QUATORZE FOIS JE T'AIME
Résumé : SeverusRogue/OC, Olivier Dubois/OC.
Un O.S. qui change un peu des autres, du style plus dramatique, moins humoristique. On apprend pourquoi Rogue a l'air si … Rogue.
Avertissement : C'est un univers parallèle, car l'histoire se déroule du point de vue de la fille de Rogue : Julia! Et d'autres surprises…
7 février
La boîte à souvenirs
Il y a des choses pires que la mort brutale de son père, dans un combat contre la résistance.
Il y a de découvrir qu'on le connaissait finalement si peu…
C'est ce que je me dis, à l'instant, en pénétrant dans ce qui avait été sa chambre lorsqu'il était adolescent. L'émotion m'étreint; je suis couverte de frissons. Olivier Dubois, mon meilleur ami, prend ma main et la serre doucement dans la sienne.
-Ça va aller, Julia, murmure-t-il.
J'acquiesce lentement, la gorge trop nouée pour dire quoi que ce soit. Ce que je suis venue faire ici est très émouvant et surtout très personnel, mais je suis contente qu'Olivier soit avec moi.
-Je n'arrive pas à croire qu'il n'est plus là, dis-je, la voix enrouée.
Olivier me caresse le dos de sa main.
Non pas que j'aie été très proche de mon père. Au contraire. Toute personne connaissant de près ou de loin Severus Rogue se doute bien qu'il n'était pas du genre « papounet affectueux ». N'empêche, c'était mon père. Il était la seule famille que j'avais.
Je n'ai jamais connu ma mère. Mon père a toujours refusé de me parler d'elle. À Poudlard, les mauvaises langues (Serpentard surtout) disaient que c'était une pute et qu'elle avait donné ma garde à Severus pour le punir de l'avoir mal payée. Il n'a jamais appuyé ou démenti ces ragots. Ça me peinait beaucoup.
-Moi, j'arrive toujours pas à croire que c'est sa chambre! dit alors Olivier, dissimulant mal sa stupéfaction.
Je vois ce qu'il veut dire. La chambre est grande, lumineuse et les murs sont peints de couleurs vives. Des posters d'anciennes équipes célèbres de Quidditch et des affiches de groupes métal sorcier des années 70 tapissent la pièce. On n'aurait pas imaginé Severus Rogue habitant une chambre comme celle-ci. Apparemment, il était un adolescent des plus normal – et même plutôt branché.
-Ouah, Julia, regarde ça!
Je rejoins Olivier, qui s'est posté devant le foyer dans un coin de la chambre. Sur le manteau de la cheminée, une multitude de cadres entourent des photos de mon père, jeune.
-Je n'y crois pas! dit Olivier en laissant échapper un rire incrédule.
Et moi non plus! J'y vois mon père brandir la coupe de Quidditch en hurlant comme un possédé, ou encore entouré de copains à l'air très cool, je le vois sourire, chahuter, se saouler, vomir dans les toilettes de l'école devant l'air hilare de ses amis, entourer la taille d'une jeune fille en envoyant un clin d'œil au photographe.
Je m'empare de cette dernière image.
-Par Merlin! s'exclame Olivier. Elle te ressemble beaucoup trop, on jurerait que c'est toi!
Je lève des yeux troublés vers mon meilleur ami, avant de reporter mon regard sur la photo. Bon sang c'est vrai, c'est fou ce que cette fille me ressemble. Se pourrait-il que…?
-C'est sûrement… ta mère, dit prudemment Olivier, énonçant l'idée qui me traversait justement l'esprit.
Je détaille la silhouette potelée de la jeune fille, ses grands yeux noirs et ses cheveux acajous et pour moi ça ne fait plus aucun doute : il s'agit de ma mère. Je retourne le cadre, mais il n'y a aucune inscription derrière la photographie.
-Cherchons plus loin, on trouvera certainement des indices! suggère Olivier.
C'est pas fou. Encore chamboulée par ce que je viens de voir – mon père qui sourit, qui a des amis et qui s'amuse – je me détourne de la cheminée et j'inspecte la chambre. À travers les motifs de son couvre-lit, les livres qui garnissent sa bibliothèque, les disques qui traînent un peu partout, j'apprends à connaître mon père. Olivier s'exclame bruyamment devant tout ce qu'il voit : pas de doute, apprendre que mon père avait des goûts aussi vivants et colorés a de quoi surprendre.
Sur une table de travail, on découvre l'album de graduation de Poudlard. Nos yeux avides parcourent toutes les pages, à la recherche de la mystérieuse femme qui me ressemble tellement. On rigole devant les coupes de cheveux démodées et certaines têtes pas trop jolies. Olivier s'extasie littéralement devant les photos des équipes sportives et les stats de Quidditch de ces années-là.
Puis, la voilà.
-Estelle Lory Brown, lit Olivier. Serpentard.
Estelle Brown. Le nom se grave instantanément dans ma mémoire. Sur la photo, la jeune fille esquisse un sourire timide, le même que j'affiche lorsqu'on me photographie.
Un peu plus loin, on retrouve mon père. Cela aurait été impossible s'il n'y avait pas eu son nom dessous. Il est méconnaissable.
Les yeux brillants, l'air espiègle, le sourire au visage : il est presque beau garçon.
À la fin de l'album, il y a évidemment les pages de signatures. À notre grand étonnement, elles ne sont pas vides mais toutes remplies. Des écritures serrées, fines ou ballonnées débordent même souvent des marges.
Ce fut un plaisir de partager ces sept années de débauche avec toi, Sev! On se revoit cet été, clairement! J.B
Bonne chance dans ta vie, je te souhaite tout le bonheur du monde avec Estelle! Oui, je sais, j'aurais pu faire mieux comme message, mais tu me connais : l'amour avant tout! R.Y.
Sev, vieille branche, c'est pas mon truc le sentimentalisme, c'est pas comme Rachel et son message cul-cul la praline… Je te dirais simplement qu'on a eu une scolarité vraiment débile et que j'oublierai jamais ça… faudrait remettre une de nos soirées, un de ces quatre…c'était vraiment trop marrant! Bonnes vacances à toi et Estelle, on s'envoie un hibou! A S.T
Et ça continuait ainsi, indéfiniment.
Severus, que dire sans que ça ait l'air emprunté? Ces sept années à Poudlard ont été les plus merveilleuses de ma vie, particulièrement le jour où je t'ai connu…Tous ces beaux moments passés ensemble, ces sourires et ces souvenirs emmagasinés… Je t'aime, je t'aime, je t'aime! Estelle
Et, dessous, une fine écriture en patte de mouche que je connaissais très bien ajoutait :
Ce n'est que le début, mon amour. xxxxxxxx Sev
Un sourire idiot s'est emparé de nos lèvres, à Olivier et à moi. Il y a quelque chose de follement irréel à parcourir ces pages : c'est comme entrer dans la Pensine d'un inconnu… car ce jeune « Sev » est bel et bien un inconnu, jusqu'à ce qu'une voix dans ma tête me signale : « Hey, c'est mon père! »
Le jour est tombé depuis longtemps lorsqu'on se rend compte de l'obscurité qui règne dans la chambre. Olivier se lève pour allumer la lanterne : en vain.
-C'est une vieille chose, dit-il, grognon. On devra se contenter des Lumos.
Et, à la lueur de nos baguettes, nos poursuivons nos investigations.
De temps à autre, je relève la tête d'un album poussiéreux ou d'un journal aux pages racornies et je surprends le regard tendre d'Olivier, ou son petit sourire amusé. Et j'ai un pincement au cœur en songeant à tout ce qu'il représente pour moi et combien je suis heureuse de sa présence ici, en ce moment.
À travers les photos, les journaux, divers billets de spectacle et autres, on en apprend finalement assez peu sur Estelle Brown. Mis à part qu'elle est allée à Poudlard, qu'elle et mon père étaient amoureux et qu'elle me ressemblait comme deux gouttes d'eau, on ne découvre absolument rien à ce qui a trait à son lien de parenté avec moi et sa disparition dans la nature. Est-elle simplement encore vivante?
-Julia! appelle Olivier d'une voix étouffée.
La lueur de ma baguette balaie la pièce, j'aperçois finalement Olivier étendu sous le lit. Il en tire une boîte poussiéreuse. Olivier souffle dessus et un nuage gris l'enveloppe quelques secondes.
-Oh! C'est exactement ça! dis-je, le cœur bondissant de joie, tandis qu'Olivier éternue bruyamment.
« Estelle Lory Brown » est-il écrit sur la boîte.
Nous nous précipitons pour ouvrir la boîte. Nos mains se frôlent. Je rougis et retire la mienne aussitôt. Olivier, l'air pas du tout troublé, soulève le dessus de la boîte de carton.
Je crispe le visage, m'attendant presque à une explosion. Évidemment, il ne se passe rien. La boîte contient des tonnes des photos, des lettres et quelques objets divers.
-Elle était fiancée, murmure Olivier en tirant un objet de la boîte et en pointant sa baguette dessus.
Je fais de même : ma baguette éclaire une bague étincelante. Mes yeux s'embuent de larmes.
-Ils étaient fiancés, rectifié-je.
L'air troublé cette fois, Olivier prend ma main gauche dans la sienne et fait lentement glisser l'anneau à mon annulaire. Je frissonne et ne saurais dire pourquoi.
-Elle te revient, dit-il sans me regarder.
Je suis rouge de confusion.
Nous prenons deux longues heures pour parcourir le contenu de cette boîte. J'y retrouve tout : des photographies d'Estelle à tous les âges, des correspondances échangées entre elle et mon père, des bijoux lui ayant appartenu. Mon acte de naissance. Estelle Lory Brown est bel et bien ma mère. Mes joues sont mouillées de larmes.
Tout laissait présager une existence heureuse. Que s'est-il passé?
-Je crois que ça suffira pour aujourd'hui, dit Olivier en froissant la dernière lettre de la boîte dans son poing.
-Hey! m'écrié-je. Je ne l'ai pas lue!
-C'est assez, dit Olivier sans me regarder. Tu es fatiguée. On reprendra demain.
-Tu sais très bien que Lady Greenwood procède à la vente de cette maison, demain! protesté-je. C'est justement pour ça que je suis venue la dépouiller de ses souvenirs, tu te rappelles? Aller, Olivier! Donne-moi cette lettre!
-Non!
-Si!
Je lance un sortilège d'Attraction. Olivier réussit à le contrer. Frustrée, je me jette sur lui et essaie de la lui arracher de force. Il résiste. Je grogne de rage, car si je m'acharne je risque de la déchirer.
-OLIVIER DUBOIS! DONNE-MOI CETTE LETTRE!
-NON!
Je commence à le rouer de coups de poings. Je suis sûre que cette lettre est d'une importance capitale. Pourquoi ne veut-il pas me la montrer?
Olivier me fait rouler sous lui et m'immobilise au sol. Nos baguettes ont foutu le camp plus loin dans la lutte, je suis prise au piège. Je grogne à nouveau de rage.
-Olivier!
-Tu ne bouges plus! halète Olivier. Bon sang! Te maîtriser est encore pire qu'un entraînement de Quidditch! Une vraie tigresse!
Je ricane. Tant pis pour lui!
Il reprend son souffle. Je me calme.
Je suis toujours allongée par terre, il est agenouillé par-dessus moi.
Je le regarde. Il me regarde.
-Ce que tu es belle…, laisse-t-il échapper.
Mes yeux s'agrandissent sous la surprise. Moi? Belle? À côté de tous les canons avec qui il sortait à Poudlard, je suis un vrai thon!
Avant même de comprendre ce qui m'arrive, Olivier et moi sommes en train de nous embrasser sauvagement. Puis je comprends, et je refuse d'analyser la situation; je penserai après.
Je m'agenouille à sa hauteur et nous nous embrassons avec plus de ferveur à chaque seconde, bientôt, nos robes sont de trop pour la chaleur qui règne.
Je fais l'amour pour la première fois, et dans le lit de feu mon père, en plus! Dans le lit où il s'est probablement adonné, adolescent, aux mêmes activités avec Estelle Brown.
Il y a quelque chose de foncièrement malsain dans ces pensées et je refuse catégoriquement de m'y attarder plus avant.
La lettre qu'Olivier avait cachée à mes yeux innocents est froissée au pied du lit. Je la retrouverai le lendemain matin, alors que mon amour ronflera encore entre les draps, et à travers les rayons lumineux du soleil que filtrent les rideaux, je lirai ceci :
Ma belle Estelle…
Je dois t'avouer que, depuis que tu es partie, il ne reste plus grand-chose de moi. Chaque matin, quand je regarde le miroir, je suis même surpris d'y voir un visage d'homme. Je me sens tellement comme un petit garçon! Un petit garçon choqué par la violence de la vie. Par sa laideur aussi. Tu n'imagines pas à quel point c'est atroce de voir grandir ta fille, notre fille, et de la voir prendre de plus en plus nettement tes traits en vieillissant. Moi, je suis rendu avili et dégoûté de la vie. Il n'y a plus rien de beau, après toi…Ah, j'aurais tant voulu te prendre dans mes bras une dernière fois!…Mais tu savais sûrement que, si j'avais été là, je t'aurais dit : « Ne fais pas ça, Estelle. » Et ce n'était pas ce que tu voulais entendre. Je t'aurais sans doute dit aussi : « On est bien tous les deux, non? »
Non?
Comme un petit garçon puni, je pense aux fautes que j'ai commises. Mais je ne les trouve pas, Estelle. Il aurait fallu que tu me les dises. Que tu me les jettes en pleine face, que tu m'engueules! Moi, tout ce que je trouve, ce sont des souvenirs, des images. Nous deux, dans les rues de Londres. La douceur de tes cheveux. Nos soirées passées ensemble, à laisser s'égrener les minutes, alors que le fruit de notre amour poussait dans ton ventre. Jamais, à ce moment-là, je n'aurais pu douter que tu étais malheureuse avec moi. À aucun moment je ne me suis douté de ta détresse, Estelle. Car il faut forcément que tu aies été en détresse pour poser un geste comme celui-là. Pourquoi ne m'en as-tu pas parlé? Ai-je donc été un si mauvais mari?
Pardonne-moi, ma chérie. Où que tu sois, j'espère que tu entends ces mots-là. Où que tu sois, j'espère que tu m'attends, moi. Parce qu'un jour, quand je ne serai plus un petit garçon, je viendrai te rejoindre, ma belle. Je ne sais pas exactement quand ce sera, car n'est pas moi qui vais décider du jour où je mourrai. J'ai choisi, moi, de vivre ma vie jusqu'au bout. Malgré tout.
D'ici là, peu importe la distance qui nous sépare, sache que je t'aime. Oui, je t'aime, Estelle. La vie et la mort n'y pourront rien.
Sev'
Fini! Le prochain O.S. est une surprise autant pour vous que pour moi...
