Salut!

Merci les Guest!
Merci Jennifer! Oui c'est pas évident l'alternance des points de vue je comprends. Moi je m'étais éclatée à l'écrire mais à lire ça peut être spécial. Je crois qu'il y aura un ou deux autres chapitres comme celui-ci...

A priori le prochain chapitre sera pour dimanche plutôt...

Bonne lecture!

¤o¤o¤

Chapitre 18
Cleanin' Out My Closet
(Eminem)

¤ Edward ¤

Je soupire bruyamment.

Mes hanches vont et viennent lentement, langoureusement, au-dessus de Bella, en elle.

« Ma » Bella… « ma » petite-amie, « ma » nana, « ma » femme… mienne…

Oui je ne suis qu'un homme et je réagis parfois comme si l'évolution n'était pas passée par moi. Surtout en ce moment où le plaisir est si puissant, si intense, que j'ai l'impression que mon corps va exploser.

- Je vais venir bébé, dis-je d'une voix qu'on croirait pleine de douleur.

- Moi aussi ! dit-elle dans un cri retenu et aigu.

Elle tire sur mes cheveux, j'aime ça… elle agite ses fesses avec frénésie, j'aime ça… elle couine son extase, putain j'aime ça !

Nous jouissons simultanément et fort, tellement fort que je vois des étoiles sous mes yeux fermés, que je sens mon sang pulser dans toutes les parties de mon corps et que nous restons là sans bouger, emboités l'un dans l'autre, un bon moment avant de reprendre le fil de la réalité.

Ça fait trois semaines que Bella m'a déclaré sa flamme. Bon, pas précisément sa flamme, mais elle a avoué d'une manière tout à fait originale, à sa manière, qu'elle me voulait auprès d'elle.
Bella sait jouer avec mes nerfs et créer la surprise. Ce qui me rassure, c'est qu'elle ne le fait pas intentionnellement. Elle a gagné une bataille contre ses démons pour moi, pour elle aussi dans un sens.

On est « bien », on est même extrêmement « bien ». Ce mot est faible comparé à ce que je ressens et en même temps il le définit parfaitement.
Elle me comble de plusieurs façons et je suis… heureux. Simplement heureux d'être avec elle et qu'elle m'ait choisi moi.

J'apprends à la connaitre, à vraiment la connaitre. Elle ne s'est pas métamorphosée en femme amoureuse et dévouée mais de grands changements ont tout de même eu lieu.
Bella ne se raconte pas, elle se vit.

Elle accepte de venir dormir chez moi quelques soirs dans la semaine. Elle arrive autour de 19 heures, que ce soit un dimanche, comme hier soir où elle pourrait pourtant venir plus tôt, ou un jour de semaine. Elle est très organisée par rapport à ça.
Elle se lève toujours à la même heure. D'ailleurs je mets mon réveil un peu en avance du sien pour profiter de sa présence et quelques fois, très souvent, commencer la journée par un câlin doux ou endiablé comme c'est le cas aujourd'hui.
Elle prépare ses affaires avec minutie. Elle revêt sa tenue de sport, rien de très marquant, juste un short et un tee-shirt qui moulent son corps d'une façon tout à fait indécente à mes yeux. Elle choisit la musique, elle a plusieurs playlists différentes qu'elle a élaborées en fonction de son humeur ou de ses projets. Elle prépare dans un petit sac à dos ses vêtements pour sa journée de travail, c'est rapide, elle n'est pas une dingue de mode.
Elle ne boit pas de café, ne mange rien. Elle va courir et prend son petit-déjeuner chez Emmett. J'ai découvert que c'était un rituel immuable, d'autant plus que d'après elle, si Emmett bouffe n'importe quoi, il fait le café comme personne.
J'ai bien essayé de lui proposer de prendre un petit-déjeuner avec moi, en terrasse par exemple, après son footing, mais il n'en est pas question. Son planning est serré et parfaitement réglé.
Elle n'aime pas modifier ses plans. Elle aime que tout soit à sa place.

Elle déjeune entre deux clients à la boutique.
Je ne m'étais pas aperçu qu'elle avait énormément de succès en tant que tatoueuse et qu'elle était très demandée. De fait, elle a une liste de rendez-vous impressionnante et même une liste d'attente.
Elle n'a pas pris de vacances depuis qu'elle travaille avec Emmett, depuis donc à peu près quatre ans, et je ne suis pas sûr qu'elle en ait déjà pris. Ça ne la dérange pas, elle adore son travail et elle dit qu'elle ne saurait pas quoi faire de ses vacances.
Moi j'ai une petite idée sur le sujet et c'est le principal propos de nos échanges en ce moment.
Partir quelques temps me taraude toujours, ce qui a changé est que je voudrais désormais que Bella m'accompagne. J'ai une idée très précise de notre destination et l'imaginer vêtue d'un simple bikini toute la journée fait dresser mon membre pourtant satisfait il y a peu.

Elle a déjeuné avec ma mère. Elle l'a conquise encore un peu plus parce qu'elle l'était déjà. Apparemment elles se sont très bien entendues et se sont mises d'accord pour déjeuner ensemble un mardi sur deux. J'ai souri quand ma mère m'a raconté ça, Bella ne m'en a pas même parlé.
Je ne suis pas étonné, ni de leur entente, ni de la régularité de leurs repas.
Elle a besoin de cette constance. Elle a besoin de planifier, même si elle a prétexté qu'elle devait s'organiser par rapport à son job, je sais que ces dates fixées, ces heures notées précisément sur son agenda la rassurent.

Elle aime l'ordre. Encore une chose que j'avais remarqué chez elle et qui devient plus prégnante maintenant que je partage quelques jours de sa semaine. Elle ne fait pas le ménage chez moi, il n'en est pas question, je suis un grand garçon je peux le faire tout seul, mais elle ne manque pas de me faire remarquer les chaussettes qui trainent dans la salle de bains ou le blouson négligemment jeté sur le canapé.
J'aime ça. J'ai l'impression qu'on est en couple, qu'on vit ensemble et ça me plait foutrement.
Je m'attelle donc à ranger et nettoyer mon intérieur et je découvre que vivre dans le propre est une très bonne chose.

Le soir, elle passe chez moi ou pas. Je n'exige rien. Elle a besoin de recul alors j'y vais doucement et je n'impose rien. Je propose mais je la laisse libre d'accepter, sans râler, sans la presser, même si j'en ai très envie.
Pour ma part, je voudrais m'endormir chaque soir avec elle et me réveiller chaque matin auprès d'elle. Je voudrais aussi passer plus que des soirées avec elle. Je ne réfléchis pas trop à ça. Je le vis et tant que je suis heureux et bien je continue simplement de le vivre.

- Je dois y aller, dit-elle en sortant du lit.

Je grogne, elle sourit. Oui, elle sourit, et souvent même. Bella est drôle, elle a beaucoup d'humour, un humour un peu grinçant, acide, mais que j'adore.

Je ne me lève pas aussi tôt qu'elle d'habitude. Je ne suis pas du matin. Je m'arrange pour ne pas avoir d'obligation avant dix heures.
Aujourd'hui, le réveil a été plus qu'agréable et je la suis dans la salle de bains pour grappiller quelques minutes supplémentaires avec elle, voire un autre câlin.

Les câlins de Bella sont sexuels. Elle n'est pas du genre à tenir la main, à s'emmitoufler contre moi ou me faire de petits bisous comme ces couples nouvellement ensembles qui en sont si friands. Non, Bella ne sait pas faire ça, et je choisis mes mots parce que véritablement, elle ne « sait » pas, l'idée ne lui vient pas à l'esprit.
Par contre, moi, je suis très tactile. Je le suis avec les personnes qui m'entourent et je le suis désastreusement avec elle. Elle le supporte et parfois elle l'apprécie. Dès qu'elle est près de moi ou juste dans la même pièce, j'ai besoin de la toucher, de l'étreindre ou… de l'embrasser.
Là encore, la partie n'est pas gagnée.

Nos bouches s'effleurent parfois par accident, particulièrement quand nous baisons, mais pas plus. Bella n'est pas prête.
Une part de moi est frustrée parce que je veux vraiment cette fille de toutes les façons imaginables mais une autre est excitée. Je le prends comme un défi et Bella et moi partageons ça, nous aimons les défis.

Les miens sont clairs, les siens sont plus nuancés. Elle a besoin que je lui prouve sans cesse que je suis avec elle parce que j'en ai envie et une sérieuse envie. Elle me met à l'épreuve, pas consciemment bien sûr, mais elle éprouve mes limites pour s'assurer que je ne la lâcherais pas. Enfin c'est ce que je pense mais je peux me tromper.
Alors une fois de plus j'attends, je suis patient et ça ne me coute pas. Quelle que soit l'énergie ou le temps que Bella me demande, il est justifié par les bons moments que nous passons ensemble et ce que je vis présentement avec elle.

Je n'ai jamais ressenti ça pour personne.
Avant Bella, Tanya était la fille qui représentait le plus ce qui s'apparente à de l'amour. J'étais très jeune, très inexpérimenté, mais nous avions une vraie complicité, un lien spécial. Bien sûr, les années ont déformé mes souvenirs et il est fort possible que j'aie fantasmé notre relation.
Quand je l'ai revue au bar, la même impression qu'à mes quatorze ans a agité ma poitrine. Elle est devenue une femme, elle est différente, mais elle a gardé ce charisme qui la rend particulière. Tanya est très belle et charmante, elle n'a rien de vulgaire ni dans sa façon de s'habiller, ni dans sa façon de parler. J'avoue que je suis curieux de savoir ce qu'elle devient, de connaitre la façon dont elle a pris mon refus de la voir à l'époque, si elle est heureuse aujourd'hui.
Quand j'ai demandé à Bella de trouver quelqu'un pour la raccompagner l'autre soir, je n'avais pas l'intention de la blesser. Je voulais simplement prendre du recul et passer la soirée seul, en tout cas sans elle. Elle m'avait repoussé une fois de plus, une fois que je n'arrivais pas à encaisser.
Je n'avais pas non plus l'intention de rentrer avec Tanya. D'abord je pense qu'elle n'est pas ce genre de fille à suivre un homme dès le premier soir. Même si elle l'était, moi je n'en avais pas envie. Je l'aurais peut-être ramenée, parce qu'il est clair que je voulais discuter avec elle, savoir ce qu'elle devenait, mais pas plus.
Ce n'était que de la curiosité par rapport à une vieille amie que je n'ai pas vu depuis longtemps. Bella prend toute la place dans ma vie et même si je me sens comme une chochotte quand je dis ça, elle prend toute la place dans mon cœur.
Tanya, très féminine, apprêtée comme j'aime, douce et gracieuse, reste fade à côté de Bella, toujours habillée de la même façon, sans maquillage et aussi tenace qu'une teigne. N'importe quelle fille est fade à côté d'elle.

Elle se lave les dents alors que j'entre dans la pièce. Mes mains saisissent ses hanches et remontent doucement sous son tee-shirt vers sa poitrine.

- J'ai pas le temps, bafouille-t-elle la bouche pleine.

Je profite qu'elle ait du savon dans la bouche pour faire comme si je n'avais pas entendu. Je masse ses seins, ses beaux seins, ses seins tellement parfaits que c'en est ridicule.
Elle aime ça, je le sais, mais elle se retient, elle fait l'air de rien. Je commence à connaitre les signes même infimes de son excitation, elle ne peut pas me duper.

Je fourre mon nez dans ses cheveux, puis dans son cou. Ses mèches me chatouillent le visage. Je me délecte de son odeur du matin, je me fraye un passage pour embrasser sa peau avec gourmandise.

- Edward, grogne-t-elle.

Je mordille. Elle n'est pas loin de céder, pas loin du tout.

Une de mes mains descend sur son aine. Elle frémit, c'est bon signe. Mes doigts pressent sa chair à cet endroit très stratégique, très près de ce qu'elle veut que je touche.

Elle crache le savon de sa bouche. C'est le moment. Soit elle m'envoie balader et je n'ai plus qu'à prendre une douche froide, soit elle se cambre sur moi et… Je ne lui laisse pas le choix.
Je saisis son sexe sans douceur et serre plus fermement son sein.
Elle soupire et colle ses fesses contre mon bassin. Je souris, satisfait que ma manigance marche si bien.

- Fais vite, souffle-t-elle.

Pas si bien que ça, mais je n'ai pas dit mon dernier mot.

- Non, dis-je en entrant deux doigts en elle.

Elle geint et pousse ses hanches sur mes doigts.

- Doucement ma perverse, je murmure.

Elle lève sa main pour la placer dans mes cheveux et les tirer fort comme j'aime qu'elle le fasse.
Elle se tortille et mon membre contre ses fesses quémande plus.

Je délaisse ses magnifiques courbes et je cambre durement ses hanches. Elle pousse un petit cri sous ma fougue mais ne rechigne pas. Au contraire, elle pose ses mains sur le meuble devant elle et écarte un peu plus les jambes.
J'entre en elle profondément, sèchement parce que j'ai envie que ce soit bestial et je sens qu'elle le veut aussi.

- Putain !

Son juron m'excite et m'indique qu'elle aime ce que je lui fais.
J'attrape une poignée de ses cheveux et tire dessus pour relever sa tête. Ses yeux sont fermés et ses sourcils se froncent mais je sais que c'est sous le coup du plaisir.

- Regarde-moi.

J'ordonne et ses paupières s'ouvrent sur moi. L'intensité de son regard accentue encore mon ardeur et un frisson se répand de mes pieds à… mon sexe.

J'aime la voir soumise, même un peu. Ça fait partie des choses qui ont changé chez elle. Elle me laisse diriger et le fait de faire ce que je veux d'elle, ou d'en avoir l'illusion du moins, me donne des ailes.

- Touche-toi bébé.

Sa main descend sur son intimité et je suis foutu. Je vais exploser comme un puceau lors de sa première fois.

- Plus fort ! elle demande.

Je ne suis que son putain de serviteur. Elle crie à chaque poussée et finit par un « oh mon dieu ! » dans son apothéose.
Son visage est magnifique à cet instant. Je voudrais le peindre pour qu'il soit immortalisé dans un quelconque musée et montrer au monde entier combien notre osmose est sensationnelle.

- Appelle-moi Edward, je raille haletant.

Elle ricane et je m'extrais d'elle parce que les soubresauts déclenchés par son rire sont un peu douloureux sur ma partie sensible.

Mes mains caressent ses bras, j'embrasse son dos.

- Putain Edward… dit-elle essoufflée. C'était… c'était…

- C'était fantastique bébé, je finis pour elle.

- C'était foutrement fantastique, rit-elle.

Et je ris avec elle parce que chaque fois que je la baise, j'ai l'impression de toucher les étoiles et je suis si heureux que c'en est absurde.

- Maintenant je vais devoir prendre une douche, râle-t-elle sans vraiment râler.

Elle se douche le soir, le matin c'est chez Emmett et après sa course, planning millimétré. Ceci dit, elle ne rechigne pas, pas trop en tout cas.

- Et je suppose que je vais devoir t'accompagner, souris-je.

Elle lève un doigt devant elle et fronce les sourcils.

- Non Edward, obsédé sexuel trop sexy pour être vrai, tu ne peux pas m'accompagner, c'est hors de question.

Mon sourire devient carnassier.

- La douche ne ferme pas à clé, tu ne vas pas avoir le choix.

- Edward… sors de cette pièce.

Elle prend l'intonation de ces flics dans les séries policières qui demandent précautionneusement au méchant de baisser son arme.
Je suis à deux doigts d'éclater de rire mais je me contiens. L'enjeu est de taille. Une douche avec Bella ou plutôt une baise avec Bella sous la douche est au premier rang des choses sexuelles que je préfère faire avec elle.

- Il n'y a que moi bébé, je ne te ferais aucun mal, je réponds sur le même ton.

- C'est faux, il y a toi et ta bite supersonique.

Elle l'appelle supersonique parce que ma bite reprend vie à une vitesse hallucinante. J'avoue. Il semble que mon membre ne soit jamais rassasié d'elle.

- Elle ne te fera pas de mal non plus.

Je m'approche et saisis ses bras.

- Edward je t'en prie, je vais finir par être en retard…

Elle supplie avec des yeux de chien battu et même si elle est foutrement adorable, je la pousse dans la cabine de douche avec un sourire attendri et je fais couler l'eau.

Je sais très bien qu'elle n'est pas en retard et je trouve qu'elle a fait pas mal de sport ce matin, courir est inutile. Elle va se rendre directement au salon et elle aura largement le temps de prendre le merveilleux café d'Emmett.
Je reste sage cependant. J'embrasse mes parties préférées de son corps à défaut d'embrasser sa bouche et parce que je ne peux pas m'en empêcher mais je ne vais pas plus loin.
Nous nous lavons l'un l'autre, détendus, sereins.

- Quand est-ce qu'on part tous les deux ? je demande alors que je l'ai coincée dans ma serviette pour la sécher.

Elle détourne le regard aussitôt, se défait de mes bras et m'arrache la serviette des mains.

- C'est compliqué… tu le sais… j'ai six mois de rendez-vous qui attendent. Je ne peux pas décider comme ça de partir du jour au lendemain.

- Alors pose tes congés maintenant et dans six mois nous partons.

Elle me regarde comme si j'étais devenu fou.

Je sais ce qui se passe dans sa tête.
Prévoir quelque chose, quoi que ce soit, pour dans six mois ou dans deux jours, effraie Bella. Pour elle, c'est l'engagement, et c'en est bien un, que durant cette période nous resterons ensemble.
J'ai deux hypothèses très simples à ce sujet. Soit « elle » n'est pas sûre de rester avec moi, parce qu'elle n'en est pas capable ou qu'elle n'en a pas envie ou quelque raison que son cerveau déjanté va lui fournir, soit elle pense que c'est « moi » qui vais me lasser.
La première hypothèse me blesse un peu, j'avoue. La deuxième est une connerie sans nom, je ne vais nulle part.
Dans un sens je la comprends, on n'est jamais sûr de rien, mais dans le fond, je ne vois pas pourquoi se compliquer la vie avec ce genre de réflexions quand elle pourrait être si simple.
Ce sont les « trucs » de Bella et je fais avec.

- Je sais, six mois c'est loin et on ne sait pas où nous serons mais tu peux les poser et si les choses... changent...

Elle fait la grimace mais je sais qu'elle comprend l'idée.

- …tu pourras toujours annuler et travailler.

Pour ma part, je ne suis pas de ceux qui se compliquent la vie. Je pars du principe qu'il y a une solution pour chaque problème, d'ailleurs il n'y a pas de problème, que des solutions.
Ça fait plusieurs jours que je la travaille pour qu'elle accepte ce voyage et ce matin, elle semble plus ou moins convaincue. Elle n'acquiesce pas mais je sens que l'idée fait son chemin dans les méandres sinueux de son esprit compliqué.

- J'ai autre chose à te proposer, j'ose.

- Ça fait beaucoup beau gosse.

J'adore quand elle m'appelle comme ça. Je n'imaginais pas qu'elle me trouverait un surnom mais celui-ci est apparu sur ses lèvres comme par magie et très spontanément.
Elle ne me fait pas de câlin et encore moins de compliment, sauf sur nos orgies sexuelles mais ce n'est pas pareil. J'étais foutument fier d'entendre qu'elle me trouvait beau.

- Je t'invite à diner.

- Quand ? demande-t-elle nonchalamment.

Elle n'a pas compris où je veux en venir. Elle pense à diner chez moi comme nous le faisons souvent, mais il ne s'agit pas de ça.

- Samedi.

- On est lundi, pourquoi si tard ? Je peux passer demain, dit-elle en enfilant sa culotte.

Je louche un peu, beaucoup, sur l'arrondi de son postérieur aussi parfait que ses seins.

- Parce que je veux un rancard.

- Un quoi ?

Ça y est, j'ai toute son attention.

- Un rancard. Tu te fais belle, je me fais beau, je passe te chercher avec un bouquet de fleurs, on va diner en ville et peut-être se faire un film après.

Elle me regarde curieusement. Elle attend le moment où je craquerais et lui dirais que je lui fais une blague mais il ne viendra pas. Je suis très sérieux.

Nous ne nous voyons que chez moi. Effectivement, j'adore passer du temps avec elle, même à la maison, mais je veux montrer au monde entier qu'elle est « ma » nana. Je veux faire ce genre de choses que font les couples, sortir avec elle.
Est-ce que c'est gnan gnan ? Est-ce que c'est typiquement masculin ? Je n'en sais rien et je n'en ai rien à foutre.

Elle est perturbée, elle cherche ses mots. J'aime la voir dans cet état.

- Mais… attends un peu… pourquoi tu veux faire ça ?

Elle met une pointe de dégout dans ses propos. Je ne sais pas comment je dois le prendre alors j'élude.

- Parce que j'en ai marre de trainer ici.

Ma réponse est évasive, je sais.

- Il faudrait que je mette une robe ?

Franchement elle peut mettre ce qu'elle voudra je m'en fous mais la voir en robe est plutôt appétissant.

- Et je mettrais un pantalon.

- J'aime tes vieux jeans.

- Et j'aime tes shorts.

Elle saisit mieux l'idée mais son regard est contrarié.

- J'ai pas de robe.

Elle se renfrogne. Elle ferme son soutien-gorge avec agacement et enfile son tee-shirt. Elle va fuir, typiquement Bella. Dès que les choses la dépassent, elle fuit. Je suis bien placé pour le savoir.

- Tu as une robe blanche.

Elle s'arrête et réfléchit quelques secondes.

- C'est une robe de plage, je ne peux pas mettre ça pour sortir.

Vrai. Si je me rappelle bien, et je me rappelle bien, elle était en voile très fluide et un peu transparent.

- Rose ou ma sœur pourront t'en prêter une.

Elle soupire un rien exaspérée.

- J'en sais rien, je dois y aller.

Elle n'a pas dit non, c'est déjà ça. J'ai encore cinq jours pour la décider.

¤ Bella ¤

Je suis au salon à 9h30. Je m'agace un peu d'arriver si tard.
Comme le temps est maussade nous avons rangé la table extérieure alors j'entre pour boire un café et manger une pâtisserie qu'Emmett a eu le bon sens et la gentillesse de m'acheter.

- Merci Emmett, t'es le meilleur !

- J'ai pensé qu'avec toutes ces calories que tu brules la nuit, tu avais besoin d'énergie.

Il me décoche un clin d'œil et je lui fais un doigt.
Depuis quand il s'amuse avec ma vie sexuelle ?
Jasper se marre et vient s'attabler à mes côtés.
Emmett m'envoie un baiser plein de dérision avec la main et accompagne son client qui vient d'arriver dans sa cabine.

- Tu vas bien ? demande Jasper.

J'ai envie de lui dire que je vais plus que bien, qu'il avait raison, qu'Edward est un type… adorable… génial… endurant sexuellement comme personne… chaleureux… patient… que j'ai été une vraie dinde d'attendre si longtemps, que les choses me paraissent plus simples même si j'ai encore du mal avec certains points, mais je vais à l'essentiel.
On est au boulot, on n'a pas le temps pour les discussions de midinettes.

- Je vais très bien.

Mon sourire est éloquent et parle pour moi. Jasper me comprend.

- Et toi ?

Il fait une petite grimace.
Merde, c'est pas la joie. Et mon client va arriver.

Depuis que nous avons chacun une relation, nous ne nous voyons plus beaucoup en dehors du boulot.
Je pense que c'est l'occasion de remédier à ça.

- Ça fait longtemps qu'on s'est pas fait une soirée entre potes tous les deux. Je sais qu'on ne va pas baiser…

- Sauf si tu es d'accord, me coupe-t-il.

J'ai un mouvement de recul, je faisais de l'humour, je ne comprends pas ce qu'il veut dire. Il est avec Alice et moi avec Edward, comment peut-il penser que je serais d'accord avec ça ? Comment lui-même peut-il être d'accord avec ça ?

- Arrête tes conneries, je lance un peu sèchement.

Il me regarde sous ses longs cils et je ne comprends pas plus.

- Ce soir, chez toi, je conclus.

Je me lève au moment où mon client entre dans le salon. Je le conduis dans la cabine et je jette un coup d'œil à Jasper avant de fermer la porte. Ses coudes sont sur ses genoux, sa tête est basse et ses cheveux tombent en désordre, ses mains se rejoignent et ses doigts s'entrelacent. Si je ne le connaissais pas comme je le connais je pourrais dire qu'il prie.
Ce n'est pas le cas.

La journée est passée rapidement. Les tatouages que j'ai faits étaient tous intéressants, ce qui n'est pas toujours le cas.
Edward m'a envoyé plusieurs messages. Je commence à m'y habituer. Souvent c'est une blague sur ce que lui ou moi avons fait ou dit, ou simplement il me dit qu'il pense à moi et bien entendu il demande si je vais venir le voir.
Ce dernier message est systématique. Même si je le préviens le matin, il pose encore la question dans la journée. Il me montre qu'il veut que je vienne. Il voudrait que je sois là tout le temps mais j'ai encore besoin d'espace et de prendre du recul par rapport à cette nouvelle situation.

J'hésite à lui dire que je vais chez Jasper. Après toutes ces années de célibat, rendre des comptes (c'est comme ça que je le vois) n'est pas simple. Pour plusieurs choses dont celle-ci, je me force. Je le fais parce que j'ai confiance en Edward. A sa façon, simple et naturelle, il me démontre chaque jour un peu plus que je peux lui faire confiance.
Je sens combien il est heureux d'être avec moi, de partager mon temps. Edward ne cache pas ses sentiments, au contraire même, il les affirme. Et très franchement, je suis fière de provoquer ça en lui. Je ne pensais pas que les choses seraient aussi simples et je crois que je commence à être heureuse aussi. Comme je ne l'avais pas été depuis… depuis… je ne sais pas si j'ai déjà été heureuse de cette façon.
Malgré ça, je reste dérangée et si les choses sont simples, elles ne sont pas évidentes pour moi. Alors oui, je fais des efforts pour changer les aspects de mes habitudes inutiles ou sans fondement. J'y arrive, petit à petit.
Je réponds donc à Edward que je vais chez Jasper. Il me demande de lui passer le bonjour et écrit qu'il m'embrasse… partout.

Embrasser… je n'y arrive toujours pas et je ne veux pas me forcer à le faire. Je sais qu'il en a envie depuis longtemps mais je ne veux pas aller contre ma nature sur ce coup. Je suis persuadée qu'Edward est de mon avis. Si je dois l'embrasser alors il faudra que ce soit spontané.
J'attendrais.

Jasper patiente dans le salon déserté. Je suis toujours la dernière à quitter le boulot.
Il a l'air triste. Cet air tranche tellement avec ce que je vis, comme avec l'air qu'il arborait depuis un moment que je suis anxieuse de savoir ce qui ne va pas.

Nous fermons la boutique et je lui prends la main. Je veux le réconforter mais il semble que ce ne soit pas assez parce qu'il passe son bras sur mes épaules.
Je ne suis pas bien, ce n'est pas confortable, toujours pas.

Edward me touche, et ce constamment. Me toucher est presque une obsession pour lui, et je l'accepte. Je dirais même que j'aime qu'il le fasse même si parfois c'est un peu lourd. Mais en ce qui concerne le reste du monde, mon attitude n'a pas changé, pas de contact trop prononcé.
Je suis mal à l'aise mais je n'ose pas enlever son bras parce que Jasper parait vraiment vulnérable. Nous arrivons chez lui et malgré le fait que j'essaie de parler, de raconter n'importe quoi pour détendre l'atmosphère, ses réponses restent courtes et sans enthousiasme.

Je vais directement à la cuisine parce que même si l'ambiance est chargée, j'ai faim. Je cherche désespérément une carotte ou une tomate mais je me rabats sur un paquet de crackers.
Jasper est assis sur le canapé, ses coudes sur ses genoux, sa tête dans ses mains. Je pose le paquet de biscuits sur la table basse et je passe ma main sur son dos.
Il se redresse, saisit mon poignet et m'attire contre lui.

Merde ! C'est pas bon, pas bon du tout.

Son nez passe sur le haut de ma tête et ses doigts serrent fermement mon épaule et mon flan.

C'est foutrement bizarre.

- Jasper, qu'est-ce qui t'arrive ?

- Attends…

- Non.

Je me retire de ses bras. Je m'aperçois que ses yeux sont vitreux.

- Putain, c'est quoi le problème ?

Je prends sa main parce que je le sens désemparé et que c'est douloureux de le voir comme ça.
D'habitude, les mots viennent rapidement entre nous. Ce n'est pas le cas ce soir.

- C'est Alice ?

- Ne me parle pas d'elle !

Hein ? Quoi ?

- Pourquoi ?

- Alice est une capricieuse. Elle est trop… chochotte… gamine… Elle ne sait pas ce qu'elle veut.

C'est quoi ce revirement de situation ? J'essaie de réfléchir. La dernière fois que l'ai vu, c'est-à-dire avant-hier, Jasper allait encore bien.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne comprends rien bordel ! je m'agace un peu, il faut qu'il s'explique, tout ça est trop confus.

Il se calme et s'apprête à parler.

- Alice et moi n'avons toujours pas…

Cette information met un certain temps à atteindre mon cerveau. Quand elle y arrive enfin, j'ouvre de grands yeux.

- Non ?

- Et non.

Il est sombre et profondément contrarié.
Moi je ne comprends pas. Pourquoi se passer de sexe avec Jasper ? D'autant plus qu'il est extrêmement doux et prévenant avec Alice. Je le connais bien, il n'est pas comme ça avec les filles en général. Pour elle, il a pris sur lui d'être patient et attentionné.

- Mais… ça fait combien de temps ?

Le sexe n'est pas tabou pour moi mais je sais que certaines filles ont besoin de temps avant de se lancer.

- Trop longtemps !

Je me pose la question. Depuis combien de temps je connais Edward ? Je dirais trois ou quatre mois. Donc Jasper et Alice se fréquentent depuis au moins trois mois. Trois mois sans sexe me semblent longs. Je ne saurais dire ce qu'il en est pour une fille qui a besoin d'attendre pour passer à l'acte...

- Tu lui en as parlé ?

- Ouais.

- Et qu'est-ce qu'elle dit ?

- Elle dit qu'elle a besoin de temps, qu'elle pense toujours à son ancienne relation, qu'elle n'est pas tranquille par rapport à ça.

- Comment ça elle pense à son ancienne relation ? Je comprends pas bien là.

Non vraiment son discours m'étonne et je n'arrive pas à assembler les pièces du puzzle pour qu'il soit cohérent.

- Son ex l'appelle toujours.

- Bon… mais… elle hésite à recommencer un truc avec lui ?

- Elle est pas très claire.

Je n'en reviens pas. De ce que je sais son ex était odieux. Qu'est-ce qui pourrait la pousser à le retrouver alors qu'elle a Jasper ?

- Je comprends rien Jasper.

Je secoue la tête de droite à gauche et m'agace un peu. Les réponses de Jasper sont trop concises, trop énigmatiques et l'attitude d'Alice absurde.

- Son ex est un putain de manipulateur. J'irais bien lui casser la gueule mais Alice me l'interdit. Elle a investi beaucoup de temps dans leur relation alors je pense qu'elle se demande si elle ne doit pas essayer une dernière fois avec lui pour être sûre.

Merde cette nana est tordue.

Il se lève et met un coup de pied dans un pouf qui s'écrase contre un meuble.

- Elle me les brise !

Il hurle en tirant sur ses cheveux.

- Jasper, attends… tu…

- Elle se refuse à moi alors que je suis, d'après elle, un gars « exceptionnel », il imite une voix de fille en disant ce mot. Et elle va laisser une chance à ce connard ? Elle se fout de ma gueule ou quoi ?!

Je dois faire quelque chose, je sens bien que je le dois, mais quoi ?

- Du calme, viens, assied-toi.

Je prends son poignet et le tire près de moi. Mon pouce caresse la paume de sa main. Il tremble et je ne sais pas bien comment l'apaiser.
Il renverse sa tête contre le dossier et ferme les yeux. Il respire profondément.

Spontanément je pense « quelle connasse », mais je connais un peu Alice et ce comportement ne lui ressemble pas… je crois…
Je dois m'en assurer.

Je prends mon téléphone et l'appelle sans réfléchir. Elle décroche à la première sonnerie.

- Hey ! Salut Alice !

Mon enthousiasme est étrange parce que forcé.

Jasper tourne la tête vers moi, son visage défait par la surprise.

- Oui, ça va bien. Dis-moi, je meurs de faim ça te dirait d'aller manger un morceau ?

Elle est étonnée, même très étonnée, mais elle est ravie. On se retrouve dans un quart d'heure.

- Qu'est-ce que tu fous ?

- J'essaie de savoir ce qui se passe. J'arrive pas à croire qu'elle soit sérieuse quand elle parle de son ex.

- C'est Edward qui déteint sur toi ?

Son ton acide ne me plait pas du tout.

- Tu essaies de faire ta psy ?

Il crache sa réplique comme si j'étais la dernière des idiotes. Je vais être patiente parce que je le sens déboussolé mais il mériterait bien que je lui botte le cul. Je ne peux pas me le permettre, pas avec lui, pas après ce qu'il a fait pour moi et pas dans son état.

- Je veux juste essayer de t'aider ! Si tu crois que je m'y prends mal alors je la rappelle tout de suite et j'annule tout !

Ses poings se serrent et ses yeux se plissent.

- Excuse-moi, murmure-t-il en m'attirant de nouveau à lui.

Je me laisse faire. Il m'intrigue. Je comprends sa frustration par rapport à Alice mais quelque chose me dit que ce n'est pas tout.
Sa poitrine se soulève en de légers soubresauts. Bon sang… il pleure ? Jasper pleure ?
Je relève ma tête pour effectivement m'apercevoir que ses joues sont humides.

Mais qu'est-ce que je suis censée faire ? Comment suis-je censée réagir à ça ?

Je ne réfléchis pas trop et je prends son visage en coupe.

- Jasper… ça va aller… ça va s'arranger... je le console en passant mes pouces sur ses joues.

Il m'étreint de nouveau avec force et j'entends ses sanglots étouffés.
Non, ce ne peut pas être qu'Alice, autre chose le torture.

- Ma mère…

Jasper et moi avons des passés similaires. Nous n'en avons jamais parlé précisément mais je sais que son enfance a été aussi chaotique que la mienne.
Je me tais. J'attends qu'il se décide à m'en dire plus.

- … elle est… morte…

Oh… merde… sa mère… morte…

Je panique un peu parce que s'il y a sur Terre quelqu'un qui ne peut pas le réconforter au sujet de sa mère, c'est bien moi.
Je ne vois pas bien la différence entre une mère vivante qui lui fait du mal et une mère morte. Si, en fait j'en vois une, elle ne pourra plus jamais le blesser ce qui est une bonne chose au final.

Je ne réagis pas. Je continue de le serrer parce que je sens sa douleur mais je ne parle pas. Mes mots ne lui seront pas d'un grand secours.

- Elle a fait une overdose.

Oui, nous avons définitivement le même genre de mère.

- Est-ce que tu la voyais toujours ?

- J'y passais très rarement. A chaque fois je la trouvais droguée, allongée sur le canapé miteux ou excitée à tourner en rond dans son mobil-home.

C'est glauque. Mon ventre se tord parce que je ne peux pas m'empêcher de faire le parallèle avec ma mère.

- Elle me frappait Bella.

Il me serre à m'en étouffer et même si c'est difficile, même si je lutte contre mes propres larmes, je suis contente qu'il ne soit pas seul face à ça.

- Suivant la drogue qu'elle prenait, elle pouvait être ridiculement affectueuse, hystérique ou HS. Mais pendant ses périodes de manque, elle me frappait. Elle hurlait sur moi, me rabaissait sans cesse, saccageait le mobil-home.

Son cœur bat si vite que j'ai l'impression qu'il va exploser. Sa voix brisée me bouleverse.
Il s'accroche à moi avec force. Je caresse ses cheveux et je murmure de stupides « ça va aller ».

- J'allais lui chercher des doses tellement elle me faisait peur. C'est comme ça que j'ai commencé à dealer. J'étais terrorisé Bella. Je fréquentais des hommes horribles... des femmes... affreuses... J'ai été totalement terrorisé pendant des années.

Il débite ce qui lui pèse. Il perd pied. Je m'installe sur ses genoux et je le serre aussi fort que je le peux. Ce n'est pas grand-chose mais c'est tout ce que je peux lui apporter, ma présence.
J'essaie de lui dire de jolies choses pour le rassurer : « tu es le meilleur Jasper », « tu es plus fort que ça », « le monstre est parti » "c'est derrière toi tout ça".

Toute la souffrance qu'il a vécue dans son enfance remonte à la surface. C'est effrayant et en même temps, c'est peut-être une bonne chose.
Une page se tourne.

Quand je le sens plus calme, je vais à la salle de bains pour trouver un somnifère. Il en aura besoin.
Je les connais bien ces pastilles et encore aujourd'hui, il m'arrive d'en prendre une juste pour éteindre la lumière et ne pas devenir folle.

Il accepte le médicament sans rechigner. Je le mets au lit et je le borde comme s'il était un petit enfant. Il est si grand et si fort que la comparaison est dérangeante. Il a l'air d'un ange, un ange malheureux. Le voir si fragile et triste me brise le cœur.
Je m'allonge près de lui, sa main dans la mienne, jusqu'à ce que le sommeil le gagne. Puis j'embrasse sa joue et je le quitte pour retrouver Alice.

Devant son immeuble, dans la rue, tout mon corps se met à trembler. C'est soudain, brutal. Toutes les émotions que j'ai contenues jusqu'à présent me dépassent.
Je dois m'assoir sur la marche de son entrée pour essayer de me contenir. J'agrippe mes épaules pour contrôler mes tremblements, mon souffle est saccadé, ma vue se trouble et les sanglots commencent à déborder.
Je ne laisserais pas ça arriver.
J'halète mais j'étouffe mes gémissements. Je respire à grandes bouffées mais ma poitrine semble comprimée. J'oblige mon corps et mon âme à refouler les sensations, les sentiments, la douleur.

Je me lève. J'essaie de retrouver un souffle régulier, je sautille sur place, j'agite mes bras, mes jambes, je secoue ma tête et je me gifle.
La douleur physique adoucit un peu la peine. Je ne sais pas exactement pourquoi mais c'est ce que j'ai toujours ressenti. C'est pour ça que je me battais et que j'encaissais les coups avec plaisir. Ils me détournaient de ma peine et de cette rage qui m'a accompagné toute mon enfance et mon adolescence.
Je ne vais pas flancher. Je suis plus forte que ça. Je ne flancherais pas.

J'ai beau éluder l'idée, j'ai beau essayer de m'en défaire, je pense à ma propre mère. Des images d'elle, pas les plus agréables, défilent devant mes yeux et ce sentiment de colère brute, plus sombre que tout ce que je connais s'insinue dans mes veines et dans chaque pore de ma peau.