Chapitre 25, Pourquoi tant de haine ?
Le festival de Yueï battait son plein alors que Naël et Akira marchaient à travers la foule la tête baissée. Le plus petit observait avec grande attention tout ce qu'il se déroulait autour de lui sans en rater une miette, se délectant d'avance des visages de ses futures victimes. Naël, lui, était plus dans les nuages à se dire qu'il aurait aimé que Louise soit avec eux pour voir tout ça. Il était persuadé qu'elle aurait adoré.
– Là, regarde là… Akira souriait à pleine dents, Si nous volons leur machine, en la modifiant légèrement nous pouvons en faire une arme qui explosera tous les bâtiments. Il nous suffit simplement de trouver des tournevis, des vis, quelques plaques de métal et…
Naël n'entendait pas son ami. Ce n'était pas l'envie et la motivation qui lui manquait, c'était juste plus fort que lui. Il continuait de marcher auprès de lui, en fixant un point au loin alors qu'il se sentait de plus en plus vide de l'intérieur. Depuis quelque temps, il se posait de plus en plus de question, sans jamais avoir de réponses.
Pourquoi se sentait-il si vide ? Pourquoi avait-il cette impression que le monde n'était qu'une vaste blague ? Pourquoi pensait-il que tout ce qu'il faisait était futile, qu'il n'allait toucher personne au fond ? Pourquoi l'humain était un être si étrange et si compliqué à comprendre ? Pourquoi fallait-il que les autres soient différents de lui ? De sa manière de pensée ? Pourquoi personne ne voulait vraiment la paix ? Pourquoi fallait-il la paix pour avoir la guerre ? Pourquoi faire la guerre ? À quoi servait la guerre ? Pourquoi vouloir dominer un peuple ? Pourquoi ne pas vouloir vivre avec les autres ? Pourquoi avoir peur des autres ? Pourquoi les autres ne comprenaient pas le mot différence ? Pourquoi les autres n'acceptaient pas le mot différence ? Qu'il y avait-il de si mauvais à être différent ? Qu'il y avait-il de si mauvais à ne pas être comme les autres ?
Qu'il y avait-il de si mauvais à être lui ?
Des questions qui filaient à travers sa tête sans jamais s'arrêter. Elles ne s'arrêtaient jamais et il se sentait sombrer de plus en plus dans une certaine folie dont il ne comprenait pas le fonctionnement. Il ne savait pas quoi faire, ou plutôt il ne savait plus quoi faire.
Il avait juste envie de retourner dans son lit, dormir et ne jamais se réveiller.
Peut-être qu'au final la solution était là.
Mourir.
– Naël.
Le jeune homme se reprit quand son ami prononça son prénom. Il eut un moment de de stupeur, se rendant compte que pendant un temps indéterminé il n'avait plus eu aucune maîtrise sur lui même, et regarda Akira en soupirant intérieurement. C'était quelque chose qui arrivait de plus en plus, cette absence.
– Naël !
– J't'écoute.
– Là.
Le tunisien suivit le regard du japonais pour voir Izuku sourire à pleine dent avec un sac en plastique dans les mains. Akira le regardait férocement, la mâchoire serrée et le corps tendu.
– Il faisait partit des héros ce jour-là.
Il ne fallut pas une seconde de plus pour que Naël sente les larmes venir. Il les refréna, la boule au ventre.
'Retient toi, ce n'est pas le moment. Pas maintenant.'
– Suivons-le. Akira était déterminé
– Quoi ? Naël avait la voix tremblante
– Suivons-le. Maintenant.
Sans un mot de plus le plus petit se faufila à travers la foule alors que l'autre restait planté, debout avec l'impression d'être perdu. Il regarda son camarade partir au loin alors qu'une question restait pendue à sa gorge, tel un couteau.
'Pourquoi haïr ce gars qui n'a rien fait ?'
