Chapitre 6 :
Après s'être résolu à ramasser les restes éparpillés des objets ayant subi sa colère, Yann avait eu besoin de s'occuper. Pour ne plus penser. Ne plus penser qu'en seulement deux jours sa vie de couple, cette vie qu'il privilégiait, cette vie que Kévin avait réussi par le plus grand des miracles à lui faire savourer, s'était transformée en cauchemar.
Il comprenait bien l'attachement dont Kévin faisait preuve à l'égard d'Antonin. Il savait depuis longtemps, depuis la première fois où ils en avaient discuté, le désir impétueux pour son époux de fonder une famille, d'avoir des enfants ; comme tout autre couple. Lui-même, après tout ce qu'il avait vécu avec son époux, se sentait désormais prêt à franchir cette nouvelle étape. Il savait qu'avec son aide, tout se passerait pour le mieux. Et son envie d'être père se faisait, tous les jours, un peu plus présente.
Mais en une si courte période, il n'arrivait pas à admettre que son Kévin, d'habitude si réfléchi, ait transformé leur couple si fort en deux étrangers se disputant en permanence. Il ne le reconnaissait plus ; il ne les reconnaissait plus. Et ça lui faisait peur.
Il avait donc reporté sa frustration sur son travail, faisant vivre un véritable enfer à ses collaborateurs. Et même s'il s'en voulait, il ne pouvait faire autrement. Les disputes le fatiguait, et cet échappatoire lui avait permis de rester plutôt calme face à son mari ; chose qui, pour lui, relevait d'un exploit certain et dont il était fier.
Alors il avait fait le ménage, nettoyant l'appartement de fond en comble, s'arrêtant sur des détails, stoppant face à des photos lui remémorant sans cesse leur bonheur, caressant le visage de son époux, si rayonnant il y avait encore 3 jours, si fermé depuis peu.
Il s'était ensuite attelé à la cuisine, choisissant un plat long et complexe à réaliser, s'occupant les mains et l'esprit. Toujours pour ne plus penser. Y parvenant si bien qu'il s'était coupé.
C'est en descendant de la salle de bain qu'il regarda l'heure. 4 heures que Kévin était parti, qu'il avait claqué la porte. 4 heures qu'il n'avait pas eu de nouvelles.
La colère laissant place à l'inquiétude, il saisit son portable, composant sans réfléchir le numéro qu'il connaissait par cœur. Une sonnerie, puis deux, puis deux de plus, et la boîte vocale. Un message simple, mais inquiet, sans jugement, sans accusation, simplement pour lui demander de rentrer.
Sans réponse après ce qui lui avait semblé des heures, il contacta alors, un par un, tous les collègues, tous les amis. Tous ceux qui auraient pu lui indiquer où se trouvait son mari.
Les unes après les autres, les réponses négatives lui martelant le cœur, l'inquiétude faisant place à la peur, il laissa finalement choir le téléphone, s'asseyant sur le sofa, la tête basse, les tempes prêtent à exploser.
Il se redressa vivement lorsque la question qui était restée en sourdine jusqu'alors vint le frapper de plein fouet : Et si Kévin avait décidé de ne pas rentrer.
