Salut!

Encore une fois je suis en retard...j'étais sur un nuage duquel je viens de descendre, désolée ;)

MERCI Jennifer et les Guest de laisser une trace de votre passage, c'est encourageant!

Voici donc le nouveau chapitre, un de mes préférés ;)

Bonne lecture, à bientôt!

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Chapitre 17
Wonderwall
(Oasis)

Edward - Bella

Première sonnerie

Ça fait un mois que je n'ai pas vu Bella. Un mois de torture pendant lequel je n'ai cessé de penser à elle, pendant lequel chaque personne que j'ai croisée, chaque endroit où j'ai été, chaque chose, chaque détail insignifiant me ramène à elle.

Je ne suis pas trop sorti. J'ai pas mal bossé à distance et j'ai composé.
Elle m'inspire, elle est ma muse.
Ecrire de la musique en pensant à elle était à la fois frustrant et rassurant. Dans ces moments-là, je la sentais près de moi. De la même façon, quand je lui envoyais un morceau chaque jour, je la sentais plus proche. Je me demandais quelle était sa réaction en écoutant, si elle s'asseyait confortablement et prenait son temps, ou si elle mettait ses écouteurs vite fait entre deux clients, si elle attendait mes messages ou s'ils la laissaient indifférente…

Si les premiers jours l'espoir faisait que je l'imaginais sourire, les jours suivants je n'en avais plus le courage et j'avais l'impression qu'elle s'en foutait.

Je ne choisissais pas la musique au hasard. J'avais bien vu qu'un sentiment spécial l'avait éprise dans la chambre d'hôpital pendant « Clair de lune ». J'avais aussi compris qu'elle le combattait.
Elle est sensible, tout le monde l'est à des degrés différents, mais elle, elle ne l'assume pas, pire, elle ignore ce sentiment, elle le refoule.

En tant que psychiatre, je comprends qu'elle se protège ou du moins qu'elle essaie, mais la vie est ainsi faite qu'on ne peut pas éviter de souffrir comme on ne peut pas éviter d'aimer. Alors j'insiste, et je sais que c'est difficile, et même que ça fait mal, mais tant pis. A un moment ou à un autre, elle en passera par-là, avec moi ou avec un autre… et je voudrais que ce soit avec moi.

Deuxième sonnerie

Quand elle est passée hier soir, j'avais baissé les bras. Après un mois sans nouvelle, un mois où je me suis astreint à lui envoyer de la musique tous les jours pour lui montrer que je pensais à elle et que j'attendais un signe de sa part, j'avais décidé d'abandonner, enfin… de faire une pause.

L'agression que j'ai subie n'y est pas non plus pour rien.
Me retrouver immobile, même dans des conditions différentes, était une épreuve. J'avais besoin de repos, de prendre un peu de distance. Malgré ça, je ne regrette pas d'être intervenu et si je devais le refaire, je crois que je pourrais tuer ces connards.
Je ne veux pas penser à ça parce que je deviendrais fou. Vu que je n'ai pas tout à fait recouvré l'entièreté de mes moyens, il ne vaut mieux pas que je m'agite ou que je rumine ce genre de choses.

Les sentiments (parce qu'il ne faut pas se voiler la face, ce sont bien des sentiments, même s'il ne s'agit que d'affection ou d'attirance) que je ressens pour Bella sont perturbants.
C'est vrai, je n'ai pas l'habitude d'être repoussé, mais je n'ai pas non plus l'habitude d'être attiré à ce point. Dans mon esprit les choses sont claires, ce sera elle ou personne. Mais je ne peux pas continuer à lutter dans le vide.
J'ai besoin de m'éloigner pour… je ne sais pas… trouver un moyen de ne pas m'approcher d'elle puisqu'elle ne le souhaite pas, ou trouver le moyen de m'approcher sans la contrarier.
Oui elle me perturbe, j'ai dû mal à y voir clairement.

Troisième sonnerie

Et bien sûr, elle a débarqué hier soir, sans s'annoncer, sans que je ne m'y attende.
La présence de mes parents ne me gênait pas, je sais qu'ils sont tolérants et ils connaissent la plupart de mes amis. Par contre, je n'avais pas prévu cette conversation.
Pour une fois, Bella s'est livrée, sans gêne, sans que je n'intervienne et devant mes parents qui plus est. Je n'ai pas bien compris pourquoi elle a vidé son sac mais je sais qu'elle a conquis mon père, bien entendu ma mère, et qu'elle a fini de me persuader, sans le vouloir bien sûr, qu'elle me correspondait parfaitement.

Que je croie ou non au hasard n'est pas le sujet, tout coïncide parfaitement entre nous. Quand je vais au fond des choses (et j'aime aller au fond des choses), je m'aperçois qu'une femme comme elle pourrait partager ma vie, ou plus précisément, que je pourrais partager la sienne.
Ce serait facile, comme cette conversation hier soir, comme le fait qu'elle s'entende avec mes parents, comme le fait qu'elle ait percée à jour ma sœur, comme le fait qu'elle s'entiche de Rose, comme bien des faits tous aussi surprenants qu'évidents.
Elle est mon évidence, il n'y a pas à lutter contre ça, juste à le vivre et de la plus entière des manières.

Là encore, prouver l'évidence à Bella est un défi très difficile à relever mais après hier soir, la question ne se pose même pas. D'ailleurs il n'y a pas de question, elle est faite pour moi et je peux avancer sans me tromper que je suis fait pour elle.

Quatrième sonnerie

Putain ! Bientôt je serais comme un con face à son répondeur et très franchement, après notre nuit, je ne m'attendais pas à ça.
Mais à quoi puis-je seulement m'attendre avec elle ?

Nous n'avons pas parlé, nous n'avons quasiment émis aucune parole mais elles n'étaient pas nécessaires. Ma seule nécessité hier soir consistait à la tenir contre moi, à sentir sa peau sur la mienne et à entendre les différentes intonations de ses soupirs.

Je serre mon téléphone aussi fort que possible.
Le silence avant la dernière sonnerie est ridiculement long.
Mais enfin, au moment où je ne m'y attends plus, elle décroche. C'est un petit miracle et spontanément je souris. Je positive, la journée va être bonne.

- Salut, je commence.

Non, ce n'est pas très original mais le silence d'hier soir est difficile à briser, d'autant plus qu'avec Bella, je marche sur des œufs constamment.

Mon pouce, mué par sa volonté propre, a répondu à l'appel d'Edward.
J'entends le sourire dans sa voix et je le devine à l'aise derrière son téléphone, détendu comme il sait l'être.

Mon cœur palpite ridiculement. Je ne sais pas dire si c'est parce que je suis heureuse de l'entendre ou effrayée par ce qu'il va dire.

- Salut…

Pour une fois, elle non plus n'est pas très originale.

Je ne sais pas trop quoi répondre, une banalité me semble une bonne option. Je pense qu'il m'appelle pour me prévenir qu'il va partir, pour me dire au revoir.
Une boule s'est formée dans mon estomac mais je la refoule, je l'oublie, je veux juste profiter de sa voix rauque, le reste passera.

- Tu es bien rentrée ?

De nouveau, j'aurais pu me creuser un peu la tête, d'autant plus que ma question est maladroite. Je ne veux pas qu'elle croie que je lui en veux pour hier, ce n'est pas le cas. Je savais que je n'allais pas me réveiller auprès d'elle. D'ailleurs, ça m'aurait surement paru bizarre, ça ne lui ressemblerait pas. C'est peut-être un peu pour ça que je l'ai serrée dans mes bras toute la nuit. Pour ça et parce que tout simplement, j'étais trop bien et ce, même si mon dos me tyrannisait. Ceci dit, elle est restée jusqu'au matin, je m'estime chanceux.

Je perçois un changement en elle, je ne suis pas assez fou pour penser qu'il est définitif ou que j'en suis la cause, même si l'idée me plairait foutrement.

- Le tram est un moyen de locomotion plutôt sûr.

A question stupide, réponse ironique.

J'entends le sourire dans sa voix et cette dérision un rien sarcastique qui la caractérise.

- J'en suis certain, souris-je.

Je m'allonge dans mon lit et je passe une main dans mes cheveux.
Le silence s'étend mais je suis bien, content de la trouver détendue.

Je profite du silence, il semble que lui aussi. C'est confortable. Mais nous n'allons pas faire durer le suspense plus longtemps, il va s'en aller, je ne sais pas où ni combien de temps, alors autant aller droit au but et vite.

- Tu voulais quelque chose ?

« Oui toi », je pense. Mais je ne suis pas aussi direct, je sais faire preuve de tact.

Je cache autant que je peux la déception par un ton détaché mais pas froid, après hier soir je ne peux plus être froide avec lui et je ne le veux pas non plus. Je crois que j'y arrive plutôt bien. Je suis forte pour maitriser quoi que ce soit et dans n'importe quelles circonstances.

- Je me demandais si tu avais des plans pour la journée.

Silence. Elle réfléchit. Elle se demande si elle veut me voir. Je suis déçu qu'elle ne soit pas plus spontanée mais je ne m'attendais pas à autre chose de sa part, la méfiance fait partie d'elle.

Je ne comprends rien. Ce n'est pas ce qui aurait dû se passer, ce n'est pas ce qu'il aurait dû dire, ce que je m'attendais à ce qu'il dise. Je suis un peu déstabilisée mais bien sûr je le cache et c'est d'autant plus facile au téléphone.

- Heu… non… rien de particulier dans l'immédiat.

Et voilà, elle prend ses précautions. Elle veut bien faire un tour mais elle prévoit un plan B totalement imaginé, au cas où…

Non vraiment rien de particulier et je suis heureuse qu'il m'arrache de mon immobilisme. J'ai envie de faire quelque chose, n'importe quoi et s'il est avec moi, tout me va.

- Alors je passe te chercher.

Du tact Cullen ! Un peu de tact on avait dit bordel !

- Là ? Tout de suite ?

Elle panique un peu.

Il est pressé, comme souvent il fonce. J'ai cru entendre dans sa voix des relents de sommeil, je pensais donc qu'il ne viendrait pas si vite, mais je me suis sans doute trompée.

- Le temps de prendre ma douche et j'arrive.

Oui, elle est la première personne à laquelle j'ai pensé en ouvrant les yeux et ce coup de fil est la première des choses que j'ai faites. Allez savoir pourquoi…

Effectivement il vient de se lever. Il a pensé à moi et m'a appelé tout de suite. Mon ventre pétille, allez savoir pourquoi…

- Dans une heure ça te va ?

Je suis excitée mais je ne laisse rien paraitre. Au contraire je joue la désinvolture. Il n'est pour l'instant pas question qu'il parte et une partie de moi est comme une furie, l'autre partie se tasse, elle a peur.

C'est quand elle veut, où elle veut, elle n'a qu'à demander. Mais je ne lui avoue pas, elle serait capable d'en profiter. Et alors ? Je ne demande que ça. Je change d'avis.
Moi perturbé ? Non… ou si peu…

- C'est quand tu veux bébé, je surenchéris.

Ma réponse me semble débile mais j'entends un léger ricanement avant qu'elle ne coupe l'appel.
Cette journée s'annonce belle.

Putain ! Je viens de ricaner comme une collégienne face à son premier rancard, il faut que je me calme !

Je raccroche.

Je me lève difficilement, fourbu d'avoir dormi sous Bella. Mon dos est douloureux alors je fais quelques exercices pour l'assouplir et je prends une douche bien chaude.

J'appelle rapidement ma mère tandis que je finis de me préparer. Oui je suis un homme mais je suis capable de faire plusieurs choses à la fois. En même temps, me coiffer ne me demande pas beaucoup d'efforts.
Ma mère ne tarit pas d'éloges sur Bella. Elle la trouve fine, intelligente et perspicace, un peu cinglée aussi. Bien sûr ce dernier détail ne la perturbe pas, au contraire, elle se sent proche d'elle alors qu'elle la connait à peine. Elle confirme mes certitudes, Bella est une évidence dans ma vie.
Elle réclame le numéro de Bella, je ne refuse pas, je sais qu'elle le lui a proposé.

La mère d'Edward m'envoie un message. Elle voudrait qu'on mange ensemble, un midi, la semaine prochaine. Je suis confuse. Je ne pensais pas qu'elle m'appellerait si tôt. Je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée, contrairement à hier soir où elle me paraissait évidente.
Je réponds que je dois vérifier mon agenda au salon. En réalité, je sais plus ou moins que je suis libre, mais je me laisse le temps d'y réfléchir. C'est la mère d'Edward et Edward est… qu'est-ce qu'il est pour moi d'ailleurs ?
Un copain ? On peut dire ça… Un ami ? Non, pas vraiment mais pas loin… Un petit-ami ? Non, définitivement non.
Qu'est-ce que ça a à voir avec le fait de rencontrer Esmée ? Je ne sais pas. Je crois qu'Edward et notre rendez-vous inattendu me perturbent.

Le temps est frais et un peu maussade aujourd'hui. Je mets la capote de ma voiture et je me sens à l'étroit. Je ne frime pas, j'aime avoir l'espace que m'offre une décapotable, je ne supporte pas de me sentir enfermé, surement parce que je l'ai été longtemps.

Je me prépare pour mon rancard, enfin… notre sortie entre copains. Je joue sur les mots, je sais, mais ça me rassure.
Il ne fait pas très beau mais plutôt doux, j'enfile un jean noir et un débardeur tout simple avec ma veste en jean. Je me regarde dans le miroir. Ça ne m'arrive pas souvent, je me moque pas mal de mon apparence mais aujourd'hui, j'ai envie d'être jolie. Je mets un peu de mascara, juste pour ouvrir un peu mon regard. Je décide de ne pas attacher mes cheveux et chausse des converses.
Je remplis mon sac avec mon téléphone, des écouteurs et un bouquin, on ne sait jamais…

J'ouvre la lourde porte à la volée et il est là, face à moi. Son regard est un peu vitreux, l'humidité de ses cheveux accentue leurs reflets cuivrés et quelques mèches tombent sur ses yeux. La commissure de ses lèvres se soulève et révèle son sourire en coin irrésistible. Il est… beau, il n'y a pas d'autres mots, avec ce côté rebelle que j'aime beaucoup.
Il observe ma tenue et mon c
œur se soulève. Non, je n'ai pas de nausée, juste une envie furieuse de le toucher et qu'il me touche. L'attraction qu'il exerce sur moi, cette force qui me pousse vers lui est de plus en plus difficile à combattre… surtout quand il me regarde comme ça, avec envie, comme si j'étais la plus jolie et la plus désirable fille du coin.
J'y arrive quand même.

Au moment où je sonne chez Bella, elle ouvre la porte de l'immeuble.
Coïncidence ? Allez savoir…
Elle sursaute en me voyant et je fais de même. Puis je la détaille. Bien malgré moi mes yeux remontent sur ses jambes longues et fines moulées dans un jean. Je préfère ses shorts parce que j'aime voir sa peau mais ce pantalon met parfaitement en valeur ses formes harmonieuses. Elle porte un débardeur noir en coton très simple qui révèle un infime détail de la dentelle de son soutien-gorge et une veste en jean basique. Ses cheveux sont défaits ce qui n'est pas habituel et je ne suis pas spécialiste mais j'ai l'impression que pour une fois ses yeux sont noircis par du mascara.
Quoiqu'il en soit, elle est splendide. Elle a ce côté farouche qui me plait autant qu'il m'agace. Si je ne la connaissais pas, je pourrais croire qu'elle a fait un effort pour se préparer, même si rien de spécial ne peut me faire penser ça.

J'ai aussitôt envie de la toucher, mais je me refreine, je ne sais pas bien pourquoi. Je pense qu'elle ne le veut pas.
Je souris et elle répond à mon sourire. J'aime cette petite étincelle dans son regard et cette moue un peu tordue que fait sa bouche quand elle offre ce genre de petit sourire. Parce que Bella offre ses sourires. Ils n'ont pas vraiment l'air spontané, comme beaucoup de choses chez elle. Elle sait ce qu'elle fait, à quel moment elle le fait et avec qui. Elle doit avoir une vie intérieure très riche et une capacité de concentration très élevée.

Je lui souris parce que son enthousiasme est si envahissant que je ne veux pas le lui enlever. Je veux lui montrer que je baisse les armes, au moins un peu.

Il court jusqu'à la voiture pour m'ouvrir la porte. Il est détendu comme souvent. Je lui fais une sorte de révérence pour le remercier et me moquer un peu de ses habitudes désuètes. Nous rions un peu.

On ne parle pas mais le courant passe et je suis persuadé qu'elle le laisse passer. Elle me laisse une chance, ou plutôt elle « nous » laisse une chance. Je ne m'enflamme pas, ce ne sont que des suppositions mais son attitude est différente, ça j'en suis sûr.

Je roule jusqu'au parc du Golden Gate. Je compte sur le fait qu'il ne fasse pas très beau pour y trouver peu de monde.
Elle est là, près de moi, elle ne dit toujours pas un mot et moi non plus. Elle se laisse porter par mes décisions sans inquiétude. J'aime ça.

Il est tout à côté et il n'a même pas passé sa main sur ma cuisse. Il est en retenue pour une raison qui m'échappe.
Je pensais qu'il nous conduirait chez lui pour une nouvelle séance de baise. Son « faire un tour » de tout à l'heure était sans ambiguïté pour moi. Mais je m'aperçois que ce n'est pas le chemin.
Si mon sens de l'orientation est bon, nous nous dirigeons vers le parc du Golden Gate. Ça fait une éternité que je n'y aie pas mis les pieds. La dernière fois, ce devait être avec les parents d'Emmett. Je me rappelle vaguement d'un joli jardin avec de petits arbres et d'un lac.
Il veut donc vraiment faire un tour et pas « faire un tour ». Je suis un peu étonnée et je me rends bien compte qu'il tente un rapprochement d'un autre ordre que sexuel. Bon… je ne sais pas trop à quoi à m'attendre mais je me sens bien, pas d'angoisse, aucune raison de m'échapper. Je peux le faire.

Je me gare et me dépêche de faire le tour de la voiture pour lui ouvrir la portière, mais elle est plus rapide. Elle s'étonne même de ma présence de son côté. Elle doit croire que je suis pressé.

- Je pensais aller au Young Museum, je propose.

- Ok, j'y suis jamais allée.

- Jamais ? je m'étonne.

Mon bras prend la direction de ses épaules mais une fois de plus, je me retiens. Je ne suis pas sûr qu'elle apprécie. Nous avançons côte à côte. Nos épaules se frôlent mais pas plus. Je m'en contente.

- Non jamais. Pourquoi tu es si surpris ?

- Parce que tu aimes le dessin et qu'il y a là des œuvres d'artistes américains très connues, des références.

- Je n'y connais rien en peinture.

J'en doute, je suis persuadé qu'elle a peint elle-même le mur de sa cabine au salon, il a son style, sa patte.

- Tu verras, je pense que ça va te plaire, je fais avec un clin d'œil complice.

Elle baisse les yeux en esquissant un sourire comme si elle était embarrassée. Je ne pense pas que ce soit le cas mais elle est vraiment adorable.

A la caisse, j'essaie de tendre un billet pour payer nos deux entrées, mais il n'en est pas question. D'abord, la caissière est attendrie, puis amusée, mais bien vite, poussée par l'air revêche de Bella, elle accepte avec un regard désapprobateur mon argent et le sien.
Je souris. J'aime bien l'air revêche de Bella, surtout quand il ne m'est pas destiné.

On déambule dans les couloirs et les pièces du musée. Je suis sous le charme. J'aime l'art même si je n'y connais pas grand-chose et me trouver en face de ces toiles est fascinant. J'examine les détails, la finesse des coups de pinceaux, le mélange savant des couleurs. J'analyse avec minutie chaque œuvre. La visite dure donc un bon moment, mais Edward à mes côtés n'est pas ennuyé.

Il regarde peu les tableaux, il me regarde moi. Au début, j'en étais un peu confuse mais bien vite je me suis absorbée dans la contemplation et si je n'ai pas oublié sa présence, elle m'a paru moins intrusive. Il me parle un peu des peintres, du sens de leur œuvre, mais surtout il m'observe et il semble heureux d'être juste là avec moi.
C'est troublant. De mémoire, je ne me rappelle pas avoir vécu ce genre de situations. Si je vais au fond des choses (et ce n'est pas mon fort d'aller au fond des choses), je ne comprends pas vraiment pourquoi un gars comme lui cherche à passer du temps avec une fille comme moi.

Je n'arrive pas à détacher mes yeux d'elle. J'aime comme elle cherche à comprendre comment et pourquoi sont faites telle ou telle œuvre. J'aime ses expressions quand elle réfléchit, j'aime la façon dont elle tapote son index sur sa lèvre inférieure quand elle se pose des questions, j'aime la façon dont elle marche, dont elle bouge, le mouvement de ses cheveux et leur odeur quand elle passe près de moi, le soulèvement de sa poitrine quand elle reprend son souffle.
Elle parle peu mais ça n'a pas d'importance. J'aime l'ambiance qui règne entre nous.

Nous sortons après deux heures de visites. Je suis un peu dans la lune d'être resté concentré sur elle.

- Quel est l'artiste que tu as préféré ? je demande.

Elle aussi semble reprendre vie.

- Ils ont tous du talent mais j'adore Edward Hopper.

- Non, Cullen, mon nom est Edward Cullen.

Elle me regarde de biais et sourit. Un vrai sourire franc, pas cette petite moue qu'elle me sert souvent. Je suis content qu'elle comprenne ma dérision.

- Je sais qu'Edward Cullen est un artiste mais je ne crois pas qu'il soit très doué avec des pinceaux.

- Par contre donne-moi un instrument et tu vas voir.

- Mais j'ai vu ! C'était… pas mal…

Elle exagère pour me piquer gentiment. Je ris.

- Je te ferais écouter mes compositions un jour.

Et je pense notamment à celle que je viens de terminer en pensant à elle.
Elle acquiesce sans répondre.

« Un jour » ça veut dire qu'on va se revoir, qu'on va se connaitre, ça laisse présager qu'il envisage un futur, quel qu'il soit, entre nous. Je ne suis pas complètement à l'aise avec l'idée, ni complètement rebutée non plus.

- Alors pourquoi Edward Hopper ? je demande.

Il est aussi mon préféré mais je tais ce détail.

- J'aime l'atmosphère mélancolique de ses tableaux, la fluidité des couleurs, la simplicité des décors.

- Pour quelqu'un qui n'y connait rien en peinture, tu es pointue.

- Surement que le dessin et la peinture sont liés…

Comme nous. Surement qu'un gars comme moi et une fille comme elle se rejoignent quelque part.
Je fais des parallèles tirés par les cheveux mais je ne peux pas m'en empêcher, tout me ramène à cette idée.

Je le regarde et je me dis que peut-être dans une dimension parallèle ou un univers lointain, un gars comme lui et une fille comme moi se retrouvent quelque part.

Nous mangeons un sandwich en nous baladant dans le jardin japonais. On regarde les plantes, les arbres et on parle. On discute doucement pour ne pas troubler le calme ambiant. Rien de très intime, je lui raconte mes journées, mes rapports avec mes clients et il me parle de son travail.

- T'as pas un peu l'impression d'être inquisiteur quand tu parles comme ça avec des clients ?

- D'abord, ce ne sont pas des clients mais des patients. Et puis non. Je ne leur arrache pas de confessions. Ils choisissent de venir consulter, ils choisissent de parler, je ne force rien.

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec lui. Moi je n'ai pas choisi d'aller voir un psy, ça m'a été imposé et ça n'a servi à rien.

- Tu as quand même des techniques pour les amadouer.

Là, je fais très attention à ce que je vais dire. Je comprends qu'elle cherche la petite bête parce qu'elle a déjà vécu ça et que vraisemblablement, elle a une idée sur les psychiatres bien arrêtée et pas forcément glorieuse.

- Si je sens que mon patient sera libéré, que ça lui fera du bien de se livrer, alors oui, j'essaie de l'aider (et j'insiste sur ce mot) à parler. Mais d'une part, ça ne marche pas toujours et à ce moment-là j'attends que ça vienne, et d'autre part, je fais ça pour son bien pas par curiosité. Mon seul intérêt est de les soigner, il n'y a rien de malsain là-dedans.

Elle acquiesce mais je sais qu'elle n'est pas d'accord.

- Tu n'as pas une expérience très bonne des psychiatres.

J'affirme, je ne pose pas la question. Ce n'est pas une de mes techniques de travail, c'est ma technique avec elle, pas de question.

- Non. J'ai toujours trouvé qu'ils étaient fouineurs, qu'ils cherchaient à savoir des choses qui ne les regardaient pas. Le dernier que j'ai vu a dit à Sue qu'il abandonnait parce que j'étais une vraie tête de mule et qu'aucun spécialiste ne pourrait jamais m'aider. En gros, c'était joué d'avance, j'étais perdue et je le resterais.

Connard… Je ne comprends même pas qu'elle soit au courant de ce genre de chose.

- Et il l'a dit devant moi.

Là ça y est je comprends.

- Il n'y a pas que des gens qui font bien leur travail mais dans la psychiatrie, c'est une honte de mal le faire.

- Ouais… ça laisse des traces…

Je comprends, elle le sait.

Edward fait bien son boulot. Il est investi et ne lésine pas sur le temps ou la motivation qu'il donne à ses patients. Je suis persuadée qu'ils lui font confiance, comme Nelly par exemple.
J'aurais aimé rencontrer quelqu'un comme lui quand j'étais plus jeune.

J'aimerais la rassurer, lui dire que tout va bien aller, qu'elle peut compter sur moi. Je m'en empêche cependant.
Je sais que même si elle est une fille bien et qu'elle vit la vie qu'elle s'est choisie, elle reste traumatisée et une partie d'elle le sera toujours.
En plus, je ne veux pas de promesse entre nous. Je voudrais qu'elle s'aperçoive qu'on est bien ensemble et que ça suffise pour l'instant.

Nous nous dirigeons vers le lac.

- Tu sais nager ? je demande.

- Bien sûr !

- Alors tu n'as pas peur d'une balade en barque.

Elle hausse les épaules et fait une grimace qui signifie « moi ? Peur de l'eau ? Tu me prends pour qui ? »

Elle s'installe dans la barque tandis que je loue un bateau.
Elle ne le sait pas mais l'emmener ici est significatif pour moi. J'y ai des souvenirs de week-end en famille, cet endroit me rappelle quelque chose d'intime, de rassurant. J'aimerais que cette journée ressemble à ces souvenirs, pour elle comme pour moi.

Quand je la rejoins, Bella est prête, rames en main. Comme toujours elle ne se comporte pas comme la majorité des filles que je connais.
Ceci dit, je crois bien que c'est la première fois qu'elle rame. Elle souffle, se débat un peu avec sa coordination, m'asperge sans le vouloir.
Elle est drôle. Elle se moque d'elle-même, moi aussi, et nous rions comme des gamins.

Une fois son but atteint, le centre du lac, elle pose les rames en soupirant lourdement. Elle se laisse tomber en arrière et allonge ses jambes. Je m'installe dans la même position. Elle cherche à ne pas me toucher pour ne pas me gêner sans doute, mais le bateau est étriqué et je prends cette excuse pour enrouler mes jambes aux siennes. Elle se laisse faire. J'enclenche mon téléphone pour mettre de la musique en aléatoire.

Le premier morceau est Wonderwall d'Oasis. Je n'aurais jamais choisi cette chanson. Il est surement trop tôt pour ce genre de confession mais je ne peux qu'admettre qu'il dépeint parfaitement ce que je ressens pour elle.

Qu'est-ce qu'il fait ? Fait-il exprès de passer cette chanson ? Je ne sais pas comment le prendre.
Je la connais par c
œur, c'est un classique, mais j'ai l'impression de ne jamais avoir véritablement écouté les paroles avant aujourd'hui.
Je ne crois pas que quelqu'un ressente ce que je ressens pour Edward aujourd'hui. Et portée par la mélodie, je me hasarde à chanter. Peut-être que je veux qu'il le sache…

Alors, naturellement, je chante, doucement pour ne pas entraver le son. Je crois avoir une hallucination quand j'entends qu'elle reprend les paroles elle aussi mais en tendant mieux l'oreille, j'entends bien sa voix. Elle est presque un murmure mais elle est bien présente.
Je dois me calmer, ce n'est qu'un chant, ça ne veut pas dire qu'elle ressent ces mots mais une partie de moi en a foutrement envie.

Je ne bouge pas un orteil et pourtant je suis transporté. C'est assez étrange comme sensation. Elle n'est pas dans mes bras, elle ne me parle pas, elle accepte tout juste que nos jambes soient emmêlées mais je me sens tellement bien à ce moment précis que je voudrais qu'il ne s'arrête jamais.

Une goutte tombe sur ma joue. Merde ! Une deuxième puis une troisième et bien plus.
Nous ne nous sommes pas aperçus que le temps avait changé.
Nous nous relevons de concert.

- Je crois qu'il pleut.

Elle éclate de rire parce que oui, il est évident qu'il pleut et ma réplique est vraiment stupide.

Je prends les rames et nous ramène sur la rive. Elle n'a qu'une petite veste en jean, alors en gentleman que je suis et aussi pour profiter de sa proximité, je passe mon blouson sur nos têtes et nous courons nous abriter sous un arbre.
La pluie battante ne nous atteint presque plus et l'endroit est maintenant déserté. Elle reste contre moi.
Je la serre un peu plus et nous tombons dans les yeux l'un de l'autre.

Son souffle saccadé s'abat sur ma bouche, ses joues sont rouges d'avoir couru. Je la veux. Je la veux de toutes les façons possibles et je me fous des conséquences. J'approche doucement mes lèvres des siennes. Elle se tend. Sa bouche s'ouvre légèrement. Elle va accepter mon baiser. La journée est parfaite, l'endroit est parfait, le moment est parfait. Tout est parfait pour que ce premier baiser soit le plus parfait de tous.
Mais quand mes lèvres vont enfin toucher les siennes, elle incline légèrement la tête et je me retrouve sur sa joue.

C'est moi qui me raidis. Bordel ! Pourquoi est-ce qu'elle gâche tout ?

Je ne peux pas. Je suis dans ses bras et je suis mieux que je ne puisse l'être, il me charme, il m'éblouit, il me plait d'une façon que je n'aie jamais connue mais… je ne peux pas. Je sens bien tous les signes, je sens bien que ma poitrine devient lourde, que mon cœur s'emporte, que ma gorge s'étrangle, que mon ventre se noue et malgré ça, je ne peux toujours pas.
Ce n'est qu'un baiser, tout le monde s'embrasse, même des gens qui ne sont pas amoureux. A quoi ça engage ? A rien. Et pourtant… pourtant je ne peux pas, je n'y arrive pas.

Elle doit me sentir contrarié parce qu'elle embrasse ma joue et m'étreint. Elle me serre fort dans ses bras, très fort, comme si j'étais précieux, c'est exactement ce que je ressens.
Je sais qu'elle n'aime pas le contact, je sais qu'elle refuse de prendre dans ses bras ses proches mais elle le fait avec moi. Alors, même si nous ne nous sommes pas embrassés, même si je suis déçu, je la serre moi aussi et je pose mes lèvres dans son cou.
Je me noie en elle et je reste là longtemps, parce que me détacher d'elle semble absurde.

Nous sursautons quand nos téléphones sonnent au même moment. Elle se dégage comme s'il y avait urgence. Je doute que ce soit le cas. Encore une fois, elle cherche toutes les échappatoires possibles. Je prends sèchement mon téléphone et je fais comme elle, je vérifie mon message.
Oui elle est une évidence pour moi, oui chacune de mes neurones en est convaincue mais là ça devient lassant de lutter. L'idée de partir revient me miner.

J'attrape mon téléphone à la va-vite, délivrée de ce charme trop prégnant. Je ne m'explique pas pourquoi ma seule réponse face à Edward est la fuite, ni pourquoi je m'obstine à le repousser. Je veux peut-être tester ses limites, vérifier jusqu'où il est prêt à me supporter ou lui prouver que je ne suis pas celle qu'il croit, que je ne suis pas « bien » pour lui.
Jusqu'à présent j'ai échoué, même face à ses parents, mais il semble perdre patience.

Le message vient d'Emmett, il me propose de boire un verre dans un bar du centre-ville. Je crois que je n'ai pas envie d'y aller, je crois que j'ai envie de rester avec Edward, je crois aussi que je veux rentrer chez moi. En gros, je ne sais pas ce que je veux. Sa présence me trouble, je n'arrive pas à réfléchir correctement.

Emmett m'invite à une sortie en ville. Je n'ai pas envie d'y aller. Je voudrais rentrer chez moi, préparer un diner avec Bella, regarder un film et lui faire l'amour. Je suis persuadé qu'elle refusera. Ou alors je devrais trouver un stratagème pour l'emmener chez moi, lui proposer de baiser peut-être, et improviser une fois sur place.
J'en ai marre d'improviser et de trouver des stratégies.

- Emmett me propose de boire un verre, je dis.

- On a dû recevoir le même message.

Ça, c'est du Emmett tout craché. Le connaissant, la moitié de San Francisco sera présente.

- Je vais y aller. Tu viens avec moi ? je demande.

Son regard ne se décroche pas de son téléphone et j'ai envie d'exploser l'appareil pour qu'elle daigne me regarder.

- Ok.

Et voilà, une fois de plus, elle cache ses émotions, même les plus superflues. Je crois que j'arrive au bout. Je suis découragé, je ne sais plus quoi faire.

- Je vais prendre le bus, lâche-t-elle.

Un pic aigu me transperce la poitrine, la déception. Malgré tout, elle ne veut pas qu'on nous voie ensemble. Avec elle, je fais un pas en avant et deux pas en arrière.
Elle ne voit pas que je ne suis pas d'accord avec ça, parce qu'elle n'a même pas le courage de lever les yeux vers moi.

- C'est ridicule, je m'agace.

Je me contiens, je ne veux pas me disputer avec elle, même si elle ne me laisse pas vraiment le choix.

Elle cherche une réponse dans ses pieds.

Oui, c'est ridicule. Emmett et Jasper connaissent mon point de vue. Mais je ne suis pas forte pour ce qui est de sortir avec quelqu'un. Parce que je peux me voiler la face tant que je veux, Edward et moi sortons ensemble. Je ne sais pas comment m'y prendre. J'ai l'impression que c'est une faiblesse. D'ailleurs, on dit bien avoir un faible pour quelqu'un. Voilà, c'est ça, j'ai un faible pour Edward et je n'arrive toujours pas à déterminer si c'est une bonne ou une mauvaise chose, ni comment je dois me comporter avec lui et pire encore face aux autres.

- Tu as raison, murmure-t-elle. Allons-y.

Nous regagnons la voiture à pas rapides. La pluie s'est calmée mais je suis pressé, j'ai besoin d'un verre.
Depuis que je suis sorti de l'hôpital, je ne fume plus et je ne bois plus. Si la boisson ne m'est pas indispensable, je crois que je pourrais tuer pour une clope là tout de suite.

Le silence dans l'habitacle est pesant. Edward est tendu et mon instinct me dit que j'en suis la cause. Pourtant, il ne peut pas m'en vouloir. C'est lui qui cherche à me connaitre, c'est lui qui cherche à faire avec moi des choses dont je ne suis pas capable, c'est lui qui se trompe, je sais que nous n'avons rien à faire ensemble. Mon ventre se tord. C'est un peu douloureux.
Je voudrais poser ma main sur son genou, lui sourire, lui dire qu'il me fait du bien. Mais ce serait comme mentir, je ne sais pas faire ce genre de chose.

Il se gare devant le bar. Il est dépité. Ses mains serrées sur le volant et sa tête basse me l'indiquent. J'ai réussi malgré moi à faire disparaitre son air jovial et son enthousiasme. Il baisse les bras, je devrais m'en réjouir alors pourquoi ça fait mal ?

Je me sens faible. Je ne sais plus trop comment aborder Bella. Je n'en reviens pas de ce que je vais dire mais je le dis quand même.

- Si tu veux, entre la première, je te rejoins.

Elle marque un temps d'arrêt. Elle réfléchit. Je sais, la spontanéité de Bella est très limitée.

- Non, allons-y, dit-elle en sortant du véhicule.

Encore une fois je suis déstabilisé par sa réponse. Pendant une seconde je crois l'aider et la seconde d'après j'ai l'impression de merder.

Nous rejoignons la table d'Emmett. Rosalie, Jasper et Alice sont présents, Ben aussi et sa main est sur la cuisse d'Angela. Elle m'envoie un clin d'œil quand elle s'aperçoit que je la vois. Je lui souris.

- Vous êtes venus ensemble ? demande Emmett avec une étincelle évocatrice dans les yeux.

Bella baisse la tête et je prends les devants.

- Non, on s'est rencontrés à l'entrée.

J'élude l'air surpris d'Emmett et je m'assois près de ma grande blonde, Rose.

- Tu vas bien ? demande-t-elle parce qu'elle sent que ce n'est pas le cas.

- Ouais, je réponds en posant mes coudes sur la table et emmêlant mes cheveux. J'ai besoin d'un verre.

Je me relève aussitôt et marche vers le bar. Je laisse Bella se débrouiller, j'ai besoin d'un peu de distance.
Je commande une vodka sans glace que je bois d'un coup. Puis une autre. Je m'accoude au bar et regarde en direction de mes amis.
Evidemment mes yeux tombent sur Bella. Elle discute avec Emmett et Jasper qui a délaissé ma sœur pour l'occasion. Ils n'ont pas l'air gai. Ils ont l'air de se prendre un peu la tête. Emmett soupire d'exaspération et Jasper essaie de la convaincre de quelque chose. Elle secoue la tête de droite à gauche.
Je me retourne vers le bar et fourre mon nez dans mon verre, pas intéressé.

Quelqu'un me bouscule et la vodka se répand sur mon menton et mon tee-shirt.

- Putain ! je grogne.

- Oh ! Pardon ! Je suis désolée, dit une voix douce et enjouée.

Elle ne parait pas désolée et je rage intérieurement.

Ses mains saisissent mon bras et spontanément je la regarde. Je me fige. Elle aussi.

- Edward ? C'est bien toi ? demande-t-elle médusée.

Je la reconnais aussitôt.
Elle est un fantôme du passé. Quelqu'un que j'ai bien connu et à laquelle je repense avec un sentiment d'inachevé. Quelqu'un que j'ai évité autant que possible pendant un temps, quelqu'un à qui je n'ai laissé aucune chance par entêtement déplacé.

- Tanya ?

Elle sourit et ses yeux pétillent. Elle a toujours cet air doux et amical, ce charisme qui vous pousse à lui parler… et peut-être plus.

Elle hoche la tête et ses joues rosissent. Elle est adorable.

Edward m'évite. Il passe son temps au bar avec une jolie blonde. Ça y est, j'ai ce que je voulais, il me délaisse, et pourtant c'est douloureux. Je veux dire, ça fait physiquement mal, dans la poitrine, le ventre, le cœur.

Emmett et Jasper m'ont laissée tomber après m'avoir traité d'idiote. Plus exactement leurs mots étaient « tu es plus têtue qu'une mule », « tu te voiles la face », « tu es une dégonflée », « tu vas t'en mordre les doigts ».
Le pire c'est que je suis d'accord avec eux. Je devrais me faire violence pour accepter la proximité d'Edward puisque j'en ai envie mais c'est si difficile.

Barbie vient s'assoir près de moi.
Elle me comprend, sa perspicacité me dépasse un peu mais il est évident qu'elle a senti mon malaise.

- Je crois que c'est Tanya, dit-elle en parlant de la fille avec qui Edward discute.

Je ne comprends pas pourquoi elle commence par cette information. Ça ne me regarde pas. Je me tais mais elle continue.

- Tanya est le premier amour d'Edward. La seule fille avec laquelle il ne soit jamais sorti.

Maintenant ma tête est brumeuse. Je ne veux pas savoir, je ne veux rien savoir de cette fille.
Elle pince mon bras et je reviens à la réalité.

- Aïe ! Pourquoi tu fais ça ? je demande ahurie par son comportement.

- Parce qu'il serait peut-être temps de te réveiller ma grande !

Barbie a une attitude très différente de celle que je lui connais d'habitude. Elle est très autoritaire. Ses grands yeux bleus sont dans les miens et me défient de lui donner tort.

- Je suis réveillée !

- Et tu comptes laisser cette blondasse piquer ton mec ?

C'est étrange d'entendre une blonde parler d'une autre blonde en la traitant de blondasse. D'autant plus que la blondasse en question est jolie, même très jolie et que vraisemblablement Edward l'apprécie.

- Ce n'est pas mon mec, je réponds comme si ce que je voyais ne m'intéressait pas.

- Il ne tient qu'à toi qu'il le devienne.

- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée.

- Tu ne « crois » pas ? demande-t-elle sa voix montant dans les aigus. Alors je vais te le dire moi, c'est une putain de bonne idée ! Il n'y a que toi qui ne le crois pas !

Merde ! Je suis scotchée par ses propos et par le calme avec lequel je les supporte.
Son langage est différent. Je sais qu'elle a en quelque sorte deux personnalités, sa devanture et la vraie, celle qu'elle prend quand on la connait. Mais là, elle est si persuasive, si sûre d'elle que je n'arrive pas lui désobéir. Au contraire, je suis convaincue qu'elle est dans le vrai.

- Edward est « ton » mec ! Je le sais et tu le sais.

Elle appuie ses propos avec son doigt qu'elle tape sur la table.
Je suis dans la confusion la plus totale, d'autant plus que je suis d'accord avec elle. Il a tout ce que j'aime chez un gars et même plus. Je le sais et Rosalie rend ça évident.

- Bouge-toi ma fille avant que je ne te mette des coups de pieds au cul !

Je la regarde avec des yeux ronds. Elle me toise d'un regard dur et fait un geste vif du menton.
Je me lève derechef. Je suis une putain d'aveugle et une putain de lâche. Edward est à moi, à moi seule, et cette Tanya aussi jolie soit-elle ne me l'enlèvera pas.

Je me dirige vers eux. La détermination que je mets dans mes pas s'étiole au fur et à mesure que j'avance. Je me rends compte qu'il rayonne et qu'elle est éclatante. Leur complicité est flagrante. Je me lance dans un truc que je ne maitrise pas du tout et… j'ai peur, j'ai tellement peur d'être repoussée.
Du courage ! J'en ai, je n'en manque pas, je dois m'en servir ! La peur n'évite pas le danger et j'ai déjà un pied dans le danger, autant m'y noyer, je nettoierai les dégâts plus tard.

Je tape sur l'épaule d'Edward pour lui signifier ma présence. D'habitude ses yeux sont constamment sur moi, ce n'est pas le cas ce soir.

- Oh ! Bella ! Je voulais justement te demander si tu penses qu'Emmett pourrait te ramener.

Putain ! Mon monde s'écroule, il veut rentrer avec elle. Ne pas me démonter, je ne dois pas me démonter.

- Non il ne peut pas me ramener.

Mon ton est plus sec que ce à quoi je m'attendais.
Ses yeux s'assombrissent et ses poings se ferment.

- Alors demande à n'importe qui, moi je ne peux pas.

- Si tu peux.

Il fait un pas en arrière, se rapproche ainsi de Tanya dont je déteste à présent le prénom.

- Et pourquoi devrais-je le faire ?

Ses yeux dans les miens me défient d'en dire plus. Comme d'habitude je lui réponds avec hargne parce que là tout de suite, je suis plus sûre de moi que jamais.

- Parce que tu es « mon » mec.

Il met une demi-seconde à comprendre mes mots, puis la commissure de ses lèvres se soulèvent imperceptiblement.

- Prouve-le, dit-il d'une voix si basse que je crois l'avoir rêvé.

Encore une fois il me met au défi. J'aime ça, mais je ne lui servirais pas la réponse qu'il attend.

Je saisis une chaise près du bar et monte dessus. Je me sens ridicule mais ce n'est pas grave, ça passera.

- Edward Cullen, je crie.

Je sens tous les regards du bar sur moi mais je ne me débine pas. Je ne veux pas faire marche arrière.
Je ne vois que lui et son expression à la fois médusée et amusée. Je souris. Je peux le faire… pour lui.

- Tu es le type le plus foutrement sexy qu'il m'ait été donné de connaitre ! Tu... me plais... j'ose avouer.

J'entends des cris autour de moi. Je reconnais ceux d'Emmett en particulier.

- Et tu es à moi !

Je ris parce que je suis tellement nerveuse et cette scène est tellement invraisemblable. Les gens applaudissent, se marrent.

Mais Edward baisse la tête et la secoue de droite à gauche.
Soudain j'ai chaud et je manque d'air. Je me suis mise à nue, je lui ai fait confiance, je ne supporterais pas qu'il me rejette… il ne peut pas me rejeter.

- Si tu es d'accord, j'ajoute plus bas.

Alors son visage se relève et son sourire éclate dans l'obscurité du bar.
Il prend ma main et me tire vers lui. Je tombe dans ses bras et il me serre si fort que j'ai l'impression d'être la chose la plus précieuse du monde.

- Tu en auras mis du temps bébé, souffle-t-il dans mon oreille.