En sentant son nez grossir et grossir et grossir encore, en croisant les regards hilares des quatre brutes qui le reluquaient à l'autre bout de la salle, en sentant ses joues cramoisies hurlées sa honte, Severus Rogue ne pouvait plus penser qu'à elle.

Évidemment qu'ils n'avaient pas pu s'en empêcher. Personne ne pouvait ignorer les maraudeurs sans en souffrir les conséquences, surtout pas leur si cher Servilus. Ils se comportaient avec lui comme des prédateurs face à leur proie. Son apathie leur était insupportable. Ils voulaient le voir s'agiter, se débattre, tenter de fuir puis supplier. À quoi bon se donner en spectacle si leur jouet les privait de l'essence même de leur plaisir, de l'intérêt majeur de leurs actions, du soubresaut final de son instinct de survie qui le rendait plus ridicule encore. Quel idiot ce graisseux, à batailler contre ces quatre plaisantins… il n'a plus rien à perdre pourtant, non ?

Les rires acérés de ses camarades lui picoraient le cœur, transperçant ses tympans, assommant sa raison. Il aurait pu s'énerver, se révolter, se battre contre ses bourreaux mais il n'avait aucune étincelle de volonté pour mettre le feu aux poudres de son impulsivité. Cette apprêtée qui lui prenait la gorge, l'asséchait au point de la craqueler. Car oui, la rancœur, la honte, et l'aigreur n'était rien face à cette soif perpétuelle qui le ceinturait au corps.

Il se redressa avec lenteur, balayant la salle d'un regard las, passant sur les visages connus et inconnus sans jamais marquer un temps d'arrêt. Il sentait ses joues brûlées le trahir face à cette masse d'êtres bruyants et informes. La frustration de maraudeurs n'avait pas lieu d'être, ils avaient atteint leur but, l'impactant, au plus profond de son âme, aussi durement que son rôle d'espion, que la guerre à venir, que son père avant eux. Il n'y avait qu'elle qui pouvait l'aimer. Il quitta la pièce d'un pas qui se voulait assuré, le dos droit, le menton haut. Certains auraient pu admirer son sang-froid, d'autres critiquer son arrogance, mais seuls les plus attentifs auraient pu remarquer les tremblements épars de ses mains. Le trajet jusqu'à la tour d'astronomie se passa dans une sorte de brouillard dense et lourd. Severus finis par s'effondrer contre le battant de la fenêtre avec un soupir de soulagement.

Il sentait les cartilages de son nez se tordre et s'étendre ce qui était particulièrement douloureux. La durée de cette « plaisanterie » restait encore à déterminer, mais il supposait qu'une simple potion devrait calmer l'élancement. En revanche, pour ce qui était de l'esthétisme… il supposait qu'une difformité de plus ou de moins ne devrait pas changer grand-chose.

Le vide, ce soir-là était semblable à une sorte de sirène dont le chant lui était particulièrement attractif. Il glissa sa main dans la petite poche qui bombait l'intérieur de sa robe, tentant de se raccrocher à sa bouée de sauvetage. Un frisson d'anticipation lui caressa l'échine alors que ses doigts entraient en contact avec le boîtier en velours noir. Il avait besoin, juste pour un moment, d'éteindre ces foutus rires qui résonnaient encore entre ses tempes. Il avait besoin, juste pour une nuit, de ne plus souffrir le poids de ses innombrables problèmes. Il avait besoin, juste pour une fois, d'être heureux. Il ouvrit le couvercle et sentit sa gorge s'assécher. Elle était là, alanguie dans son drapé rouge sang, elle reluisait doucement à la lumière de la lune, elle l'aguichait des ses courbes sensuelles. La pulpe de son index parcouru la surface translucide. Il l'étreignit brièvement au cœur de sa paume et tapota délicatement la pointe de l'aigue d'où sortit en gouttes arrondies son amante du soir. Il redressa la fiole qui accompagnait le piston et mira quelques secondes l'essence légèrement trouble d'un merveilleux rêve embrumé.

Devant son réflexe, un ricanement sardonique s'arracha à sa gorge… un parfait petit Junkie en manque comme l'aurait sûrement fait remarquer Circée. Il se dépêcha de terminer sa préparation et déboutonna la manche de sa tunique. Sa peau blafarde était parsemée de taches colorées allant du violet au jaune en passant par le verdâtre. Une vague de dégoût lui souleva le cœur, ah, il était beau le « Prince de sang-mêlé », l'espion de la lumière… Tous ces patronymes n'étaient que de jolies couches de peinture appliquées sur une fondation pathétique jusqu'au ridicule. Lorsque Lily l'avait rejeté, ce n'était pas tant à cause de sa raison que de son instinct, il suintait la faiblesse. Tous ses vices avaient façonné son être. Les autres avaient la droiture, le respect, l'amour ; lui avait la magie noire, le pouvoir et la morphine.

L'habitude était d'une grande aide, il n'avait pas besoin de penser, à aucune de ses actions, alors qu'il détachait sa ceinture, ligotait son bras, positionnait la seringue et… Un grand l'arrêta avant qu'il n'ait eu le temps de s'envoyer sa dose, s'écrasant contre sa poitrine dans un bruit mat, le projetant au sol. C'était l'un des coursiers de l'école, il avait une robe brune et terne, un peu sale, et l'espace d'un instant, Severus cru décelé dans les grands yeux écarquillés de l'animal, une pointe de réprobation. Il secoua la tête à cette idée stupide. L'oiseau sautilla jusqu'à lui avant de lui tendre sa patte où, accrochée à l'un des élastiques roses fluo de Théo, pendait une lettre de facture typiquement moldu. Il déchira l'enveloppe et récupéra une feuille à carreau un petit peu froissé.

Hey Sev,

Comment va ? Chloé ma forcé à t'écrire, elle en avait trop marre que je parle que de toi. J'espères que t'arrivera à me relire. Je sais pas trop quoi dire en fait. C'est blizzar quand tes pas là, y manque un truc. Pour le peu que t'en a à faire, j'ai passé une bonne journée de merde. Ce matin ça allait, Sam a fait des gaufres du coup j'ais mis plein de crème dessus et c'était TROPP bon ! Après j'ai croisé ton vieu près de la veine, rond comme une queu de pelle ce con… y m'a emplâtré quand j'lui ai foutu mon poing dans la gueule parce qu'il parlait trop mal de toi du coup tu ferais mieux de baisser la tête quand tu reviens.

Je voulais te demander aussi si t'avait pas une de tes fioles cheloues pour Théo parce que ça fait un moment que j'ai vu qu'elle gerbait tous les matins et même si elle dit que ça va moi je m'inquiète mais elle veut pas aller voir un docteur alors…

Bref, Rex a demander de tes nouvelles aussi, il est fâché d'avoir perdu son meilleur barman. Je savais pas quoi lui dire. T'écris mieux que moi mais tu racontes pas grand-chose. Tu traines encore avec tes copains nazis qui sont pas vraiment tes copains ? Je comprends pas vraiment ce que tu fais en ce moment, j'aimerais bien que tu m'en parles un peu, si seulement tu veut bien sure. Même tes foutus répliques « ironiques » là et ben elles me manque alors hésites pas.

Je t'ai pas raconté aussi ! Avec la bande on est allé danser à l'undergroun jours, même Lucie était venue, et là, l'impossible s'est passer ! Noha s'est mis à bégayer devant une petite bourgeoise du nord, mimi mais sans plus, en dessous de ses fameuses 34-28-36 habituelles. Il l'a fait valsé et tout son baratin habituel t'sais et fin de soirée elle le plante avec une pauvre bise sur la joue et ce con il était content ! Le monde part en couille ! Manquerait plus que Théo foute un T-shirt par-dessus son soutif et se serrais l'apoqalipse genre !

Fin bon, j'attends un petit retour de ta part si t'a le tant. J'espère que tu vas bien et si c'est pas le cas, je prescris 3 sourires par jour et un gros calin le soir(ainsi que plus de 5h de sommeil si tu veux pas finir avec les dents cassées d'après Circée) ordres du médecin !

Gros bisous, on se voit au prochaines vacances !

Eliott

P.S. Y a des pastilles à la menthe au fond de la pochette à défaut d'autre trucs, espèce de drogué !

Une larme goutta sur ses lèvres ourlées d'un sourire qu'il se dépêcha d'effacer. Il étouffa un sanglot qui remontait du fond de son cœur. Ses yeux glissaient sur toute la pièce de façon erratique, alternant entre la seringue, le vide et la lettre. L'irritation grimpait peu à peu alors que l'indécision remplaçait l'hébétude. Si seulement il avait reçu cette fichue lettre quelques secondes plus tard, il serait resté avec elle et aurait oublié tout le reste. Pourquoi ces quelques lignes mal orthographiées, serrées, nerveuses, suffisaient à le remplir de doutes. Le souvenir bruyant et humide d'une soirée d'été autour d'une bière, d'un feu, d'une guitare avec ses amis se superposait à cet ardent désir d'une apathie silencieuse et médicamentée. Il poussa un grognement, à la fois frustré et soulagé, cette nuit, il n'aura pas besoin d'elle. Il jette le piston et la fiole dans le boîtier et alors qu'il griffonnait « Merci, crétin. » sur un bout de parchemin délavé en suçotant une pastille, il ne pouvait plus penser qu'à lui.

Voilà le chapitre de la semaine, j'espère qu'il vous a plu, j'aime vraiment imaginer leur relation comme une sorte d'entraide perpétuelle même dans l'absence. Enfin bref, donnez-moi vos avis en commentaire, je les lirais avec plaisir. Bonne soirée à vous, je vous dis à bientôt.