Chapitre 5 :
L'air froid et cinglant de décembre s'engouffrant dans ses poumons, le blouson délesté négligemment autour de sa taille, sa gorge piquante en réponse à ses inhalations gelées, sa peau congelée par les attaques de la température glaciale, il restait immobile sur le banc, à contempler le paysage désolé de l'hiver ; les passants qu'il devinait pressés de rentrer chez eux, au chaud, sans doute devant un bon feu de cheminée.
Un feu, image ironique se rappelant à lui et à la situation actuelle. Le froid sur ses membres lui avait permis d'oublier ses soucis, sa peine, et ce qu'il savait être un comportement pour le moins injuste vis-à-vis de son mari. Les picotements dans ses jambes, les brûlures de ses bras, l'embrasement de ses poumons… cette douleur avait été une échappatoire bénéfique depuis … il ne savait pas depuis quand il était là, perdu dans ses pensées, se repassant la découverte puis l'attachement qui s'était emparé de lui face à ce petit être de 8 ans, qui l'avait chamboulé au plus profond de lui-même en si peu de temps.
Frigorifié, il eut du mal à effectuer le moindre de geste pour descendre de son refuge. Il avait quelque chose à faire. Car lutter contre son désarroi ne servait à rien. Et peut-être qu'alors, il oublierait, ou du moins son cœur se calmerait, le ramènerait à la réalité, là où les propos de son époux lui avaient fait tant de mal par leurs vérités. Il aurait dû se concentrer sur le bonheur présent. Celui d'avoir à ses côtés un homme qu'il aimait plus que tout. Mais ses doutes, ses peurs, ses questions avaient pris le dessus.
Il devait le faire. Pour lui. Et puis après, qui sait… Lorsqu'il rentrerait, il irait s'excuser auprès de son mari. Quand il rentrerait. S'il rentrait…
