Chapitre 3 :
Yann entra à vive allure dans son bureau, suivi par Kévin, Alex et Louis. Les apercevant avec cette nouvelle recrue, bien qu'un peu jeune selon ses critères, Lyès se faufila dans le bureau de son collègue.
Lyes : Ca y'est ? Vous avez enfin adopté ? Et en … (regardant sa montre) … moins de 3h ? Chapeau bas !
Alex : Lyes
Lyes : Ouais
Alex : T'es relou, là.
Lyes : pourquoi ?
Alex : Tu sais quoi ? Cherche pas et ferme-la !
Lyes tourna la tête et reçu en plein visage le regard noir de Yann, tandis que Kévin tentait tant bien que mal de faire lâcher prise à l'enfant qui n'avait pas desserré les bras depuis leur rencontre, plus d'une heure et demie plus tôt.
Yann : Belloumi, la prochaine fois que tu me ressorts une connerie pareille ou que tu t'avises de parler de ma vie privée, je te rétrograde. Et pas à la circulation, mais au récurage des chiottes, est-ce que c'est clair ?
Lyes : Oui Monsieur le Commissaire
Yann : Et la prochaine fois que tu me sors « Monsieur », c'est mon point dans la gueule.
Lyes avala sa salive et se contenta de hocher prudemment la tête.
Yann : Bon, Volkova et Lecomte, ils sont où ?
Yann, fixant toujours Lyes, dont l'air malheureux et apeuré ne faisait aucun doute, prit sur lui de se calmer. Cette situation n'était en aucun cas la faute du commissaire stagiaire, mais la mort de deux personnes suite à un feu sans explications apparentes, et ce gamin qui n'avait émis aucun son depuis qu'il s'était accroché à son mari n'amélioraient pas son humeur.
Yann : Lyes, tu peux parler, je ne vais pas te manger.
A la voix plus posée de son collègue, Lyes reprit de l'assurance.
Lyes : Je les ai envoyés avec Duval sur un feu de voitures du côté de…
Yann : Encore un !
Alex : Ils se mettent tous pyromanes aujourd'hui ou quoi ?
Lyes : Hein ?
Yann : Belloumi, tu me contactes les services sociaux. On a retrouvé ce gamin à l'extérieur d'une maison en feu ; ses parents sont visiblement décédés…
Kévin : Yann !
Yann : Quoi ?
Kévin : Pas devant le petit.
Yann grommela dans sa barbe mais reprit.
Yann : Alex ; tu me fais le rapport sur l'enquête de voisinage, Louis tu te renseignes sur les parents, et tu vois si le gosse a de la famille à qui être confié.
Louis : …Et je te transmets le rapport d'expertise dès que je le reçois, c'est compris.
Puis devant l'inactivité de ses hommes, son énervement refit surface.
Yann : MAINTENANT !
Ils sortirent tous rapidement, laissant Yann avec son mari et le nouveau venu. Il se leva, fit le tour de son bureau pour s'asseoir devant son mari. L'enfant enfouit sa tête dans la nuque de Kévin.
Yann : Tu peux nous dire comment tu t'appelles ?
Kévin : Yann !
Yann : Quoi ?
Kévin se mit à rigoler doucement
Kévin : Tu lui fais peur
Yann : Pardon ?
Devant l'air surprit et renfrogné de son époux, Kévin éclata de rire de bon cœur.
Kévin : ça fait plus d'une heure que tu lui poses les mêmes questions, et on ne peut pas dire que tu sois très aimable.
Yann : Ben pourquoi t'essaies pas, toi ? Hein ?
Le rire de Kévin lui reprit, bientôt suivit en écho par un rire cristallin et enfantin.
Kévin se décolla légèrement de l'enfant, et à la surprise des deux compagnons, celui-ci releva la tête, les yeux pétillants, le sourire aux lèvres. Kévin lui ébouriffa les cheveux d'un geste tendre.
Enfant : Kévin ?
Kévin : Tu te souviens ?
Enfant : tu me l'as dit tout à l'heure
Kévin : Tu avais l'air absent, je n'étais pas sûr que tu ais entendu.
L'enfant posa un regard interrogatif sur le commissaire.
Kévin : Lui c'est Yann, tu te rappelles ? Tu peux lui parler, il est souvent grognon mais il ne mord pas.
L'enfant murmura à l'oreille de Kévin, qui explosa de rire, avant que Yann ne perçoive de nouveau le rire enfantin se mêler à celui de son homme.
Yann : Quoi ? Qu'est-ce qu'il a dit ?
Kévin hocha la tête et l'enfant se tourna vers le beau brun.
Enfant : T'es un ours mal léché !
Yann : PARDON ?
Les rires reprirent de plus belles entre Kévin et le petit garçon, tandis que Yann, toujours sous l'effet de la surprise, resta béat.
Yann : Mais tu te crois ou jeune homme ?
L'enfant s'arrêta aussitôt de sourire, son regard se voilant de tristesse.
Enfant : C'est ce que disait Maman à Papa lorsqu'il était grognon. Mais maintenant, il ne pourra plus être grognon.
Il fondit en sanglots, apposant de nouveau sa tête au creux de la nuque de Kévin, qui l'enserra aussi fort qu'il le pût sans lui faire de mal, lui passant une main réconfortante dans ses cheveux.
Kévin : Ca va aller bonhomme, on est là, ça va aller…
Il apposa alors un regard malheureux sur son compagnon, qui s'approcha d'eux, avant de s'accroupir. Il posa une main sur le bras de Kévin, l'autre dans le dos de l'enfant.
Yann : T'en fais pas p'tit gars ; on va retrouver le reste de ta famille, et on va retrouver ceux qui ont fait ça.
L'enfant releva la tête et scruta Yann attentivement.
Enfant : Promis ?
Yann : Promis.
Un sourire éclaira soudain le visage enfantin larmoyant, les yeux de Kévin s'illuminèrent, et Yann su qu'il avait fait ce qu'il fallait.
Yann : Il faudra que tu nous aides pour ça.
Kévin : Yann, pas maintenant.
L'enfant regarda Kévin, avant de lui poser un bisou sur la joue, puis se tourna une nouvelle fois vers Yann.
Enfant : Faut que je fasse quoi ?
Yann : Tu pourrais déjà commencer par nous dire comment tu t'appelles ?
Enfant : Antonin. Je m'appelle Antonin.
Yann : Antonin. Ravi de faire ta connaissance Antonin.
Il lui tendit la main, et après quelques secondes d'hésitation, Antonin la lui serra, le sourire d'une oreille à l'autre. Yann retira sa main dans un sourire crispé avant de se la masser.
Yann : Tu sers fort.
Antonin : C'est toi qui serres comme une fille !
Kévin repartit à rire de bon cœur, tandis qu'un coup à la porte se fit entendre. Yann se releva.
Yann : Entrez !
Lyes : Commissaire, c'était juste pour vous informer que la représentante des services sociaux est là.
Yann : Bien. Approche.
Lyes s'avança aux côtés de Yann.
Yann : Antonin, voici Lyes Belloumi. Il va t'emmener voir quelqu'un.
Antonin : Tu m'abandonnes ?
Il se retourna vers Kévin.
Antonin : Toi aussi tu me laisses ?
Le cœur de Kévin se serra à la voix implorante remplie de sanglots
Kévin : Non, non, non. On reste ici, on a juste un peu de travail. Mais tu vas voir, la dame que tu vas rencontrer est quelqu'un de très gentil, elle va juste te poser quelques questions, mais ça va aller très vite. On sera là quand tu reviendras.
Antonin : Promis ?
Kévin leva les yeux quelques secondes vers Yann avant de les fixer de nouveau sur le garçon.
Kévin : Promis.
Le visage du petit s'éclaira de nouveau et il déposa un nouveau bisou sur la joue de Kévin.
Antonin : Je t'aime bien.
Il se redressa puis sauta par terre, avant de se coller à Belloumi, qui, ne sachant pas vraiment comment s'y prendre, prit la petite main tendue vers lui avant de s'avancer vers la sortie. Arrivés au seuil, Antonin lâcha la main de Lyes pour se retourner vivement et couru vers Yann, enserrant sa taille, à la grande surprise du Commissaire. Ce dernier se baissa légèrement et Antonin lui déposa un rapide bisou sur la joue avant de s'écarter et de se frotter la bouche.
Antonin : Toi tu piques. Mais je t'aime bien aussi.
Et dans un sourire, il rejoignit Lyes. Kévin les regarda s'éloigner avant que la porte ne se ferme, puis il reporta ses yeux sur Yann. Devant le regard implorant de Kévin, son époux compris l'idée qui avait déjà fait son chemin jusqu'au cerveau de son ange blond.
Yann : Tu n'y penses même pas !
Kévin : Mais Yann…
Yann : Y'a pas de mais Kévin.
Kévin se leva lentement, et tout aussi lentement sortit du bureau sans un regard en arrière.
Quant à Yann, il s'affala dans son fauteuil, le regard dans le vague. En moins de trois heures, tout avait brusquement changé. Au regard plein de sous-entendus de Kévin, il savait que ce dernier s'était déjà accroché à cet enfant. Ils en avaient déjà parlé. Maintes et maintes fois. Mais les procédures étaient longues, ardues et éprouvantes, surtout pour deux homosexuels. Tout autant que son homme, Yann avait l'espoir, un jour de fonder une famille.
Il avait vu le comportement de son mari vis-à-vis d'Antonin. A son regard suppliant quelques minutes auparavant, il avait cerné l'envie de Kévin, qui, il savait, voyait une chance de réaliser ce projet qui leur tenait tellement à cœur. Il n'avait pas voulu lui faire de peine, mais ils ne connaissaient rien de ce gosse, de son environnement familial, de ses habitudes. Sa famille allait venir le récupérer d'ici quelques jours, voire quelques heures, et il savait qu'il allait devoir consoler son compagnon.
Et puis Antonin, avec ses remarques franches et inattendues, son énergie mêlée à sa tristesse… Non, ce n'était pas une bonne idée. Comme l'avait dit le môme, il était un ours mal léché, aujourd'hui. Et ours mal léché il allait continuer d'être. Il avait du boulot, beaucoup de boulot ; un incendiaire à attraper, une famille à retrouver, un enfant à aider, un époux à réconforter.
