! hurla Élie en saisissant l'objet. Il était dans MA chambre et tu me l'as volé !

Lyra soupira. C'était la seule chose qu'elle regrettait du temps qu'elle et sa sœur faisaient chambre commune. Élie avait horreur du partage. Au moins, avant, ce qui était dans la chambre d'Élie était aussi dans la chambre de Lyra !

-Ah, Élie, je t'en prie ! supplia Lyra qui, en temps normal, se serait coupé la tête plutôt que de supplier sa petite peste de sœur.

Il faisait cependant trop chaud pour être dans son état normal.

-Tu te sens bien ? demanda Élie en la regardant d'un air étonné.

-Non, je vais fondre par cette chaleur ! gémit Lyra.

-Tu n'as pas un truc magique rafraîchissant ?

À presque onze ans, Élie avait été jugée assez vieille pour connaître enfin le plus grand secret de sa sœur : son appartenance au monde magique. Lyra, soulagée, avait cru qu'elle n'avait qu'à menacer Élie de la transformer en crapaud pour qu'elle lui fiche la paix, mais c'était bien mal connaître la fillette.

-Malheureusement non, dit Lyra, alors je garde le ventilateur, soeurette !

Elle se sentait de moins en moins patiente, maintenant qu'Élie avait débranché l'appareil et que la chambre devenait suffocante.

-T'es pas ma sœur, riposta aussitôt Élie.

Elle avait aussi appris que Lyra avait été adoptée par les Fox et que ce n'était pas sa vraie sœur, au grand dam de celle-ci. Désormais, Lyra devait supporter les « T'es pas ma sœur ! » qu'Élie disait dès qu'elle en avait l'occasion - c'est-à-dire, tout le temps.

-Non et heureusement, petite peste ! dit sèchement Lyra qui jouait le jeu malgré elle.

Élie lui tira la langue et emporta son ventilateur jaune banane, identifié à son nom, hors de la pièce. Lyra claqua la porte derrière elle, sans avoir besoin de se déplacer. C'était plutôt cool d'être une sorcière.

Elle commençait tout juste à reprendre conscience de la moiteur dans laquelle elle était qu'Élie fit à nouveau irruption dans la pièce. Entrer sans cogner était,
pour elle, aussi naturel que respirer.

-Papa te veut en bas dans cinq minutes et maman te dit de te mettre sur ton trente et un, dit-elle avant que Lyra n'ait le temps de l'envoyer paître.

-Pourquoi ? s'étonna Lyra.

-Dîner d'affaire, grimaça Élie. Je te plains !

-Comment ça ? Toi, tu n'y vas pas ?

-Non, je vais dormir chez Mark, répondit Élie avec fierté.

Mark Evans faisait aussi partie des alliés et Lyra l'aimait bien, mis à part le fait qu'il était ami avec Élie.

-Attends, dit soudain Lyra en semblant saisir quelque chose. Tu m'as enlevé le ventilateur…et tu t'en vas ?

-Effectivement, je n'en aurai pas besoin, il y a l'air climatisé chez Mark. En fait, c'était juste pour t'embêter ! dit Élie en éclatant de rire. Amuse-toi bien ce soir. Tu me diras à quel niveau d'ennui était le discours de papa !

Elle s'enfuit en courant vers sa chambre avant que Lyra ne puisse lui lancer quelque chose. Quand ils étaient au Canada, son père les traînait toujours à d'ennuyeux dîners d'affaires pour montrer à ses patrons combien il avait une famille charmante et respectable. La majorité du temps, il arrivait toujours quelque chose d'étrange – à l'époque, Lyra savait qu'elle en était la cause, mais elle ignorait qu'elle était une sorcière - mais ses parents s'obstinaient à l'emmener quand même, alors elle avait dû se résigner. En emménageant à Surrey, elle avait espéré qu'il n'y aurait plus de dîners aussi mortels, mais voilà que ça recommençait !

-Lyra ! hurla son père du rez-de-chaussée. Descends immédiatement, on va être en retard !

Lyra bondit sur ses pieds. Pas le temps de se changer. Elle jeta un regard à son miroir. Zut ! Son débardeur noir au décolleté plongeant et sa jupe en jeans qui aurait peut-être été décente sur une fillette de la taille d'Élie étaient sans doute très bien, dans sa chambre, par la chaleur qu'il faisait. Mais certainement pas à un dîner d'affaire ! De quel genre de fille allait-elle avoir l'air, habillée comme ça ?

-Lyra Black, tu descends immédiatement ! cria sa mère.

Lorsque Annie Fox l'appelait par le nom de famille de ses vrais parents, ça se corsait. Elle devrait descendre illico. Avant de sortir, Lyra jeta un dernier coup d'œil désespéré à son miroir.

-Oh, tant pis! se dit-elle tout haut. Si je ne suis pas assez « classe » pour eux, je resterai à la maison.

C'était d'ailleurs ce qu'elle souhaitait ardemment. Pourtant, à son grand étonnement et déplaisir, ses parents ne firent aucun commentaire lorsqu'elle les rejoignit dans le hall. Lyra jurait horriblement à côté de son père, si chic en smoking (mais qu'est-ce qu'il devait avoir chaud!) et de sa mère en robe cocktail.

-Je ne pensais pas que tu en ferais tant, dit finalement sa mère lorsqu'ils furent tous les trois à l'extérieur.

Lyra ne comprit pas tout de suite ce qu'elle avait voulu dire par là.

-On ne prend pas la voiture? s'étonna-t-elle lorsque ses parents passèrent devant.

-Oh non, dit son père. On va marcher, c'est tout près.

Lyra haussa les sourcils.

-Euh…je sais que tu vas avoir dix-sept ans, et que tu connais bien ce garçon, mais ce n'est pas un peu…trop? demanda son père en regardant le décolleté d'un mauvais œil.

-Quoi? Quel garçon? demanda Lyra, paniquée.

Ses parents riaient d'elle, c'était sûr. Parce que le seul garçon qu'elle connaissait et qui habitait tout près, c'était…non…

-Mais voyons, Lyly, je croyais que tu avais deviné! dit sa mère, étonnée. Nous allons chez le patron de ton père, Vernon Dursley!

Ses parents s'arrêtèrent devant le 4, Privet Drive. Ce n'était donc pas une blague. Lyra se figea.

-Ah non, ah non! dit-elle en blêmissant. Je n'y vais pas!

Jules et Annie Fox se regardèrent, perplexes.

-Mais bien sûr que tu viens! dit enfin sa mère en la prenant par le bras.

-Pas question! dit Lyra d'un air terrorisé. Regarde de quoi j'ai l'air!

Elle allait voir Harry pour la première fois depuis les vacances et elle était habillée en vraie putain. La panique s'empara d'elle et la température de son corps chuta de plusieurs degrés. Elle se mit à claquer des dents, comme ça, dehors, pendant l'été le plus chaud et humide que Privet Drive eut jamais connu.

-Tu es très bien comme ça, s'impatienta son père qui n'en croyait tout de même pas un mot. Aller, il ne faut pas se mettre en retard.

La température de Lyra monta en flèche. Elle allait voir Harry. Son père sonna à la porte, tandis que Lyra se débattait pour s'en aller. Sa mère la tenait fermement. Le corps de Lyra faisait la navette entre le chaud et le froid. C'était sûr, elle allait attraper un rhume.

La porte s'ouvrit. Un garçon pria les invités d'entrer, avec un enthousiasme forcé. Lyra cessa momentanément de respirer, puis reprit son souffle. C'était…

Dudley Dursley. Harry n'était pas là ? Et si il était chez les Weasley ? Lyra était incapable de déterminer si cette perspective l'enchantait ou non.

Telle une somnambule, elle suivit ses parents et entra chez les Dursley. Dudley devint aussi blême qu'elle lorsqu'il la vit. Lorsque Vernon et Pétunia Dursley vinrent les accueillir, ils eurent la même réaction, mais se ressaisirent avant que les Fox ne remarquent quoi que ce soit. Lyra se souvint que la dernière fois qu'elle était venue, elle avait fait sauter leur téléviseur.

Ils allèrent tous s'asseoir au salon pour bavarder, avant l'heure du repas. Dudley, qui dut prendre la seule place disponible sur le canapé, à côté de Lyra, ne cessait de lui jeter des regards inquiets. Lyra lui aurait bien jeté un sort, mais elle était trop occupée à regarder vers le couloir, s'attendant à voir Harry arriver à tout moment. Mais lorsqu'ils passèrent à table, Harry n'était toujours pas là.

-Où est donc votre neveu? demanda Annie Fox lorsque Mrs Dursley eut servi le potage.

-Dans sa chambre, répondit sèchement Mrs Dursley.

-Oh, c'est dommage, dit Mrs Fox. Lyra aurait bien aimé le voir.

La principale concernée lui lança un regard meurtrier. Elle l'aurait volontiers assassinée sur place!

-Va donc le chercher, fiston, ordonna Mr Dursley à Dudley qui ouvrit de grands yeux.

Visiblement, Mr Dursley n'avait pas plus envie que son fils de voir Harry, mais il tenait à conclure une bonne affaire à la fin de la soirée. Aussi voulait-il satisfaire les désirs de ses invités. Or, Lyra ne désirait pas voir Harry!

-Je n'ai pas fini de manger, grogna Dudley en guise d'excuse.

Alléluia!

-Eh bien Lyra n'a qu'à aller le chercher elle-même, reprit Mrs Fox. Hein, chérie ?

Lyra ne savait pas ce qui la retenait de faire tomber un lustre sur la tête de sa mère. Elle leva les yeux au plafond et comprit pourquoi. Il n'y avait pas de lustre.

-Sais pas où est sa chambre, dit-elle en serrant les dents.

-Voyons! Tu as passé l'été ici, l'an dernier! dit Mr Fox.

De quoi se mêlait-il, celui-là? Lyra dut avoir l'air particulièrement méchante, parce que ses parents renoncèrent.

-Laissez tomber, Mr Fox, dit alors Vernon Dursley. Dud ira, n'est-ce pas, fiston?

Il jeta un regard sévère à Dudley, qui se leva en grognant. En passant derrière son père, Lyra le vit glisser un billet de vingt dollars dans sa poche.

Elle soupira, soulagée. Il aurait fallu la payer aussi, pour qu'elle aille se jeter dans la gueule du loup! Jamais elle n'aurait trouvé la force d'aller chercher Harry, encore moins dans sa chambre…Elle ne savait même pas si elle aurait la force de le regarder!

Une porte claqua à l'étage. Lyra entendit des pas dans l'escalier. Son cœur allait lui sortir de la poitrine, à force de débattre comme ça ! Une silhouette se dessina plus loin. Dudley reparut dans la cuisine.

Seul.

-Il veut pas descendre! annonça-t-il en se rasseyant.

-Nom d'une perceuse, que fait-il? dit Mr Dursley.

-Rien, dit Dudley avec mauvaise humeur. Il est assis sur son lit et il fixe le mur.

-Ça me semble être une activité plutôt à la mode, dit Mrs Fox. Lyra fait ça aussi!

Le bol qui était devant sa mère se mit à tressauter. Annie Fox le saisit à deux mains et regarda Lyra d'un air nerveux.

-D'accord, j'ai compris! murmura-t-elle.

-Mais qu'est-ce que tu lui as dit? continua Mr Dursley à son fils.

-Qu'il y avait des gens en bas et que tu demandais à le voir, dit Dudley d'un ton morne.

-Et qu'est-ce qu'il a répondu? demanda Mr Dursley.

Dudley marmonna quelque chose, les dents serrées.

-Quoi?

-Il a répondu : « Dégage, gros lard » ! dit Dudley avec hargne.

Lyra ne put s'empêcher d'éclater de rire. Ses parents la regardèrent d'un air réprobateur, mais elle s'en fichait. Puis la conversation s'orienta sur les perceuses et ensuite, sur les paris concernant le joueur de golf le plus prometteur. C'était à mourir d'ennui. Lyra ne les écoutait plus, l'air ailleurs, lorsqu'une marche craqua au loin. Elle eut à peine le temps de se retourner que Harry surgit dans la cuisine.

Comme si dîner avec les Dursley était la dernière chose dont il avait envie (ce qui était assurément le cas) Harry n'avait pas pris la peine de se changer. Son jean large et tout rapiécé avait visiblement fait son temps, et son t-shirt blanc lui collait à la peau, tant il faisait chaud. Lyra put distinguer les muscles de son ventre et se sentit soudainement couverte d'une sueur froide.

L'air de quelqu'un qui n'avait pas fermé l'œil depuis des mois, Harry fit le tour de la pièce des yeux et se raidit. Son regard croisa celui de Lyra, puis s'attarda à la hauteur du décolleté. Il ne détourna pas les yeux aussi vite qu'il aurait dû. Même s'ils avaient été en équateur, Lyra aurait préféré porter un gros pull plutôt que d'être ainsi vêtue devant lui.

Au-dessus de la table, la lumière vacilla. L'ampoule s'éteignit puis se ralluma d'un coup. Lyra se demanda qui, de elle ou de Harry, avait fait ça. Le temps, qui s'était comme figé autour d'eux, reprit son cours.

-Ne reste pas là comme un portemanteau! dit Vernon Dursley de sa grosse voix. Viens t'asseoir.

Pétrifiée, Lyra s'aperçut que la seule place libre était celle qui lui faisait face. Décidément, cette soirée pourrait servir de modèle au bouquin Le répertoire des pires clichés de l'Angleterre ou Comment bousiller une soirée en 10 leçons faciles ! Harry s'avança jusqu'à l'endroit désigné, sans un mot. Il semblait ne pas se rendre compte qu'il y avait des invités autre que Lyra dans sa cuisine, et que sa conduite était plutôt impolie. Il gardait ses yeux fixés sur Lyra, qui regrettait sincèrement de ne pas avoir encore appris à transplaner.

Pétunia Dursley servit le repas principal, mais Lyra n'y toucha même pas. Elle regarda son assiette en tentant de reprendre son calme. Harry était là, juste devant elle. Ça faisait tellement mal qu'elle était incapable de se concentrer sur autre chose que son cœur en miettes. Elle ne savait toujours pas si Harry avait réussi à cesser de l'aimer comme il l'avait voulu, mais une chose était sûre : elle, de son côté, n'y était pas parvenue. Et rester assise devant lui était un véritable supplice.

Le supplice dura tout le long du repas, qui s'étirait beaucoup trop lentement au goût de Lyra. Elle n'avait pas mangé du tout et elle devina le regard réprobateur de sa mère, mais elle fut incapable de lever les yeux. Tel un aimant, son regard était attiré vers Harry, et si elle levait les yeux, elle le regarderait inévitablement.

Le repas se termina enfin. Cependant, Mr Fox et Mr Dursley n'avaient conclu aucun marché, et ils autorisèrent les jeunes à se lever de table, afin qu'ils puissent discuter « affaires » plus aisément. Dudley se leva d'un bond et se précipita vers la télévision, tandis que Harry prit le chemin de sa chambre avec une lenteur d'escargot. Et Lyra? Elle aurait voulu disparaître et ne jamais revenir. Au lieu de ça, elle se leva, bien décidée à rentrer chez elle. C'était ce qu'elle aurait dû faire depuis longtemps, d'ailleurs. Ravalant la boule qu'elle avait dans la gorge, elle se dirigea vers la sortie.

C'est alors qu'il se passa quelque chose de stupéfiant. Harry, qui avait pris l'allure d'un zombie durant tout le dîner, sortit soudainement de sa torpeur. Il s'avança vers Lyra, la prit par la main et l'entraîna à l'étage. Les jambes en coton et le souffle coupé, Lyra le suivit jusqu'à sa chambre. Il attendit qu'elle soit entrée pour fermer la porte derrière eux.

Il faisait une chaleur si torride à l'intérieur que Lyra cru qu'elle allait fondre. Harry, qui était dos à elle, soupira bruyamment.

-Tu le savais, pas vrai ? dit-il sans se retourner.

Lyra était si contente de l'entendre parler qu'elle mit un temps à comprendre qu'il attendait vraiment une réponse…et qu'elle n'avait pas du tout saisi la question !

-Quoi ? dit-elle d'une voix à peine audible.

-Qu'est-ce que tu avais en tête en venant ici, vêtue de cette façon ?

-J'ignorais que j'allais venir ici ! s'exclama Lyra, interloquée. Sinon, je me serais changée.

-Vraiment ?

-Non. Pour tout te dire, si j'avais su, je ne serais pas venue.

Elle lui en voulait tellement de ne plus l'aimer qu'elle ne pouvait s'empêcher de vouloir le faire sentir coupable. Non mais qu'est-ce qu'il s'imaginait ? Qu'elle était venue lui rendre visite en minijupe pour l'aguicher ?

-Lyra, ce que je t'ai dit au début de l'été, je ne l'ai pas fait parce que j'en avais envie ! dit Harry d'une voix étouffée.

-Non ?

-Non. Je l'ai fait parce que…

Il hésita. Lyra allait enfin savoir LA raison.

-Enfin, tu sais pourquoi je l'ai fait, je te l'ai expliqué. Je savais que je serais incapable de mener la mission avec toi dans les parages. Je savais que, comme tu es une alliée, tu serais toujours là et que je ne pourrais pas me concentrer. Je croyais vraiment que ça vaudrait mieux qu'on cesse de se voir…

-Et ça vaut mieux ? voulut savoir Lyra.

-Non… Pas du tout, en vérité. C'est même pire. Je pense toujours à toi, je te vois partout, j'entends ta voix sans arrêt, même quand t'es pas là ! Tu sais que j'ai dû m'embarrer ici depuis les vacances pour m'empêcher d'aller te voir ? Mais ça n'a servi à rien. Je savais que tu étais à trois maisons d'ici et ça me tuait. Ça me tue. Et maintenant, tu es là, juste derrière moi…je ne sais pas ce que je pourrais faire, si jamais je me retournais !

Lyra essuya ses mains moites sur sa jupe, incapable de répondre quelque chose. Elle venait d'entendre ce qu'elle avait voulu entendre tout l'été, et de la bouche même de Harry. Pourtant, elle n'était pas satisfaite. Il y avait toujours ce doute qui persistait, ce mal atroce qui la rongeait de l'intérieur…

-Mais alors pourquoi ? dit-elle.

-Pourquoi quoi ?

-Pourquoi tu compliques tout comme ça ? Pourquoi tu ne veux pas te retourner ?

-Je te l'ai dit, Lyra, soupira Harry en se passant la main sur la figure. La mission…

-Non, il y a autre chose, affirma Lyra.

Harry ne répondit rien et Lyra vit dans son silence sa pire crainte : la confirmation de ce qui la tourmentait.

-Ce que je t'ai dit, c'est la vérité, dit enfin Harry. Il n'y a rien d'autre.

-Ça pourrait être vrai mais, vois-tu, je ne te crois pas. Tu ne peux pas me mentir, Harry, pas à moi !

-Si je te le disais…je te ferais mal, dit Harry d'une voix brisée.

C'était comme s'il l'avait giflée.

-Tu crois que je n'ai pas mal, maintenant ? explosa Lyra. Tu m'as menti ! Il y a une autre fille, c'est ça ?

Harry fit volte-face.

-Moi, aimer une autre fille que toi ? Tu es folle ? Jamais de la vie !

Il se tut. Lyra ne répondit rien. Gênés, ils se dévisagèrent durant une minute qui s'étira telle un millénaire.

-Pourquoi tu me fais ça ? murmura Lyra après un moment, avant de fondre en larmes.

C'était plus fort qu'elle. Harry, totalement désemparé, s'approcha et la prit simplement dans ses bras. Lyra laissa aller sa tête contre son épaule et continua à sangloter. Harry lui caressa lentement les cheveux. La pince qui les retenait tomba et une cascade de cheveux noirs croula dans le dos de la jeune fille.

-Fait quoi, murmura Harry lorsque les pleurs de son amie se furent atténués.

-M'aimer, répondit Lyra en s'essuyant les yeux. Avant, c'était une promesse, maintenant, c'est une menace. Pourquoi tu m'aimes ?

Harry posa son menton sur la tête de Lyra et réfléchit.

-Je ne sais pas, dit-il enfin. Peut-être est-ce ton rire, ton odeur, tes cheveux, tes yeux…ta manière d'être. Tout ce qui fait que tu es toi, ça me rend fou.

Lyra oublia toute la situation dans laquelle ils étaient. Elle n'y voyait maintenant qu'une chose toute simple : elle l'aimait et il l'aimait. Et elle ne savait vraiment pas pourquoi elle se retenait de lui sauter dessus.

Tout commença tranquillement, avec un petit baiser du bout des lèvres, mais c'était déjà trop tard. En quelques minutes, après l'avoir embrassée fougueusement, Harry la souleva et la déposa sur son lit déjà défait. Puis il s'arrêta.

-On…ne…peut pas ! haleta-t-il.

-Tu ne peux pas dire ça…pas maintenant, dit Lyra, trempée de sueur.

-Tu as raison, je ne peux pas, dit Harry en l'embrassant de nouveau.

-C'est juste pour ce soir, dit Lyra dans un souffle. Après…eh bien, on verra !

Harry eut un sourire malicieux.

-Tu es sûre que tu veux faire ça ?

Pour toute réponse, Lyra rabattit la couverture sur leurs têtes.


Niak Niak! Eh non, pas de lemon ici! Je ferai aussi une suite pour celui-ci... à suivre, donc!