Chapitre 25.2, Pourquoi tant de haine ?

Akira suivait le jeune homme aux cheveux verts sans le perdre de vue. Il se souvenait parfaitement de ce jour-là et ce mec y était. La mâchoire serrée, le corps tendu et l'envie de lui sauter aux tripes, Akira ne le lâchait pas d'une semelle. Ce mec devait souffrir. Il devait, lui comme les autres, comprendre ce qu'il ressentait.

Sa douleur.

Sa rage.

Sa haine.

Sa colère.

Sa tristesse.

Sa déception.

Son amertume.

Son désespoir.

Les héros savaient que trois enfants, venant d'un autre monde, étaient apparus. Ils savaient qu'ils allaient être en danger, ils savaient à quoi ils allaient servir exactement. Ils savaient que leur futur de cobaye était à en déchirer l'âme, ils savaient qu'ils n'allaient sûrement pas en revenir indemne. Que personne n'allait en revenir indemne.

Akira sentit du sang couler dans sa bouche alors que des souvenirs revenaient en tête. Les hommes politiques et les héros les avaient laissés aux pires personnes. Les hommes politiques comptaient se servir en tant que putes pour pouvoir faire passer du bon temps aux autres. Des héros, des vilains et d'autres personnes politiques. Toutes les personnes avec un peu de pouvoir, toutes les personnes un peu détraquées, toutes les personnes malveillantes. Il l'avait lu et les dossiers ne mentaient pas. Les dossiers pointaient du doigt tous ceux qui savaient qu'ils allaient venir, tous ceux qui savaient qui savaient qu'ils allaient souffrir et tous ceux qui savaient qu'ils allaient en ressortir marqué à vie.

Les hommes politiques avaient prévu d'utiliser Naël pour faire des enfants à toutes les femmes qui passaient par là.

Les hommes politiques avaient prévu d'utiliser Akira pour se faire enculer par tous ceux qui passaient par là.

Les hommes politiques avaient prévu d'utiliser Louise pour la faire accoucher d'un nombre incalculable d'hommes qui avaient signé un contrat.

Quand le japonais avait eu le document en main, il l'avait gardé pour lui. Il voyait que Naël sombrait dans la dépression sévère et se doutait que lui dire tout ça n'allait pas l'aider. Il avait gardé ça pour lui, l'envie de vomir collée aux tripes. Ils n'étaient que des incubateurs pour ce monde. Des incubateurs, des tests, des cobayes, même pas des putes. Parce que les putes, ça a des sentiments.

Du fond de ses tripes remuait une colère incommensurable. Une colère dont il n'avait aucun contrôle – après tout à quoi cela servait ? – et qui le rongeait de jour en jour, toujours un petit peu plus qu'hier. Il voulait hurler au monde ce qu'il ressentait. Il voulait leur montrer à quel point eux, les autres, étaient sales. À quel point ils étaient dégoûtants. À quel point ils devaient avoir honte d'eux. Honte d'eux, honte des autres, honte de leur éducation qu'ils disaient sans faille alors que des milliers de jeunes se suicidaient chaque jour à cause d'eux. Honte d'eux car ils ne valaient rien, même les animaux avaient plus de noblesse qu'eux. Honte d'eux car ils se disaient purs, mais ils étaient d'une laideur sans nom.

Une laideur que personne ne pouvait égaler.

Une laideur qui le dégoûtait au plus haut point.

Une laideur qui le rendait complètement dingue.

Une laideur qu'elle vint éclairer par sa beauté.

Une laideur qu'elle remplaça par son sourire.

Une laideur qu'elle remplaça par un petit rire.

Une laideur qui finit par se faire oublier le temps d'un instant.

Un instant, où il resta droit et ferme.

Un instant, qui parut comme une éternité.

Un instant, où il se sentit complètement vide.

Un instant, où il se crût dans un Rêve.

Un instant, de Fiction irréel et surréaliste.

Un instant, où il fit face à la Réalité.

À sa Réalité, et là était toute la différence.