Chapitre 28, Le Réveil.

Louise était redescendu de son rêve alors qu'elle regardait le fenêtre, maussade. Elle était sur un coussin orange rembourré de plumes. Toute la chambre était colorée : en partant de la couette, rose bonbon, jusqu'au mur d'un jaune pâle et au parquet, marron clair. La penderie était en bois peint en mauve et les coussins de toutes les couleurs pastels. Tout avait été confectionné à son image et même certains livres étaient en français. Elle trouvait ça plaisant, elle ne pouvais pas dire le contraire, mais les garçons étaient souvent dehors et ils fermaient sa chambre à clef. Elle ne voulait pas l'avouer, mais elle en avait conscience.

Elle était enfermée dans une nouvelle cage dorée.

– Loulou !

Son plus beau sourire apparut sur ses lèvres quand la blonde entendit la voix de Naël. Il se précipita sur elle et la prit dans ses bras, la levant au passage. Délicatement il vint renifler ses cheveux en lui déposant des baisers dans son cou. Louise ne pouvait d'empêcher de se faire deux réflexions. La première, qu'elle n'avait aucune gêne avec l'arabe ou le japonais. Ils pouvaient lui toucher la nuque, l'habiller, la coiffer comme ils le voulaient, elle n'en avait rien à faire. La deuxième, qu'ils avaient changé. Ils étaient plus affectueux qu'avant, la touchant dès qu'ils le pouvaient – comme pour s'assurer qu'elle était là ? –, ils lui donnaient tout ce qu'elle pouvaient vouloir avant même y penser – comme s'ils avaient peur qu'elle soit en manque ? – et, quoi qu'il se passait, les deux garçons finissaient à genoux devant elle – comme s'ils la vénéraient ?

– Loulou, viens. Avec Akira on t'a fait une surprise.

La blonde pencha la tête sur le côté, curieuse et se laissa sortir de la chambre, toujours dans les bras de l'arabe. Elle espérait secrètement qu'ils avaient kidnappé Katsuki ou Jirou, pour qu'elle s'ennuie moins, mais savait qu'ils ne le ferraient pas. Et s'ils le faisaient, elle commencerait à se poser de sérieuses questions…

Non, non. Ce qu'elle vit ne le fit pas sourire. Loin de là. Ce qu'elle vit lui coupa le souffle. Elle sentit un frisson lui remonter son échine alors que son cœur battait de plus en plus vite. Un hoquet de surprise sortit de sa bouche alors que ses yeux s'élargissaient d'horreur. Elle tourna la tête vers Naël. Il lui souriait d'un air si doux qu'elle crut être dans un cauchemar. Elle se retourna vers Akira. Ses yeux étaient fous, il lui faisait peur. Elle déglutit et ne pouvait plus entendre quoi que ce soit que les deux garçons prononçaient. Les larmes aux yeux, elle fixa l'être devant elle. Le tunisien la mit à terre et le japonais la fit avancer. Elle avait l'impression que son heure avait sonné.

– Nous avons trouvé ça, tu sais ce que c'est ?

Elle fit non de la tête. Akira l'embrasse sur le front.

– C'est la dernière partie de ton collier. Ce qui te permettra de contrôler ton alter.

Elle observa l'objet noir. Aussi petit qu'une puce USD et de forme ronde, elle pouvait sentir quelque chose en elle changer. Une partie d'elle voulait hurler que c'était de la torture, qu'ils étaient affreux de lui faire ça et qu'elle allait pleurer s'ils continuaient. Mais son autre partie disait tout autrement.

Elle hurlait avoir été réprimé à cause des héros de Yueï. Que son but avait été oublié, en vain pour une histoire d'amitié inutile ! Elle demandait justice, elle réclamait vengeance et elle ordonnait la mort.

Le souffle court, les mains tremblantes et la tête en feu, Louise alterna entre Naël, la puce et l'être humain. Que devait-elle faire ? Devait-elle tout oublier ? Vivre une vie sans soucis, une vie dans l'oublie ou rien n'est grave ? Ou alors pleurer et demander à ne pas se salir les mains, au risque de salir les leurs ? N'étaient-elles après déjà sales après tout, que cela pouvait-il changer ?

Elle ferma les yeux.

Elle sentit une douleur lancinante dans son dos, vive et intense.

Elle sentit des dents se planter dans sa nuque et du sang couler.

Elle sentit des mains lui toucher les seins, enfonçant ses ongles sales.

Elle sentit un nez sur sa cuisse et entendit une respiration forte et désagréable.

Elle sentit deux doigts entrer dans son intimité, lui procurant un frisson de dégoût.

Des centaines de souvenirs refaisaient soudainement surface alors que les larmes commençaient à pleurer. Elle voyait des femmes lui sourire, des hommes ricanaient et mêmes des choses dont elle ne savait le nom. Son corps entier se mit à trembler alors que les souvenirs refaisaient surface.

Il lui avait susurré des mots doux à l'oreille.

Elle lui avait embrassé la bouche.

Il lui avait remonté ses habits pour pouvoir mieux l'observer.

Elle lui avait croquer le sein pour le sucer violemment.

Il lui avait sentit son intimité et en avait jouis.

Elle avait planté deux doigt dans son hymen et joué avec elle.

Il lui avait donné des coups parce qu'elle ne hurlait pas.

Elle lui avait donné un plaisir qu'elle aurait préféré ne jamais connaître.

Il lui avait planté des couteaux dans les cuisses pour qu'elle réagisse.

Elle lui avait embrassé les yeux après s'être déclarée satisfaite.

Tant de personnes avaient joué avec elle. Tant de personnes s'étaient permises de la toucher, de l'effleurer, de l'agripper sans son consentement.

Elle retenue une larme alors que son visage se levait doucement. Ses yeux bleus pétillants étaient devenus sombres. En plaçant le dernier morceau du collier, la télécommande que Naël avait dans ses mains se brisa. Ses veines bleues ressortirent le long de son corps alors que tout l'appartement était parcouru d'un filet électrique. La gorge serrée, le souffle lourd et les yeux perçants, Louise se retourna vers l'homme, allongé par terre qui la regardait avec une certaine curiosité et admiration. La blonde s'avança vers lui et doucement, posa sa main sur son cou. Il ne suffit que d'un instant pour que l'homme commence à hurler de douleur.

– Regarde moi. le vieillard leva les yeux vers elle, Comment tu me trouves, Kyudai ? Non, ne ferme pas les yeux et regarde moi… Regarde nous. Tu nous as violés. Tu nous as détruits, cassés. Mais regarde nous maintenant. La vengeance est un plat que se mange froid et c'est une chance ! Nous adorons ça.

Le docteur hurla de douleur sous les yeux neutres des garçons. Naël le voyait comme une bonne chose de faite, Akira comme une après-midi normale et Louise…

Ah, Louise.

Ce n'était que le début de sa nouvelle aventure.

Fin épisode 1.