Chapitre 26, Cruelle Fiction, Cruel Rêve, Cruelle Réalité.

Il devait être minuit et Naël fixait la porte de la chambre d'Akira. Depuis leur retour précipité de Yueï, le garçon n'était pas sortit de son coin, inquiétant le tunisien qui ne savait pas comment réagir. Tout commençait petit à petit à l'inquiéter. Entre les médias qui parlaient d'eux sans arrêt, les citoyens dont la colère montait de plus en plus et la mort de Louise… Il soupira alors qu'l sentait les larmes monter. Ne plus être avec sa famille n'était pas un problème, loin de là. Il avait commis des erreurs que les adultes avaient engendrés, il en avait conscience. Mais devoir en subir les conséquences seul chaque jour était trop pour lui. Sa seule consolation avait été Louise et Akira, les seuls qui l'avaient accepté comme un frère.

Mais Louise était morte et Akira fou.

L'arabe secoua sa tête, chassant ses pensées. Il devait se montrer fort. Il commença à ouvrir la porte du japonais quand il se fit soudainement attirer dans la chambre et tomba nez à nez avec son ami. Celui-ci avait un grand sourire collé au visage et des yeux si sombre, si profond et si instable qu'il en fit trembler Naël. Ce dernier recula l'espace d'un instant, ne prenant pour quelqu'un d'autre. Des yeux qu'il aurait ne jamais voulu voir sur son ami, des yeux qu'il aurait voulu effacer à vie de sa mémoire. Des yeux qui le hantait encore la nuit, parfois, quand il s'y attendait le moins.

Les yeux du professeur.

– Naël, je t'attendais.

La tunisien sentit un frisson lui parcourir le dos et fut prit d'un dilemme. Devait-il entrer ? Ou fuir ? Entrer au risque de voir ou d'apprendre quelque chose qu'il allait regretter ? Fuir, mais pour aller où et pour faire quoi ? Il était piégé. Akira perdait de plus en plus la raison depuis la mort de Louise et Naël avait peur de faire l'acte de trop. Quoiqu'en vérité, il avait déjà commis l'irréparable. Le nombre de cadavre qu'il portait sur la conscience, le nombre de torture qu'il avait vu voir par les mains de son ami et même le nombre de personne dont il avait ruiné à jamais la vie.

Mais il était trop tard pour regretter. Trop tard pour faire machine arrière – trop tard car il avait beau essayer, remonter le temps un nombre de fois dont il ne se souvenait plus, c'était toujours la même chose. Il finissait toujours par revenir au même point, celui de la mort de Louise. Il ne pouvait jamais la sauver, jamais aller plus loin dans le temps. Tout se répétait, encore et toujours les mêmes cauchemars. Et aussi étrange, aussi regrettable et aussi surprenant que cela pouvait paraître, suivre Akira était comme un doux rêve, une histoire, une fiction dont il était l'auteur, là où personne ne le contrôlait.

Il regarda une dernière fois derrière lui, la porte se refermant par un courant d'air et déglutit.

Akira était un vrai enfant.

Excentrique.

Naïf.

Fantasque.

Arrogant.

Négligeant.

Têtu.

Et cruel.

Trop cruel.

Mais il ne pouvait pas s'empêcher de l'aimer, car une fiction n'a aucun sens si elle ne permet pas de faire rêver l'auteur.